Loïc est fier du classement de son école (c'est la mienne aussi). Koz s'apitoie sur le sort de l'université, qui, dans les classements internationaux, ne fait pas aussi bien que les grandes écoles françaises (et le débat qui suit le billet est, comme souvent chez l'ami Koz, de bonne facture).
Pas de quoi en faire un tel plat, je le disais déjà l'année dernière. Ca n'a évidemment pas changé.
Le classement du Financial Times concerne les masters in science in management, soit un cursus bac+5 spécialisé dans le management, ce que sont nos grandes écoles. La seule conclusion que l'on peut tirer de ce classement est que la France est un des rares pays à organiser ce type d'études (et plutôt bien), là où beaucoup d'autres pays se concentrent sur des humanités à ce niveau, avec, pour ceux qui souhaiteraient approfondir leurs compétences en management, un complément sous forme de MBA (qui se fait de plus en lus en formation continue, ce qui est très intelligent).
Se gargariser ou critiquer quand on mesure avec le mauvais thermomètre me semble être un exercice un peu vain.
J'ai quand même quelques questions, pour ma paroisse, mais qui peuvent s'élargir aux grandes écoles de manière plus large :
- à quand une vraie collaboration pluri-disciplinaire entre écoles et universités, préludes à d'éventuelles fusions ? Peut-on aller au-delà de quelques masters spécialisés en commun, et monter de réelles équipes de recherche et d'enseignement communes ?
- à quand une réelle initiative d'HEC pour créer un pôle de compétitivité de rang mondial sur le plateau de Saclay ?
- à quand, à HEC, une vraie politique d'intégration des étudiants défavorisés, telle que la pratique l'ESSEC ?
Face à toutes ces questions (et d'autres concernant leur évolution), les grandes écoles ont souvent une attitude partagée. Elles cherchent à préserver leur indépendance, et savent être menacées en permanence par toute une frange de la populaiton qui souhaite abolir le système des grandes écoles. La tentation du repli est forte. Par ailleurs, elles sont souvent, de par leur statut privé, plus souples que les universités, et tentent des collaborations (ça marche pas trop mal, à un stade embryonnaire, entre écoles de commerce et d'ingénieur). Néanmoins, la rigidité du système universitaire les fait souvent fuir leur responsabilité. Mon impression, c'est que les grandes écoles sont très sensibles à la compétition et plus perméables à l'innovation, au changement. C'est donc leur responsabilité que d'être le moteur d'évolution dusystème d'enseignement supérieur. Il faudrait que l'école se pose la question de sa responsabilité sociale.
Et, à cet égard, j'ai souvent l'impression qu'HEC joue une carte solitaire un peu dure. J'aimerais que l'excellence de son enseignement profite à d'autres, qu'elle ait une atittude plus généreuse, moins hautaine en France.

Là où je m'interpelle, c'est que je ne comprends pas pourquoi le FT persiste à choisir un classement inopérant qui n'a pour seule conséquence que davantager outrageusement les écoles de commerce françaises. Sont si cons que ça, au FT ?
Rédigé par : koz | 12 septembre 2006 à 14:13
ouais je suis d'accord, ce classement est tronqué. par contre j'aime bien le petit insert "-5%" sur le torchon de sarko, ca lui va bien je trouve avec sa tronche de tête de gondole.
Rédigé par : Guillermo | 12 septembre 2006 à 14:23
ENA pour nous gouverner et HEC pour diriger nos entreprises c'est vrai que la France va de mieux en mieux.
Elite quand tu nous tiens !!!
Rédigé par : Sebd | 12 septembre 2006 à 14:52
Pour rebondir sur le propos de koz: Est-ce vraiment Della Bradshaw (la grande prêtresse du "Business Education" au Financial Times) qui devient sénile? Ou plutôt les écoles françaises qui à l'instar de leurs consoeurs (concurrentes) espagnoles, ont enfin compris comment "vendre" leurs diplômes (et leurs diplômés?) à ces "maudits" anglo-saxons?
Quant aux collaborations entre écoles (pardon, Écoles) et universités, l'exemple de l'ICN Nancy fournit il me semble une bonne base de réflexion...
Rédigé par : Laurent | 12 septembre 2006 à 15:33
Vouloir absolument s'occupper interférer avec la bonne marche de ce qui fonctionne bien tout seul semble être une tentation irrépressible en politique.
Plutôt que de lancer une énième réforme au jugé, pourquoi ne pas, tout simplement, augmenter très significativement les bourses des étudiants, par exemple, en fonction de leurs notes au baccalauréat, de sorte à stimuler la création par le secteur concurrentiel d'écoles performantes ?
En un mot, pourquoi vouloir institutionnaliser ce que le secteur concurrentiel pourrait très bien faire tout seul ?
Rédigé par : de chez Smith en face | 12 septembre 2006 à 17:13
S'il était juste possible de rajouter "de commerce" après "grandes écoles" ça serait vraiment super, parce que ça porte à confusion en l'état... Sinon, vous savez ce qu'il s'y passe dans ces lieux, ou la mythologie l'a encore emporté ? Ceci vaut aussi pour une bonne partie des écoles d'ingénieurs, noterons-nous, mais dans une moindre mesure.
Il faut se souvenir que la sélection se fait au concours d'entrée (et que les prépas écos lors de leur entrée post bac sur dossier sont moins bons que les MP et les PC aussi, il est bon de s'en souvenir, ça explique des choses par la suite), c'est tout, le reste, c'est du pipeautage (en fait, il faudrait les classer en concurrence avec l'actor studio dans l'absolu, mais en réalité, à l'étranger, ce n'est pas mieux dans la même catégorie, alors...).
Rédigé par : palpatine | 12 septembre 2006 à 21:09
Franchement, je pourrais en dire autant des écoles d'ingé. on se repose sur les acquis (volumineux, certes) de prépa, on picole pendant qq années, et malgré tout on se retrouve à l'aise dans un boulot d'ingénieur ou dans un master à l'étranger. mais quand meme, dès fois je me dis qu'on pourrait améliorer le processus.
Rédigé par : Matthieu | 13 septembre 2006 à 03:41
"Ceci vaut aussi pour une bonne partie des écoles d'ingénieurs, noterons-nous, mais dans une moindre mesure", comme je disais. D'ailleurs, là où ça picole le plus (et c'est vivement encouragé : open bars, soirée champagne gratuit à volonté, etc), c'est dans les champs autour de HEC (ou poussent des grandes écoles), dans le Sud Parisien (y'a du futur pdg vomissant dans les prés qui s'y ballade vers 4h du mat'...). C'est là où se trouvent tous les "meilleurs", d'ailleurs.
Et les acquis de prépa sont rapidement oubliés. Il ne faudrait pas croire que les ingénieurs font des choses très techniques, la grande majorité va finir dans le conseil ou assimilé (conseil sans avoir d'expérience ni même savoir de quoi on parle, évidemment, mais après tout, on est bien gouverné par des énarques...). Au final, on a juste des gens présentant une certaine intelligence à un certain moment sous certaines conditions (les deux derniers étant en fait le résultat des concours, qui sont loin d'être le royaume de la méritocratie), et dont on ne fait rien faire pendant trois ou quatre ans, à part nouer des relations qui leur serviront plus tard dans un métier qui demande essentiellement de la réactivité (notamment dans l'apprentissage des situations) et de la prise de responsabilité ; en réalité, c'est plutôt ça que l'on apprend en prépa, avec des méthodes d'enseignement digne des meilleurs camps.
Mais comme je disais, à l'étranger, c'est pire (oui, parce qu'ici, ils leur arrive d'aller à 4 heures de cours par semaine, des fois). Une connaissance d'une des écoles d'ingé (généralement classée 5ème) dans les champs sud-parisiens a eu ce bon mot (retracé de mémoire, mais l'idée y est) à propos de son séjour en université à Londres : en France on m'a pas mal appris à glander, ici j'applique pleinement (et d'avouer qu'elle n'aurait jamais cru cela possible de "travailler" encore moins...).
Rédigé par : palpatine | 13 septembre 2006 à 14:05
vu des USA, je dirais que leur système d'éducation supérieur n'est vraiment pas trop mal. Cela compense surement leur cursus pré-bac, qui est apparement d'un niveau bcp plus faible. Deja, c'est assez progressif : les 4 premieres années sont composées de cours centrés autour d'une matière majeure, mais avec pas mal d'à coté : beaucoup moins monomaniaque et "bourrin" que la prépa. Les choses serieuses commencent ensuite, pour ceux qui ont envie de passer "graduate student" : un nombre raisonnable d'heures de cours, bcp de travail personnel (donc bcp plus d'initiative, d'autonomie, de recherche en bibliothèque, qu'en France), et surtout, des projets de recherche en parralelle des cours !! un peu comme si on commencait à travailler pour sa thèse de Doctorat, en France, dès l'année de M1.
Rédigé par : Matthieu | 13 septembre 2006 à 22:47
Heu, les États-Unis, c'est pas ce pays où l'on fait de la trigo après être diplômé du college, justement ? Et Pythagore lorsque l'on a 17 ans ? C'est une vaste bande de rigolos, mais on peut toujours s'amuser à les comparer avec nos gens qui sortent de la fac, puisqu'après tout, ça régresse après le bac, et un exemple tout simple de ce phénomène consiste à voir le programme de maths des Terminales L, somptueusement ridicule par rapport... au brevet des collèges -_-; (mais c'est bien connu, les maths ne servent à rien, la poésie nous sauvera tous...). Au final, pour faire du commerce, il ne faut certainement pas avoir fait de longues études bien remplies, c'est certain -- car telle est la tendance actuelle, faire du technique pur est considéré comme dégradant, quand bien même les compétences exigées sont très élevées.
En revanche, pour faire de l'importation de cerveaux, ils sont très forts aux USA, et heureusement pour eux d'ailleurs, parce que de base, c'est vraiment pas gagné...
Rédigé par : palpatine | 14 septembre 2006 à 16:19
Une école à 7 900 Euros la scolarité pour une année, à plus de 15 000 euros le master spécialisé. Tout est dit. HEC c'est la voie royale des riches et des "fils de". De ceux qui déplorent, style Loïc, la médiocrité de l'université française pas en phase avec le monde de l'entreprise. Facile. Dans les facs, les fils d'ouvriers ne représentent qu'à peine 10 % des étudiants ! Alors, le fait d'en prendre 0,01 dans les Grandes Ecoles ne changera pas grand chose. Cela donnera bonne conscience aux élites, un peu comme au XIX e, quand les riches venaient donner leur vieux vêtements aux enfants des bons esclaves des filatures. A vous lire, on réalise à quel point il y a vraiment deux mondes (suffit de lire les commentaires). Mais jusqu'ici tout va bien, hein ? Pour vous.
Rédigé par : Chris | 15 septembre 2006 à 20:34