Une éxécution n'en vaut pas une autre. Quelques liens pour bien comprendre qu'il ne faut pas mettre en parallèle le meutre de Margaret Hassan (volontaire humanitaire prise en otage) et la mort du combattant irakien achevé par un Marine.
D'abord, Kevin Sites, le reporter embedded qui a filmé l'éxécution sommaire d'un combattant blessé par un marine, s'explique sur ces images et leurs circonstances, sur son blog.
François Brutsch, du blog un swissroll, revient dans la Tribune de Genève sur la mise en parallèle des deux morts, par le président du CICR (la croix rouge). Honteux, plus qu'honteux. Emmanuel indique d'ailleurs dans les commentaires de ce billet un éclairage passionant et très juste, en anglais, d'Owen West et Philp Carter, dans Slate. En substance, l'acte du Marine était une tragédie, pas une atrocité, et sans doute pas un crime de guerre.
C'est pourtant simple de ne pas confondre ces deux histoires, non ?
Celà évoque pour moi une histoire qui n'a qu'un lien ténu avec celle-ci. Mon grand-père a été déporté à Buchenwald pendant seize mois. A la libération du camp, l'organisation interne de résistance du camp a ratissé les environs pour retrouver des SS éparpillés. Question d'honneur de ces hommes pesant à peine 35 kilos que de se libérer par eux-mêmes. Honneur parfois teinté d'un sentiment de vengeance. Il y eut quelques combats. C'était la guerre. Alors que mon grand-père revenait avec sa patrouille ayant fait quelques prisonniers SS, un des résistants lui confia "celui-là, je vais me le faire, je l'ai vu flinguer tellement de monde de sang froid". Ce à quoi mon grand-père lui répondit en substance : "Hors de question. Ces gens sont des prisonniers. Ils seront jugés. Ce n'est pas à toi de le faire." Après avoir vécu un an et demi dans l'enfer d'un camp.
Il y au cas d'espèce trois catégories de gens. Les SS, les irréprochables, et nous tous. Attention à ne pas confondre. Je sais où je mets le meurtrier de Margaret Hassan, et je sais que le Marine n'est finalement que comme nous tous.

Je ne sais pas si tu peux changer le titre d'un billet, mais je suis chatouillé par l'accent initial, c'est "exécution" .
Cordialement.
Rédigé par : Olivier J | 26 novembre 2004 à 15:13
Ce que j'aime, entre autres mille choses, chez Versac, c'est qu'après s'être excusé de ne pas avoir le temps de faire des billets, il nous en pond coup sur coup deux parmi ses meilleurs.
Je me rallie à ta position sur ce dernier point.
Rédigé par : Eolas | 26 novembre 2004 à 16:15
Je ne mets pas ces 2 morts sur le même plan.
Mais je mets ces 2 histoires au même niveau.
Quitte à livrer un poncif, je tiens à celui-ci :
une guerre c'est de l'horreur pure et rien d'autre. Ca n'est que des morts, de la chair et du sang, des atrocités de tous les côtés, de l'odeur de charogne, de la haine incontrôlable, du malheur pour plusieurs générations.
Il n'y a pas de guerre honorable, pas de guerre propre, pas de guerre juste.
Rédigé par : LaVitaNuda | 26 novembre 2004 à 19:33
Le CICR se doit de ne pas recourir au relativisme moral. Le communiqué du CICR condamne ces deux actes, à savoir l'assassinat d'une prisonnière entravée et l'assassinat d'un blessé grave. Les actes sont indisputables et condamnables, et ce sans préjuger ni de la personnalité reconnue ou supposée des victimes, ni du statut des assassins, qui sont indépendantes de l'acte.
Si un insurgent avait abattu à bout portant un GI blessé, je pense que ni Jean-François ni vous-même n'auriez été choqués par le communiqué de condamnation du CICR.
Zeyad, un Iraquien pro-américain, a une vision bien plus juste de l'événement: "J'ai entendu toutes les justifications de l'appareil militaire US; les insurgents piégeaient leurs morts et leurs blessés, le soldat était perturbé, il avait eu une dure journée, etc. Aucune ne tient la route. C'était un acte vil et détestable, un crime de guerre, purement et simplement. Cet homme était peut-être un combattant étranger, une bombe vivante potentielle, un tueur d'enfants, n'importe quoi, mais peut-être aussi un civil blessé dans une bataille et qui s'était réfugié dans une zone qu'il pensait être plus sûre..."
Rédigé par : Damien | 27 novembre 2004 à 19:19
Damien: on peut à la rigueur condamner les deux actes, on ne peut pas sérieusement les mettre sur le même plan (et c'est là qu'est le relativisme moral du CICR). Il y a des degrés dans l'homicide, comme on le sait par les séries américaines; en français on distingue par les termes, et "assassinat" est le type le plus fort, défini en le droit suisse, p.ex. comme le fait de tuer "avec une absence particulière de scrupules, notamment si (le) mobile, (le) but ou (la) façon d’agir est particulièrement odieux". Cela s'applique manifestement à ceux qui ont tué Margaret Hassan mais nullement au Marine qui a tué un combattant ennemi blessé dans les circonstances décrites par Sites et fort bien analysées par West et Carter.
Rédigé par : Francois Brutsch | 28 novembre 2004 à 13:24
François: il y a certes des degrés dans l'homicide. Toutefois, ayant vu l'enregistrement de Sites et lu son compte-rendu, je maintiens que l'usage du terme d'assassinat par le CICR est justifié. Le soldat a agi avec l'intention de donner la mort, c'est donc un homicide volontaire. Je trouve comme Sites qu'il a agi avec une absence particulière de scrupules, jugeant que le blessé faisait semblant d'être mort, ce qui ne me semble pas un motif suffisant pour l'abattre. Sites fait aussi remarquer que l'homme abattu était immobile, désarmé, souffrait de blessures récentes, ne disposait pas de couverture susceptible de masquer une arme ou un explosif. Je trouve personnellement que l'abattre à bout-portant dans ces conditions est une façon d'agir qui est particulièrement odieuse.
Comme le CICR le souligne, ces deux actes témoignent d'un total mépris pour la vie humaine. On peut bien sûr considérer des circonstances atténuantes dans le cas du Marine, elles ne changent malheureusement pas la nature abjecte de ces meurtres.
Il faut relire la Convention de Genève III. Une lecture des trois premiers articles de cette Convention, dont le CICR s'est engagé à contrôler le respect, suffit pour montrer que les deux assassinats évoqués dans le communiqué sont des contraventions indiscutables aux lois de la guerre, qui
sont simples, claires, et ne font appel ni à un quelconque degré de crime, ni à une considération morale des crimes.
C'est en s'abstenant de toute considération morale sur les protagonistes que le CICR a pu faire bon gré mal gré son travail depuis sa création et je trouve malvenu de le leur reprocher.
Rédigé par : Damien | 29 novembre 2004 à 01:18
Damien : certes, l'acte du marine est odieux. Il est aussi à placer dans un contexte de bataille, comme le dit Sites, et de tension forte, qui est celle des combats. Le Marine pouvait ne pas avoir tous ses moyens, et évacuer de cette manière, abjecte certes, celle-ci.
La différence tient quand même beaucoup
- aux circonstances : un assasinat de sang froid, avec objectif de terroriser la population, avec prise d'otage, et dans un procédé barbare ; contre un meutre commis dans la précipitation, en pleine zone de combats, dans la tension de ce moment.
- aux objectifs : dès que le marine se rend compte de ce qu'il a fait, il nie, il s'excuse. Il se rend compte de son acte. Les terroristes, eux, commettent l'acte pour s'ne glorifier par la suite et l'exploiter dans leur guerre. Le Marine sera jugé.
Tu ne peux pas faire croire que l'acte du marine est un acte de barbarie, commis de sang froid.
Enfin, je ne critique pas le fait que le CICR condamne ce crime, ùais le fait qu'il assimile les deux affaires. Evidemment, le marine sera jugé, et sans doute condamné. Il semble bien avoir failli. A un tribunal de décider. Mais qu'ont à voir ces deux choses ? Ce relativisme moral, où tous les méchants et toutes les morts se valent, est franchement odieux.
Rédigé par : versac | 29 novembre 2004 à 10:27
Merci M. Versac pour votre billet au ton eminemment juste. Precisons que la mise en parallele faite par le CICR l'a ete aussi par une grande partie de la presse en France, au moins implicitement, ce qui est donc, comme dans ta derniere reponse, toujours aussi odieux.
Mais c'est dans l'air du temps ...
Rédigé par : Tof | 29 novembre 2004 à 12:13
Tout à fait d'accord : ce soldat doit être jugé. Point final. C'est à un tribunal compétent de juger avec les faits exposés. Il est complètement innocent avant tout verdict. Et ceci prend en compte le droit à la défense de ce soldat et des conditions -particulières - de cet accident.
Mais je reste perplexe : comment et qui peut, de manière transparente, juger tout ce qui se passe en ce moment là-bas. Pour une action comme celle-ci relayée par la presse, combien d'exactions cachées, oubliées, enterrées ?
Je pense qu'il faudrait des moyens énormes pour gérer cette situation sur le plan du simple droit, et on doit certainement finir hors budget à mon avis (et hors volonté).
Enfin, la justice peut parfaitement gérer le cas de ce soldat mais qu'en est-il des actes abjectes commis par les terroristes ? Quelle code de sanctions peut bien s'appliquer quand il n'existe pas de mots pour décrire leurs barbaries ?
Rédigé par : Jérôme | 30 novembre 2004 à 05:28
Pour finir, moi qui vis aux USA, j'ai une presse complètement engagée ici et qui propose bien peu de contre-opinion. Mais j'ai l'impression que la presse européenne en fait de même : les américains ont systématiquement torts quoiqu'il arrive.
Alors voilà, je lis des journaux américains, je lis les compte-rendus dans la presse française sur internet et je me fais ma propre opinion. La vérité/réalité devant se trouver au croisement de ces deux extrêmes.
Rédigé par : Jérôme | 30 novembre 2004 à 05:33
Versac: ce que tu reproches au CICR, c'est de présenter "implicitement" les deux meurtres comme étant moralement équivalents, puisqu'ils sont dénoncés dans la même phrase, sans que le CICR souligne les différences morales sous-jascentes. En fait, tu aurais souhaité que d'une façon ou d'une autre, le CICR prenne en considération l'aspect moral comparé des protagonistes. Ta position est compréhensible, mais je crois que tu perds de vue le fait que c'est précisément ce dont le CICR doit se garder sous peine d'être discrédité. Contrairement à ce voudrait faire croire François, le CICR ne s'intéresse qu'aux faits et si le CICR met en parallèle ces deux meurtres, c'est parce qu'ils représentent tous deux une violation factuelle indiscutable de l'article 3 de la 3ème Convention de Genève. Que le CICR s'engage sur le terrain miné des comparaisons morales et il serait immédiatement perçu par au moins l'un des protagonistes comme ayant pris parti contre lui, ce qui scellerait définitivement l'incapacité du CICR à intervenir de façon indépendante sur le terrain.
D'autre part, je m'insurge contre l'attitude qui consiste à minimiser, taire ou nier les entorses aux Conventions de Genève sous prétexte qu'elles ne représentent sans doute que des événements isolés et qu'elles ont lieu dans le cadre d'une action menée dans un but "moral". Les terroristes qui exécutent les otages comme Margaret se soucient des Conventions comme d'une guigne mais je note aussi que les US sont loin de les respecter en tout temps et en tous lieux, et certaines des violations sont graves et délibérées, comme le fait de bloquer la distribution d'eau et l'accès aux soins (destruction ou fermeture des dispensaires, cliniques et hôpitaux). On sait aussi, notamment par Sites, que l'assaut sur Fallujah a été réalisé en mode "weapons-free" (tout ce qui bouge est considéré comme hostile) dans lequel la distinction entre civil (non armé) et guérilla (armé) n'existe pas.
Pour en revenir plus précisèment à tes derniers commentaires, quelques points. Margaret Hassan a été exécutée par balle, non pas décapitée. D'autre part, je doute que tu aies vu la vidéo de Sites ou lu en détail son compte-rendu; la situation peut difficilement être qualifiée de situation de combat dans la mesure où seuls les Marines étaient armés et ont fait feu, un tank a d'abord arrosé la mosquée, ensuite un groupe de Marines est entré et a fait feu sur les cinq blessés désarmés la veille qui s'y trouvaient, en tuant un et infligeant de nouvelles blessures à trois autres. Ces Marines sortent et croisent le groupe rentrant dans lequel se trouve le reporter... Le meurtre n'a pas vraiment été commis dans la précipitation. Enfin, d'après Sites lui-même, ce n'est pas quand le Marine se rend compte de ce qu'il a fait que son comportement change, c'est quand il se rend compte de la présence de Sites qui intervient parce qu'il craint qu'un autre blessé ne soit en passe d'être abattu par deux autres Marines.
Je considère que l'acte du Marine était un acte de barbarie (par opposition à acte civilisé), même si on peut contester qu'il ait été fait de sang-froid. De toute façon, un tel acte reste barbare même dans l'ivresse/stress du combat. Pour conclure, tu dis que ce Marine sera jugé, c'est vrai, mais ça n'efface pas l'horreur! Et comme le souligne Jérôme, "pour une action comme celle-ci relayée par la presse, combien d'exactions cachées, oubliées, enterrées?" Parce que si il y a une chose dont je suis sûr, c'est que si l'armée US ne cautionne pas ce genre de comportement, en tout cas, comme toutes les armées du monde, elle cherche à les étouffer.
Rédigé par : Damien | 01 décembre 2004 à 03:29
Pour info et en matière de conclusion, CBS News a annoncé mercredi 23 février 2005 que le marine ne serait pas jugé. Les enquêteurs militaires ont considéré qu'il ne disposaient pas d'assez d'éléments pour engager un procès. RIP
Rédigé par : Damien | 24 février 2005 à 11:12
Damien : merci d'effectuer le suivi de cette affaire. Je regrette vraiment que ce procès n'ait pas lieu.
Rédigé par : versac | 24 février 2005 à 11:30