Je suis fumeur. J'ai déjà essayé trois fois d'arrêter, j'y arriverai un jour. Je sais que c'est mauvais pour la santé. Je suis convaincu du fait que la cigarette est une anomalie du XXème siècle, qui retournera, à un horizon de long terme, à ce qu'elle aurait du rester : une drogue marginale.
C'est la vision que devrait avoir un Etat stratège : miser sur la disparition, à un terme défini, de la cigarette. Fixer un cap et définir ensuite les étapes qui doivent jalonner son chemin jusqu'à ce but. Or, l'Etat ne fait pas cela : il se contente d'une politique de petits pas, progressifs, mal expliqués, qui sont anxiogènes pour les personnes concernées (distributeurs, buralistes autant que pour les consommateurs de tabac). Le message du "c'est mal, mais on ne se donne pas d'objectif d'éradication" est complètement désastreux.
Le résultat est connu : le fait de fumer reste perçu en France comme un élément de la liberté individuelle. Qui peut m'empêcher de prendre ce plaisir ? Or, de mon point de vue, il n'existe pas de liberté de fumer, car elle ne procure aucun autre plaisir que celui qui est généré par le manque. On est dans un pur cas d'addiction à un produit qui génère, en France, 350 fois plus de morts que l'ensemble des morts de la grippe aviaire dans le monde.
Dans ce cadre, les préconisations du rapport de l'IGAS (PDF) signalé par Eric Dupin, me paraissent être un minimum urgent : il faut d'urgence mieux faire appliquer la loi Evin, et il est possible et nécessaire d'interdire la consommation de tabac dans les lieux de réunion du public, comme les cafés et restaurants.
Il parait en effet incroyable que l'on se pose encore des questions sur l'importance des sanctions à apporter aux personnes qui ne respectent pas les préconisations de la loi Evin. L'hésitation et le manque de volonté dans la répression donne à l'opinion publique un signal d'hésitation sur le fond. Il faut au contraire que le signal soit fort.
L'interdiction de fumer dans les restaurants est bien passée dans de nombreux pays. Elle ne correspond pas à une irruption dans la liberté de mourir à petit feu qu'affectionnent certains fumeurs qui ne sont pas conscients de leur addiction, elle est juste une marque de respect de la santé d'autrui. Il faut donc la mettre en oeuvre rapidement. C'est sur ce genre de mesures qui limitent l'usage, et qui donnent des signaux explicites à la société que l'on fait avancer le combat, pas uniquement par des hausses de tarifs (ambigües) ou des campagnes de communication et de prévention qui donnent surtout un signal de bonne conscience des acteurs publics.

Je suis séduit par la vision exposée au deuxième paragraphe, par contre je ne comprends pas bien la phrase : "il n'existe pas de liberté de fumer, car elle ne procure aucun autre plaisir que celui qui est généré par le manque". Le lien entre liberté et plaisir ne me parait pas évident et puis le manque ne crée pas de plaisir, c'est la fin de la sensation de manque qui apporte un soulagement ?
Rédigé par : yannick | 10 mars 2006 à 13:26
Un fumeur est un aliene, au sens litteral du terme. Aliene a son accoutumance. Il n'est donc pas libre de fumer, puisque qu'il ne peut physiquement pas faire autrement.
Je voulais preciser a titre documentaire que certaines villes du Japon interdisent maintenant de fumer dans la rue. Il y a meme des agents munis de cendriers portatifs qui obligent les passants a y ecraser leur megot. Mais ici pas besoin d'amende; la pression sociale, la honte d'etre pris en faute en public suffit a discipliner le fumeur. En France, on en est loin, le pauvre agent se ferait vite aggresser.
Rédigé par : Philippe | 10 mars 2006 à 13:33
" elle ne procure aucun autre plaisir que celui qui est généré par le manque"
Je ne pense pas que ce soit le seul plaisir.
Je suis fumeur parceque, au départ, j'ai aimé ce simple fait de fumer (en fin de repas avec un café).
J'ai commencé à fumé assez tard (20 ans) je n'avais pas besoin de 'faire grand', je fumais très peu pendant assez longtemps (2/3 cigarettes par jour), le plaisir n'était donc pas lié, il me semble, à l'état de manque.
Dix ans plus tard, malheureusement la donne a changé, je suis devenu un gros fumeur qui se promet qu'il arrêtera un jour, mais pas maintenant.
Je ne suis pas pour l'interdiction dans les lieux privé accueillant du public (bar, resto). Il me semble que le choix doit appartenir au propriétaire du lieu de faire de son établissement un lieu fumeur ou non-fumeur (pourquoi pas avec une signalitique particulièrement visible).
Je suis cependant, et comme vous, convaincu que le tabac doit (et va) disparaitre et que très bientôt les jeunes générations glousseront de ce qu'on est pu être assez idiot pour consommer un produit aussi dangereux.
Rédigé par : | 10 mars 2006 à 14:36
On pourrait écrire un livre sur la politique des demi-mesures.
Rédigé par : Bloup | 10 mars 2006 à 14:38
yannick : "c'est la fin de la sensation de manque qui apporte un soulagement ?"
Exactement. Ensuite, le cerveau associe cela à du plaisir. Car objectivement, de plaisir à s'enfiler de la fumée dans les poumons, il n'y en a pas vraiment.
L'interdiction de fumer dans des lieux publics clos se justifie par la protection de l'autre. Celle de fumer dans la rue ne se justifie que si on est dans une logique de prohibition complète, à mon sens.
Rédigé par : versac | 10 mars 2006 à 15:27
Je serais plutôt d'accord avec l'anonyme de 14h46. (Je précise que je ne suis pas fumeur, ou du moins n'éprouve aucune addiction. Je peux fumer un paquet dans une soirée et ne plus du tout pendant six mois. Fumer est pour moi un plaisir, ténu certes, mais un plaisir lié à la conversation, à l'alcool etc. Ce qui explique que je peux facilement m'abstenir de fumer lorsqu'on me le demande).
L'objection que je fais à une loi "dure" c'est qu'elle empiéterait dans un espace qui devrait être normalement un espace de négociation entre les individus, celui de la courtoisie et du savoir vivre. Mais bon times are changing...
Rédigé par : Tlön | 10 mars 2006 à 16:14
Grave d'accord avec toi Versac.
On remarque quand même que les gens fument beaucoup moins dans les lieux publics qu'à une époque (sauf en ce qui concerne les bars et les restos). Quand on regard les "images d'époque", les gens fumaient même dans les amphis d'université ! Et je me souviens assez nettement qu'on fumait sans gêne dans les stations de métro dans les années 90, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.
Rédigé par : Gagarine | 10 mars 2006 à 17:27
En Espagne on prend un verre au comptoir et l'on fume sa clope dehors,à constater que les bars qui n'ont rien changé perdent les clients "anti tabac";mais comme je suis comme Michel Del Castillo exaspérée par cet hygiénisme je le cite: "fumer est mauvais pour la santé. Vivre n'est pas une très bonne affaire non plus,ça se termine mal"
la très grosse hausse du tabac appliquée brutalement a contribué à l'appauvrissement des fumeurs, quant à ceux qui sont sans travail ou qui croulent sous des problèmes graves, ils se sont vus stigmatisés.
Aucune politique d'accompagnement n'a été menée, la ruée vers les patchs est un échec.
le degrés d'addiction n'est pas le même selon le poids, la taille et le sexe.
pour terminer quand vous voyez la ruée dans les tabacs des villes frontalières, vous aurez du mal à nous persuader que les ventes sont en baisse.
Rédigé par : rosalie | 10 mars 2006 à 18:15
Pendant longtemps, je me suis dit que les chaînes de type Starbucks ne perceraient jamais en France ou en Espagne, des pays dotés d'une vraie "café culture" (comme on dit au pays... de Starbucks). Il me semblait que ces endroits aseptisés et formatés ne plairaient pas aux gens. Mais depuis que je suis non-fumeur, j'ai du mal à entrer dans les troquets standards hyper-enfumés et je commence à me dire qu'ils constituent une vraie alternative.
Les bistrotiers ont intérêt à se bouger, avant même qu'une interdiction réelle ne soit mise en place. Sinon, ils seront tout simplement désertés. Ceci-dit, si les gens ne fument plus et ne vont plus dans les bars, les bougnats se mettront en grève et on leur votera une subvention et un statut fiscal spécifique.
Rédigé par : Hugues | 10 mars 2006 à 19:31
OUI mais l'Espagne est accrochée au train de l'Europe ELLE
Rédigé par : rosalie | 10 mars 2006 à 20:15
...Les bistrotiers ont intérêt à se bouger, avant même qu'une interdiction réelle ne soit mise en place. Sinon, ils seront tout simplement désertés. Ceci-dit, si les gens ne fument plus et ne vont plus dans les bars, les bougnats se mettront en grève et on leur votera une subvention et un statut fiscal spécifique...
c'est-y pas du mauvais esprit !
bistrotier, je veux cette loi, les fumeurs m'emmerdent !
Rédigé par : Nomad | 10 mars 2006 à 20:44
Ce qui fait de la cigarette un objet nuisible
c'est qu'elle est vendue en paquet de 20
(c'est le principe de l'industrie, qui implique lui même ensuite celui de l'incitation à consommer au-delà de son plaisir)
Le fumeur n'a rien à faire pour consommer
(un certain nombre de victimes qui ont évoqué leur addiction le montrent ici)
Je fume
avec plaisir
(contrairement à ce que tu dis)
quand j'en ai envie
ce type de consommation d'un truc disponible
en fonction de son plaisir et de son besoin
c'est
devenir un homme, je crois
sinon,
on ne vole pas
uniquement parce qu'on a peur d'être attrapé.
L'homme est l'être vivant qui invente le mode d'emploi de son corps
(en tenant compte de son désir de vivre, de plaisir, des autres)
y renoncer
loi après loi
c'est accepter de ne jamais atteindre l'âge adulte
comme ces gens qui se font interdire de casino ...
courage
les ressorts sont en nous
pas dans la loi à tout va
ce monde là est
stérile
et très coûteux
Luc Comeau-Montasse
du fagot des Nombreux
Rédigé par : Luc Comeau-Montasse | 11 mars 2006 à 10:32
Que les Français et d'autres fument trop c'est indiscutable.Mais le problème sanitaire n°1 des Français aujourd'hui,on n'en parle pas suffisemment:c'est la mauvaise NUTRITION des Français (merci de ne pas me rétorquer les statistiques de l'OMS sur le nombre de calories,ainsi que les considérations inexplicatives sur l'obesité croissante).Sachez que 2/3 des Français environ sont carencés en magnésium, calcium et vitamine C,que l'essentiel de nos compatriotes n'absorbent jamais la coenzyme Q10 et un certain nombre d'autres éléments minéraux et protéiniques (8 acides aminés non présents dans l'alimentation,le fer non-fixé...).Le résultat est énorme en terme de productivité,de dépressions...et j'ajouterais de cancers et de consommations induites en mauvais psychotropes (le tabac).
Je connais une marque américaine qui importe et apporte des produits 100% naturels-bio-avec lesquels vous pouvez tout avoir et tout faire:arrêter de fumer,se prémunir du cancer et du vieillissement accéleré(les fameux radicaux libres):bref pour 100 euros s'immuniser au maximum contre les atteintes environnementales.J'en utilise moi-même et,ancien grand fumeur de cigares en pleine décrépitude à 25 ans,j'ai aujourd'hui une capacité de travail et de résistance au tabac,à la fatigue...incroyables.Ces produits sont chers,ne se trouvent pas partout(en paharmacies et magasins "bio"),mais devraient être conseillés à nombre de nos compatriotes(y compris aisés ou dans l'appareil d'Etat,qui ne les connaissent pas faute d'information) en deshérence pour des raisons tantôt culturelles,tantôt économiques (alors que manger 100% "bio" revient moins cher in fine,dissuade de fumer,comme me le prouve ma propre expérience).
Les morts du tabac sont des morts du cancer.Le cancer vient non pas de la nicotine et du goudron mais d'une dégénérescence celluliare liée à l'action des radicaux libres (qui jouent aussi sur le vieillissement acceleré):prendre des ANTIOXYDANTS de qualité est donc le meilleur conseil que l'on puisse aujourd'hui donner aux Français bien plus que de les enjoindre de façon abstraite d'"arrêter de fumer".90% des pharmaciens et des médecins ne font pas leur travail d'information à ce sujet:ce que sont les ANTIOXYDANTS,sous quelle forme et dans quels aliments on les trouve (car évidemment ils sont plus ou moins présents dans les aliments et certains aliments(surtout bio)sont bien plus anticancérigènes que les autres:en vrac les broccolis,les algues de mer (la spiruline),la levure de bière,les agrumes,les poivrons,les piments,les olives,sont richement dotés naturellement en anti-ox,c'est à dire prémunissent concrètement et incontestablement contre le développement de la plupart des cancers,environnementaux ou chimiques (le cancer du fumeur est de nature chimique).Pourquoi aucun ministre de la Santé,aucun IGAS...ne l'a jamais dit cela?
Pourquoi un microtrottoir montrerait que 9 français sur 10 continuent de croire que le cancer est:
-une fatalité
-un héredité
-qu'aucun aliment n'en protège et qu'il ne sert à rien de changer de comportements alimentaires.
Résultat:on dénigre les producteurs et les consommateurs de bio ou de compléments alimentaires.On dit que le bio c'est comme les plats allegés,c'est une mode et cela passera.Ce discours est criminel! (tantôt "bobos",tantôt "matérialistes","égoistes"...).
Rédigé par : GlobLog | 11 mars 2006 à 23:08
OK, tu fumes pas. C'est mauvais pour la santé c'est sûr. Tu bois pas non plus parce que bon, c'est mauvais pour la santé aussi et en plus, ça dégrade et puis tu peux tuer quelqu'un si tu prends le volant. D'ailleurs au volant, tu respectes les limites, à 50 à l'heure en pleine nuit sur un autoroute vide, des fois qu'il y aurait un lapin qui passe. Tu traverses dans les clous. Tu baises pas trop non plus, ou bien en latex, des fois que tu chopes une chtouille, un vieux sida ou que tu engrosses une fille (j'oubliais : t'es aussi contre l'avortement parce que ça, c'est très mauvais pour la santé de façon préventive). Tu te roules pas de pétard parce que ça fait pas bien et qu'après un petit cône, c'est le shoot à la dure garanti, la déchéance, la spirale infernale... Tu bouffes du Tofu et des carottes bio afin de préserver ta ligne et la fluidité de tes fonctions digestives. T'as pas de clebs parce que ça chie dans la rue (ou si tu en as un, tu ramasses les merdes), si t'en as un, tu lui achète des croquettes bios, superéquilibrées pour qu'il soit en bonne santé, comme toi. Tu fais la collecte sélective en mettant bien l'emballage des lingettes antibactériennes dans le bac bleu et les cadavres de quarts Vichy dans le bac vert. Le week-end, c'est cool, tu passe l'aspirateur. Tes gosses, ils sont toujours bien couverts, propres et bien vêtus, ils ne morvent pas et disent merci à la dame. Bientôt, avant qu'on ne te fasse payer l'aire que tu respires, tu sortiras avec ton petit masque pour filtrer la pollution et, sait-on jamais, tout relent de stras ou de grippe aviaire.
De toutes façon, tu n'as pas besoin de fumer, t'es bien dans ta peau, tu entretiens ton corps, tu fais du sport. Ta vie elle est cool et la vie des autres elle est cool aussi (pourquoi pas s'ils ont la santé). Tu bosses 12 heures par jour pour un salaire de misère mais t'es content, parce que t'as la santé. La santé, tu la payes d'ailleurs, 30% de ton salaire, mais ça ne sert à rien, t'es jamais malade. Pourquoi voudrais tu, en échange de ce que tu payes, en faire ce que tu veux, de ta santé? C'est une question inepte. La santé, elle doit être bonne c'est tout.
Et puis ça permet de durer, une bonne santé, jusqu'à 120 ans, grabataire dans un hospice à te chier dessus. Tu pourras te dire. Putain, 120 balais, plus de dents peut-être, mais moi, j'ai pas touché une clope !
Voilà le message : hygiène et propreté. Sois un mouton, mon fils, mais un mouton blanc, lavé, à la limite tondu, mais propre... comme dans la dernière pub pour bagnoles (très instructive). Ayez une belle vie, ayez une vie propre.
Le gouvernement lave plus blanc. Et puis si des fois tu voyais des choses pas très claires, là, tous les jours. Si tu vois un pauvre type accoudé à un zinc sur le coup de 6h du mat, les yeux hagards et rouges d'une nuit de boulot ou d'errance, devant un blanc et une clope au bec, tu vas le voir et tu lui dis qu'il est hors la loi et qu'il doit arrêter parce qu'il menace ta santé de façon passive. Et si il s'arrête pas, tu vas voir les flics et tu leur dis tout et comme ça, il ira en prison. Au moins, au fond de son trou, tu le verras plus et il te gènera plus passivement.
Comme ça, t'auras pas de doute, t'auras pas de mélancolie, tu risqueras pas l'empathie, t'allumeras pas une clope et tu commanderas un Vichy fraise. En plus, tu pourras être fier de toi car tu lui auras rendu service au mec parce que tu lui auras oté l'envie de fumer ! Comme il y a des chances qu'il soit jeune et rebelle, c'est toujours bon de remttre les déviants dans le droit chemin.
Rédigé par : Toulemondilebo | 13 mars 2006 à 14:43
Toulemondilebo,
Par déduction de ce galimatia, tu es donc un type qui ne respecte pas les limitations de vitesse, qui n'utilise pas de préservatifs, dont les enfants n'ont pas de manteau en hiver et ne sont pas polis, qui ne travaille pas, qui ne paye pas d'impôts. Effectivement, tu es un vrai rebelle et il y a vraiment de quoi être admiratif.
Rédigé par : Philip Morris | 13 mars 2006 à 15:56
Il me semble que lorsqu'on utilise des convictions personnelles pour légitimer des interdictions qui devraient s'appliquer à tout le monde, on est sur une pente embêtante. Lorsque la limitation d'usage de la cigarette porte sur les risques ou les conséquences financières que le fumeur fait courir à un entourage qui n'a rien demandé, soit.
Lorsqu'elle consiste à annoncer comme objectif, en fonction de ses opinions personnelles, qu'il faut viser à l'interdiction générale du produit, donc d'imposer son hygiène de vie aux autres, c'est une pollution exactemement de même nature : quelle différence entre le fumeur qui oblige indirectement les autres à fumer, et celui qui veut interdire de fumer aux autres? Je ne vois pas là un "cap" qui devrait être fixé par un état, fût-il "stratège".
Et les "petits pas", et autres plans quinquennaux déclinés par étapes, ont rapidement dans les faits un côté gosplan. S'adapter à la situation, prendre des décisions, voir leur effet, envisager la possibilité de changer d'avis, se dire qu'on peut avoir tort, c'est pas mal non plus. L'entêtement a toujours coûté cher.
Rédigé par : alexandre delaigue | 13 mars 2006 à 20:26
@Econoclaste
Je comprends mal votre commentaire. D'abord je suis très étonné que la seule justification que vous puissiez entrevoir à la logique évoquée par versac soit celle des dépenses financières pour frais de santé qu'on créerait chez notre entourage.
Quand je parle à mes soeurs pour leur suggérer d'arrêter de fumer, c'est de leur santé que je leur parle, pas de leur porte monnaie.
Vous semblez tout voir uniquement sous le prisme économique. Je me trompe peut-être, et si c'est le cas n'hésitez pas à me l'indiquer. Mais si c'est bien cela, c'est forcément une erreur.
Vous demandez: "quelle différence entre le fumeur qui oblige indirectement les autres à fumer, et celui qui veut interdire de fumer aux autres?" Vous n'en voyez vraiment pas de différence? C'est pourtant élémentaire: celui qui oblige les autres à fumer ne le fais forcément pas pour leur bien, ni pour le sien si ce n'est son confort (mais le confort n'est pas nécessairement le bien), alors que celui qui veut interdire aux autres de fumer, le fait au moins pour sa propre santé ce qui est légitime, et parfois aussi pour celle des autres. Maintenant qu'il puisse être mauvais de vouloir faire le bonheur des autres contre leur gré, c'est un autre débat. Mais en tout état de cause, la démarche de ces personnes que vous comparez n'ont rien à voir l'une avec l'autre il me semble.
Enfin d'une manière générale, il ne s'agit pas ici de trouver les bons arguments pour légitimer des interdictions. Je veux dire qu'on n'est pas dans la recherche de justification pour faire en sorte que. On cherche à résoudre un problème de santé publique. Et ce qu'on utilise pour le faire ce ne sont pas de simples convictions personnelles, ce sont des faits démontrés, des vérités. On est loin du "je pense que, et donc voici mon conseil."
Rédigé par : pikipoki | 14 mars 2006 à 10:47
pipikoti,
c'est là ou vous avez tort, ne pas parler économie avec vos soeurs, bien des gens renoncent au tabac le jour où ils réalisent que tout cet argent parti en fumée pourrait être investi dans une chaumière ou autre plaisir.
Rédigé par : rosalie | 14 mars 2006 à 11:30
Rosalie,
Disons que nous avons suffisamment de cas de santé alertant dans notre entourage pour que ce soit bien ça l'argument qui marque.
Rédigé par : pikipoki | 14 mars 2006 à 11:38
Alexandre/Econoclaste : je n'ai pas parlé d'interdiction du tabac. Et a priori, je ne la souhaite pas. Ce qui ne veut pas dire qu'un gouvernement ne doive pas montrer la voie, et se fixer comme objectif la marginalisation de l'usage. Ce qui ne passe pas nécessairement par une interdiction.
C'est pour moi assez simple, puisqu'il s'agit de protection des individus, vis à vis d'un produit hautement nocif et très addictif, sur lequel ils ne disposent manifestement pas de leur libre arbitre.
Ma conviction est en effet que la cigarette, si elle était inventée aujourd'hui, serait immédiatement interdite. Imagine la mise sur le marché d'un nouveau tissu pour faire des chemises. Ce tissu se révèle extrèmement addictif (dès la première fois qu'on porte une chemise, 95% des consommateurs se sentent obligés de la porter le jour d'après) et que ce tissu se trouve en outre extrèmement nocif (il tue à coup sur à moyen terme). Il me semblerait logique que sa mise sur le marché soit interdite.
La cigarette est une abberration. On en viendra à bout. Ce n'est pas du tout comparable à d'autres produits, ce n'est pas un "plaisir personnel" ou une liberté, mais au contraire une illusion nocive.
Rédigé par : versac | 14 mars 2006 à 12:22
@pikipoki : La différence entre l'usage de la réglementation et celui de l'encouragement, c'est l'usage de la contrainte. Si vous conseillez à vos soeurs d'arrêter de fumer, vous avez raison : si vous décidez de les séquestrer de force, sans leur demander leur avis, pour leur infliger une désintoxication, ce n'est pas tout à fait la même chose. Que cela soit pour leur bien ou non d'ailleurs. Lorsque l'Etat use de la contrainte pour empêcher des gens de nuire à d'autres, il est dans son rôle; lorsqu'il use de la contrainte pour faire le bien des gens indépendamment de leur avis, là, on est sur une pente extrêmement dangereuse.
Sinon, je me rends compte que ma formulation était imprécise. Lorsque je parle des "risques et conséquences financières" pour l'entourage, l'adjectif "financières" porte uniquement sur "conséquences" et pas sur "risques". Si un fumeur souffle sa fumée dans ma figure, il me fait subir un risque pour ma santé que je ne veux pas courir. Si un fumeur fume dans son coin, il ne me fait subir aucun risque, mais des conséquences financières, dans la mesure ou mes cotisations de sécurité sociale paient partiellement pour son risque de cancer. C'est sur cette dimension spécifique qu'il y a conséquencesuniquement financières.
Après, qu'il y ai une politique de santé publique visant à dissuader les gens de fumer, je ne suis pas contre, mais tous les moyens ne sont pas les mêmes. Informer les gens sur les risques, leur faire subir une pénalité lorsqu'ils imposent des conséquences aux autres, OK. Sur ce plan là, je ne suis pas contre la loi Evin qui prévoyait des espaces séparés.
Ce qui me dérangeait dans le post de Versac (et c'est une réponse aussi à sa réponse) c'est de partir d'une conviction personnelle pour arriver à une conclusion naturelle : l'Etat doit avoir pour objectif zéro (ou epsilon) tabac, et adopter une politique planifiée dans ce but. Je suis en désaccord, à la fois sur l'objectif précis, et sur le principe général. Sur l'objectif précis, j'ai été fumeur, et j'ai adoré cela, comme tous les fumeurs. Le principe psychoactif du tabac est connu, le plaisir qu'il apporte aussi. Les drogues existent, et ont toujours existé. L'argument "si ça apparaissait aujourd'hui, ce serait interdit" est également valable pour l'alcool : faut-il avoir pour objectif zéro alcool? la viande rouge serait probablement interdire aujourd'hui, et on ne mettrait jamais sur le marché un produit - l'automobile - en sachant qu'il tue des milliers de personnes chaque année, tout particulièrement des jeunes.
Les risques subis posent des problèmes publics dans deux situations. La première, c'est lorsque les gens sous-estiment les risques qu'ils subissent. Ce n'est pas le cas pour le tabac : si vous demandez aux gens le nombre d'années d'espérance de vie qu'ils perdent en fumant, leur réponse est toujours largement supérieure au chiffre réel. La seconde, c'est lorsque les gens prennent des risques et en font supporter les conséquences aux autres : par le biais de la fiscalité, et de la limitation de la consommation dans les lieux publics, ce problème est résolu ou en voie de l'être. Aller plus loin? C'est aller dans la pente d'un Etat-nounou qui décide à nos places de ce que nous devons faire. Désolé, mais je trouve cela excessivement dangereux.
Rédigé par : alexandre delaigue | 14 mars 2006 à 18:42
@Alexandre
Vous dites:
"Les risques subis posent des problèmes publics dans deux situations. La première, c'est lorsque les gens sous-estiment les risques qu'ils subissent. Ce n'est pas le cas pour le tabac : si vous demandez aux gens le nombre d'années d'espérance de vie qu'ils perdent en fumant, leur réponse est toujours largement supérieure au chiffre réel."
Et bien vous allez peut-être être surpris, mais c'est très précisément sur ce point que je me fonde pour argumenter en faveur d'une politique plus contraignante venant de l'état.
Pour une raison toute simple: il y a une différence immense entre une déclaration du type de celle que vous rapporter, et son intégration réelle dans la pensée des gens. En d'autres termes, lorsqu'ils disent ça, dans le fond, c'est du vent, et ils ne le disent que pour se dédouaner ne serait-ce que quelques instants de la culpabilité ressentie du fait qu'ils fument. Et ce n'est pas un comportement atypique, loin de là, on est dans du grand classique. D'ailleurs le fait qu'ils exagèrent en est un signe très net.
Bien souvent j'ai entendu des fumeurs me dire lorsque je leur disais ce que j'en pensais (mais ne vous inquiétez pas je ne suis pas intégriste non plus, et je suis très rarement désagréable dans mon approche, enfin je l'espère): "mais tu sais, j'assume". C'est à peu de chose près le même fondement qui dirige la réaction que vous rapportez: on donne à son comportement les airs d'une démarche assumée, faite en connaissance de cause. Mais voilà, ils sont bien loin d'assumer comme ils le prétendent. Car les seuls fumeurs qui "assument" vraiment, simplement parce qu'ils sont les seuls à avoir à le faire, ce sont ceux qui sont déjà malades. Ceux-là, oui, ça y est, ils savent, et ils n'ont plus le choix, ils doivent bien assumer et reconnaître que c'est leur comportement qui les amené là. Mais les autres, lorsqu'ils disent qu'ils assument, et bien ce n'est pas vrai. Parce qu'ils n'ont encore rien, ou si peu, à assumer.
Mais le gros problème, c'est que dès qu'ils disent ça, ils se prennent au piège eux-mêmes, en s'empêchant de réagir. Parce qu'ils ont trouvé un argument que trop nombreux gobent sans broncher parce qu'ils ne voient pas l'erreur qu'il renferme, et qu'ils ont ainsi sauver les apparences, et un peu plus, un semblant de conscience. Il n'y a plus qu'une vraie dégradation de leur santé qui peut les faire arrêter.
J'aimerais bien comme vous, qu'on puisse sur ce type de question se satisfaire d'actions douces, où la liberté est laissée à chacun de s'orienter comme il veut. Mais l'inconscience, parfois même la bêtise de ces gens qui dans le fond ne sont pas assez adultes pour faire le bon choix, me fait mal. Je vois bien quel est le risque que vous indiquez, et je partage en partie votre idée. Mais personnellement j'ai souvent envie de dire à ces gens que c'est parce qu'ils ne se montrent pas adultes qu'il faut bien qu'on le soit pour eux.
Rédigé par : pikipoki | 14 mars 2006 à 21:56
Nicolas,
amusant, tu viens de poster quasiment sur le même thème que DSK, mais avec quelques jours d'avance, ça ne m'étonne pas de toi, toujours un train d'avance!
A bientôt j'espère,
ami visionnaire,
Th.
Rédigé par : Thomas (Equipe DSK) | 15 mars 2006 à 23:22
Thomas : moui, ça fait un peu suivi du podcast de Fabius, ça...
http://vanb.typepad.com/versac/2006/03/quand_les_journ.html
Rédigé par : versac | 16 mars 2006 à 00:21
"je promets de bannir ce vice affreux (le tabac), le jour où on m'indiquera une seule vertu capable de faire rentrer, chaque année, cent vingt millions dans les caisses de l'état"
Talleyrand
Rédigé par : brigitte | 16 mars 2006 à 20:49
Au fond, votre raisonnement n'est ni plus ni moins utilitariste. Ce n'est pas une critique, au contraire : http://utilitariste.canalblog.com/
Rédigé par : Xavier | 21 avril 2006 à 11:25