Villepin encore

Désolé, je ne m'en lasse pas. Très juste critique aujourd'hui dans Libé, par Patrick Sabatier, de l'opus de notre ministre de l'intérieur, Le Requin et la mouette. Réjouissante critique, que l'on n'attendait pas forcément de Libé (mais de Sabatier, oui). On sait que Villepin, et sa glorieuse (hum) défense de la paix dans le monde, ont fait de lui une figure relativement appréciée à gauche.
Quelques extraits :
La contradiction fondamentale de la «vision» dont Villepin se veut le héraut demeure : comment affirmer le respect de la souveraineté des Etats, et la primauté du droit sur la morale, tout en prétendant mettre les idéaux des lumières, droits de l'homme et libertés au coeur de l'action internationale ?
Il endosse les habits neufs du militant altermondialiste, pour pourfendre les inégalités de la mondialisation qu'il ne veut plus «abandonner à sa propre logique», car «elle suscite partout une même prise de conscience : la seule logique économique ne suffit plus à assurer la survie de l'homme et la cohésion des peuples».
Le requin et la mouette :
Ces animaux emblématiques, empruntés à René Char, ne sont-ils pas les deux versants de la personnalité d'un homme qui est, au final, le critique le plus impitoyable de lui-même quand il affirme qu'«on ne peut plus aujourd'hui s'en tenir aux incantations» ?
[non, ce n'est pas de l'acharnement]




Et c'est très bien écrit en plus, comme cette remarque sur Villepin qui "se laisse astiquer les pompes par les courtisans qui sévissent dans des magazines à grand cirage."
La thèse principale de l'article me semble assez juste. Le problème principal de la diplomatie à la Chirac-Villepin est qu'elle combine le pire ET le meilleur de la Realpolitik ET d'un internationalisme idéaliste. Qu'elle permet le discours de New York en même temps que la remarque hautaine adressée aux pays de l'Est lors de la crise irakienne. La position de Chirac en faveur du développement durable et l'attitude cyniquement réaliste à l'égard du Darfout.
Ce qui rend la diplomatie française difficilement lisible à l'étranger : les Britanniques sont plus cohérents et sûrement plus efficaces. Voir le travail fait par Clare Short pour le développement, où l'abattage diplomatique de Jack Straw au Darfour.
Rédigé par: Emmanuel | 21 septembre 2004 at 17:44
Joli laspsus (volontaire ?), Emmanuel : Darfout. "Le Darfour, tout le monde s'en fout." Par ailleurs entièrement d'accord sur la schizophrénie intenable de la diplomatie française.
A propos de "tout le monde s'en fout", voir la Une de France soir aujourd'hui. Pas mal.
http://francesoir.quotidiano.net/pdf/21092004.PDF
Rédigé par: versac | 21 septembre 2004 at 17:49
Hum, les deux touches (r et t) sont à côté, quand même.
Je plaide pour le glissement de doigt involontaire. :-)
Rédigé par: Emmanuel | 21 septembre 2004 at 18:34
Patrick Sabatier s'est donc bonifié depuis qu'il ne présente "Avis de recherche" & "Porte-Bonheur" : il s'est acheté un cerveau ?
Rédigé par: Damien | 22 septembre 2004 at 10:03
Certes, si l'homme gagnait en cohérence entre ses paroles et ses actes, il aurait peut-être quelque chance de gagner un H majuscule également.
Cependant, pour rien au monde je n'échangerais la prestation de notre "poète byronien" devant l'assemblée de l'ONU défendant la position française, "vieux pays d'une vieille Europe", contre celle de son homologue américain, aussi convaincant qu'un représentant d'Afflelou cherchant à vendre sa camelote à un aveugle. Ni les sourires en coin d'Hans Blix contre la mine déconfite du directeur de la CIA de l'époque, juste derrière Powell.
Quant à l'efficacité de la diplomatie française, l'histoire jugera. Si l'étranger se résume à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, alors oui, notre diplomatie est difficilement lisible et pour cause, puisqu'elle s'oppose à celle de ces deux là. Je ne suis pas certain que ce constat soit valable dans le monde arabe par exemple, ou en Amérique du Sud, et ce bien avant le sinistre épisode actuel des otages (avec les débordements et limites de certains soutiens dont on se passerait volontiers, attention à l'effet boomerang comme le soulignait fort justement Alain Finkielkraut hier soir dans France Europe Express face à de Villepin).
Pour finir, une question Versac: qu'est-ce qui vous dérange le plus chez Villepin (car j'ai cru comprendre que vous n'appréciiez pas le personnage ni ses prises de positions)?
Rédigé par: krysztoff | 22 septembre 2004 at 22:07
krysztoff > Ce qui me dérange chez Villepin, et chez la diplomatie française en général, c'est qu'elle est profondément hypocrite, qu'elle dit ses grands idéaux et une ambition humaniste, pacifiste et gentillette, alors que ce n'est qu'un prétexte d'image, pour faire une basse realpolitik sans un soupçon d'ambition, et qui trahit constamment les idéaux qu'elle défend. C'est ce paradoxe qui m'énerve au plus haut point.
Je pense que la position française dans l'affaire irakienne est honteuse, car la France n'a pas laissé sa chance au multilatérialisme, a proclamé son "camp de la paix" en s'alliant avec les pires bouchers du monde, au prix de compromis difficiles à assumer, en niant tout débat sans le courage de faire respecter effectivement l'ONU. Et qu'elle n'a certainement pas tenu cette position au nom de grandes causes, mais au nom d'intérêts propres, contrairement à son discours.
Je pense que la France respecte trop le droit des dictateurs à disposer de leurs peurples et pas assez le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Confère le Darfour, la région des grands lacs, la protection de combien de disctateurs africains.
Je pense qu'elle tord ses positions soit-disant multilatérialistes (ce qui n'est pas un débat) dès que sont intérêt est ailleurs (cf. Haïti, Côte d'Ivoire).
Et j'en ai encore beaucoup à dire sur cette diplomatie si fière d'elle-même, et pourtant si piteuse (Rwanda, Darfour, Kosovo, qu'avons-nous fait pour aider ces peuples victimes ?).
Sur Villepin, je pense juste que c'est un personnage d'un autre âge, qu'il ne vit pas dans note monde. Et que ses écrits multiples et plutôt médiocres, confiés à des nègres peu compétents, sont certainement piteux, et un outil de communication pour construire un personnage. Ce bonhomme me semble dangereux s'il venait à avoir des responsabilités, et qu'il ne semble pas considérer la démocratie comme quelque chose d'utile (tradition du Quai, me direz-vous).
Rédigé par: versac | 23 septembre 2004 at 10:54