Longue semaine : trop de choses en même temps. Et donc, comme on dit là-bas, low blogging. Je vous parlerai sans doute bientôt de ce qui m'occupe actuellement.
Reste qu'il se passe des choses.
François interpellait il y a déjà quinze jours la blogosphère française sur l'affaire Mittal Steel vs Arcelor. Pour ma part, la médiatisation extrème de cette OPA n'éveille pas en moi un patriotisme économique excessif. Je ne rencontre sur ce sujet que des hommes d'affaires français, qui tiennent tous, à l'instar d'un Elie Cohen récement dans Le Monde, le discours du "Arcelor is sooo good" et "Mittal is sooo bad". Pourtant, pour Mittal, la logique est imparable. Se faire une place dans les commodités, et remonter la pente, en intégrant, par acquisition, la compétence, c'est vraiment pas idiot. Il me semble que pas mal d'experts non partisans estiment que l'ensemble pourrait effectivement créer de la valeur pour les actionnaires, moyennant quelques risques dont ils pourraient s'accomoder.
En revanche, les propos trop nationaux, comme ceux d'un Dupont-Aignan, me font frémir, de même que les propositions anti-OPA récemment émises me semblent correspondre à un cataplasme rapidement sorti du chapeau, en temps d'urgence, et mal adaptées.
Cette semaine, j'ai fini la lecture de la révolte du pronétariat. Je ne serais pas loin de partager l'avis critique d'Hubert Guillaud. Le problème, sans doute, est que, immergé dans le "web 2.0", je ne suis pas dans la cible d'un livre qui se veut surtout évangéliste (prophétique ?).
Ce livre est à lire, quand même, pour celui qui veut comprendre en quoi internet apporte, à partir d'aujourd'hui, quelque chose de différent, une rotation (a spin) dans les rapports traditionnels entre media et masses. C'est un peu un mélange de David Weinberger et de Dan Gillmor à la sauce française, avec sans doute trop de concept et d'auto-célébration (citations des prémonitions multiples de l'auteur, auto-références), et beaucoup de fantasme, à partir de l'expérience américaine. J'ai pris beaucoup de plaisir à le lire, néanmoins, et c'est un livre accessible, synthétique, utile, si on passe sur le coté un peu trop prophétique de la chose.
Au passage, Christian Blanc a sorti un livre cette semaine aussi : la croissance ou le chaos. Je suis en train de le lire. Une ambition d'évangélisation, aussi, autour des clefs pour créer cet ecosystème de la croissance qui lui est si cher. Je n'ai lu que cent pages, pour l'instant, mais y trouve de vraies qualités. J'y reviendrai.
Je n'ai rien à dire sur le Clémenceau.
En revanche, des discussions, le week-end dernier, sur Outreau et ses conséquences, me travaillent. J'ai été effarré, lors de discussions avec des collègues ou des proches, de voir comment beaucoup faisaient du juge Burgaud le coupable idéal. L'impact de la retransmission de son audience a été monstrueux. On nous parle tout de suite d'un juge dur et fier quand il incarne l'autorité, mais frèle et pantois devant la hiérarchie. Sans se rendre compte que chaque français qui dit ça joue lui-même au juge définitif, au procès expédié, au Burgaud des mauvais jours.
Oui, nos juges sont peut-être comme ça. Et il va falloir faire avec. Car ils sont des hommes après tout. La question reste celle de l'institution, de son organisation, de ses moyens, et, surtout, de l'inversion de la logique de la détention provisoire.
Cette semaine, j'ai commencé à construire une réponse aux demi-interrogations d'Emmanuel sur les chances de succès de la gauche, et la stratégie de Bad-Godesberg. Pas réussi à écrire quelque chose qui aille. Disons surtout que je ne crois pas à son analyse du flot médiatique habituel. Si beaucoup de commentateurs se lassent de la persistance de la vulgate gaucho du PS, ils ne sont pas pour autant persuadés que le virage du PS en un vrai parti social-démocrate moderne et attaché plus à la réalité qu'à ses mythes serait nécessairement une stratégie gagnante.
A ce sujet, l'ouverture du site de Ségolène me fait plutôt bonne impression. Les premiers sujets abordés ne sont pas ceux que l'on voit partout au PS, avec le gloubi-boulga socialiste habituel : le "travail entre souplesse et sécurité", "rendre l'action publique efficace et participative" (vous avez lu efficace sur un site estampillé PS), etc... Reste que le tout est suffisamment sous forme interrogative (ah, la participation), pour ne pas trop positionner le discours final.
Bon week-end à tous.

Eh bien!Pas très enthousiasmant tout cela!En petite forme,on dirait...
Rédigé par : GlobLog | 18 février 2006 à 08:39
Nous verrons dans six mois si Ségolène Royal a su faire de son site un outil pour mettre en place un programme intéressant et original.
Rédigé par : inactinique | 18 février 2006 à 13:02
Arcelor a publié ses résultats cette semaine. De bons résultats. En grande partie grâce à sa filiale brésilienne, et notamment son implantation dans ma bonne ville de Vitória. En partie aussi grâce à la survalorisation du real. Pourtant, personne en France ou au Luxembourg ne semble s'être préoccupé de ce qui adviendrait de la filiale brésilienne au cas où Mittal prendrait le contrôle...
Rédigé par : Francis | 18 février 2006 à 14:00
Concernant Outreau, j'ai déja dit a plusieurs reprises (et je vais suremment y revenir sur mon blog) que comme le disait Maître Eric Dupond Moretti, les vrai coupables ce sont les parlementaires. Ce sont eux qui votent les lois qui ont permit au juge Burgaud de faire ce qu'il a fait, eux qui il y a quelques années accablaient la loi sur la présomption d'innocence du gouvernement Jospin. En lui meme, le juge n'a fait qu'utiliser (mal, c'est vrai) les outils que les parlementaires lui ont donné.
A l'issue de l'audience - que j'ai vu en différé sur Public Sénat - il m'a semblé au contraire que l'audience publique permettait de montrer qu'au lieu du monstre froid si souvent décrit, on avait avant tout un homme, jeune. D'accord avec Pierre Martel d'ailleurs qui a déclaré: "on a été jugé par un gamin".
Sur le virage du Labour (et donc apparemment du SPD), je ne pense pas que sur le long terme la sauce prenne si bien, en tout cas au Royaume Uni (le Labour vient encore de perdre un député). D'ailleurs Ségolene m'a décu en louant les mérites de Blair au détour d'une petite phrase. A mon avis elle n'a pas assez d'infos... je suis pret a lui servir de conseiller si elle veut, je suis assez ancré dans la politique anglaise pour etre suffisamment crédible je crois (candidat aux élections locales de mai a Londres ;-).
Rédigé par : vonric | 18 février 2006 à 14:06
Oui, nos juges sont peut-être comme ça. Et il va falloir faire avec. Car ils sont des hommes après tout. La question reste celle de l'institution, de son organisation, de ses moyens, et, surtout, de l'inversion de la logique de la détention provisoire.
En toute petite forme, Versac, aujourx'hui. Quand un blog sombre dans le relativisme c'est qu'il n'est plus loin de creuser sa tombe. Les juges sont des hommes, bien sûr, faillibles, d'accord, mais ils sont également responsables. Parler de l'institution comme un monstre froid c'est oublier ceux qui l'incarne, qui sont formés pour l'incarner.
L'audition du juge Burgaud (et peut-être encore plus celle du procureur Lesigne) ont surtout mis en lumière les aberrations d'une enquête menée à charge.
Rédigé par : | 18 février 2006 à 15:15
Tiens, moi aussi, je vais jouer au déclinologue de Versac : Petite forme, décidément, puisque tu qualifies d'OPA l'OPE de Mittal Steel.
Quant à ceux qui sont prompts à juger les juges, je vous invite à faire un tour sur ce billet afin de tenter de vous mettre concrètement à leur place.
Rédigé par : Eolas | 19 février 2006 à 11:46
Pour avoir regardé une partie de l'audition du juge Burgaud, je n'ai pas eu l'impression de voir un cadre (de l'administration judiciaire) qui rendait compte de son action mais d'un homme assez désemparé par l'ampleur du désastre dont il a été l'un des acteurs principaux et qui a surtout cherché à éluder la question de sa propre responsabilité. Alors certes les hommes sont faillibles, mais celui-là se refuse à reconnaitre une quelconque erreur de sa part, il reconnait tout juste qu'il aurait pu agir "différemment".
Curieusement, il a déclaré ressentir de la compassion "par rapport" aux victimes alors que l'on aurait attendu "pour" les victimes. Le monstre froid dans le cas présent s'ncarne assez bien dans Fabrice Burgaud.
Rédigé par : yannick | 19 février 2006 à 12:16
Eolas : OPA, OPE, on s'en fiche un peu, en fait.
yannick : oui, la juge Burgaud était assez pathétique, à ne pas vouloir affronter clairement la réalité. Je vous rappelle néanmoins qu'il ne s'agissait pas d'un procès. Cependant, face à l'immense pression dans un sens, puis dans l'autre, il n'est pas facile de se voir charger de ces ereurs. Un maillon de la chaine qui a failli, mais pas le seul.
Je regrette vraiment qu'on nous ait offert ce spectacle ridicule.
Rédigé par : versac | 19 février 2006 à 16:21
La diffusion des audiences de l'affaire d'Outreau m'a semblé une bonne chose pour ceux qui l'ont regardé.
Sur mon blog mon commentaire sur cette affaire "Outreau miroir de la société" avant la polémique lancée par le syndicat de la magistrature.
http://france2007.blogspot.com/2006/02/outreau-miroir-de-la-socit.html
Sinon une actu trop rapide pour moi en ce moment!
Rédigé par : Yann Riché | 19 février 2006 à 17:57
Versac> pas d'accord sur la terminologie "ridicule".
Je pense au contraire que ces auditions publiques - et celle du juge Burgaud me semble indispensable a la compréhension de l'ensemble - sont pleines d'enseignements. J'en parle dans mon nouvel article ici
Pour moi, le premier accusé est le parlement. Car au final n'est ce pas lui qui vote de plus en plus de lois, faisant et defaisant dans l'urgence... et qui a créé les conditions de l'affaire d'Outreau. Il faut lire l'intervention de Maître Eric Dupond Moretti que je cite dans mon blog.
Et que penser du CNE, du CPE, eux aussi créés dans l'urgence, sans que tous les parametres soient vraimment maitrisés, en appelant au "bon sens" des parties ?
Rédigé par : vonric | 19 février 2006 à 23:10
vonric : oui, ridicule n'est peut-être pas le bon mot. Mais le parlement ne me semble pas sortir grandi de ce tribunal médiatique. On a vraiment l'impression qu'il cherche à déléguer au pouvoir judiciaire ses carences législatives.
Rédigé par : versac | 20 février 2006 à 09:33
Versac>"ses carences législatives" -> exactement ce que je pense !
Rédigé par : vonric | 20 février 2006 à 21:50
Versac,
Sur Outreau, bien sûr Burgaud n'est "qu'un homme après tout", mais c'est éluder un peu facilement le fait qu'il a envoyé un paquet d'innocents en prison. Faut-il "faire avec" ? Je ne te souhaite pas de te retrouver un jour accusé à tort. Je pense que tu réviserais sérieusement ta position sur le sujet.
Quant au site de Ségolène, voir la rubrique "Rencontres", complètement bidonnée, qui montre que Ségo. a maintenant surtout besoin d'adhérents dévoués à sa cause, pour obtenir les voix nécessaires à l'investiture du PS comme candidate officielle de son parti. J'en parle sur mon blog http://www.universmedias.com (faut bien faire son propre marketing...)
Salut
Rédigé par : phil G | 21 février 2006 à 01:53