Les pôles de compétitivité, c'est plutôt bien. Ca va dans le bon sens. Soit. La fusion de l'ANVAR et de la BDPME aussi. Soit. Ca va dans le bon sens. L'agence pour l'innovation industrielle est un gros machin. Soit. Ca ne va pas vraiment dans le bon sens.
Une fois qu'on a dit et fait ça, il faut surtout réfléchir au coup d'après.
C'est ce qu'a fait Christian Blanc, qui esquisse dans une proposition de loi ses idées pour arriver à favoriser l'émergence de l'économie de la connaissance. Les idées étaient déjà connues de ceux qui ont lu son rapport. Je les partage toujours, surtout celles qui font de la réforme de l'université la pierre angulaire du changement, les idées sur la favorisation de l'émergence locale de clusters (et pas uniquement ce grand appel d'offres national, qui était une étape de médiatisation nécessaire, mais pas la fin d'un processus qui doit continuer). Ses idées sur la nécessaire poursuite de la décentralisation, de la fin du cloisonnement entre recherche et enseignement, celle de la création d'instituts s'inspirant des Fraunhofer allemands, passerelles entre le public et le privé, etc...
Cette proposition de loi est une somme, cohérente, de propositions solides et innovantes. A lire pour qui s'intéresse à la manière de redynamiser l'économie des territoires.
La question est donc : pourquoi l'examiner en commission des affaires culturelles, familiales et sociales, et pas dans celle des affaires économiques, de l'environnement et du territoire, dont il est plutôt question.

>>Les pôles de compétitivité, c'est plutôt bien.
Ah bon. Tout réside dans le "plutôt", alors...
Rédigé par : fb | 06 septembre 2005 à 19:26
Comme d'autres l'ont fait remarquer avant moi, les pôles de compétitivité sont bien trop dispersés. D'une plutôt bonne idée de départ (plutôt, car l'articulation entreprise-labo n'était pas du tout pensée), on arrive à un gros goulash. Fallait s'y attendre... Par contre, pour écrire que la fusion de l'ANVAR et de la BDPME va plutôt dans le bon sens, faut vraiment rien connaître à l'innovation. Les crétins qui ont décidé ça (et je ne pas le seul à le penser, mais là pas le temps de retrouver les réf.) pensent que les PME de haute technologie, voir les "academic spin-offs", sont la pointe du petit entrepreneuriat. Or ça n'a rien à voir!!! Les critères pour le soutien d'une spin-off ou d'une "start-up" sont très, très, très spécifiques, et l'ANVAR a mis des années à développer un savoir-faire ad hoc (plutôt médiocre soit dit en passant, mais c'était toujours ça). En la fondant dans une structure comme la BDPME, il y a toute les chances que ce savoir-faire se dilue. Surtout, les critères d'analyse des situations entrepreneuriales développés par l'ANVAR ont toutes les chances de disparaître derrière ceux de la BDPME. Alors il y a peut-être une petite chance qu'on s'en tire sans trop de dégat. Mais "dans le bon sens"!!!... J'aimerai d'ailleurs bien savoir ce qui vous permet d'affirmer un truc pareil. J'ai ma petite idée, et même si je ne veux pas faire dans le procès d'intention, je vous la livre (au conditionnel) : je pense que vous trouvez ça "bien" parce que ça "ressemble" à qqch de "dynamique", de "moderne", pas comme ces gros trucs "archaïques". Si c'est le cas, sachez que ce genre d'esprit pseudo "libéral" top moderne super dans le mouv' fait drôlement marrer les ricains! Si c'est pas le cas, j'aimerais comprendre.
Concernant le projet Blanc, c'est vrai qu'il y a de bonnes idées, mais :
- rien sur l'autonomie scientifique des établissements.
- une vision trop systématique (il faut garder des labo "gouvernementaux" pour les recherches qui ne sont pas justiciable d'une logique de projet)
- rien sur les dispositifs de mobilité géographique des personnels et étudiants, corolaire nécessaire à la décentralisation.
- rien sur la séparation université/Grandes Ecoles, alors que tous le monde dans le milieu s'accorde à penser (ouais, parfaitement, on "s'accorde à penser") que c'est un point clé : RIEN ne changera tant qu'on ne reviendra pas dessus (et c'est pas demain la veille vu le courage de nos représentants, et Blanc fait partie du lot...).
- le projet est totalement utopique tant qu'on ne remet pas les universités un minimum à niveau, ce qui suppose une injection massive de moyens. Ben oui, c'est aussi une question de moyens! Personne n'acceptera le moindre transfert tant que les labo universitaires seront dans l'état de décrépitude où ils sont aujourd'hui. Il faut un vaste plan de rattrapage, avant de pouvoir "lancer la machine", si on ne veut pas qu'elle se casse la gueule au décollage. On en prend pas le chemin...
Un avant-dernier point : il ne faut pas faire des externalités de connaissance l'alpha et l'oméga du développement régional. C'est pas en collant un centre de recherche en Creuse qu'on va en faire un département dynamique (voir à ce propos Zucker L., Darby M. et Armstrong J., 1998, Intellectual Capital and the Firm : the Technology of Geographically Localized Knowledge Spillovers, Economic Inquiry 36, p. 65-86)
J'arrive à la dernière question : pourquoi la commission des affaires culturelles? Parce que c'est là que sont traitées les questions liées à la recherche et l'enseignement supérieur (la "culture", c'est aussi ça). En théorie, ça devrait permettre de continuer à penser ce genre de question en se rappelant qu'il ne s'agit pas seulement d'économie (ce qui serait très bien, car ça permettrait de garder en tête les particularités de ce secteur). Dans les faits, rassurez-vous, ça ne change pas grand chose!
Rédigé par : EL | 07 septembre 2005 à 09:57
fb : plutôt, oui, parce que ça va globalement dans le bon sens, même si je pense que la récupération chiraquienne du sujet a évidemment dérivé vers une certaine incurie, un oubli des facteurs-clefs de succès de ce genre de formule, un souci très colbertiste de bien centraliser tout ça en haut, etc... Mais c'est une des premières fois qu'on s'approche du problème du lien recherche-éducation-entreprises. Soyons indulgents.
EL : oh, je n'avoue pas tout connaitre de l'innovation. Mon idée que la fusion de l'ANVAR et de la BDPME est quelque chose qui va plutôt dans le bon sens est moins simpliste que vous voulez le faire croire. D'abord, l'ANVAR n'était pas forcément une administration terriblement efficace. Ensuite que les synergies Anvar-BDPME doivent pourvoir être réalisées, qu'un pilotage commun doit pouvoir être fait de ces deux structures. Ensuite que la logique d'un partenaire unique, mais fortement décentralisée, autour de l'innovation, est meilleure que des recours multiples à des administrations concurrentes, oui. La dilution de l'ANVAR est un risque, mais il existe, et les difficultés de la fusion montrent que la sauvegarde de ses compétences est bien un enjeu difficile. Mais je reste sur de moi sur l'objectif d'un interlocuteur unique (pour avoir été créateur de start-up, je vous garantis que la multiplicité et la rupture entre interlocuteurs dans le cycle de vie est difficile).
Sur vos remarques sur les propositions de Blanc :
- "rien sur l'autonomie scientifique" et suir la mobilité : nopus n'avons pas lu le même rapport. Il en parle très souvent, et pointe l'organisation verticale et centralisée comme une des plus grandes faiblesses. Par ailleurs, il ne s'agit pas; faut-il le rappeler, d'un rapport sur la réforme de l'université et de l'enseignement supérieur, mais bien de
- sur la fusion universités/grandes écoles, il me semble qu'on peut très bien avancer avec les deux statuts concurrents. Du privé et du public l'un à coté de l'autre, en tentant de les faire mieux dialoguer. Les choses changent. Les grandes écoles se mettent à travailler ensemble. La remise en cause des grandes écoles n'est pas la pierre angulaire, tant que l'université est faible, à mon avis. Commençons par renforcer les universités.
- la vision "systématique", mouais. Il faut se rappeler la fonction de la chose : vendre des idées fortes pour convaincre de la chose. Le rapport, comme la proposition de loi, contiennent pas mal d'éléments généraux, et de principes. Il ne s'agit pas d'une proposition opérationnelle détaillée, mais suffisamment pour qu'un ministre s'en empare, ce qui me parait être l'objet.
Evidemment, on ne sauvera pas la Creuse en y implantant un centre de recherche sur la bilogie moléculaire. Ce n'est d'ailleurs pas ce que propose Blanc. L'idée est bien de faire émerger des initiatives locales, d'aider à la constitution de pôles dans un mode "bottom-up". Et que tout n'est pas non plus technologique et innovation. Que la chaussure, ça peut marcher en France, aussi. Ne caricaturez pas Blanc en le faisant passer pour un de ces barons locaux qui veulent plaquer un ITER au milieu de nulle part...
Pour la dernière remarque, c'était une question de faux ingénu. Je ne sais pas si la tropisme "éducation" est le bon par rapport à "économie et territoires". Il faut de toute façon que les deux se rejoignent, et un des points qui créera des problèmes est peut-être bien du coté éducation-recherche, alors pourquoi ne pas commencer ici, oui.
Rédigé par : versac | 07 septembre 2005 à 10:40
je reviens sur mon post au cours d'une nouvelle pause (j'ai du mal avec les opérations de relecture de gros texte à rester concentré plus d'1/2 heure) pour adoucir un propos un peu virulant. En particulier, prenez pas le "crétin" pour vous! Mais c'est vrai que ça m'a agacé, d'autant que le texte que je me coltine est du même genre. Du coup c'est parti tout seul... Bon, sans rancune?
Cordialement,
EL
PS : sur le fond par contre, je n'enlève pas un iota.
Rédigé par : EL | 07 septembre 2005 à 10:55
Je ne prends pas le créatin pour moi, d'autant que je n'ai vraiment rien décidé dans l'histoire.
Rédigé par : versac | 07 septembre 2005 à 11:23
OK, je comprends mieux. Sur la question du guichet unique, nous sommes parfaitement d'accord : je n'ai pas créé de start-up, je fais partie de ceux qui, à une époque déjà lointaine - celle de la nouvelle économie - tentaient d'assister les créateurs inconscients qui pensaient pouvoir se ballader tout seul dans le maquis des aides. Les malheureux, ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient...
Alors oui, le guichet unique j'applaudis! Mais la fusion ANVAR (qui est effectivement une machine pas très efficace) et de la BDPME reste vraiment dangereuse. On verra dans quelques années.
Pour le reste, j'avoue ne pas avoir lu le rapport Blanc, mais seulement son projet de loi. C'est sur ce texte que je me suis forgé mon opinion. Mais il faudra que j'aille jeter un oeil sur le rapport (merci d'attirer mon attention là-dessus. C'est vrai que j'ai tendance à trop me focaliser sur les résultats finaux, enfin "finaux", on se comprend: ce n'est effectivement pas opérationnel).
Je voudrais tout de même revenir sur un point de désaccord : la question de la séparation université /GE. Ce n'est pas un problème de dialogue, mais de structuration des élites. Schématiquement, tant que les dirigeants d'entreprises sortiront de GE, ils ne connaîtront jamais rien du monde de la recherche, à l'inverse de leur concurrent américains ou allemands, donc la plupart ont une formation universitaire (bon je sais, pour les allemands ce n'est pas vrai, ou pas comme ça, mais bon, l'idée est qu'ils ne sont pas coupés du monde de la recherche). ça maintient le clivage universités/entreprises, qui en France ne peut être dépassé sans faire de gros dégats (contrairement aux US, où chacun se connait et se respecte). Une remarque analogue vaut pour le clivage enseignement/recherche. Les dirigeants de la recherche française, qui sortent souvent de structures non universitaire (Larrouturou est X-Ponts, par exemple), ne se sentent pas concernés le moins du monde par l'université, qu'ils considèrent comme un simple dépotoire. Or ces deux clivages empêchent le développement de l'université.
Tous ceux avec qui j'ai pu discuter de ces questions sont d'accord sur ce point : on en pourra pas relever de façon pérenne l'université sans s'attaquer à cette dichotomie. Mais chut! Parce qu'évidemment, toute proposition allant dans ce sens serait morte née. On est vraiment mal barré...
Rédigé par : EL | 07 septembre 2005 à 11:57
@EL
Ici je suis en assez grande part d'accord avec vous. On apprend le mépris de l'université des les premiers cours de prépas. Le monde des GE s'est un peu ouvert, certes, mais continue de "concurrencer déloyalement" l'université. Moins d'éléments brillants et restriction de l'accès au monde de l'entreprise. De fait la sélection se fait sur dossier dès la fin du baccalauréat (on entre en prépa ou pas), mais chut faut pas le dire non plus.
Trop de point à soulever sur la recherche en France... Mais je connais un peu l'ANVAR en tant que client clandestin (j'ai même fait la plante verte lors de la remise des prix à la Sorbonne il y a quelques années, y a ma tronche sur leur site :-( ). Ca fonctionne effectivement assez mal, essentiellement un pb d'évaluation à mon sens (un projet bien ficelé qui en jette mais nul scientifiquement a de grandes chances de passer...). De plus un projet suffisamment mature de valorisation scientifique ne devrait pas avoir besoin de ce type d'aide en premier lieu. je ne vois donc pas en quoi la fusion avec le BDPME est dangereuse (pour l'ANVAR), pourrais tu développer ?
Rédigé par : Eviv Bulgroz | 07 septembre 2005 à 14:30
Je l'ai dit, c'est vrai que la grosse machine était souvent déficiente. Mais les chargés d'affaires l'étaient souvent beaucoup moins (je tiens à préciser que je n'étais pas l'un d'entre eux : je ne prèche pas pour la paroisse). Ils connaissaient le terrain, savaient par exemple quel cabinet d'études de marché allait convenir pour tel projet, quel CRITT ou quelle PFT disposait des ressources techniques pertinentes, dans quelle condition négocier un PCT, etc... De surcroît, ce savoir-faire était développé dans un contexte particulier, celui des relation avec les universités ou les centre de recherche, qui étaient souvent associés aux les projets suivis par l'ANVAR. Dans le cadre des négociations qui président au développement des PME innovantes, le fait de connaître les besoins particuliers des universités ou des organismes était précieux. Pas seulement pour la PI, mais pour les éventuels près de locaux, de matériels ou d'échanges de personnels. Là encore, les liens interpersonnels sont fondamentaux. ça ne se fait pas avec une grosse base de données (même si ça aide, comme celle du RIDT). C'est plutôt du genre, "tiens, je connais X dans le labo Y qui a le spectromètre que tu cherches, je peux te mettre en contact"... Il était fréquent (pas assez je pense) que les contrats de collaboration soient rédigés sur des bases qui ne se limitaient pas aux considérations financières. Bref les chargés d'affaires étaient essentiel pour faire le lien entre l'entreprise et la recherche, en collaboration avec les autres acteurs de l'innovation. Or ce lien est absolument nécessaire au développement de beaucoup de ces PME, qui pour la plupart ne peuvent pas se débrouiller toute seule (qqun comme Mustar l'a montré : celle qui survivent disposent du meilleurs réseau). (par parenthèse, les meilleurs projets ne sont pas nécessairement les meilleurs scientifiquement).
Alors bien sûr, ce savoir-faire ne se perdra pas tout de suite, mais il risque de se diluer si les employé d'Oseo doivent gérer des portefeuilles de PME hétérogènes. Les liens risquent de se distendre.
Et puis il peut y avoir d'autres problèmes plus macro, en particulier au niveau du timing. Si Oseo veut faire du chiffre, elle risque de ne pas tolérer le timing des projets innovants, qui peut être très... long! (contrairement à l'idée qu'on se fait généralement de l'innovation techno). J'ai conny des projets (enfin un...) qui ont du être soutenu pendant 10 ans!
Il y a aussi les financements qui doivent être adaptés à ce type de projet. ça doit être dur sur mesure.
Bon j'arrête là parce que je pourrais continuer à en écrire des tartines.
Une petite question pour terminer. Je ne comprends pas ta remarque : "un projet suffisamment mature de valorisation scientifique ne devrait pas avoir besoin de ce type d'aide en premier lieu."? Qu'est ce que "suffisamment mature"? Quel type d'aide? ça ne se limitait pas au financement (comme je viens de le dire). De plus, toute l'expérience acquise en France en matière d'essaimage académique montre que les projets issus de la valo doivent être accompagnés. Et puis je le répète, il est illusoire de croire qu'un projet bétonné scientifiquement tiendra la route.
Rédigé par : EL | 07 septembre 2005 à 15:39
Bon je développe un tout petit peu, sous le couvert de l'anonymat le plus total :-). Il m'a semblé (je n'ai pas fait une étude, j'ai observé disons) que la valorisation de la recherche marchait "à l'envers" en France.
Ce que j'ai vu "à l'étranger" était le montage de projet très concret. Les mecs avaient un laboratoire de recherche fondamentale, obtenues de gros résultats et décidaient de se lancer dans la valorisation. Ils créaient réellement de la valeur : "les produits étaient déjà dans le frigo". Pas besoin d'établir un réseau relationnel (ils l'ont déjà), pas besoin de financement public (ils l'ont déjà pour faire leur recherche et payer leur personnel). Ils se tournent vers un investisseur privé, si ça marche super (super, création de société, embauche etc.), si ça marche pas ben tant pis, la prochaine fois.
En France, ce que j'ai vu est plus pernicieux. "Putaing on a même pas de de péze pour payer les gars. Super l'état il donne du pognon sur la valorisation : on fonce ". Alors on monte un projet, on sous-paye des gars sur une des nombreuses aides précaire qui existe, mais "on a rien dans le frigo". Ca sert juste à se faire mousser (pour obtenir des crédits privés et publics), ça ne crée pas d'emploi (on récupère les thésards/post-docs qui seraient au RMI sinon), ça ne crée pas de valeur (vu qu'il n'y a rien de concret, ça fait tourner la machine à billet, en quelque sorte).
Ce n'est pas que les gars qui évaluent soient incompétent, c'est que chaque domaine est très spécialisé, il est super, mais super facile de frimer un mec qui n'est pas directement dedans (j'ai un peu honte de ce qu'on me faisait raconter, parfois). C'est comme ça, l'évaluation en science ne peut se faire que par tes pairs. Une instance gouvernementale est juste bonne à filer la tune pour le fondamental. Et pour la valorisation qu'elle laisse faire le marché ça me semble nettement plus efficace.
Bon je n'ai peut être pas été limpide ?
Rédigé par : Eviv Bulgroz | 07 septembre 2005 à 16:07
Oh que si, limpide comme l'eau claire, et j'aimerais bien pouvoir dire que le constat est caricatural, mais hélas... C'est désespérant, mais parfaitement exact, au moins pour une majorité de cas. En France, on valorise pour avoir du pognon. "Ailleurs", on valorise parce qu'on peut le faire.
Par contre, il est très exagéré de dire que l'Etat est juste bon à financer la recherche fondamentale. En premier lieu, il peut organiser les conditions juridique d'une meilleure valorisation, ce que ne peuvent faire les acteurs du terrain. Aux Etats-Unis, c'étaient par exemple le Bayh-Dole Act ou le Stevenson-Widler Act. En France, la loi de 99 sur la recherche et l'innovation. En second lieu, il peut faire émerger des structures d'interface plus facilement que le marché. Aux US, c'est par exemple le SBIR, les science parks ou les incubateurs. En France, les fonds d'amorçage ou, également, les incubateurs. Mais évidemment, pour que tout cela marche, il faut que les gestionnaires de l'innovation comprennent que la condition sine qua non est une recherche forte et autonome. C'est ce que n'ont pas compris les français.
Donc le problème n'est pas le dispositif public de soutien à l'innovation : il y a le même (en mieux) aux Etats-Unis, il est très utilisé (voire systématiquement), marche très fort, et était nécessaire au développement de l'innovation. On peut discuter de l'importance des rôles respectifs du marché et de l'Etat, mais les deux ont leur place dans le processus de valorisation.
La différence avec la France, c'est que là bas ils savent donner des moyens à leurs chercheurs. De surcroît, les entrepreneurs américains connaissent le monde scientifique. Enfin, chacun sait respecter les particularités de l'autre, en particulier l'évaluation par les pairs. Autant de leçons qu'on devrait retenir. Au lieu de ça, on continue à singer de manière grotesque une amérique "libérale" qui n'existe que dans les médiocres fantasmes de nos petits boutiquiers nationaux. Je sens que je m'énerve là...
Rédigé par : EL | 07 septembre 2005 à 17:31
Ok j'exagère un rien, mais ayant vécu cette situation (désespérante) de l'intérieur, bon... Je pense très clairement que les aides de l'état ont une un rôle parfaitement pervers en ce domaine dans notre beau pays. Même les investisseurs privés français ne bougent que si l'état a donné en premier ! On sélectionne ainsi pratiquement nécessairement les mauvais (moins beau) projet (en grossissant le trait, Lyssenko n'est pas un avatar du communisme, mais du politique dans la chose scientifique).
Après évidemment je suis d'accord avec toi, l'état est important. Mais il est important parce que il a su créer les structures nécessaires à cet épanouissement. Et éventuellement en second lieu en aidant financièrement, mais c'est un pis-aller. c'est de l'argent que l'état "perd", si valorisation il y a effectivement, d'autres la mettront à bien. L'état perd donc moins son fric en le mettant dans le fondamental (qui lui crée les conditions de...).. Si Aventis a construit son centre de recherche à Boston c'est pas à cause des 35 heures française hein, mais bel et bien parce que le tissu académique présent localement est réellement ultra-mega-performant. En ce sens "construire ITER dans le Berry" peut se révéler être une bonne utilisation des deniers publics. C'est un peu ce que fait l'UE en favorisant l'éclosion de centres de recherches dans les pays pauvres. Ca prend du temps mais ça crée un contexte. Qui ne favorise pas que "l'économie" mais a bel et bien un impact très fort sur la vie concrète des habitants :un bon centre de recherche draine de bon enseignants pour les facs (donc les enfants ne partent plus faire leurs études en UK) et de bons médecins dans le "CHU" local. Etc Etc.
Je rajouterais que, je ne sais pourquoi la "valorisation" est assez mal vue par nombre de bons scientifiques français ? D'où des aides ridicules, comme cette prime sur le salaire de chercheur INSERM qui mènent une recherche ayant à voir avec le médical... Mon dieu.
Rédigé par : Eviv Bulgroz | 07 septembre 2005 à 18:06
@EL
"C'est désespérant, mais parfaitement exact, au moins pour une majorité de cas. En France, on valorise pour avoir du pognon. "Ailleurs", on valorise parce qu'on peut le faire."
C'est le syndrome JO. Paris "en avait besoin", Londres, non :-))
Rédigé par : Eviv Bulgroz | 07 septembre 2005 à 18:08
Il y a quand même quelque chose qui me turlupine : concevoir la recherche française de manière nationale en Europe a-t-il un sens ? Sous-entendu, même si j'admets qu'il n'est pas forcément humainement simple de partir pour un autre pays de l'U.E., est-il pour un chercheur plus difficile de changer de région tout en restant en France plutôt que d'aller exercer dans un pays limitrophe, même non-francophone ? Après tout, dans la région où je suis né, partir pour Barcelone est considéré comme une réussite, et est, en tout état de cause, plus glorieux que partir pour Paris.
Rédigé par : Gus | 07 septembre 2005 à 19:26
@ Eviv
A propos de l'image de la valo chez les chercheurs, il faut dire que ça a complètement changé en 25 ans. Je crois que les résistances que l'on pouvait observer dans les années 1980 ont des explications historiques, idéologiques, culturelles et... rationnelles!
- historique d'abord : avant guerre, au moment de la professionalisation de la recherche, deux visions se sont opposées (schématiquement) : celle de Perrin, favorable à la "science pure", et celle de Le Chatelier, partisan d'une "science utile". Perrin a gagné (faute de combattant : Le Chatelier est mort, en 35-36 je crois!), et a participé à la création du CNRS en mettant ses idées en avant. ça laissait pas beacoup de place à la valo. De surcroît, pendant la parenthèse Vichyiste, le gouvernement de Pétain a favorisé la science utile (anti-intellectualisme classique de l'extrême droite). Evidemment, ça n'a pas aidé à renouer avec la valorisation au lendemain de la guerre...
- Idéologique ensuite. C'est probablement vrai que beaucoup de chercheurs était sensible à la petite musique communiste sur le Grand Capital. Probablement, car je n'ai pas la moindre bille à ce sujet. De plus, il faut vraiment nuancer : c'est l'infâme gouvernement socialo-communiste qui, en 1982, a commencé à vraiment infléchir la politique de recherche en France en inscrivant la valo au nombre des missions des organismes.
- Culturelles : depuis Bacon, au XVIIème siècle, les français et les anglo-saxon ont un rapport assez différent à la science, que l'on peut illustrer avec le couple Faraday/Ampère. Le premier, inventeur du moteur électrique (oui, bon d'accord : découvreur l'induction) est un piètre théoricien de l'électricité ("piètre" à la mesure de ces génies : c'était pas l'hymalaya, juste le K2...). Le second en tirera l'électrodynamique, mais se fichera des applications comme de sa première étincelle. C'est cliché, mais c'est vrai : les anglais et les ricains sont des empiristes, nous des théoriciens.
- rationnelles enfin : il y a tout de même une bonne raison qui pousse les chercheurs à ne pas valoriser, c'est à dire à éviter de bosser avec les entreprises françaises. C'est qu'ils savent pertinemment que les entrepreneurs français ont tendance à les prendre pour de gentils zozos, et qu'ils ont toutes les chances de se faire plumer dans l'histoire! Si les trois premiers points tendent aujourd'hui à se résorber, le dernier est très actuel!
J'allais oublier qu'à tout cela il faut ajouter les obstacles d'ordre juridique et institutionnel : le statut des chercheurs, des universités et des organismes ne facilitait pas la jonction avec l'entreprise (et ça n'est pas forcément lié au statut de fonctionnaire). Mais ce problème, qui n'est qu'indirectement lié aux "résistances" des chercheurs, est en voie de résolution depuis la loi de 1999.
@Gus
L'Europe maintenant. Je vais faire rapide sinon ça va finir par faire encyclopédie. D'abord, dois préciser que la science européenne, voire mondiale, existe déjà. Parmi les potes de fac que je connais encore, pas un n'est aujourd'hui en France : Canada, Etats-Unis, Japon, ... Moi-même, je bosse avec des allemands. Donc la science est internationale depuis longtemps (disons Mersenne, au XVI), mais je pense que je ne t'apprends rien. Alors pourquoi une recherche nationale plutôt qu'européenne. Ben tu le sais aussi bien que moi : tant qu'on ne se bougera pas puor instituer une vraie fiscalité européenne, et donc un vrai budget européen (et pas ce misérable 1% que nos pitoyables politicards cherchent encore à rogner), et donc un vrai budget de recherche européen, faudra continuer à prendre les sous où ils sont, c'est à dire au niveau national! Ceci dit, il faut ajouter que chaque nation a ses propres traditions scientifiques (voir empirie vs théorie évoquée précédemment). Mais je ne crois pas que ce soit un véritable obstacle. Non, l'obstacle c'est l'incurit de nos tr... du c... de dirigeants.
PS : non, je ne crois pas que le 29 juin ait aggravé les choses. J'étais ouiiste, mais je crois que la remise à plat que devrait imposer à terme (à long terme!) le non pourrait être l'occasion de repartir sur un meilleur pied. J'espère...
Rédigé par : EL | 07 septembre 2005 à 20:23
EL: Merci pour ta réponse, très éclairante. Il est vrai que les quatre derniers ministres de la recherche ne se sont guère illustrés par leurs travaux de recherche, de la même manière que rares sont les hommes politiques à disposer de quelque crédibilité scientifique que ce soit (les titres sont une chose, les résultats, voire même simplement, les publications, une autre). Mais puisque, effectivement, l'idée selon laquelle ni l'état, ni les entreprises françaises ne semblent souhaiter investir en recherche sur le sol français fait apparemment consensus, ne peut-on imaginer de faire appel dans un premier temps aux capitaux privés européens pour commencer ? (Ceci impliquant de laisser aux régions la possibilité de négocier de tels accords indépendamment de l'état, comme le font routinièrement les espagnols). Bien entendu, une telle approche ne conviendra pour l'ensemble de la recherche. Mais je ne suis pas certain qu'attendre une initiative de l'U.E. ou du gouvernement (au dela des promesses déjà faites, qui semblent davantage concerner les emplois que les budgets ou les objectifs) soit très constructif, au moins pour les deux ans qui viennent.
Sinon, je crois très sincèrement qu'une fraction du budget de la PAC pourrait progressivement être affectée à la recherche européenne (par exemple, les aides à la production sucrière), mais après.. bon.. cela suffira-t-il ? Je ne sais pas : je ne connais pas ces chiffres-là. Mais, même ainsi, rien ne garantit que cet effort de financement de la recherche par l'U.E. se traduirait par "plus de recherche" francophone en France. En toute logique, l'argent ira là où la recherche est bonne, et donc, déjà bien traitée à niveau national ou régional, et donc notamment financée.
Je crois par ailleurs que la communauté scientifique qui a su en son temps se manifester peut attendre de la part des candidats aux élections de 2007 des positions sur ce sujet, et gagnerait à éclairer l'opinion publique en général en menant publiant des analyses détaillées desdites positions.
Rédigé par : Gus | 07 septembre 2005 à 21:20
Les capitaux européens permettraient en effet de palier en partie le manque de financement de la recherche. C'est déjà d'ailleurs ce qui se fait très largement, et beaucoup de labo en bénéficie. Je suis d'ailleurs bien placé pour le savoir, puisque je suis financé par des capitaux privés allemands (au travers d'un montage compliqué). De manière générale, les entreprises prennent de plus en plus en charge l'exécution et le financement de la recherche. Il n'y a pas vraiment d'entrave au financement de la recherche par des capitaux européens, au contraire. Les chercheurs sont même encouragés à trouver ce genre de contrats. Le problème se situe ici plutôt au niveau de l'offre de financement. Car tu l'as dis, les entreprises financent pas toute sorte de recherche, et surtout cela se fait dans des conditions qui sont très loin d'être idéale.
Car hélas, je crains qu'un certain tropisme français se retrouve à l'échelle européenne. Alors que les industriels américains comprennent l'importance d'une recherche fondamentale libre, les entrepreneurs européens cèdent à l'idée facile d'une orientation de la recherche en amont. Voici par exemple ce que peut écrire l'UNICE (équivalent européen du MEDEF) : "UNICE is of the opinion that a significant part of the basic research funded by the proposed new European Research Council (ERC) should be mission-oriented in nature". Et lorsque la commission propose de soutenir une recherche fondamentale libre, ça en plait pas vraiment : "This Commission communication […] concentrates for the most part only on stimulating basic research. It is the view of UNICE that much more emphasis should be placed on: addressing the 'European paradox', whereby the quality and quantity of European public research is by and large excellent, however the results of this research are not making the transition from research to commercially viable product and services; and upon stimulating research and innovation within industry itself." Evidemment, ce qui est dit ici est plein de bon sens, mais on observe également une absence complète de préocupation pour la recherche "de base" européenne, précisément celle qui a besoin de crédit. Il ne faut donc pas s'attendre à ce qu'ils se mettent à déverser des tombereaux d'euros dessus. A vrai dire, je n'ai pas d'explication à cette attitude. Ce qui est certain, c'est qu'elle n'est pas améliorée par l'évolution contemporaine du capitalisme, qui entrave l'implication des entreprises dans de véritables programmes scientifiques "de base". On le voit par exemple aux Etats-Unis, où les corporate laboratories des grandes entreprises ont décliné ces dernières décennies (par exemple les très célèbres Bell Laboratories, d'où sont sortis rien moins que le laser ou le satellite de communication, et deux trois autres broutilles du même genre). Au Etats-Unis ce n'est pas encore dramatique, ils partent de suffisamment haut. En Europe c'est plus préoccupant. On peut donc difficilement voir financer une recherche autre que technologique par les capitaux privés européens. D'ailleurs, je n'ai pas vu émerger en Europe de véritables grands consortium privés autour de grands projets de recherche, du moins pas sans avoir été initialement soutenu par une volonté politique (le Génopôle par exemple). Et évidemment, en l'absence de politique fiscale européenne, impossible de jouer de la carotte à ce niveau. Ceci dit, quand on voit les résultats au niveau nationaux... (le crédit d'impôt recherche est loin d'être un succès). Bref, le privé européen joue plutôt solo, le nez dans le guidon, et je ne vois pas comment on pourrait en tirer plus que ce que l'on en tire aujourd'hui.
Je suis désolé d'avoir l'air aussi négatif, mais mes camarades scientifiques comme moi-même sommes vraiment incapable de dire où se trouve la solution. Et il y a de quoi être inquiet, surtout avec l'arrivée des chinois, qui là aussi montent très très fort (et le chinois c'est tout de même sacrément plus rude que l'anglais;-))! En tout cas, pour les deux ans à venir, je ne vois pas de changement. C'est pour ça qu'il faut se mobiliser politiquement.
Et effectivement, on pourrait commencer par réviser cette PAC absurde, même si je plaide plutôt pour une augmentation du budget (mais faut pas réver...). Une telle réaffectation des crédits bénéficierait à la recherche nationale, qui n'est pas aussi mauvaise qu'on l'entend parfois, loin de là!
Quant à la communauté, elle est toujours mobilisée, et elle continue à diffuser ses positions sur Internet : http://recherche-en-danger.apinc.org/. Et les résultats des Etats Généraux sont toujours accessibles à tous, accompagnés de toutes les analyses possibles et imaginables : http://cip-etats-generaux.apinc.org/. Mais vu la versatilité des médias et l'intérêt que l'on porte en général à ces question en France, on n'en entend plus parler.
Alors évidemment on pourrait continuer à occuper el pavé parisien, mais ce serait maladroit politiquement, puisque le gouvernement est censé s'occuper gentiment de nous (les chercheurs seraient vite accusés d'être une corporation impatiente). Et il se trouve qu'il fait traîner les choses à propos de la prochaine loi d'orientation, ce qui n'est pas la marque d'une forte volonté politique, et indique plus surement la volonté de noyer le poisson. De manière générale, le gouvernement fait tout pour endormir le mouvement, et surtout pour ne pas attirer l'attention. Et en ce qui concerne les positions des candidats en 2007, c'est le flou le plus complet (en dehors des habituelles grandes déclaration d'intention). En fait, tout le monde s'en fout. Chez les socialistes en particulier, le problème de la recherche et de l'enseignement sup reste très marginal, même s'il y a de sensibles progrès ces dernières années. Mais ça n'est tout de même toujours pas au niveau des défis du prochain siècle.
En attendant, les chercheurs français votent avec leurs pieds. Les miens me démangent...
Rédigé par : EL | 07 septembre 2005 à 23:14
versac: "Soyons indulgents", dites-vous. Eh bien non, quand je vois et je vis sur le terrain la profonde inégalité entre les régions et la course au profit, je me dis que l'Etat y est quand même un peu pour quelque chose. Les pôles de compétitivité, c'est la légalisation d'une nouvelle inégalité de développement. Indulgent pour ça, non merci.
Rédigé par : fb | 07 septembre 2005 à 23:41
fb : vraiment, vous croyez ce que vous dites, ou bien vous vous réfugiez simplement derrière des concepts pour dire qu'il vaudrait mieux que tout le monde soit égal ?
Prenez la comparaison avce une classe d'école. Orienter tel élève selon ses capacités, contre tel autre selon d'autres dont il dispose, c'est mal ? Pour les régions, leur laisse rl'autonomie de choisir ce qui convient le mieux à leur développement, c'est mieux que de choisir depuis Paris ce qui ets le mieux, surtout sans que celà ne soit trop différent de Paris ?
J'abhorre l'égalitarisme de principe qui produit de l'inégalité de fait.
Rédigé par : versac | 08 septembre 2005 à 00:51
EL: Globalement, (et sans pour autant être ou avoir été scientifique professionnel) je partage les conclusions de votre analyse (y compris sur la place de la recherche fondamentale et la place de la recherche se révélant comme immédiatement applicable). Je crois aussi que les scientifiques français dans leur ensemble croient à tort depuis bien longtemps que leur survie même ne dépend pas de la qualité de l'administration qui les encadre, et donc, indirectement, de la compétence de leurs divers ministres de tutelle à exercer leurs fonctions (à la recherche, la culture, l'industrie, la défense, aux affaires européennes... voire aux PMEs :-)) ), mais je ne suis pas convaincu qu'un hypothétique renversement de la vapeur dans ce secteur suffirait à inverser la tendance à long terme, qui existe ailleurs.
Postulant ce pessimisme fondé, il me semble qu'il n'a jamais historiquement existé que deux manières pour une recherche non-immédiatement applicable forte d'exister. Et, bien qu'il soit tout à fait possible qu'il existe d'autres voies, je crois utile de commencer par explorer les voies connues.
La première (la plus fréquente historiquement) est de s'adosser aux institutions gouvernementales d'une nation aux valeurs nationalistes fortes (l'infrastructure spécifique à la recherche à vocation d'aide à la suprématie devenant naturellement le pilier de l'outil de formation et d'entretien de la recherche en général). La seconde est d'être financièrement indépendante (mécénat).
Bien que seuls les non-scientifiques (y compris, donc, les ministres de la recherche) pensent que le libre accès aux publications consécutives aux travaux de recherche permet de disposer des avancées de la recherche fondamentale sans les financer (c'est à dire, sans entretenir d'infrastructure de formation, renouvellement et exerciec de chercheurs), je crois que la voie qui consiste pour la recherche fondamentale à prétendre pouvoir servie de soutien aux ambitions à la suprématie (militaire ou économique, d'ailleurs) d'une nation, voire même de l'europe sont sans avenir. Mais, pour des raisons tout à fait évidentes, la recherche fondamentale pakistanaise, israélienne, iranienne, indienne, chinoise, étasunienne, auront toujours un certain avantage sur la recherche fondamentale européenne du simple fait que ces nations n'ont pas renoncé à toute ambition de suprématie, par choix ou du fait de l'existence de menaces sur leur intégrité.
J'observerais par contre que le mécénat exigerait, en pratique, l'existence de gros capitaux réellement autonomes au sein de l'U.E., ce qui est totalement inimaginable sans harmonisation fiscale (la concurrence fiscale forçant de fait lesdits éventuels capitaux autonomes à se "choisir une nationalité", éventuellement extra-européenne, et donc, se fragmenter). Je ne prétends pas pour autant que l'avenir de la recherche implique l'existence de fortunes concentrées entre les mains de groupes de personnes de taille réduite, mais je pense que seuls des acteurs (étatiques ou non) de taille respectable s'intéressent suffisamment à leur survie à long terme pour accepter de financer consciemment des activités (de recherche ou non) dont l'utilité n'est pas immédiatement évidente.
A long terme, j'avoue ne pas être tragiquement pessimiste, mais je le suis à court terme. J'avoue ne pas connaître d'argument s'opposant à cette idée selon laquelle, après avoir perdu son industrie manufactière pour au moins une génération, et pour les mêmes raisons, l'europe perdra petit à petit ses activités dites "intellectuelles" (mais le plus souvent simplement exercées d'une manière impliquant une certaine intégration dans une culture donnée ou l'adhésion sincère aux valeurs de cette culture, celle-ci impliquant une foi sincère en l'importance spécifique de celle-ci par rapport aux autres existantes) sans pour autant prétendre qu'il n'en existe pas.
Il me semble alors intéressant d'étudier les stratégies de résistance et de survie employées parfois avec succès par l'industrie manufacturière. Certaines sont bien connues : fragmentation (donc, abandon de la relation intime et intellectuelle à la culture spécifique de la nation-hôte au profit d'une relation de simple appartenance à un écosystème), ultra-spécialisation, choix d'adresser les besoins d'un territoire (géographique) restreint et ses spécificités, alliances totales entre acteurs pourtant indépendants du point de vue décisionnel mais liés au sens éco-systémique pour la survie (production et transformation agricole, par exemple). En pratique, je crois que la déclinaison de tels raisonnements ne peut s'appliquer que spécifiquement (par secteur de rechercheà, mais certaines transpositions sont envisageables, notamment dans le domaine des recherches fondamentales peu coûteuses (maths, certaines branches de l'astronomie, etc.). Par exemple, je crois tout à fait crédible pour un chercheur d'exercer, à certaines périodes de l'année, des activités sans grand rapport avec la recherche (ce qui se fait déjà pour l'enseignement ou l'administration de la recherche), ceci pouvant permettre l'intégration de chercheurs qualifiés au sein d'équipes ou d'entités non-sépcifiquement dédiées à la recherche, mais éventuellement susceptibles de profiter à long terme de la présence d'une unité de recherche interne (Par exemple : Google, dont la très grande majorité du personnel est apte à la recherche scientifique).
Le recours à ces stratégies aurait à l'évidence comme conséquence de briser le lien de solidarité entre le secteur de la recherche (notamment fondamentale) et la culture de leur nation-hôte, de la même manière que s'est brisé en europe le lien de solidarité entre le secteur de l'industrie manufacturière et leurs nations-hôtes, et ce, pour les mêmes raisons : les états ayant choisi de ne plus protéger leurs industries, il est logique que celles-ci, contraintes à recourir à des stratégies aggressives de survie ne laissant que peu de marge au sentimentalisme, ne s'estiment plus capables d'être solidaires de leur nation. On peut alors ou non espérer qu'à l'issue du processus, c'est d'une manière globale (à niveau planétaire) que se définiront et s'optimiseront la recherche fondamentale comme l'industrie manufacturière (et j'ose croire que ceci apparaitra comme une évidence aux générations futures), mais ce constat ne suffira pas à atténuer les souffrances qui attendent probablement les intéressés dans un avenir très proche.
Rédigé par : Gus | 08 septembre 2005 à 05:01
versac: ce qui me pose problème? Au nom de quoi retient-on 64 pôles qui auront droit à une aide (conséquente) de l'Etat? Pourquoi 64? Pourquoi pas 100? Pourquoi pas 20?
Avec ces pôles, nous allons vers des régions riches, qui bénéficient en sus des aides de l'Etat, et des régions pauvres, celles qui n'ont pas de pôle sur leur territoire, regardez la carte, et quand je dis cela, je ne parle pas au nom d'un "concept" comme vous dites un peu facilement, mais parce que j'y vivais jusque récemment. Ces régions sinistrés, au nom de quoi doit-on contribuer à renforcer leurs difficultés? Je ne vois rien de positif là-dedans.
Rédigé par : fb | 08 septembre 2005 à 06:40
Une précision: juridiquement, on pourrait opposer l'égalité des citoyens devant la loi, et surtout devant les charges publiques. Ce n'est pas (seulement) un concept, c'est une norme constitutionnelle. C'est en vertu de cette norme que je m'insurge.
Rédigé par : fb | 08 septembre 2005 à 08:07
Deux ou trois remarques en vrac.
- Il y a une réelle différence de structure, à tous niveaux, entre recherche fondamentale et appliquée, quelque soit le pays. La différence entre les anglo-saxons et nous porte sur l'articulation entre les deux. Sommairement un british va le faire très cyniquement : il développera brillamment les arguments apte à satisfaire qui l'état ou l'UE, qui l'investisseur privé. Puis une fois ce bullshit évacué, il attaquera le real world (la science, la vraie, la pure, l'unique, celle qui défonce :-) ). Un français soit se contentera de décrire un obscur mécanisme abscons dont tout le monde se branle soit exposera un poussif bizness plan fait de mots clefs pré-machés : les deux mondes communiquent mal. En FR ceux que vous voyez débarquer dans le monde des affaires sont d'assez mauvais scientifiques, au mieux des has-been, en général (ouf j'essaye de ne pas me griller totalement). En UK les conseillers de Glaxo etc. sont presque tous nobelisables... J'exagère à peine.
- Ca ne signifie à aucun moment que ceux qui valorisent la recherche fondamentale doivent être les mêmes que ceux qui la produisent. Une partie de mes -modestes-travaux a ainsi été valorisé par des gens que je ne connais en rien. Je touche pas un rond dessus. Ce n'est absolument pas le problème : ces gens là apportent une réelle plus-value, nous ont été pas capables de vendre l'idée correctement aux big pharma. donc on est très content. Le fondamentaliste cherche à expliquer le monde, rien de plus :-). Il lui faut cependant accepter l'idée d'avoir à justifier de son utilité sociale, philosophique et économique.
- C'est bien sur là que le bas blesse en France. Les scientifiques ont leur part de responsabilité. Les politiques (droite et gauche confondu) également et de façon assez dramatique. Ils hésitent entre le mercantilisme et la piraterie. On doit peser 5% de la recherche fondamentale mondiale (par parenthèse la recherche fondamentale est absolument apatride par nature même : c'est une vraie tour de babel). Tout étant en accès libre, sans l'once d'un nanogramme de nationalisme dedans, pourquoi l'état français devrait il financer un truc de ce genre : il n'y a qu'a se servir dans les 95% restant !!!! Sauf que ça ne marche pas comme ça. Seul le fondamental a les compétences. Point barre. Certes, je ne suis pas capable d'expliquer pourquoi tel procédé permet un criblage direct de drogues anti-cancer à une big pharma, il faut un intermédiaire. Mais si ils ne sont pas capable de comprendre les concepts novateurs, ils sont évidemment encore moins capable de maîtriser les outils nécessaires à leur réalisation. Ce n'est pas du mépris du tout :chacun son job. Mais, encore une fois si Aventis préfère payer hors de prix ses salariés à Boston ce n'est pas sans raison.
- On pourra faire tous les pôles de compétitivité qu'on voudra, ça ne va pas changer grand chose. Le pb de la recherche française est au moins triple : structurel, financier et conceptuel (quelle place dans la société ?). On est mauvais, 19 eme dans ma matière en Impact factor (mesure -critiquable, mais mesure quand même- de la "qualité"). Bon on est pas si loin des 4 ou 5 eme, mais quand même. Et c'est TRES rageant. On est combien, en cette ére de patriotisme économique, à exercer nos talents pour les ricains ? Combien d'amis brillantissimess, une fois rentré au pays se débattent dans une jungle administrativo-kafakaienne plutôt que de continuer de faire de la recherche, de la vraie, de l'exaltante ? Il manque pas grand chose. Totalement casser le système pour le refonder, c'est tout :-)
- L'Europe ? Une politique de recherche centrée sur l'UE n'est pas nécessairement une bonne chose, pour l'heure. Le pb n'est pas l'harmonisation fiscale, mais la disparité des structures existantes. Par exemple, la France bloque pour deux raisons opposées : la peur de la perte du statut de fonctionnaire et la peur de rajouter une strate d'administration folle. Que l'UE continue sa politique relativement ciblée sur les pays les plus nécessiteux plutôt que de saupoudrer n'importe où. De plus ca pénaliserait les pays qui ont eu des couilles (UK, nordiques, Espagne) sans améliorer significativement la situation des grosses limaces (France, Italie, Allemagne...). Donc une vraie fausse bonne idée maintenant... Préparons ça pour demain .
Rédigé par : Eviv Bulgroz | 08 septembre 2005 à 10:06
Comme d'habitude,les problemes sont connus de tous :
http://www.lefigaro.fr/france/20050908.FIG0272.html
Cela reste encore en dessous de la realite...
Rédigé par : Scope | 08 septembre 2005 à 13:01
fb : c'est bien ce que je dis. Avec le type de raisonnement que vous tenez, qui est celui en vigueur en France depuis des années, on fait du saupoudrage, de l'égalitarisme régional, au lieu de faire du particulier et du soutien adapté.
La décentralisation inclut dans son principe une péréquation, pour éviter les problèmes d'inégalité ragionale forte. C'est très bien, et celà garantit une égalité du citoyen dans les allocations publiques.
Maintenant, pour les pôles de compétitivité, dont le sujet essentiel n'est pas l'aide au financement apportée par l'Etat, comment faire ? Décréter un pôle par département, auquel est donné le même montant ? Ce serait ridicule. Sortons d'un égalitarisme pour permettre à ceux qui veulent avancer de le faire !
Rédigé par : versac | 08 septembre 2005 à 14:46
Dans ce cas, et pour clore, nous tombons d'accord sur au moins une chose: nous n'avons pas la même perception de ce qu'est l'intérêt général.
Rédigé par : fb | 08 septembre 2005 à 18:33
Vraiment, fb, je ne comprends pas : vous préférez donc qu'on ne fasse rien, ou qu'on saupoudre, plutôt que l'Etat n'accorde des aides à des projets précis de développement ?
Et les fonds structurels européens, vous trouvez celà mal, également, sur le principe ?
Je ne comprends pas.
Rédigé par : versac | 08 septembre 2005 à 18:58
J'ai bien saisi que vous ne comprenez pas ma position. Disons, pour prendre une analogie simpliste (mais en ce sens je ne fais que vous seconder) que face à deux personnes, un vieillard qui tient grâce à une canne, sans le sou, et un jeune cadre en costume qui gagne beaucoup d'argent, je ne vois pas vraiment pourquoi je donnerais de l'argent au cadre pour qu'il en ait davantage, au motif qu'il représenterait tout l'avenir. Vous parlez de "particulier" et de "soutien adapté". C'est sûrement un soutien particulier, mais je ne laisse de penser que c'est une façon d'enterrer définitivement des régions qui auraient bien besoin d'une aide. Sauf à considérer que, effectivement, il y a désormais en France des régions qui ne seront plus jamais industrielles ni a fortiori compétitives. J'ai vécu, je l'ai déjà dit, dans une région que j'ai vu se désoler, peu à peu. Aujourd'hui, il n'y a plus rien ou presque. Comme par hasard (mais cela réside dans la logique même de l'homologation des pôles), l'Etat n'a rien trouvé de compétitif dans cette région. Je me dis que c'est un coup de poignard dans le dos. Les pôles de compétitivité ont été décretés comme tels (ie compétitifs) dans des lieux qui étaient déjà des zones "riches" (pour faire simple), sans aucune politique d'ensemble, notamment d'aide pour les autres régions délaissés (je me risquerais presque à parler de discrimination). Or, d'une certaine manière, le vieillard m'apparaît potentiellement extrêmement riche (au sens large et non pas au sens de l'argent-qui-est-partout).
Tout cela est très certainement critiquable, mais c'est mon sentiment.
Rédigé par : fb | 08 septembre 2005 à 22:29
Comme j'ai peine à toujours rassembler mes éléments de réponse dans un seul commentaire, je préciserais que votre question sur les fonds structurels européens est fort mal venue: le traité de Rome, dans son préambule, visait les "réduction des écarts entre les différentes régions". Les fonds structurels y répondent précisément, au moins en théorie. Or réduire les écarts entre régions ne se fait pas par des sélections qui visent à conforter ces écarts.
Rédigé par : fb | 08 septembre 2005 à 22:37
Qu'en dit Kouchner ?
Rédigé par : Gus | 09 septembre 2005 à 07:58
Pour illustrer mes propos du début du mois, Le Monde (22/09/05) publie les critiques du Conseil d'Analyse Economique face à la taxation concentrée en France. J'y vois des éléments d'analyse, quoi qu'en dise Kouchner (dont, à vrai dire, je me fiche éperdument).
Rédigé par : fb | 23 septembre 2005 à 19:14