La grève, phénomène symbolique, pense Hugues :
En fait, il y a fort à parier que la grève de Libération soit surtout, dans la logique bien française du conflit héroïque, une sorte d’action symbolique sans finalité concrète, une manière de catharsis socio-économique par laquelle les salariés doivent forcément passer en préalable à n’importe quelle prise de décision.
Sur libélutte, le blog des personnels en grève, je doute qu'ils en soient d'accord, même si le fait de poster essentiellement des messages de soutien moral ne fait que confirmer ce sentiment de l'impuissance face à l'inéluctable.
On retrouve sur ce blog le texte des patrons, que je trouve plutôt sensé et raisonnable. L'ambition est peut-être trop grande, les dirigeants de Libé ayant tendance à comparer leur fanzine au NYT et au guardian, qui ont quand même des audiences sans commune mesure.
Comme Gilles Klein, je déplore néanmoins que la grève ait donné lieu à la fermeture du site. Effet de la fusion des rédactions, pourtant peu effective aujourd'hui ? On le saura après coup.
[Update : Emmanuelle Richard en parle avec un jeu de miroir LA Times / Libé très intéressant. ca discute aussi pas mal chez Pascal Riché et Laurent Mauriac]

La seule réelle utilité du droit de grève est de rendre illégitime les autres formes d'action (comme par exemple l'adoption de codes vestimentaires hors-normes, le sabotage de l'appareil de production, la calomnie (éventuellement justifiée) de l'employeur, la divulgation ou la transmission à la concurrence des informations internes ou, plus amusant, l'adhésion revendiquée et de masse au Front National). Après tout, et on l'oublie un peu vite, les années 1965-1980 ont été remplies de luttes sociales employant des moyens autrement moins respectueux de l'intérêt public que la grève. Mais il est vrai qu'on peut aussi s'inspirer des néoconservateurs américains et nier l'existence de toute réflexion antérieure pour se réfugier dans ce ravissement du petit esprit qui consiste à faire démarrer toute réflexion sur tout sujet quel qu'il soit à l'instant même.
Rédigé par : Gus | 24 novembre 2005 à 03:59
Sauf que July n'avait pas forcément tort d'avoir des ambitions pour son journal, qui n'était pas nécessairement condamné à rester un fanzine...
Tu mentionnes le Guardian, qui est vraiment un excellent journal, mais qui a aussi commencé par être une sorte de fanzine anti-impérialiste. Et un fanzine régional, par dessus le marché, puisqu'il s'appelait le Manchester Guardian. Mais il a évolué, est devenu national, s'est installé à Londres en 1970 et est devenu le vrai quotidien de référence des Anglais, vendant 400 000 ex par jour (vendant vraiment, je ne parle pas du tirage !).
Incidemment, ce tirage ne fait évidemment pas de lui un géant en diffusion, puisque le Daily Telegraph (très à droite) est à 900 000 et le Times (juste à droite) est à 700 000. Et il ne s'agit là que de quelques "quality papers". Si l'on va chercher vers la presse populaire, on tombe vite sur les 3 millions + du Sun ou les 2 millions + du Daily Mirror.
Les 200 000 ex de Libé, dans ce contexte, ne pèsent vraiment pas lourd...
Rédigé par : Hugues | 24 novembre 2005 à 09:24
Ici au japon, le Mainichi shinbun ( generaliste ) tire 2 exemplaire ( un matin , un soir) qui tournent a pres de 20 millions d exemplaires , le Nihon Keizai shinbun ( journal economique japonais, tendance mi liberal) tire a autant d'exemplaires.
La presse de qualite , les gens l 'achete.
Si personne achete Libe ou le Monde , faut VRAIMENT arreter d'accuser " les gratuits/internet/les mondialisation neoliberal/Sarkozy" ( rayer les mention inutiles) .
C'est qu'on est mauvais c'est tout.
Ici il y a encore plus de gratuit , internet est encore plus present, meme sur les telephones portables, et pourtant.
" Le prix attire le client , la qualite seul le retient"
Rédigé par : Dena | 24 novembre 2005 à 10:54
Dena,
Tout à fait d'accord. A fortiori lorsque l'on entend que la baisse de la lecture des quotidiens en France est historiquement liée à... l'apparition de la télé. Et chacun sait bien que la France a été le seul pays à introduire massivement la télévision dans les foyers.
Aujourd'hui, on parle des gratuits. Mais ces titres se sont d'abord implantés dans des pays où la lecture des quotidiens était forte (GB, Suède, Japon...) et n'ont eu qu'un impact marginal sur la diffusion des journaux payants. Le presse française souffre avant tout d'une crise de l'offre : pas assez de quotidiens, pas assez de contenus attractifs, pas assez de points de vente. Un mois de grève à Libé ne règlera pas la question.
Rédigé par : Hugues | 24 novembre 2005 à 11:08
Le problème de la "crise de la presse quot'" qui dure depuis l'apparition de ladite presse (j'exagère, surtout d'après guerre) est complexe. Mais on peut quand même dégager des facteurs :
- un réseau de distribution peu performant, dont le taux de pénétration est en baisse constante,
- un syndicat du livre monopolistique et corporatiste, qui nuit à la flexibilisation du secteur, et à la constitution de bonnes conditions économiques,
- une culture très presse magazine, qui s'est installée sur les manques de la presse quotidienne,
- des problèmes de qualité journalistique et de rigueur des principaux journaux
- la concurrence effective d'autres media ne jouant que de manière annexe dans la crise actuelle, mais étant une perspective sérieuse pour qui fait la stratégie de ces entreprises : on ne peut pas penser un journal à 5-10 ans sans penser aux nouveaux media, ou alors ce serait une grave erreur.
...
Rédigé par : versac | 24 novembre 2005 à 11:26
versac: Le Canard Enchainé semble tenté de ne rien changer à sa stratégie actuelle.
Pourtant, ça serait bien commode de pouvoir en consulter les archives aussi facilement que celles du Diplo (un modèle du genre)
Rédigé par : Gus | 24 novembre 2005 à 17:14