Ecrans.fr
Ecrans devient ecrans.fr. J'avais dit à Frédérique Roussel lorsqu'elle m'a interviewé pour l'article dont je parlais récemment toute mon admiration pour Ecrans, qualifié un peu d'Actuel des années 2000, pour sa capacité à capter l'esprit nouveau et intéressant d'une époque (pas pour le coté provo/subversif, on n'est pas chez Champ Libre).
Le magazine en supplément hebdomadaire a disparu, reste le site web : il va falloir à présent qu'il s'incluse effectivement au coeur des écrans. Longue vie à lui, il pourrait une de ces briques qui construiront un avenir à Libé. Ceci-dit, cela va supposer de coller au plus près de ce qui se passe dans internet, de se lacer "dedans", et de quitter un peu de ce regard extérieur, tout en restant un passeur. Exercice ambitieux et difficile, mais passionnant.
Premier exemple : je ne suis pas sûr que le sarkoming out de Loïc ait eu le retentissement qu'on lui attribue chez les blogueurs ("coup de tonnerre"), mais que ce sont plus les media, effectivement accrochés à Loïc comme l'influenceur ultime de cet espace, qui en ont rajouté sur le sujet. Peut-êtr eme trompé-je, mais ce n'est pas parce qu'on discute des choses, ou qu'on polémique, qu'on a forcément là un événement, une occupaiton qui marque et influence...
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Montebourg et Libé
L'affaire Schneidermann/Montebourg a des suites. Daniel Bernard s'est fait vertement semoncer par l'équipe de Marianne, qui a fait semblant de découvrir ses piges pour Gala. Et Libé semble avoir accordé au porte-parole de Ségolène, outre son droit de réponse, un "rebonds" de plus d'une page qui fait une belle promo de Ségolène.
Au total, on a donc eu droit à une quasi pleine page citant Montebourg, trois jours de suite, dans le quotidien. C'est beaucoup. Et Arnaud montebourg aura ainsi bien profité de son expérience :
- une semi-accusation de peoplisation (très gentille et avec un gros lot de circonstances aténuantes) ;
- un droit de réponse outré restaurant la virginité de gauche de l'avocat de Ségolène ;
- une promo éhontée de madame.
Ceci-dit, le rebonds de Montebourg est très habile : il commence par l'habituelle victimisation de Ségolène ("Les attaques invraisemblables pleuvent sur Ségolène Royal, au point que Nicolas Sarkozy en fait désormais un point d'appui de son offensive contre elle"), et se poursuit par une superbe synthèse de ses lignes de crète : rapport capital/travail, modernisation du dialogue social, égalité réelle cachée derrière l'ordre juste, renouveau démocratique par la participation, environnement, et fin sur la réconciliation de la gauche.
Très habile, belle synthèse des qualités de Ségolène. Il manque quand même un peu de raccrochement au réel : tous ces sujets sont finalement éthérés, abstraits, typiques du discours socialiste. On ne voit en aucun cas la contrainte d'action, la dette, l'état du marché du travail, la nécessité de redonner du pouvoir et des marges de manoeuvre à l'Etat. Ce n'est pas encore un discours de responsable aux commandes.
Que voulez-vous, il faut faire rêver !
PS : Je note juste un passage amusant, qui m'a choqué à la lecture :
«Notre projet affirme la compétence également légitime des citoyens ordinaires, ce pouvoir des "n'importe qui" toujours dénié par les élites autoproclamées de la naissance, de la richesse ou de la cooptation endogame.» Ce sont là des orientations qu'on pourrait retrouver dans les choix de tous les promoteurs d'une VIe République, quels qu'ils soient, Christiane Taubira ou moi-même.
Un peu de décalage entre l'attribution du pouvoir aux citoyens et cette récupération de l'envie de changement aux profits de Taubira et l'auteur. Je passe.

Personne, je crois, n'a jamais vu en Montebourg ni un gestionnaire, ni un homme d'appareil, ni même un administratif. Un homme charismatique, sans doute, un exalté, peut-être, un dinosaure d'honnêteté doublé d'un grand naïf sans doute. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il se donnera les moyens de réussir qu'Elisabeth Guigou, qui n'a jamais été naïve, s'était refusé à prendre.
Rédigé par : Gus | 19 septembre 2006 à 12:32
Versac, ton sens de l'observation et ta capacité à discriminer les problèmes te permettent d'énumérer tous les points favorables à Montebourg.
Mais du coté négatif, n'aurais-tu pas oublié un petit détail: l'accusation d'hypocrisie vis à vis de la presse people.
Pour se rendre compte de cet impact sur l'esprit des gens, pas la peine d'aller bien loin. Il suffit de lire les commentaires (injustifiés on est bien d'accord) un peu partout sur le net, voire même ici.
Mais peut-être que le phénomène de discrédit de Montebourg avait lieu trop près de toi pour que tu t'en rende compte.
Rédigé par : martin | 19 septembre 2006 à 14:03
Un détail: la lettre de Montebourg n'a pas été publiée dans l'édition papier de Libé, juste un article de Pascal Riché avec un lien vers libe.fr pour voir la lettre. Donc ce n'est pas tout à fait un droit de réponse en bonne et due forme, ni tout à fait une pleine page dans le Libé d'hier.
Rédigé par : Obo | 19 septembre 2006 à 14:05
Gus : pas sur de saisir les liens avec Guigou.
martin : je ne sais pas où en est la crédibilité de Montebourg. Il a de nombreux opposants, et cette polémique ne les renforce pas dans son rôle, mais ça n'enlève rien à la qualité de sa tribune.
Ceci-dit, je ne me sens vraiment pas "près de Montebourg". Ne l'ai jamais rencontré, ne suis pas adhérent du PS, ni vraiment très proche des media qui en parlent...
Obo : merci pour la précision. Ca fait quand même un bon article où il est mis en scène.
Rédigé par : versac | 19 septembre 2006 à 15:14
versac: http://www.rtl.fr/info/article.asp?dicid=812
"Invoquant des "raisons politiques", la ministre de la Justice indique qu'elle n'entend "pas intervenir dans les dossiers judiciaires et spécialement dans ce dossier là"."
Rédigé par : Gus | 19 septembre 2006 à 19:46
Au fait je ne suis pas bien sur de répondre point par point à Obo, mais il y a bien une pleine page dans le rebonds d'aujourd'hui. Qui donne la parole au porte parole de Royal et non au people pris en photo devant sa maison de campagne.
Rédigé par : Thomas | 19 septembre 2006 à 19:57
Thomas: je parlais du Libé du 18 septembre, et non de celui du 19---donc, du 2e des 3 jours de suite discutés par Versac. Pour le 19 nous sommes d'accord.
Rédigé par : obo | 20 septembre 2006 à 14:08
Lire le "rebonds" me confirme qu'Arnaud Montebourg est peut-être l'homme de gauche le plus brillant en France. Ce n'est pas étonnant que les adversaires de Royal essayent de le démolir en faisant croire qu'il a renié toutes ses thèses qu'ils ont bien évidemment eux-même toujours soutenu, un peu comme les FFI qui se sont découverts en aout 1944, à se demander pourquoi Montebourg a toujours été isolé au sein du PS (il justifie d'ailleurs son alliance avec Ségolène par son propre enlisement dans les batailles internes).
L'alliance Royal-Montebourg est une sacré garantie pour une candidature à la fois rénovatrice, réaliste, et en phase avec son temps : Ségolène surfe sur les mêmes causes qui ont entrainé la victoire du NON au référendum, c'est ça le secret, je comprends que ça énerve.
On notera le subtile SCUD lancé à Jospin (notamment à son dernier livre)
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Voici comment Ségolène Royal construit pierre après pierre une synthèse originale des différentes gauches. Elle en fabrique un nouvel alliage, original, novateur et offensif, en rapport avec les besoins profonds de la société française. Les socialistes que nous étions avaient sous-traité, dans l'attelage cahotant de la gauche plurielle, aux autres partis de gauche des morceaux de l'appareillage idéologique des socialistes, peut-être par incapacité de regarder le monde tel qu'il était devenu
Rédigé par : jmfayard | 20 septembre 2006 à 16:10