D'intéressants débats continuent sur la stratégie du centre pour 2007. Sur le blog de générations Europe (cf. ce post), Marc d'Héré, de Gauche Moderne, puis gabriel Cohn-Bendit reviennent sur ce que pourrait être la stratégie présidentielle des sociaux libéraux.
Marc d'Héré, membre du PS, envisage l'enjeu sous l'angle des législatives, en espérant à une union des centristes aux législatives, sur la base de demi-succès (10% pour un candidat de centre gauche, idem pour l'autre de centre droit). Gabriel Cohn-Bendit, dans un article d'une franchise rare, dit que le choix doit se faire dès le premier tour des présidentielles. Gérard Bardier, d'Energies Démocrates, revient également sur le sujet. Commentaires sur le sujet chez Diner's Room.
J'ai tendance à plus suivre Cohn-Bendit et Bardier que d'Héré : l'enjeu est l'élection présidentielle (et il ne s'agit pas ici d'attendre l'homme providentiel, mais de donenr à un candidat sérieux les possibilités de le faire émerger). La raison principale est institutionnelle. La Vème république est devenue présidentielle à l'extrème. C'est le choix du président qui dictera la majorité législative. Si Sarkozy passe, les français lui donneront une majorité. Les Français n'aiment pas la cohabitation. De même, si un candidat du PS gagne, il devra disposer d'une majorité.
Je pense par ailleurs que l'urgence nous gagne, et je vois mal les français se satisfaire d'un troisième scrutin se terminant en eau de boudin. On les croit en attente d'un changement, mais résignés quant à l'offre. En politique, ce qui manque, aujourd'hui, c'est une offre crédible sur des solutions effectives. Cette offre, il faut la créer, la former, lui donner un contenu. La politique est un marché d'offre : si l'offre est là, la demande vient. Si l'offre est médiocre, la demande se tourne vers d'autres solutions (grogne, pêche à la ligne). L'enjeu, aujourd'hui, est à nouveau de faire émerger une offre sociale-libérale qui n'existe plus (ou un petit peu chez Sarkozy sur certains aspects).
Comment faire émerger cette offre sans l'identifier à un mouvement et à des personnes, qui disent clairement un projet à un horizon proche ?

La politique est-elle encore un marché d'offre ? C'était vrai du temps des idéologies triomphantes, mais aujourd'hui j'ai plus le sentiment que les hommes politiques, dans leur majorité, réagissent à la demande quasiment en juste-à-temps. Cela se voit dans un tas d'éléments très différents : du populisme triomphant à la mise en place de formes locales de démocratie participative. L'important c'est désormais d'écouter les citoyens et non de leur parler.
Sinon, il me semble que tant que les élections législatives seront organisées autour d'un scrutin uninominal, l'émergence d'un centre autonome sera quasiment impossible. Et comme je ne vois pas venir à l'horizon de réforme introduisant une dose de proportionnelle, je pense que le combat pour faire gagner le centre doit plutôt se jouer à l'intérieur de chaque camp politique (ce que Blair a fait au RU qui connaît lui aussi un scrutin uninominal). De plus, si les analyses de Générations Europe sont assez séduisantes sur le plan théorique, elles omettent un élément essentiel : la force de l'extrême droite dans ce pays. Le souvenir du 21 avril me rend assez dubitatif sur une stratégie centriste autonome (j'avais voté Bayrou au premier tour en pensant voter... Jospin au second). Il faudrait un concours de circonstances extrêmement favorable pour que ça ait une chance de réussite. Trop peu probable pour retenter le coup en ce qui me concerne.
A moins que tout explose au Mans...
Rédigé par : Damien | 05 septembre 2005 à 03:07
grogne, pêche à la ligne, blogging...
Rédigé par : Paxatagore | 05 septembre 2005 à 07:58
Damien : "La politique est-elle encore un marché d'offre ? C'était vrai du temps des idéologies triomphantes, mais aujourd'hui j'ai plus le sentiment que les hommes politiques, dans leur majorité, réagissent à la demande quasiment en juste-à-temps. Cela se voit dans un tas d'éléments très différents : du populisme triomphant à la mise en place de formes locales de démocratie participative. L'important c'est désormais d'écouter les citoyens et non de leur parler."
C'est la démonstration de ce qu'écrit Versac, non ? Les hommes politiques n'agissent pas comme si "La politique [était] un marché d'offre", mais (notamment) comme tu le décris. La conséquence est que le marché décroit ou stagne et que la concurrence entre les mêmes est d'autant plus âpre (ce qui ne favorise pas l'émergence d'une offre).
Rédigé par : Paxatagore | 05 septembre 2005 à 08:01
Paxa : c'est exactement ça. Celà arrive parfois, sur certains marchés, que les concurrents se concentrent exclusivement sur le même noyau de clientèle, ignorant délibérément (leurs études leur disent qu'ils ont abandonné ce segment de consommation) toute une partie de la population.
Survient un nouvel acteur, avec une stratégie en rupture, qui veut élargir le marché. Les concurrents prédisent un échec. Mais le nouvel entrant deviebnt leader en quelques temps : il avait mieux regardé les besoins, et compris qu'il y avait un désintérêt du marché pour cause d'inadéquation fondamentale entre l'offre et la demande. Ce sont parfois sur des sujets de positionnement marketing, de défauts majeurs de produits (dans leur usage, par exemple) ou dans la distribution (distribution historique inadaptée à l'évolution des comportements de consommation).
Je pense que, si plus de la moitié de la demande politique s'oriente vers de la grogne (FN, extrème gauche) ou de l'abstention, ce n'est pas parce que c'est mieux et plus satisfaisant de leurs besoins, mais bien à cause d'une carence de l'offre.
Rédigé par : versac | 05 septembre 2005 à 09:36