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23 septembre 2004

"Architecture bunker ?"

Noailles2_1

Discussion avec ma grand-mère, l'autre jour, à propos de ses vacances. Elle raconte sa visite de la villa de Noailles, cette "petite maison intéressante à habiter dans le Midi", réalisée par Robert Mallet-Stevens, qui a vu passer Man Ray, Bunuel, Darius Milhaud, les frères Giacometti, et est, en soi, un monument de volumes, de motifs, d'équilibres de formes. Bilan : "Ca ressemble à un bunker."

Ma grand-mère, qui a le privilège de faire partie d'une famille cultureuse, a un malin plaisir à jouer avec moi à la vieille réac, alors même qu'elle a plutôt une certaine ouverture d'esprit. On appelle ça l'esprit de contradiction, fort développé dans la famille. [update : Christie me fait remarquer qu'elle est très réac sur ce coup et en a rajouté sur le coté laide de l'édifice.]

Tout celà pour dire que celà m'a trotté dans la tête un peu ces temps-ci. Et que je suis tombé sur cette phrase de Mallet-Stevens, parue dans L'Architecture d'Aujourd'hui, en novembre 1932 (à l'occasion de l'inauguration de la villa Cavrois, chef d'oeuvre aujourd'hui en piteux état) :

"Formulons un voeu. Il serait heureux que la jeunesse apprît à connaître les styles, l'histoire de l'art, l'existence des monuments du passé, à discerner les nécessites des temps présents lesquels commandent une architecture en harmonie avec eux. Et le jour où ce résultat sera acquis, l'urbanisme, la maison, le foyer familial, l'usine, le bureau seront tous différents de ce qu'ils sont. Le législateur, le médecin, l'ingénieur seront normalement les collaborateurs de l'architecte: la demeure française existera."

Au-delà de l'appel à la jeunesse, classique quand on sait que sa génération ne changera pas, et avant le rêve utopique d'une fusion des pratiques autour du bonheur humain, je trouve que cette approche, "discerner les nécessites des temps présents", peut s'appliquer à une démarche plus générale que l'architecture, mais dont l'architecture est un exemple concret, direct. C'est pour celà que j'aime énormément les travaux de Mallet-Stevens. C'est ce talent qui n'impose pas sa vérité mais s'adapte au monde.

Ma grand-mère pense que le monde ne change pas, d'autres pensent qu'il faut absolument changer le monde. J'aime bien cette acceptation de ce que le monde change seul, quand on en laisse aux hommes la liberté, et qu'il faut surtout tenter de bien le comprendre pour l'accompagner.

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Voici les sites qui parlent de "Architecture bunker ?" :

Commentaires

Peut être que nous changeons le monde malgré nous.
Qu'immuablement nous en revenons toujours aux mêmes questions de fond, sur des formes nouvelles.
C'est peut être ce que raconte l'architecture, comme les autres arts classiques ?
En tout cas pour moi, Mallet Stevens 1 - 0 Le Corbusier.

Mallet, il aurait fallu qu'il explique ça aux architectes et urbanistes des années 50-60-70… Cf. nos banlieues-dortoirs.
C'est beau, c'est bien, c'est intelligent ce qu'il fait. Ça ne s'adresse pas au vulgaire, mais au nanti, à l'aristo, à celui qui sait en même temps qu'il peut.
Par ailleurs, qui veut "changer le monde" ? Les "gouvernants" ou les "gouvernés" ?

Skoteinos, tenant de la dialectique ?

Désormais, il vaudrait mieux songer à protéger le monde (contre l'homme) qu'essayer de le changer. C'est réac, ça ?

Quand je dis "le monde", c'est évidemment plus notre société que l'environnement. Comprendre l'impact de l'homme sur son environnement, et accompagner ce changement pour qu'il produise moins de dégats, ça me semble relever de la même logique, oui.

personnellement je suis assez partagé sur ces questions...d'un côté j'adhère à l'idée d'une protection de l'environnement "contre" l'homme lui-même (même chose concernant notre société, les lois en un sens protègent les hommes contre eux-mêmes) et en même temps je souscris assez à l'idée cronenbergienne que le monde est ce qu'on en fait et qu'il ne faut surtout pas avoir peur des transformations profondes qui s'opèrent en nous...
l'écologie par exemple, peut tout à la fois être progressiste comme régressive, l'écologie mentale (c'est à dire la vertu, la droiture) peut l(être aussi et désservir sa cause...
donc je ne crois pas Damien que les choses soient aussi simples...

Sur la phrase de Mallet Steven je vois bien là ton sens aigu de la civilité versac! :-) même si je crois autant à cette vision là de l'architecture qu'à une vision plus volontariste, prométhéenne, une architecture qui fait événement...

(par ailleurs cette maison est absolument sublime...esthétiquement j'adore les bunkers!!!)

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