Je suis parti trois jours en Bretagne (à coté du départ de la Route du Rhum) dans la foulée de République des blogs, ce qui m'a valu de rater quelques événements, dont, évidemment, le débat socialiste au Zénith, mais aussi la soirée de lancement firefox 2, événement sans doute trop geek pour que, malgré mon inscription, je m'y rende vraiment avec la sérénité de celui qui n'est pas un geek dans l'âme.
Trois jours sans connexion internet (sinon une surveillance des e-mails via le téléphone portable), donc, sont l'occasion de vérifier combien il est frustrant de ne pas pouvoir échanger quand l'événement se produit, ou quand on lit des choses qui semblent vraiment incorrectes, comme cette vraie-fausse interview de Patrick Bloche (une seule question), dont on se demande ce qui a présidé à sa parution dans Le Monde, tant on y sent le renvoi d'ascenceur et la "version officielle" censée démentir des rumeurs (Bloche aurait soutenu l'option Zénith ?).
Trois jours qui m'ont permis d'avancer assez largement dans la lecture de la contre-démocratie, de Rosanvallon, et de confirmer que les "jurys populaires" (même leur vision allongée par Sophie Boucet Petersen) de Ségolène Royal sont bien le fruit d'une lecture pour le moins rapide de l'ouvrage. Cela a suffisamment été commenté, débattu, et je n'ai pas grand chose à y ajouter sinon qu'il est sain de vouloir revivifier notre pratique démocratique (c'est évidemment un enjeu majeur), mais qu'il vaut mieux pour cela savoir mettre les objectifs (les contrôle ? l'amélioration de la décision ? le lien ?) devant les moyens et les symboles.
[Ceci-dit, il est évident que cette proposition de jurys est moins ridicule que celle des conseils des ministres télévisés de Villepin, qui signe là son appartenance à un autre âge.]
Trois jours, également, pour finir l'excellent livre d'entretiens de Michel Rocard et Frits Bolkestein, que je vous recommande chaleureusement (même si le titre est d'une banalité trompeuse), et me farcir le dossier sur la France de The Economist, qui est globalement d'un niveau décevant, lui, tant il ne fait qu'éculer des poncifs sur les Français qui profitent de la mondialisation (ils boivent du tropicana), ont des champions (carrefour), et qu'une bonne vieille Thatcher pourrait mettre un peu d'ordre dans tout ça. Deux articles corrects sauvent un peu la mise, mais ne sont pas du niveau que j'attends de cette publication. On peut s'en passer.
Trois jours sans internet, donc, c'est l'occasion de découvrir un compte-rendu de l'événement du Zénith uniquement par la presse : c'est difficile, quand on est habitué à des passeurs plus personnels et des discussions enflammées.
Je me doutais bien que quelques présents enregistreraient la chose en pirate et la rendraient disponible. Cette mise à disposition du discours de S. Royal est assez utile : elle permet de juger ce qu'ont été ces lazzis et sifflets, face à une Royal qui était vraiment mauvaise dans de nombreux passages (du blabla d'un généraliste sans fin), et n'a pas su tenir son auditoire. Je me suis évidemment rué dessus dès que possible (et suis assez d'accord avec DS).
Le développement de la campagne confirme en moi un sentiment de profonde déception ségolénistique, sur fond d'arguments creux ("Je suis la seule qui ne critique jamais les autres" étant le summum de l'ambiance cour de récré où Ségo joue le rôle de la gentille bonne élève maltraitée, ce qui aura définitivement été son registre), et de stratégies d'alliances et de ralliements confus. Je m'étonne vraiment de l'argument d'Hugues sur une honteuse alliance DSK-Fabius, là où S. Royal n'a cessé de draguer les partisans du non, et n'affirme pas clairement une voie sociale-démocrate (si ce n'est son affichage du sujet du dialogue social, qui a tendance à s'atténuer et où ses propositions - adhésion obligatoire aux syndicats, par exemple - étaient pour le moins inconséquentes).
Le seul argument qui me fait incliner vers Ségolène, aujourd'hui, c'est la réforme des institutions, de la vie démocratique. Même si ses expérimentaitons et son blabla participatiof témoignent d'une certaine candeur sur ce sujet, elle marque un point par le fait qu'elle hiérarchise ce sujet. DSK, on le sent, ne s'intéresse pas vraiment à la chose, il est le garant d'une tradition. Pour autant, je ne lui fais pas confiance pour rénover le PS ou la vie démocratique de notre pays. L'équation entre la hiérarchie des thèmes (SR plus régionaliste et démocrate que DSK, cela devrait me plaire) et la crédibilité accordée à un candidat (SR qui se fourvoie régulièrement dans des interprétations de bas niveau, DSK qui rassure sur l'université et la recherche...) me fait aujourd'hui vraiment pencher pour DSK.
Heureusement, dans à peine trois semaines, tout le monde se réunira autour du "projet socialiste". Ce sera beau comme un congrès du Mans.

"me farcir le dossier sur la France de The Economist, qui est globalement d'un niveau décevant"... "tant il ne fait qu'éculer des poncifs sur les Français"
Versac, il ne pas oublier que The Economist est destiné à un public mondial (1 million d'ex chaque semaine) - un public qui ne regarde pas France 2 tous les soirs, ne lit pas Le Monde et Libé, et n'est pas abonné à Télérama...
Tu rejetes ce dossier avec un peu trop d'empressement et un brin d'arrogance. C'est sûr, Rocard et Rosanvallon sont des valeurs sûres franco-françaises qui ne casseront plus trois pattes à un canard...
Par contre, un point de vue de l'extérieur à la fois approfondi, synthétique et osé dans un dossier de 15 pages dans The Economist, pfff, c'est du "poncif" qu'on écarte du coude aussitôt...
C'est sûr, le bon vieux jus franco-français, c'est plus rassurant.
Rédigé par : Jules | 30 octobre 2006 à 19:57
Jules : merci de me rappeler que the economist ne s'adresse pas qu'à moi. Et de penser que ce sont beaucoup des clichés qui ont en outre déjà fait l'objet de nombreux articles (la thèse de la nécessaire Thatcher dans The Economist a des années, déjà).
Il y a des regards étrangers utiles. Celui-là ne me parait pas génial (les citaions sur la variété des marques de tropicana accessibles ne me parait pas du niveau de la publication).
Rédigé par : versac | 30 octobre 2006 à 21:08
"il vaut mieux pour cela savoir mettre les objectifs (les contrôle ? l'amélioration de la décision ? le lien ?) devant les moyens et les symboles".
J'applaudis des 2 mains.
La fin avant les moyens, s'il vous plaît...
Rédigé par : carolus | 31 octobre 2006 à 01:14
Je suis aussi en train de lire le livre d'entretien entre Rocard et Bolkestein. Et c'est effectivement très intéressant. Découvrir que Rocard est finalement un "libéral" pourrait surprendre, mais le rappel historique calme les emportements. Enfin un débat démocratique ! Comme toujours, c'est dans les livres que l'on va au fond des choses. Une bonne claque pour nos médias chéris.
Quand à Ségolène, vous dîtes : "Le seul argument qui me fait incliner vers Ségolène, aujourd'hui, c'est la réforme des institutions, de la vie démocratique." Mais puisque ses idées sont puisées bien vite dans les livres tendance, comment croire un réel engouement, a fortiori plus louable que le discours de DSK ? DSK a fait de la réforme des institutions un axe de campagne -> http://www.soules.fr/article.php3?id_article=66
Je pense que la réforme des institutions n'est pas si urgente. C'est surtout un problème d'hommes, de renouvelement de la classe politique, voire de son mode de pensée. En quoi, les institutions de la Ve sont elles-si dépassées ? Mise à part l'éternel stabilité du Sénat, indéboulonnable chambre à droite ?
Pour ma part, je ne souhaite pas un régime présidentiel...
Si les institutions sont à épousseter, c'est bien sur leur unique moule à bureaucrates qu'elles doivent être attaquées, mais aussi sur le manque de transparence des dépenses publiques. A quand l'obtention par le citoyen de la dernière note de frais d'un élu, comme en Suède ?
"DSK (...) est le garant d'une tradition" C'est à croire que Ségolène Royal ou Laurent Fabius vont tout faire sauter, et sont les candidats de la modernité...
"Pour autant, je ne lui fais pas confiance pour rénover le PS ou la vie démocratique de notre pays." -> Ah, parce que vous élisez un président pour qu'il rénove son parti ? Vous croyez que les militants UMP vont voter Nicolas Sarkozy pour rénover l'UMP ? Vous me faîtes peur Versac ...
Cordialement,
El Ronchon
Rédigé par : El Ronchon | 31 octobre 2006 à 01:55
le dossier de the economist est plutôt pédagogique, en particulier l'article sur les universités. L'avis sur les présidentiables qui brassent plutôt qu'ils ne proposent un changement est bien analysé.
The Economist précise aussi bien que la France a des atouts, et sait faire la part des choses.
un Français n'y apprendra rien, mais au moins les étrangers auront une vision plus claire.
Rédigé par : Seb | 31 octobre 2006 à 05:19
Versac :
"Jules : merci de me rappeler que the economist ne s'adresse pas qu'à moi. "
Pour pas qu'il y ait de malentendu, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. j
Je soulignais juste le fait que les lecteurs de The economist ne sont pas à la pointe de l'actu franco-française et qu'il faut donc tolérer que ce dossier avance des points déjà entendu plusieurs fois en France.
Rédigé par : Jules | 31 octobre 2006 à 08:14
El Ronchon : pas mal d'accord. Je trouve que SR porte un peu plus le discours d'un certain renouvellement de notre vie politique, et avec plus de vigueur et de justesse que DSK, en général. Cela ne veut pas dire que je lui fais confiance, malheureusement. Il ne suffit pas de porter haut le verbe, effectivement, pour donner confiance...
Sur la réforme des institutions et de l'Etat, ly a beaucoup à faire, à commencer, en effet, par redonner du pouvoir au politique sur l'administration. Ca me semble être un sujet urgent, quand on voit la lente dérive de notre Etat par rapport à ses proches.
Je n'élis pas un président pour qu'il rénove son parti (et je ne suis pas adhérent du PS), mais oui, j'aspire à ce que le PS devienne un parti moderne, et l'impact du choix du candidat sera important en ce sens.
Seb : oui, l'article sur l'enseignement supérieur est pas mal, de même que celui qui montre "les deux france", insiders et outsiders, etc... Mais l'encadrement général ne compense pas vraiment...
Rédigé par : versac | 31 octobre 2006 à 09:42
pour moi qui penche comme toi pour dsk je pense par contre qu'il s'interesse à la démocratie participative.Les experimentations menées à Sarecelles ou à Grenoble par Michel Destot l'un de ses proches vont dans ce sens.
Rédigé par : romain | 31 octobre 2006 à 13:20
Sur le livre de Roccard-Bolkestein, Léoneck en a fait une critique sur notre site, un peu plus partagée.
http://rfrn.over-blog.com/article-4173888.html
Quand au débat sur les candidature au PS, il a lieu chez nous, à réformisme et rénovation, courant du PS, entre DSK et Ségolène.
http://rfrn.over-blog.com/categorie-813617.html
Complexe tout de même, entre les postures, le fond, la forme, les amis, les déclarations, les propositions... Il faut lire leur avenir et le notre avec.
Mais cela va dans le bon sens, tant que Fabius n'est pas dans les deux premier.
Réformisme et rénovation
rfrn.over-blog.com
Rédigé par : jani-rah | 31 octobre 2006 à 21:56
jani-rah : le bouquin de Rocard/Bolkestein est tout à fait quelque chose dont on ressort plus intelligent, sans pour autant découvrir énormément de choses. Ca suscite des réflexions plus que ça ne cultive, mais je trouve ça utile.
Sur le débat entre présidentiables PS, évidemment, TSF, et je comprends pas mal le partage de RR entre les deux candidats, entre des espoirs qui peuvent être déçus, et partiels, de chaque coté. Je vis à peu près les mêmes...
Rédigé par : versac | 31 octobre 2006 à 23:18
Question naïve: pourquoi tout sauf Fabius?
J'avoue ne pas attendre grand chose de la campagne, qui plane à gauche comme à droite dans les mouvements de menton plus ou moins martiaux.
J'attends encore de voir une liste d'objectifs hiérarchisés et suffisemment courte pour être crédible des objectifs du prochain quinquennat.
Rédigé par : Javi | 01 novembre 2006 à 23:00