Voici donc quelques commentaires tardifs sur cette interview de Marine Le Pen. J'envisageais un commentaire en vidéo, avec arrêts sur image, mais trois jours d'arrêt de travail forcé me l'ont interdit pour l'instant.
Quand j'ai accepté de faire cette interview de MLP en podcast, c'était aussi pour voir si quelques blogueurs pourraient s'attacher au fond de son discours, et venir le critiquer, et ainsi jouer un rôle complémentaire à l'interviewer. Pour l'instant, seul Jules s'y est attelé, avec beaucoup de talent. L'affaire de la suppression trop rapide de la vidéo par podemus a engendré une polémique sur tout autre chose que le contenu. Comme souvent avec le front national. C'est bien regrettable : on retiendra de cette histoire que ce sujet, là où l'on aurait pu aller travailler au corps le fond.
Marine Le Pen incarne une ligne différente du FN historique. Elle tente de "dédiaboliser" le parti, en adoptant un ton et un contenu plus policé, plus en phase avec les demandes d'une base électorale élargie. A un point tel, d'ailleurs, qu'on se demande parfois ce qui la différencie des politiques traditionnels (on trouve vite : c'est la responsabilité mise sur l'immigration pour tous les maux, et une dimension nationale plus forte).
C'est ce que j'avais envie de creuser dans cette interview : quelle sincérité dans cette approche ? Quelle capacité de succès ? Est-ce un danger pour la France, avec une stratégie de communication plus habile, mais qui ne change rien au fond du FN, ou bien au contraire une stratégie suicidaire, qui va mener le FN à sa perte en le coupant de sa nature contestataire ? Peut-elle réussir ? Qu'y-a-t-il derrière ce tournant affiché ?
Evidemment, on ne capte pas tout ça en une interview, mais ça donne du grain à moudre.
Dans cette interview, hormis son insistance sur les immigrés qui sont son recours quand elle n'a plus de solution (cf. dialogue sur la dette, contradiction majeure de son discours), elle ne propose finalement qu'un positionnement, qu'on peut résumer par : un peu de socialisme, sans trop d'étatisme, plus de libéralisme, mais des libertés, et le tout dans un souci de protection des français.
Ce discours est un grand amalgame de ce qu'on ressent des peurs des Français : peur de la mondialisation, de la concurrence des pays étrangers, rejet de l'Europe uniquement économique, sentiment de déclassement, de non viabilité. Marine Le Pen, comme son père auparavant, surfe sur ces peurs, sans rien proposer de différent, véritablement. La seule différence qu'assume Marine Le Pen, c'est la virginité au pouvoir de son parti. En substance : eux nous ont mis dans la merde, pas moi. Pour le reste, c'est du blabla habituel qui ne se distingue pas des plus mauvaises propositions des candidats des autres partis : de l'idéologie anti-Etat, anti-immigrés, anti-mondialisation.
Ce qui en témoigne le plus, ce sont ses propositions économiques. Agir sur la pacte de stabilité ? Tout le monde en parle, mais ce n'est certainement pas une priorité que de nous permettre de faire augmenter la dette. La TVA sociale ? Sarkozy et DSK la proposent également. "Alléger le carcan fiscal", mais sans nous dire où se feront les économies nécessaires (hormis l'immigration).
Bref, elle nous sort un petit programme gentillet comprenant quelques unes des petites idées à la mode de l'"UMPS", dans ses aspects les moins tournés vers la réalité (la TVA sociale). Le reste, c'est du blabla et des grands principes, qui surfent surtout sur les grands défauts de l'Etat et le machant étranger. Pas de proposition structurée. Aucun chiffre. Aucune estimation. Aucun plan d'action.
C'est d'ailleurs ce qui va sans doute la faire perdre.
A tort ou à raison, Sarkozy et Royal incarnent une forme de renouveau, parce qu'ils proposent un avenir, un changement, une solution à ces défis. Marine Le Pen essaie de se lacer sur ce terrain, mais ne va pas jusqu'au bout, en n'allant pas sur le terrain de la crédibilité de la personne qui peut vraiment changer les choses.
Je suis donc sorti de cette nterview avec une convition : cette femme ne souhaite vraiment pas accéder au pouvoir. Elle ne veut pas changer les choses. En témoigne la discussion sur la fonction publique. Je lui demande s'il faut faire sauter le statut de la fonction publique. Elle me répond que c'est un chèque en bois qui ne tiendra pas. Je lui dis : "il va falloir qu'un jour un politique leur dise qu'ils ne les toucheront pas, ces retraites". Sa réaction est emblématique, et pleine de confusion. "Je crains qu'à un moment la classe politique, engluée et tellmeent enfermée dans son idéologie et dans son incompétence, ne fasse appel à d'autres pour venir régler les problèmes qu'ils ont créé depuis trente ans".
Elle le craint. Elle n'y croit pas un instant, d'ailleurs. Notons qu'elle parle de "la classe politique" qui fera appel au FN, pas du peuple français, qui, lui, est stupide. Malgré tout son joli discours, elle ne croit pas que le peuple français suivra un jour son parti. Elle reste dans un clientélisme des peurs et des petits, un véritable populisme, l'appui sur les râleries habituelles, sans propositions, sans volonté de construire véritablement autre chose.
On peut en outre noter deux ou trois choses :
1. Marine Le pen est assez minoritaire dans cette tentative de dédiabolisation. Elle s'en défend évidemment (mais, quand on lui demande, après l'interview, si, honnêtement, elle n'est pas un peu seule, elle ferme bien la porte de son bureau avant de nous répondre). La raison est simple de cet isolement : sa stratégie est extrèmement risquée pour tous les cadres du front national, qui en vivent tranquillement depuis des années, que de lâcher la base électorale dont il dispose pour épouser des succédanés de ce que proposent les autres, le thème de l'immigration en plus. Sans compter les résistances farouches de nombre de membres du mouvement sur des thèmes qu'ils considèrent majeurs (république, royalisme, centrer toute l'analyse sur l'étranger, sujets moraux et de société...).
2. Pour changer un parti, il faut avant tout changer les hommes. On ne peut croire à un revirement aussi profond de quelqu'un qui s'est autant exprimé dans la radicalité : Jean-Marie Le Pen a par exemple toujours dit que l'Europe était largement responsable de tous nos maux, et Marine propose surtout de revenir sur le pacte de stablité. Quel décalage ! Et je ne parle pas de l'immense tolérance de Marine Le Pen, qui estime qu'il "est assez normal de permettre [aux homosexuels] de se transmettre entre eux un patrimoine". Sujet qui va hérisser plus d'une personne, dont son propre père, jadis farouchement anti-PACS. Jean-Marie n'est pas le bon vecteur pour la stratégie de Marine. Ce qu'elle joue aujourd'hui, c'est 2012, la successsion de son père. Définitivement rien d'autre.
3. Elle n'est pas sincère. Ce changement n'est avant tout que de la communication, ne nous y trompons pas. Marine Le Pen est très bonne devant une caméra, sachant tenir sa ligne, ne pas répondre aux questions, détourner les accusations méchantes, adopter une image généreuse, sur les terrains de la République et de la modernité. Mais le fond n'a pas vraiment changé.
Un exemple est très frappant. Je lui demande à un moment si les juifs ont trop d'importance dans les milieux médiatique et politique". Elle répond "je ne me pose même pas la question", et se saisit de cette question pour se relancer sur le thème : "je ne me détermine pas en fonction de l'origine ou de la religion des gens".
Voilà pour le beau discours, devant la caméra.
Juste après l'interview, je lui pose la question futile qui fait qu'on se quitte légèrement, en lui demandant ce qu'elle a pensé des chansons de Katerine et de Diam's sur elle. Elle avoue avoir ri à celle de Katerine, mais peu apprécié celle de Diam's. Et ajoute, rapidement, qu'elle trouve incroyable que Diam's ait remporté ce succès auprès des "beurettes", alors que la chanteuse n'est "ni maghrébine, ni musulmane, mais chypriote, ce que j'ai vérifié".
J'avoue que je ne m'étais jamais posé cette question, moi. Marine Le Pen, si, contrairement à ce qu'elle venait de dire. Chassez le naturel (et les caméras), il revient au galop.
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Il faut donc se méfier de cette interview, où je n'ai pas été réactif et suffisamment solide dans la réaction immédiate. Je n'ai pas su exiger les réponses véritables à mes questions. Ne sais pas si je les aurais eues, de toute façon, tant sa capacité à esquiver est grande. Ceci-dit, faire de cette interview un danger pour la France et une campagne pour le FN est stupide. D'une, elle n'y est pas meilleure que dans les autres interventions médiatiques où j'ai pu la voir (de ses apparitions télé au récent Grand Jury). Et d'autre, l'avantage d'internet est que quiconque le souhaite peur prendre un peu de cette interview, la découper, la travailler, répondre à ses âneries, décortiquer son discours. Ce ne sera pas, tout d'un coup, la bonne parole et la petite phrase de Marine retransmise à des dizaines de millions de personnes, mais la transmission et la correction de ces propos désormais archivés sur le net.
J'ai fait cette interview dans ce sens : que ce soit un matériau passible de critique sur le fond, ouvrant des brèches. A chacun de s'y engouffrer, s'il le souhaite.
[PS : je me réserve un droit de suppression rapide des ncommentaires qui sortent d'une logique de discussion constructive]

Versac dit: "Marine Le Pen, comme son père auparavant, surfe sur ces peurs, sans rien proposer de différent, véritablement."
--> Versac a reconnu dans l'interview qu'il y avait un programme de 190 pages, et dans ce programme Versac n'a rien trouvé de différent?...
* vous n'avez n'a pas vu/lu, par exemple, une proposition pour la suppression de l'impôt sur le revenu des personnes physiques? [si si, page 121]
* vous n'avez pas vu/lu, un autre exemple, une grande réforme de la justice allant de l'augmentation du budget du ministère de la justice, en passant par la suppression de l'ENM (Ecole Nationale de la Magistrature), et la construction de nouvelles prisons?
...etc, etc.
Rédigé par : Anonymous Coward | 12 juillet 2006 à 08:31
Pour moi Marine Le Pen correspond à une tendance qui existe depuis très longtemps au Front National.
Nombreux sont les electeurs du fn qui sont contents que Marine Le Pen incarne cette tendance et qui reflète plus leurs idées qu'un Bruno Gollnish.
Rédigé par : Passion | 12 juillet 2006 à 15:45
Versac,
Dès le début tu pars négativement, tu n’y crois pas à cet interview ni à la sincérité de Marine le Pen. Donc, tous tes jugements sont faussés par cette méfiance naturelle. Tu a probablement pensé avant d’y aller : je vais voir mais je suis sûr qu’elle m’apportera rien de nouveau. Et tu t’es formaté comme cela au point de n’avoir jamais cherché à rentrer dans sa façon de penser. C’est toi qui n’es pas allé jusqu’au bout, pas elle.
La force d’un interview ce sont des questions qui font corps avec l’interviewé et non celles qui gardent une distance.
Tu te méfies : « qu’y a t il derrière ce tournant affiché ? »
Ou bien tu devrais te poser la même question pour tous les politiciens que tu vas interviewé. Que cachent-ils ? Que veulent-ils ? Pas uniquement pour Marine Le Pen.
Je trouve son positionnement légitime et équilibré : « un peu de socialisme, sans trop d'étatisme, plus de libéralisme, mais des libertés, et le tout dans un souci de protection des français. » Elle a une vision globale de la France et qui répond aux préoccupations des Français. Est-ce un mal que le politique soit au service de ses citoyens ?
Elle ne surfe pas sur les peurs de Français !! C’est comme si tu disais qu’un médecin surfe sur la maladie de ses patients !!
Elle tente d’y répondre. Elle prend cela en considération pour essayer d’y apporter un remède. Elle aime une France souveraine, patriote, respectueuse de la laïcité, des valeurs républicaines, de la stabilité économique et sociale, est-ce mal ?
Tu n’as rien compris : elle n’est pas anti-immigrés. Ceux qui sont déjà légalement en France, resteront. Mais elle veut stopper l’immigration massive et elle t’a expliqué les raisons. Mais toi tu continues dans ton aveuglement et ta volonté de ne pas comprendre. Donc c’est à cause de toi que cette discussion te paraît stérile. Car tu ne sais pas rebondir.
Elle ne peut pas être contre la mondialisation mais pour des échanges mesurés par lesquels la France se développe tout en se protégeant du dumping économique et social.
Si pour toi ce qu’elle dit est du blabla c’est que tu n’as pas écouté, mais entendu un fond sonore. Les chiffres, elle en a donnés. Mais n’oublie pas que le programme du candidat FN n’est pas encore sorti. Il sortira en novembre. Ce n’est pas elle qui se présente mais son père.
Pitié : ne dis pas que « Sarko er Royal incarnent une forme de renouveau. Cela fait plus de 20 ans qu'ils travaillent à des postes politiques importants, divers et variés. Ils n’ont été que les bras armés de cette politique négligée que l’on subie depuis des décennies.
Oui, Marine Le Pen veut vraiment changer les choses, mais en profondeur. Ce sont les fondements qu’il convient de changer, les postulats de la France, d’une nation. Car ces postulats sont aujourd’hui fortement ébranlés par nos politiciens.
Tu la juges en jouant sur ses mots, tu jongles et essaies de trouver le petit terme qui te rassurerait dans tes préjugés mais tu ne creuses pas et surtout tu ne comprends pas les principes qui sous-tendent les idées du FN. Ce n’est pas les idées binaires et racistes que tu prétends.
De plus, qu’au FN y ait des gens réfractaires à la ligne de conduite qu’elle défend, prouve, contrairement à ce que tu dis , qu’elle veut changer les choses, qu’elle incarne une voie moderne. Mais ne te sers pas de ce prétexte qu’elle serait soit-disant « seule » pour t’en méfier. Ne crois-tu pas qu’il existe dans d’autres partis des différences d’opinions ? Mme Royal n’a-t-elle pas été bien seule dans ses récentes propositions ?
Tu prétends qu’elle n’est pas sincère tout cela parce qu’elle sait parler. Il te faudrait peut-être quelqu’un qui bégaie ou qui cherche ses mots pour que cela te paraisse plus sincère !
Si elle te répond qu’elle ne s’est pas posée la question au sujet des juifs, pourquoi en doutes tu ? Et pourquoi même lui poses-tu ce genre de question ci ce n’est par préjugé et par défi ?
Si elle te dit :"je ne me détermine pas en fonction de l'origine ou de la religion des gens", pourquoi ne la crois-tu pas ?
Pourquoi trouves-tu suspect qu’elle te dise qu'elle trouve incroyable que Diam's ait remporté ce succès auprès des "beurettes", alors que la chanteuse n'est "ni maghrébine, ni musulmane, mais chypriote, ce que j'ai vérifié". Ne comprends-tu pas qu’elle te disait que Diam’s cherche à surfer sur la vague de la discrimination en dépit de sa nationalité d’origine.
Tu n’avais rien à exiger comme réponse d’elle. Elle n’a rien esquiver non plus, mais tu n’as pas été neutre dans cet interview et il est là le problème. C’est ton prisme de vue qui pose problème.
Bon courage pour la suite !
Rédigé par : couragemarine | 16 juillet 2006 à 09:44
à partir du moment ou Podemus censure quiconque, pourquoi lui ferions-nous confiance pour quoi que ce soit ?
Un censeur politique est un censeur politique, point !
Rédigé par : aleste81 | 16 décembre 2006 à 17:42