J'ai répondu récemment aux questions de Laure Bretton, de l'agence Reuters, sur les stratégies internet des partis politiques (reprise en partie sur le blog de blogonautes, ou sur latribune.fr). Vous savez comment ça se passe : on discute longtemps au téléphone, et tout cela finit, c'est la loi du genre, en quelques phrases, qui doivent tenir dans un format. Ici, ce sont trois questions, auxquelles j'apporte mes commentaires et compléments (entre crochets).
PARIS (Reuters) - Trois questions à Nicolas Vanbremeersch, l'un des piliers de la blogosphère politique française, connu sur le net sous le pseudonyme de "Versac".
[ouf, je ne suis pas traité de blogueur "influent"]
Reuters: Cinq ans après 2002, première campagne numérique, à quoi va ressembler la présidentielle 2007 sur le net ?
Nicolas Vanbremeersch: La lame de fond de la campagne sera invisible puisque ce sera le contact d'individu à individu pour se forger son opinion. Les vidéos ne seront que l'écume, dont l'audience sera suramplifiée à cause du regard que posent les médias dessus. Pour savoir ce qu'on pense sur la réforme de la justice, on peut aller sur le blog d'un avocat. Les internautes, les blogueurs veulent consulter leurs pairs loin des manoeuvres d'appareils.
Reuters: L'élection va-t-elle se jouer sur internet ?
Nicolas Vanbremeersch: Internet ne représente que quelques pour cent complémentaires d'électeurs. Le gros de la campagne va se jouer comme d'habitude à la télévision. On va surtout assister à une course à la boîte e-mail dans les deux derniers mois. Petit à petit, la pression deviendra très forte sur le Réseau.
[Là, ma réponse était un peu plus longue, quand même. Evidemment, la très grande majorité des gens ne va pas utiliser internet comme un lieu essentiel de formation de son vote. Ceci-dit, internet peut-avoir une double influence, en tant qu'espace de débat.
La première est directe : une proportion importante de français utilise internet comme media principal d'information, et donc de formation de son jugement. Toutes les études concordent sur ce point (par exemple la dernière de l'IFOP) même si les chiffres sont soiuvent discordants. Ainsi, l'IFOP estime à 10-11 millions de nombre d'intenautes recherchant régulièrement des informations sur internet, et à 21% la part des internautes qui "font confiance au web comme principale source
d’information sur l’élection présidentielle".
C'est une nouveauté essentielle : l'irruption d'internet comme un media d'informaiton majeur auprès d'une population suffisamment nombreuse pour faire basculer un scrutin (quelques millions de personnes).
L'autre influence d'internet, c'est la possibilité des internautes de modifier l'agenda politique, en influant sur les media traditionnels. Les internautes, et les blogueurs en particulier, ont la capacité de faire remonter des sujets à l'ordre du jour des media. Ob l'a vu, de manière caricaturale, avec la vidéo de Ségolène Royal à la fin des primaires, on le reverra souvent. Il va falloir pour les media développer une culture du jugement sur ce qui se passe dans cet espace, une capacité à trier et hiérarchiser, qu in'est pas évidente.]
Reuters: Il y a des risques, des surprises à venir ?
Nicolas Vanbremeersch: Même en étant très connecté, on n'est qu'un capteur très partiel de ce qui se passe dans cet espace. Pour les partis, le risque principal est une nouvelle déconnexion après l'expérience de 2005. Ils ont l'impression d'avoir pris pied sur internet mais ce ne sont que quelques illusions rassurantes. Il y a toujours un agenda alternatif caché.
[L'enjeu principal, pour les partis politiques, est de ne pas se déconnecter d'un éventuel mouvement des internautes sur un agenda alternatif à celui qui transparait dans les nstances traditionnelles du débat, comme on l'a vu en 2005 lors du referendum. Il faut donc avant tout repérer et étudier ce qui se passe, capter. De ce point de vue, la stratégie du PS est sans doute plus efficace que celle de l'UMP : laisser une dizaine de milliers d'internautes agir comme des vigies, réagir et remonter, c'est plus intéressant que de se contenter de demander à vos adhérents d'ouvrir un blog. Organiser cette remontée d'information et lu ifournir des réponses, cela sera un véritable enjeu.
Le PS est désormais sans aucun doute le parti le plus en avance, dans la campagne. L'UDF reste très en retrait, et l'UMP est toujours dans sa bonne logique de marketing traditionnel. On ne peut pas dire que des hordes de militants UMP aient envahi la blogosphère ou les lieux de discussion, même si certains sont assez actifs, individuellement.
Enfin, je m'explique sur nma dernière phrase : "Il y a toujours un agenda alternatif caché". Ce que je veux dire, c'est que les uilisateurs avancés ont horreur de la récupération, qu'une foule de gens ne cherche pas l'exposition, la reconnaissance, mais aspire à l'autonomie, l'indépendance. On va ainsi avoir, malgré tous les capteurs et les milliers de regards tournés vers la blogosphère, un agenda caché, qui nous surprendra, l'émergence subite et surprenante de lieux, de thèmes ou de personnes que l'on n'avait pas un instant vu monter. C'est tout l'intérêt de cet espace qu'est internet, il vous apprend en permanence l'humilité.]
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PS : tant qu'on y est dans la reprise médiatique, je pourrais ironiser sur le figaro qui me cite, dans son guide plutôt bien fait, sur un mode assez pertinent "Bien qu’il s’en défende, Nicolas Vanbremeersch, alias Versac, est l’un pivots de la blogosphère politique". Et compléter : je m'en défends parce que la blogosphère est immense, très dispersée, et qu'un pivot à 50.000 visiteurs par mois qui parle essentiellement de la netcampagne compte peu, malgré tout. Même s'il est utile aux media pour surveiller cet espace.
Par ailleurs, quelques commentaires sur le reste de la sélection du figaro : netpolitique sera ravi d'apprendre que leur blog dépend de debat2007 (oups !), l'UMP sera heureuse de découvrir que le blog choisi pour les représenter est blogmilitant (miam, la plate-forme que le parti a tenté de museler récupérer fermer tuer !), pour le PS, j'aurais plutôt choisi Fraise des Bois, que je lis avec délectation...
Et puis Libé a aussi sorti son guide, plus large, plus pratique. Pour le coup, mon est présenté comme celui d'un social-libéral qui s'est présenté aux législatives en 2002. Je doute que les visiteurs viennent sur mon blog pour ça, que ça soit ce qui le caractérise, vu que je n'en parle quasiment jamais. Le reste est pertinent, mais il manque, comme d'habitude, quelques descentes dans les tréfonds de "la blogosphère", on nous fournit juste - et c'est déjà pas mal - des portes d'entrée...

Alors, au fond, à vos yeux, lesquels sont les pires ? Les trolleurs patentés qui parfois, faute de parvenir à recourir à des arguments de fond, en viennent (malheureusement) aux arguments ad hominem, ou les journalistes professionnels qui, en bons enquêteurs, choisissent à qui demander ce qu'ils veulent entendre, quitte à le leur faire dire au besoin ?
Vous devez d'ailleurs vous souvenir à quel point l'inépuisable mine d'âneries régulièrement publiées dans la PQN aura bien aidé à alimenter l'argumentaire des nonistes lors de la campagne du dernier référendum. J'en viens même à croire que le meilleur moyen de perdre une bataille politique en France est d'être porté par la presse.
Rédigé par : Gus | 20 décembre 2006 à 18:53
Le moins que l'on puisse dire est que je ne partage pas ton propos quant à la stratégie internet du PS. Lorsque l'on lit qu'il entend "lever une armée numérique", on n'est pas vraiment frappé par l'aspect spontané de la chose.
Bref, ton billet a accéléré la parution du mien. Il me semble que la communauté blogueuse est soit bien apathique, soit bien partisane, au choix.
Rédigé par : koz | 20 décembre 2006 à 20:07
"[ouf, je ne suis pas traité de blogueur "influent"]"
Cela ne t'a vraiment pas plus...
Ceci dit, être qualifié de "blogueur influent" ou de "l'un des piliers de la blogosphère politique française", je ne vois pas vraiment la différence ;o)
Rédigé par : Denis CASTEL | 20 décembre 2006 à 22:14
Koz : en l'occurrence, pour le PS, l'enjeu est plmus de coordonner des troupes éparses mais très actives, et de susciter des actions que de constituer une armée au sens caporaliste de la chose.
Coté UMP, on disait aussi vouloir lever une armée de blogueurs, on a beaucoup insisté sur le podcast... Le résultat est une apathie totale.
Denis : ce n'est pas toi, je te rassure, qui a commencé dans ces termes, mais Le Monde, il y a quelques temps. Et il y a une différence entre un des piliers d'une petite communauté et un des rares "blogueurs influents", ce qui tout de suite a des conséquences (et ne correspond à rien).
Rédigé par : versac | 20 décembre 2006 à 23:04
"C'est tout l'intérêt de cet espace qu'est internet, il vous apprend en permanence l'humilité"
entièrement en accord avec ceci et pas contre le reste.
Une question, il faut lire 50.000 ou 500.000 ?
Rédigé par : Bruno Corpet (Quoique) | 20 décembre 2006 à 23:18
Je me demande si vous ne surestimez l'importance des scrutins nationaux aux yeux des rédacteurs de l'agenda caché.
Après tout, la capacité de cristallisation d'une infime fraction des 75% de français de moins de 50 ans accédant très régulièrement à internet depuis leur domicile ne s'est jusqu'alors manifesté qu'à l'occasion de débats supra-nationaux. Par ailleurs, au sein de cette même population, la présentation habituelle des enjeux d'une présidentielle et d'une législative est souvent perçue comme un non-enjeu, faute de différenciation suffisante des politiciens de carrière entre eux.
Rédigé par : Gus | 21 décembre 2006 à 07:51
On va retrouver dans la blogosphère ce que l'on connait depuis logntemps dans les médias... Du bon, du moins bon et du franchement mauvais, voire du racoleur...
Quant à l'influence des blog, il ne faut certainement pas l'exagérer. La blogosphère est un nouveau média, guère plus influent que la presse écrite.
Quant aux militants et sympathisants blogueurs, peut-être est-ce par manque d'objectivité, mais beaucoup de blogs UMP sont caricaturaux... C'est un peu les pages du Figaro dans les années 80 quand ce n'est pas carrément du copier-coller des discours... Certains frisent même le culte de la personnalité.
Rédigé par : pas perdus | 21 décembre 2006 à 08:29
Culte de la personnalité ? Copier coller des discours ? Ce n'est pas réservé à certains blogs de l'UMP, je renvoie pour l'occasion aux blogs desir d'avenir.
D'ailleurs je suis étonné que le copier/coller d'argumentaire soit valorisé ici en tant que stratégie de campagne.
Rédigé par : xerbias | 21 décembre 2006 à 11:38
à Versac :
"Pour le coup, mon blog est présenté comme celui d'un social-libéral"
Il me semble que c'est ce qui est écrit sur votre page de présentation. C'est peut-être cela qui a induit le/la journaliste en erreur...
Rédigé par : jmfayard | 21 décembre 2006 à 15:30
Ben moi, je suis assez d'accord avec tout ce billet :-)
Rédigé par : FrédéricLN | 22 décembre 2006 à 10:05
FrédéricLN : ah. Même sur le retrait... ?
jmfayard : oui, c'est écrit, mais aussi que j'ai deux filles. Et aujourd'hui, mon blog est moins consulté pour mes idées sociales-libérales que pour son coté "actu des blogs", à mon avis.
xerbias : oui, il y a dans l'UMPblogosphère comme dans la segosphere le même phénomène assez classique : on a dit à des gens de blogueur, mais ils n'en ont pas vraiment l'envie. Ils font donc du copier-coller et du caporalisme.
Rédigé par : versac | 22 décembre 2006 à 10:18