Mardi soir dans France europe Express, l'invitée était Anne Lauvergeon, rare cas de femme patronne, et personne plutôt intéressante et intelligente. Mais bref, juste quelques impressions.
On a un Cochet qui s'enfonce dans sa caricature et ne veut pas débattre de manière effective de ses alternatives. Son alternative au nucléaire, c'est "donnez-moi 300 milliards d'euros et trente ans, vous verrez". Peut-être faudrait-il se mettre à creuser un peu derrière ce slogan, qui, au passage, insinue que l'État a donné cette somme pendant ce temps au nucléaire, là où ce sont les clients d'EDF et d'Areva qui ont payé largement pour ceci.
Le porte-parole du réseau sortir du nucléaire (Stéphane Lhomme) a à mon sens plus fait contre sa cause que pour elle. En sortant par exemple un vieux fascicule de 1967 sur des pratiques douteuses de l'époque, il a offert un boulevard à Anne Lauvergeon pour qu'elle dise combien la filière nucléaire a changé dans ses pratiques. Je la crois plus volontiers que l'échauffé d'en face.
Un terme, encore, qui est revenu aussi cet après-midi dans "Là-bas si j'y suis" sur Inter (je sais, ça vous étonne que j'écoute le père Daniel de temps en temps) : business. Le Lhomme de SDN a sans cesse utilisé ce mot, "Areva faisant son business", "vous, madame, pendant ce temps-là, vous faites votre business"... Mermet aussi, sur le thème des sans-papiers, qui disait qu'on accordait plus facilement des papiers à ceux qui venaient faire du business. Je crois que voilà enfin la raison de la haine : le business (à prononcer avec une fote dose de mépris dans la bouche). Il n'est même plus besoin de dire le sale business.
Toujours de l'idéologie anti-nucléaire qui hurle au lobby (qui pousse son business), dont je ne comprends pas sur quoi elle se fonde (à part sur le mythe fondateur de la lutte anti-nucléaire, issue elle-même d'Hiroshima, et qui a été le ciment de la fondation des verts). On en revient toujours aux déchets, qui semblent être le dernier argument des anti. Qu'est-ce que vous faîtes de ces tonnes de déchets qui vont polluer la planète pendant 10.000 ans ? Je m'étonne qu'on puisse croire, alors qu'on a déjà des pistes envisagées de résolution, que les hommes vont laisser pourrir des trucs comme ça pendant un temps pareil. Ce serait oublier qu'il y a dix-mille ans, nous broutions de l'herbe en disant gnarf. Et puis, ces déchets, n'oublions pas qu'ils représentent un volume somme toute ridicule. [Paxatagore me signale qu'il y a aussi la question de Tchernobyl. Il faut à mon sens bien distinguer entre le nucléaire des nations civilisées, qui pratiquent la transparence totale et offrent une sécurité forte, et le nucléaire débridé des nations obscures...]
L'EPR m'a tout l'air d'une histoire ratée. Mais la question qu'un décideur doit effectivement se poser, c'est quelle alternative ? Et les enjeux de celle-ci ne me semblent pas clairement posés à chaque fois qu'on en parle. Je n'ai pas lu assez d'articles intelligents me disant la farouche nécessité de cette nouvelle génération.
Tout celà m'a fait penser à un ancien patron - tendance sociale - d'une belle boite industrielle (de celles qui ont formé BSN), qui, alors qu'il a maintenant près de quatre-vingt ans, me disait cet été qu'il espérait que j'aurais la chance de ne pas mourir avant d'avoir vu la fusion nucléaire en action. Je partage son enthousiasme. J'aimerais voir ça : la fusion, l'énergie des étoiles. Quand on voit cette sonde qui part sur la lune avec de l'énergie ionique, on se dit que l'homme a quelques réserves pour avancer. Cet optimisme scientiste, cette confiance dans les capacités de l'homme n'a plus bonne presse. Mais je ne veux pas me contenter d'un discours exclusivement mathusien, réduisons notre consommation par deux et installons des éoliennes (et on fait quoi dans cent ans, quand on sera 15 milliards ?).

L'attitude de Stéphane Lhomme vis-à-vis de Anne Lauvergeon m'a beaucoup choqué. "Coupable !", "Vous tuez des Noirs au Niger !", "Vous racontez des salades". Il a complètement discrédité son mouvement.
Quant au fait que nous serons 15 milliards dans 100 ans, il ne suffira pas en effet de diminuer notre consommation énergétique et d'installer des éoliennes. Déjà à 6 milliards nous utilisons nos resources naturelles plus vite que notre planète ne les régénère. Et puis le problème de l'énergie n'est pas le seul, ni amha le plus important. La nourriture et l'accès à l'eau potable me semblent beaucoup plus critiques. Nos réserves halieutique sont déjà surexploitées. Les pays où est attendue le plus fort accroissement de la population, les pays du tiers-monde, sont ceux qui ont déjà des problèmes avec l'accès à l'eau potable.
Un autre problème est que la société actuelle est une société de consommation outrancière. Tout est fait pour que nous consommions toujours plus. La durée de vie de nos produits est toujours plus courte. Un exemple : les lave-linge d'il y a 30 ans pouvaient durer 15-20 ans ; maintenant, on peut s'estimer heureux s'il dépasse 8 ans sans incident. Il en va de même pour tout l'électroménager, l'outillage... Je possède une perceuse que mon père avait lorsqu'il était jeune, elle est littéralement "increvable". De nos jours, on ne voit plus beaucoup de matériel garanti à vie. Cela va à l'encontre des intérêts industriels.
Il faut stopper ces excès, modérer notre consommation, limiter notre population galopante. Il y avait 1 milliard d'individus sur la planète en 1850, nous serons 15 milliards en 2100. Est-ce bien raisonnable ?
Rédigé par : Trak | 18 novembre 2004 à 02:12
Un élément pour le débat : c'est l'explosion de la centrale Tchernobyl. (Je précise très explitement : je n'entend pas me situer pour ou contre dans ce débat, je voulais juste rappeler l'existence de cet évènement important que Versac a semble-t-il omis).
Rédigé par : Paxatagore | 18 novembre 2004 à 08:08
merci pour ce post équilibré.
Cela me fait penser que les dirigeants écologistes (français) sont d'une conformisme redoutable, comme les dirigeants de gauche.
On reste sur des arguments du siècle derner (pardon du milennaire). Plutôt que de "gueuler", il faut se retrousser les manche et il y a du boulot.
Rédigé par : laurent bervas | 18 novembre 2004 à 10:38
Je me permets d'ajouter 2 éléments sur le nucléaire:
1. La puissance d'un lobby ne peut être mesurée que relativement à ses lobbys concurrents. Par exemple, le lobby du nucléaire (50 000 emplois en France, en comptant les cantines des centrales) doit être comparé au lobby du pétrole, qui a la capacité d'envoyer l'US Army combattre au Moyen-Orient. Ce n'est plus David contre Goliath, c'est un moustique contre la bombe H. On peut conclure en affirmant qu'il n'y a pas de lobby du nucléaire.
2. Le nucléaire d'aujourd'hui n'est PAS une énergie d'avenir. Nous avons moins de 100 ans de réserves d'uranium avec la conso actuelle, qui est ridicule au niveau mondial. Une seule solution, le progrès technique (fusion, retraitement Superphenix). Et donc il faut relancer le débat "Stop ou Encore".
Rédigé par : Paul | 18 novembre 2004 à 10:38
je serais plus sceptique que toi Versac, mais je t'accorde que l'hystérie des verts sur ce sujet les discrédite complètement...
tu es un indécrottable optimiste (c'est une qualité) mais on ne peut pas dire non plus que le nucléaire ne pose aucun problème...
on ne peut pas dire comme cette récente et ridicule ministre de l'environnement que "nous trouverons des solutions dans le futur"...
peut-être que nous trouverons des solutions pour que les déchets ne durent pas aussi longtemps que 10 000 ans, mais pour l'instant rien n'est sûr. Je ne suis pas assez au fait de la question, mais des entreprises comme Areva, quel pourcentage de leur chiffre d'affaire consacrent-elles à cette recherche là?
De plus tu parles de Nations civilisées pratiquant la transparence : ce qui me gêne là dedans c'est que le temps des déchets (10 000 ans) n'est pas le temps de l'Histoire humaine...si bien que, on pourrait très bien imaginer que la France dans 100 ans d'ici, soit devenue une dictature, ou un pays tellement pauvre qu'il est incapable d'entretenir ses centrales nucléaires (c'est ce qui est arrivé à Tchernobyl, non?)...
enfn je trouve que tu passes un peu vite sur l'exemple allemand, qui est sorti du nucléaire en douceur, qui a développé les énergie non polluantes, qui ne pollue pas plus que la France et qui n'a pas de problèmes énergétiques particuliers...(incidemment l'exemple allemand pose la question de l'utilité du nucléaire et surtout du ratio bénéfices/risques)
voilà...ces réflexions juste pour lancer le débat...
Rédigé par : jean-sébastientien | 18 novembre 2004 à 10:47
> Le nucléaire d'aujourd'hui n'est PAS une énergie d'avenir.
100% d'accord mais c'est à mon avis la seule pour les prochaines années. Je rève (et je pense que cela va bientôt arriver) que l'on développe un moteur à hydrogène mais en attendant il vaut mieux arréter avec le pétrole.
> l'exemple allemand,
sans en être certain, il me semble qu'ils nous achètent de l'energie électrique (nucléaire)...
Rédigé par : laurent bervas | 18 novembre 2004 à 11:01
JS : il y a dans ce que tu dis du juste, mais pas partout.
Evidemment, le problème des déchets, c'est leur durée de vie, qui dépasse notre vision de l'histoire. C'est un problème à traiter, pas un motion d'irrecevabilité. Mais dire non sous ce simple prétexte, et oublier les progrès effectués en cinquante ans de vie du nucléaire civil, c'est être vraiment d'un pessimisme ahurissant.
Et ce catastrophisme du 'on ne sait pas ce qu'on deviendra' ne devrait-il pas s'appliquer aussi à d'autres choses (les armes, les armées, les missiles, les voitures, les explosifs...) ? Pourquoi ne l'utilise-t-on que pour le nucléaire ?
L'exemple allemand : l'Allemagne n'est pas -encore- sortie du nucléaire. Elle a voté (au parlement), car c'était le deal de la plate-forme Verts/SPD, une sortie progressive du nucléaire, qui n'est pas faite et reste difficile à gérer. Elle risque de se traduire par un recours supplémenaire aux énergies fossiles (et donc problèm avec les émissions de CO2, et le respect du protocole de Kyoto), soit une importation de l'électricité française (nucléaire). Un peu "Nimby" comme phénomène...
Ceci-dit, on a beaucoup à apprendre de l'Allemagne pour favoriser les énergies renouvelables par ailleurs. Je ne pense pas que ce soit exclusif.
Rédigé par : versac | 18 novembre 2004 à 11:34
Les éoliennes sont très laides et tuent les oiseaux!
Rédigé par : Tlön | 18 novembre 2004 à 11:42
Merci ô Tlön de tes précieux éclairages !
Rédigé par : versac | 18 novembre 2004 à 11:45
Laurent :"Et ce catastrophisme (...) Pourquoi ne l'utilise-t-on que pour le nucléaire ?"
Je pense qu'on peut dire de manière quasi certaine que dans 10000 ans, nos voitures seront réduites à l'état de poudre inoffensive, ce qui n'est pas le cas des déchets.
Il ne s'agit pas de catastrophisme pour moi mais bien d'un vrai problème : quelle civilisation a duré 10000 ans ? Aucune. Et que penseront les archéologues du futur en tombant sur notre plutonium ?
En attendant, je pense qu'il faut savoir être pragmatique et accepter d'utiliser encore un peu le nucléaire en attendant mieux. Ma seule vraie inquiétude est que le nucléaire n'absorbe pas tous les crédits voués à la recherche d'énergies propres.
Et les éoliennes sont peut-être laides mais souvenons nous qu'en cas de besoin, on peut les démonter sans dommage en moins d'une semaine, quelle autre source d'énergie propose la même chose ? (oui, le solaire dans certains cas).
Rédigé par : M_Spock | 18 novembre 2004 à 11:58
Juste une petite remarque sur le cas Tchernobyl, présenté comme "nucléaire débridé des nations obscures" par opposition au nucléaire transparent et très sécurisé des "nations civilisées". La Russie comme "nation obscure", c'est peut-être un peu excessif, et de plus, il y a aussi eu des incidents, voire des accidents alarmants dans les stations nucléaires de "nations civilisées", Three Mile Island aux US notamment, mais la France et le Japon tout récemment ont aussi eu des frayeurs.
Enfin bon, avant qu'on arrive à faire tourner les ordinateurs au jus de betterave, le nucléaire reste une source d'énergie à considérer!
Rédigé par : Damien | 18 novembre 2004 à 12:35
@jean-sébastien: Le parlement Allemand (et non la population par référendum) a voté pour une sortie du nucléaire, mais rien n'a vraiment été fait.
Dans l'émission d'Ockrent, le ministre allemand (je ne sais plus ce qu'il était exactement, un type de poids en tous cas) a reconnu que la sortie risquait de ne pas se faire, étant donné le manque d'alternatives, et que l'opinion publique avait troqué la crainte du nucléaire contre la peur de l'effet de serre.
Pour la question du supposé "lobby" du nucléaire, un point de vue éclairant est celui de Jean-Marc Jancovici, qui montre que les lobbys du pétrole et de la chimie sont autrement plus réels, cf en bas de la page http://www.manicore.com/documentation/articles/idee_nucleaire.html . A noter qu'il y a beaucoup à apprendre de ses articles sur l'énergie; je me demande si Mr Lhomme a lu ce genre d'article, à mon avis il aurait grandement intérêt.
Rédigé par : Olivier J | 18 novembre 2004 à 13:18
Tchernobyl était une catastrophe, évidemment, mais même dans le cadre du bordel soviétique et de l'incurie de la gestion russe des centrales, même dans le cadre des manquements à la sécurité des centrales occidentales (Three Miles Island, Sellafield...), le danger du nucléaire civil est circonscrit à de très rares accidents.
Pour moi, en sursimplifiant, l'angoisse liée au nucléaire vient essentiellement de l'assimilation de cette technologie aux questions militaires et à la crainte de ne pas pouvoir gérer les déchets à long terme. Le problème, comme dit l'autre, c'est qu'à long terme tout le monde sera mort. Mais à très court terme, ce sont les énergies fossiles qui posent problème. Le réchauffement de la planète, la fonte des glaces, aux pôles ou dans les massifs montagneux, c'est tout de suite. Les problèmes de pollution et leur impact sur la santé publique, c'est maintenant. L'instabilité politique internationale qui découle de la situation géographique de la majorité des gisements, c'est aussi un problème actuel.
Est-il préférable de démolir la planète dans les années qui viennent à cause de l'impact négatif du pétrole, plutôt que de prendre le risque de développer des méthodes de stockage ou de réutilisation des déchets nucléaire (dans le cadre d'un durcissement extrême du contrôle de la sécurité)?
Moi, je préfère jouer la carte du nucléaire, tout en stimulant les énergies alternatives renouvelables. Les Norvégiens, qui ont du pétrole, ont d'ailleurs plus d'éoliennes que nous. Et les Allemands, qui ont moins de soleil que nous, ont davantage de panneaux solaires. Alors même si Cochet a raison de dire qu'on ne pourra pas propulser des voitures avec du nucléaire (oubliant au passage qu'on peut les faire marcher à l'électricité!), entre le nucléaire et les énergies renouvelables, on doit pouvoir trouver un équilibre permettant de réduire la dépendance au pétrole et, partant, la pollution.
Rédigé par : Hugues | 18 novembre 2004 à 14:27