Jérôme Jaffré a publié une tribune, La sinistrose à la française, dans le Monde daté du 5 février. Voilà son analyse principale :
Il est encore plus frappant de relever sur le long terme que l'humeur des Français n'est pas la même quand la gauche gouverne ou quand la droite est aux affaires. Ainsi sous le gouvernement Raffarin, la proportion de Français qui estiment que "les choses ont tendance à aller plus mal" est en moyenne depuis mai 2002 de 69 % ; sous le gouvernement Juppé de 1995 à 1997, elle était de 71 %. De l'autre côté de l'échiquier politique, la proportion n'était que de 53 % de 1997 à 2002 sous le gouvernement Jospin ou encore, pour remonter plus loin dans le temps, de 48 % sous le gouvernement Rocard de 1988 à 1991.
[...]
La droite cultive la posture inverse de la gauche : quand celle-là met l'accent sur l'amélioration des choses au risque de susciter impatience et revendications, celle-ci provoque l'inquiétude pour justifier ses réformes et son utilité, au risque de plonger le pays dans la morosité et l'abattement.
La démonstration ne s'appuie par sur une méthode sérieuse : il passe sous silence des périodes importantes, comme 91-93 et 93-95 ou les périodes avant 88. On peut gager que ce sont les périodes qui fausseraient l'analyse. En outre, on voit bien un tropisme du sondeur : un économiste vous expliquait ça par la croissance et les grands indicateurs d'activité (question à mes économistes préférés : y-a-t-il corrélation entre indicateurs économiques - croissance, emploi... et moral des ménages ?), un psychologue par le taux de dépressifs, un historien par les cycles historiques ou un météorologue par le climat.
Si on évacue cette méthode bancale, l'analyse serait séduisante. La gauche promet des horizons qui chantent et des progrès sociaux, tandis que la droite s'appuie sur des menaces exogènes pour faire passer des réformes difficiles. Cette vision est cependant un peu exagérée. C'est surestimer le pouvoir du politique dans la création de bien-être ou de moral chez les individus. Quand Jaffré rappelle que 74% des sympathisants UDF n'ont pas le moral puisqu'"il est vrai que François Bayrou le leur répète tous les dimanches", c'est profondément surestimer le poids de la parole du patron de l'UDF sur ses sympathisants. Pourquoi ne pas souligner que 61% des sympathisants de droite n'ont pas le moral malgré les injonctions de leur premier ministre à adopter la positive attitude ?
Non, j'y vois une crise plus large, donc, pour la raison que souligne Jaffré dans son article : ""Les Français, écrivent-ils [les préfets], ne croient plus en rien[entendez dans la représentation politique, qui est tout]. Ils estiment que ce n'est plus la peine de tenter de se faire entendre." Il y a là l'aveu que le circuit démocratique en France fonctionne mal.". Un renoncement, une crise de confiance dans le politique, qui n'apporte pas de réponses adaptées à un monde qui change et sur lequel la collectivité n'a plus de maîtrise.
Ce qui est souligné, c'est le décalage entre les peurs des français et l'offre politique, de gauche comme de droite, qui est celle de la continuité d'un modèle de gouvernement dont les citoyens savent bien qu'il est inadapté au monde moderne. C'est aussi le décalage entre le discours du nanny state (ne vous inquiétez pas, on s'occupe de tout, notre priorité : l'emploi, l'emploi, l'emploi) et la réalité, qui ne change pas.
Ce qui est souligné aussi, et là, je serai d'accord avec Jaffré, c'est que, face à cette France inquiète, l'autisme absolu du gouvernement et son absence de proposition claire et positive n'aide pas à avoir confiance.

A moins que la droite passe son temps a corriger vos erreurs !
Rédigé par : fabrice | 08 février 2005 à 17:48
tiens, tu es identifié à gauche versac! (pourtant rien ne dit quoi que ce soit sur ta couleur politique dans ce billet, du moins il me semble)...
Rédigé par : jean-sébastien | 08 février 2005 à 19:00
je dis ça à cause du "vos" bien sûr...
Rédigé par : jean-sébastien | 08 février 2005 à 19:01
Autisme ? Raffarin serait-il un demeuré ? Au sens philosophique. La réponse sur une de mes notes
Rédigé par : Fulcanelli | 08 février 2005 à 19:31
JS et fabrice : ce qui est en effet étonnant, c'est qu'on me classe volontiers à gauche ou à droite, pour me rejeter ce type d'arguments.
Il me semblait que, dans ce billet, je tempérais plutôt la position de Jaffré, qui, lui, est à gauche et ne le cache pas dans son analyse très partiale !
Rédigé par : versac | 09 février 2005 à 09:49
C'est sans doute à cause du lien vers DSK que tu es étiquetté à gauche par ce passant partial... Que n'as-tu mis al1 jup !
Rédigé par : Damien | 09 février 2005 à 10:26
Sur le lien confiance/croissance/consommation. Sur la moyenne durée, la corrélation est indéniable. Mais elle joue dans les deux sens (la croissance améliore le moral des individus, qui sont en retour incités à consommer et à investir, entretenant un cercle vertueux - et vice versa). On est bien avancé.
Sur le court terme, l'analyse se brouille. Par exemple, on constate que les indicateurs du moral des ménages aux Etat-unis sont de très mauvais indicateurs avancés des dépenses de consommation. Je suppose que le même constat pourrait être fait pour la France.
Autre chose : ce qui me frappe, dans le texte de Jaffré (qui reste intéressant, même s'il n'est pas totalement convaincant), c'est la facilité avec laquelle on pourrait retourner l'analyse. Du style, pour paraphraser les pages opinion du Figaro : la gauche agite le spectre de l'ultralibéralisme pour défendre un système vieillissant, la droite envisage une France qui se tourne vers l'avenir et s'adapte aux enjeux du monde moderne. Vision évidemment caricaturale, mais à peine plus que celle de Jaffré.
Je me demande d'ailleurs si la corrélation moral/droite ou gauche au pouvoir ne disparaît pas une fois corrigé des effets de la croissance.
Rédigé par : Emmanuel | 09 février 2005 à 10:45
Il nous reste deux jours pour des élections anticipées pour faire gagner la France face au TOgo ! Vite !
Rédigé par : Sutehan | 21 juin 2006 à 00:19