Comment ne pas parler ici aujourd'hui, de la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU à Nairobi, pour traiter de manière spécifique de la question du Soudan ? Les media français nous ressassent que c'est la quatrième fois que ledit conseil se réunit hors de New York. Evénement notable, donc. Mais que peut-on en espérer ? La situation est-elle grave ?
D'abord, le conseil se déplace pour avancer encore dans la paix du conflit Nord-Sud. Rappelons que c'est un des conflits les plus meurtriers de la période récente (plus d'un million de morts), et qu'il est - relativement - pacifié et en période de négociation depuis déjà quelques années. Espérons que ce déplacement du CS permettra d'avancer encore dans la pacification et la résolution des soucis graves qui laissent toujours planer l'impression qu'un redémarrage est possible.
Ensuite, le conseil (et Kofi Annan) continue d'appeler les parties au conflit du Darfour à la paix et à la sécurisation des populations. Des appels de plus en plus forts. Des termes repsonsabilisants de Kofi Annan : "Quand des crimes à cette échelle sont commis, et quand un pays souverain apparaît incapable de protéger ses propres citoyens ou non décidé à le faire, une lourde responsabilité pèse sur la communauté internationale, particulièrement sur ce Conseil".
Mais quels actes ?
Rappelons le dernier acte du conseil : la résolution 1564 (PDF) du 18 septembre 2004, suite à la 1556 (PDF) du 3 juillet (et à la 1547 du 11 juin, et la 1502 du 26 août 2003...). Le conseil de sécurité s'y déclarait gravement préoccupé par le fait que le Gouvernement soudanais ne [se soit] pas pleinement acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de la résolution 1556. Il mettait une pression importante, plus forte encore que dans la précédente, et, pour la première fois, exigeait (terme nouveau) l'arrêt des actions violentes par les groupes armés. Il décidait de la création d'une commission d'enquête sur la nature des crimes. Il menaçait enfin, s'il n'y avait pas de progrès dans la mise en oeuvre de ces résolutions, de l'application de l'article 41 (soit les mesures autres que celles impliquant l'emploi d'une force armée), sans ultimatum, évidemment.
Cette fois-ci, que peut faire le conseil de sécurité ? Pendre une nouvelle résolution. Ce serait sans doute la 1573. Et que dirait-elle ? J'ai failli en rédiger une hypothétique pour voir si j'étais dans le vrai. Elle chargera encore un peu plus les termes, passera de plus en plus de demande à exige, et, pourrait au mieux fixer un ultimatum (mais je n'y crois plus, trop de parties y sont opposées) avant l'application de sanctions de l'article 41. On n'en espère pas plus. Pendant que 70.000 personnes ont été tuées, et sans doute beaucoup plus mortes de faim et de maladies, on préfère prendre le temps de l'action diplomatique progressive, sans contraintes engageantes.
Bref, on n'a plus qu'à compter les morts. Attendre les suivants. Comment croire que ce status-quo diplomatique soit possible ?
[Editorial du WaPo, dossier à la unedu WaPo hier - gratuit, inscription nécessaire]
[Passion of the present, toujours]

C'est de cette impuissance que ce nourissent les tyrans.
C'est de cette impuissance que les néo-conservateurs tirent argument.
Rédigé par : socdem | 19 novembre 2004 à 01:56
La période actuelle est quand même rude pour tous ceux qui souhaitent l'ingérence. L'action militaire seule, comme les américains en Irak, ne fonctionne pas; l'interposition militaire sous mandat de l'ONU ne fonctionne pas, cf France en Côte d'Ivoire; l'absence d'intervention et le bavardage onusien ne fonctionne pas, cf Darfour. Ces circonstances font que le statu quo diplomatique va rester. Les pays susceptibles d'intervenir sont en overstretch et ont d'autres priorités (France, GB et USA). Je ne veux pas être pessimiste, mais on voit mal quoi faire. Il fut un temps ou on pouvait ne pas être informé des terribles misères du monde; aujourd'hui on est informé, mais pas plus capable d'inflechir celles-ci.
Rédigé par : alexandre delaigue | 21 novembre 2004 à 13:39
Ne croyez vous pas que l'intervention suit plutot le besoin de pres ? cela n'est qu'une question d'intêret. quand au savoir, tous ceux d'entre nous qui veulent réellement s'informer au dela des clichés racoleurs, vendeurs et impuissants de la presse le peuvent, biensur cela prend du temps. Je rentre de chevauchée au Darfour, rien de ce que j'ai pu consigner dans cettte région que je connais bien ne correspond aux collones des reporters, à croire qu'ils n'écrivent et photographient que pour pouvoir dire y avoir été. nous reparlerons des chiffres dans quelques années, ceux des cimetières, des budgets d'urgence, des armements, et surtout des tonnes de matières brutes exploitées par les acteurs discrets de l'horreur dans le plus grand dédain des victimes de tous camps qu'ils pleurent eux même à coup de résolutions quel cynisme !
Rédigé par : Claude Iverné | 23 novembre 2004 à 18:38