En fait, je n'ai jamais compris Villepin, et, là encore, je ne le comprends pas vraiment.
Il nous sort qu'il faut donc "défendre la France et ce qui est français", thème cher aux internationalistes de tout poil. Bon, on passe sur la notion de défense, dont on sait qu'elle est une moins bonne stratégie que l'attaque. On passe aussi sur la réthorique de compétition entre les peuples, dans le domaine économique, dont Krugman nous a révélé qu'elle était, au moins en partie, un mythe facile, qui aide à vendre des politiques économiques dispendieuses, en développant un climat assez nauséabond. Patriotisme et défense, les deux mamelles de la peur de l'étranger et du repli sur soi... Enfin.
Ce qui ne me surprend guère, c'est que Villepin, comme toujours, a de grands mots, mais ne va pas loins dans les faits. Comment, donc, défendre la France ? Relancer l'industrie des baïonnettes et des fleurs au fusil ? Construire une ligne maginot ? Non. Appliquer le principe du pays d'origine, transformé pour l'occasion en un généreux principe de récriprocité. Ton droit est meilleur que le mien pour mes intérêts ? Je me l'applique ! Je t'ai eu ! Pan ! c'est toi le chat !Géniale trouvaille du ministre, qui se bat contre l'étranger en utilisant contre lui ses propres armes ! Ah, qu'il est malin ! Un vrai Français vous dis-je !
[Bon, on ne dira pas à VIllepin que ce n'est pas très chic, en démocratie, quand on dirige un éxécutif qui éxécute des lois nationale, de dire que celles du voisin sont meilleures selon ses intérêts...] [Ni, non plus, que, si nous on peut choisir le droit qui s'applique selon notre bon vouloir, gageons que la partie adverse aussi, non ?]
Et puis, il y a l'autre trouvaille : l'actionnariat salarié. Grand mouvement gaullien, que je partage au moins en partie (jusqu'à un point où il ne développe pas trop le risque du salarié), mais où il me parait difficile de faire effectivement plus que ce qui existe déjà en France, où l'actionnariat salarié est très développé. Le symptome du ministre impuissant face à l'économie de marché a encore frappé : je suis impuissant, mais je dois me montrer actif. Donc je brasse de l'air. On sait que, depuis Jospin, il ne faut pas dire qu'on ne peut rien faire pas tout faire sur un sujet.
Sauf que, en la matière, la gesticulation anti-étranger entretient cette image, pas si fausse à mon goût, d'une France qui se recroqueville et s'enferme derrière des barrières imaginaires, trouvant en l'étranger la raison facile de ses problèmes. Et que je ne vois pas en quoi lutter comme un damné yankee avec une hargne patriotique contre des OPA ou des prises contrôles va améliorer, ne serait-ce que pour un chouia, notre économie. J'aurais plutôt tendance à penser le contraire.

Désolé pour le trackback (je ne parviens toujours pas à trackbacker sur typepad sans problème d'encodage).
Anyway, après analyse des propositions de Villepin en matière de sauvegarde du contrôle des dits "fleurons de l'industrie française" (http://dinersroom.free.fr), on s'apperçoit :
1 - Qu'elles consistent pour l'essentiel en la transposition d'une directive. Le premier ministre fait du respect des obligations de la France une annonce. Autant dire que cela constitue, à ses yeux, un évènement.
2 - Que l'esprit de la directive est de favoriser la prise de contrôle des entreprise.
3 - Que les mesures de défense devraient constituer des exceptions.
4 - Que la clause de réciprocité ne vise que la mise en oeuvre exceptionnelle de mesures de défense contre la prise de contrôle.
5 - Qu'en tout état de cause, il est très improbable que la clause de réciprocité puisse jouer vis à vis des entreprises domiciliées à l'extérieur de l'Europe.
Rédigé par : Jules | 29 juillet 2005 à 12:09
Merci Jules, très beau billet. J'avoue que je n'avais même pas cresué l'affaire.
J'aodre la conclusion :
"Je promets de me soumettre au droit que j'avais décidé, mais dans un esprit contraire à ce qu'il prévoit. Je me fait fort d'appliquer toutes les exemptions possibles. Quant au effets en matière de prise de contrôle, ils sont indiscutables : cela ne change absolument rien"
Rédigé par : versac | 29 juillet 2005 à 13:01
"...où il me parait difficile de faire effectivement plus que ce qui existe déjà en France, où l'actionnariat salarié est très développé. ..."
on pourrait déjà éviter de rendre très liquide l'épargne salariale pour des stimulations d'hyper court terme, par exemple....et puis on pourrait essayer d'encourager plus sérieusement l'épargne à long terme....
Rédigé par : zvezdo | 29 juillet 2005 à 15:50
zvezdo: Je me demande si on peut parler "d'épargne" lorsqu'on parle par exemple de l'intéressement en actions des salariés du groupe Alcatel, qui a perdu environ les deux tiers de sa valeur en cinq ans. Mais il est vrai que bien que les placements retraite MRIFEN aient perdu plus de 40% de leur valeur, on persiste à les considérer comme des dispositifs d'épargne retraite (fonds de pension).
Rédigé par : Gus | 15 août 2005 à 18:33