Bon billet d'Alain Rousset dans Le Monde aujourd'hui : le verrou jacobin. C'est assez rassurant de voir qu'il y a des socialistes qui pensent autre chose que la bouillie loghorréique des motions avant ou après leur torsion négociatrice.
Alain Rousset rappelle à ses amis (car c'en semble bien l'objet) qu'ils faudrait qu'ils commencent "par comprendre que l'anachronisme d'un Etat omniprésent est, aujourd'hui, l'une des principales causes de blocage de notre société". Le reste du texte est d'une vérité et d'une justesse criantes. Et ses propositions sur les conditions d'entrée dans une République décentralisée sont, à mon avis, très justes (je grasse) :
— régénérer le Sénat, devenu paradoxalement le complice du centralisme, en modifiant sa circonscription électorale, inchangée depuis 1871 ;
— supprimer le cumul entre fonctions exécutives locales et mandats nationaux, qui nuit à la santé de la République et déresponsabilise les élus locaux en entretenant leur dépendance à l'égard du pouvoir central ;
— bâtir un véritable statut de l'élu local qui assure le renouvellement d'une classe politique aujourd'hui déconnectée de la société française au point de s'être coupée du secteur privé et du monde associatif, dont les cultures sont la racine de toute action publique ;
— réformer, enfin, la fiscalité locale en tranchant le débat entre deux conceptions radicalement opposées de la décentralisation : soit continuer à réduire l'autonomie financière des collectivités en leur substituant des compensations ou dotations de l'Etat ; soit jouer la carte de la responsabilité en instaurant l'autonomie fiscale des collectivités.
Je n'aurais pas placé ces éléments dans cet ordre, mais enfin, tout y est. Et l'occasion est la bonne, pour 2007, de mener enfin la bonne décentralisation. Pas celle qui disperse des compétences dans tous les échelons, mais celle qui renverse la logique jacobine, en donnant à l'Etat son rôle de stratége (l'idée n'est pas neuve, mais vraiment toujours pas mise en place), et laissant à des collectivités locales rénovées (démocratiquement et dans l'organisation de leurs territoires comme de leur démocratie) le soin de la gestion.
L'occasion est la bonne. Le Sénat va vraiment mal, et l'assemblée est remontée, prête à en découdre. Le renouveau démocratique semble plus que nécessaire, même si la droite semble encore l'ignorer dans ses réflexions pour 2007. La décentralisation n'a pourtant pas été aidée par le décalage entre l'ambition affichée par notre ancien premier ministre et la mise en oeuvre effective, mais la nécessité que l'Etat retrouve des marges d'action effective est là.
Mais qui osera porter une telle idée en 2007 ?

"Mais qui osera porter une telle idée en 2007 ?"
Arnaud Montebourg ? Bon, puisqu'il ne se présentera pas, passons au plan B.
Rédigé par : Gus | 07 décembre 2005 à 18:10
Excellent article en effet. A une limite près : Alain Rousset parle de la nécessité de trancher "entre deux conceptions radicalement opposées de la décentralisation". Je pense que si on choisit le première des deux conceptions : "continuer à réduire l'autonomie financière des collectivités en leur substituant des compensations ou dotations de l'Etat" alors on aura tuer une bonne fois pour toute la décentralisation! Ce serait la consécration de l'idée que les élus locux sont incapables de savoir ce qui est bon pour leur territoire et que l'Etat doit le leur dire. Il faut absolument choisir de "jouer la carte de la responsabilité en instaurant l'autonomie fiscale des collectivités."
Rédigé par : Sindelaar | 07 décembre 2005 à 19:21
Sindelaar: Si cette autonomie fiscale est assortie de la possibilité de définir et d'opérer localement les réseaux nationaux (poste, télécommunications, routes, chemins de fer, ponts et tunnels et voies aériennes), ça peut aller : sinon, les régions riches auront les ressources fiscales et leurs voisines les nuisances.
Rédigé par : Gus | 07 décembre 2005 à 19:38
Complétement d'accord avec Sindelaar!
Rédigé par : Verel | 07 décembre 2005 à 21:10
Pourquoi limiter l'interdiction de cumuler aux seuls mandats exécutifs locaux? Il faut que l'interdiction soit totale: un homme, une voix, un mandat. Point final.
C'est une hypocrisie sans nom ces ministres et autres élus qui font la course pour, par exemple, être maire, puis se font nommer premier ajoint avec un pantin dans le rôle de maire!
Donc interdiction de cumuler. Tout simplement.
Il faudrait aussi limiter le nombre de mandats successifs qu'un élu peut assumer à un même poste. Deux seraient bien.
Cela obligerait nos élus à se bouger, à passer d'un poste à l'autre, et surtout de renouveller les têtes et les générations!
A.
Rédigé par : Adrienhb | 08 décembre 2005 à 03:20
Un candidat portera ces réformes, cette justice ... ce bon sens!!! Rassurez-vous, un grand projet est en marche, une vrai "Alternative" au jacobino-etatisme français. Préparez-vous à soutenir la société civile et la justice.
Librement
Rédigé par : 1984bastiat | 08 décembre 2005 à 09:16
Excellentissime déclaration de Mr Alain ROUSSET!
Il aurait du aussi préciser que certains barbarismes de découpage sont à revoir...
Et il manque en effet quelqu'un de courageux pour porter cette volonté...(en politique bien sûr).
Rédigé par : Yuca de Taillefer | 19 décembre 2005 à 20:26