Parfois, on se demande si les gens qui écrivent les discours de S. Royal, au-delà de faire du copier-coller, font un peu d'analyse de la concurrence. Au-delà du fait que son discours d'investiture était une reprise de son précédent pour plus d'un tiers, on peut y retrouver des accents sarkozystes assez flagrants.
Cela fait des mois, des années même, que le leader de l'UMP nous balance une réthorique désormais habituelle, sur le mode du retour du pouvoir politique. Il n'est évidemment pas le seul, mais c'est un territoire, celui de l'action, qu'il a préempté, avec un style assez personnel, celui du volontarisme : "quand on veut, on peut", en substance. C'est de ce style, de cette volonté, qu'il tire une grande part de sa popularité. Avec Sarkozy, le politique n'est plus dans le défaitisme, mais dans une attitude positive, de confiance en ses pouvoirs retrouvés.
Ce discours est a priori une réponse à Le Pen, au vote contestataire. Il faut montrer que le politique peut encore faire des choses pour éviter le défaitisme, la résignation, la colère, nous dit-on régulièrement. Le bon peuple semble préférer qu'on lui dise qu'on peut agir, plutôt que de voir clairement où sont les limites, et comment on peut y remédier profondément.
Personnellement, je n'accord aucun crédit à cette attitude pseudo-volontariste. Elle ne suffit en aucun cas. Elle ne permet pas de régler les problèmes. Avouer que l'Etat ne peut pas tout, c'est savoir reconnaitre où l'on peut avoir besoin d'autres échelons, d'autres solutions que le tout-Etat. Mais ce discours semble inaudible depuis 2002 et l'échec de Jospin (qui avait avoué son impuissance avec beaucoup d'honnêteté).
Ce qui est rigolo, c'est que Ségolène Royal a décidé de s'aligner totalement sur le candidat de la droite, dans ce domaine. Quelques exemples, extraits des derniers discours de nos deux candidats :
* Sarkozy, 9/11 : "face au déclin de la France, on n'a jamais le droit de répondre: je n'y peux rien"
* Royal, 26/11 : "mettre fin à cet insupportable vécu de déclin"
* Sarkozy, 9/11 : "Il faut en finir avec le mythe d’une France
frileuse, crispée sur ses acquis, incapable de voir le monde tel qu’il
est. En 25 ans la France s’est profondément transformée"
* Royal, 26/11 : "la France s'est beaucoup transformée sans totalement admettre ce qu'elle est devenue"
* Sarkozy, 9/11 : "Y aurait-il donc une fatalité française ou
européenne à ce que l’Etat ne puisse plus rien alors qu’il peut partout
ailleurs dans le monde ?"
* Royal 26/11 : "je crois que la politique peut beaucoup"
Le tout étant symbolisé par les invitations :
* le slogan de l'UMP, depuis près d'un an, est "Imaginons la France d'après"
* Royal nous dit "
Imaginer la France, c’est la tâche nouvelle que je propose aux Français."
Nos deux candidats ont justement comme particularité de ne pas être des monstres d'idéologie, de pratiquer le flou sur leurs programmes (par suraccumulation de propositions pour Sarkozy, par occultation ou généralisation pour Royal), et de tout investir sur le style politique, justement. Ils ont tous deux compris qu'on n'allait pas, a priori, élire un programme, mais une attitude, une volonté de changement. Ils misent tout là-dessus, avec une proximité qui fait pâlir.
Je serais Nicolas Sarkozy, je serais un peu outré de cette concurrence déloyale, qui tourne peu à peu au plagiat. La plagiaire a, en outre, l'atout de l'écoute (démocratie participative) et de la confiance dans les français (citoyens experts), sans compter son sexe, là où Sarkozy peut apparaitre comme un diviseur et peu à l'écoute (même s'il préconise une "rupture tranquille", quelle blague).
Avec ces deux gusses qui se bastonnent sur les mêmes plate-bandes, je m'étonne toujours qu'aucun troisième homme n'émerge. Ah si, Le Pen est à son plus haut. Le volontarisme politique verbal ne suffirait pas à endiguer sa montée ?

Il y a certes suraccumulation de propositions chez Sarkozy et dans le programme de l'UMP, mais la hiérarchisation de tout ça est apparue assez nettement ce soir chez A. Chabot.
Je n'étais d'ailleurs pas mécontent de trouver dans la top liste l'autonomie des universités, le contrat de travail unique et quelques autres choses intéressantes du même acabi.
Une blague du ministre à signaler. A. Chabot, voyant l'émission se prolonger, déclare qu'il va falloir être plus synthétique, ajoutant : "on ne va quand même pas passez la nuit ensemble" (s'adressant à un peu tout le monde).
Intervention de N. Sarkozy : "Ce n'était pas, A. Chabot, mon projet en arrivant ce soir".
Rédigé par : Xavier | 01 décembre 2006 à 00:42
Effectivement, c'était palpable et je suis sûr qu'une analyse approfondie révelerait d'autres similitudes.
Ségo fait un peu marionnette. Tu sais qu'hollande l'a envoyée au Proche Orient suite à une interview de Sarko denonçant son manque de positions sur le sujet ?
La stratégie du PS est clairement de coller au plus près de Sarko. A ce jeu là, elle risque de ne pas le rattrapper et de semer son electorat...
Rédigé par : nono | 01 décembre 2006 à 01:43
À ce jeu-là, ce sont tous les deux qui risquent de se faire distancer par Lepen. Je m'explique : Sarkozy chasse sur les terres de l'extrême-droite ("j'irai chercher les voix du Front National une à une"), du coup Ségolène — pour ne pas être distancée — se déplace elle-même vers la droite.
Ce que constate l'électorat, c'est que l'ensemble de la classe politique française a mis un sacré coup de barre à droite, comme si la ligne d'horizon à atteindre (sans en avoir l'air mais toput en le signifiant quand même, exercice de style assez délicat), c'était Lepen. Or, comme le leader du Front National l'a toujours dit, "les Français préféreront toujours l'original à la copie". Ce que tous les sondages confirment.
Voilà le scénario (catastrophe) que j'imagine : le "peuple de gauche" ne se satisfait pas de la dérive droitière de la candidate du PS et, en outre, elle est si bien placée dans les sondages qu'elle semble assurée d'être au second tour. Du coup, les électeurs de gauche ne votent pas pour elle et donnent leur bulletin à un petit parti (LCR, PCF, Verts, PT, LO, etc.), histoire de rééquilibrer à gauche.
Quant à la droite, la seule véritable division qui existe se joue entre Sarkozy et Lepen. Bon nombre d'électeurs préfèrent, comme je l'ai dit, l'original à la copie et votent Lepen. Résultat : on se retrouve avec un deuxième tour Sarkozy-Lepen ! Ce n'est pas du tout impossible. Moi, je prépare mes valises…
Rédigé par : Antoine Block | 01 décembre 2006 à 05:00
"Cela fait des mois, des années même, que le leader de l'UMP nous balance une réthorique désormais habituelle, sur le mode du retour du pouvoir politique."
Et vous n'accusez pas Sarkozy de faire du copier-coller? (voir billet d'hier)
Quand aux ressemblances entre les rhétoriques des deux candidats, elles existes, effectivement. Raison de plus pour s'intéresser aux différences.
Rédigé par : Eric | 01 décembre 2006 à 07:55
Pour le copié collé malheureusement c'est tout pareil..
libé du 26/11 : les policiers ne sont pas des travailleurs sociaux, ils n'ont pas vocation à organiser des tournois de babyfoot ou à dire bonjour à la boulangère à 5H du matin
Hier soir : les policiers ne sont pas des travailleurs sociaux, ils n'ont pas vocation à organiser des tournois de volley ou à dire bonjour à la boulangère à 5H du matin
Vous remarquerez :
1) l'habile transformation de babyfoot en volley pour introduire une rupture tout en douceur
2) l'estime et la connaissance qu'a nicolas sarkozy des travailleurs sociaux. L'on s'étonne moins de son côté tout répréssif quand l'on comprend que pour lui TS=organisateur de tournoi de baby.
Une chose qui me dérange encore plus, et vous auriez pu lire ce que je disais là dessus dans un post si cette *$#!%£@ de free ne faisait pas merder mon site (deux jours HS merci iliad):
Nicolas à toujours raison. Il a raison contre le president de cette asso de magistrat dont je n'ai pas retenu le nom (avec au passage le beau couplet sur les 27 nuit d'émeutes et une seule peine de prison - voir chez jules et eolas les raisons, c'est tout con mais semble t-il l'ordonnance de 45 ne permet pas l'incarcération de mineurs pour les faits qui leur étaient reprochés, mais apres tout qu'est ce qu'une ordonnance hein, on va pas faire de chichi avec la légalité si le bon peuple exige des têtes).
Puis il a raison contre elie cohen sur le coût de ses mesures. Le débat était ouvert sur le chiffrage, cohen arrive au même total que débat2007 (et l'institut de l'entreprise n'est pas connu pour être une officine de la LCR).
Mais non, ce n'est pas vrai, ce n'est pas le bon chiffrage... doubler le budget de la recherche ne coutera pas 10M (pourtant si c'est 5 , multiplié par deux ça doit faire 10 bien que je ne sois pas un matheux)..
Et puis même avec ce jeune créateur d'ents black, il a raison...
Bref à son habitude, tour à tour mielleux, esquivant, populiste, plein de compassion, jugeant et fabulateur...
Pour tout dire, je crois bien que tant que personne n'aura le front de lui tenir tête et de lui renvoyer des réalités chiffrées et de le recentrer à chaque fois qu'il répond à une question en modifiant insensiblement celle-ci pour finalement donner une réponse pleine de bon sens, on ne s'en sortira pas...
Détestatble au plus au point... ça y est je suis énervé de bon matin...
Rédigé par : frednetick | 01 décembre 2006 à 09:52
Vraiment bonne analyse, Versac. J'attends (en vain) un(e) candidat(e) qui reconnaisse qu'il y a "d'autres solutions que le tout-Etat". La société civile continue à être tenue à l'écart au profit de la politicaillerie la plus rétrograde.
Rédigé par : Laure | 01 décembre 2006 à 11:10
"Il n'est évidemment pas le seul, mais c'est un territoire, celui de l'action, qu'il a préempté, avec un style assez personnel, celui du volontarisme"
Celui qui laisse ce territoire à l'adversaire a perdu le combat d'avance... Je ne comprends pas ton analyse, pourquoi t'étonnes-tu que SR reprenne un style ou un discours qui passe dans l'opinion ? Le contraire serait plutôt une faute politique... face à deux candidats qui ont compris qu'il ne faut céder à l'adversaire aucun terrain stratégique (le volontarisme mais aussi le renouvellement, la proximité, l'écoute...), cela ne m'étonnerait pas qu'un trosième homme n'émerge pas...
Rédigé par : g | 01 décembre 2006 à 11:14
Sans me vanter, avec nettement moins de talent analytique et une rédaction plus concise, j'avais développé (c'est beaucoup dire), la même analyse ici :
http://www.lalettrevolee.net/article-3779947.html
Bien vu pour le discours d'hier.
Rédigé par : edgar | 01 décembre 2006 à 12:11