Qui avait entendu parler de Bourdin avant ces dernières semaines ? Les auditeurs de RMC Info et les télépsectateurs de BFM TV. Soit pas grand monde. En tout cas, les blogueurs ne connaissaient pas, ou, en tout cas, relayaient peu ce qui se passait dans ses émissions.
En quelques semaines, il s'est fait un nom sur internet :
Premier coup d'éclat, il arrive à piéger Ségolène Royal sur le nombre de sous-marins lanceurs d'engins. La future présidente de la République, dont la responsabilité sera notamment de gérer la force de Réaction instantanée, ne sait pas combien de sous-marins portent des missiles nucléaires. Diffusion rapide, bien distribuée. Le sujet prend : c'est bien anxiogène de voir à quel point elle est largué sur un sujet pareil.
Nouveau coup d'éclat, plus fort encore (en termes d'impact en ligne), hier. Il fait s'embrouiller Nicolas Sarkozy en le testant sur Al Qaida, et arrive à lui faire avouer une méconnaissance lourde du dossier : le ministre de l'intérieur ne connait pas les origines sunnites d'Al Qaida, croit que les sunnites sont une ethnie. Sur les sous-marins, Nicolas Sarkozy lâche après s'être embrouillé : "C'est capital [de savoir le nombre de sous-marins] parce que le Président de la République, c'est lui qui appuiera sur le bouton".
Bref, il a l'art de pousser les candidats dans leurs natures extrèmes, de révéler leurs défauts. Royal en incompétente, Sarkozy en overpromising un peu flippant. Il s'adresse à des machines de communication rodées et les démonte un peu, par une déstabilisation qui ne marchait plus ailleurs. D'où son succès. On se demande ce qu'il va faire de Bayrou, qui, comme le fait remarquer Charles, n'est pas dans le contrôle de communication au même point que ses deux concurrents.
C'est un peu un des rôles d'internet dans cette campagne, pour l'instant. Moins initiateur que relais zêlé - et souvent intrumentalisé - des petites vagues médiatiques. L'effet est celui d'une mémoire. On marque, ça reste, ca scande, ça ne passe plus inaperçu. Il n'y a plus de micro-média. Avant, un Bourdin, ça ne devait pas faire très peur : audience limitée du media. Aujourd'hui, un Bourdin est une source de contenu comme une autre pour alimenter les chaînes de transmission de l'infirmation de pair à pair.
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PS : je note quand même que ce qui marche, ce qui circule, par nature, c'est la micro-phrase, le petit truc choc. Ce qui m'a choqué chez Sarko chez Bourdin, c'est plus son passage sur les media et les Etats-Unis, quand l'interviewer lui demande s'il faut interdire aux groupes vivant de commandes publiques de posséder des media (je n'avais vu personne lui poser la question aussi directement).
1. Il commence par répondre "Est-ce qu'on croit que parce que tel propriétaire aurait un marché avec l'Etat, il y a un risque que tous les journalistes soient malhonnêtes ?" Euh, c'est pas vraiment ça, non. Ce n'est pas l'honnêteté des journalistes qui est mise en cause, non ? Le lien entre honnêteté de tous les journalistes et intérêts des propriétaires des groupes de media me semble un peu critiquable.
2. Il dévie tout de suite le sujet : nous avons besoin de grands groupes de communication. Ce n'était pas la question, ca n'a rien à voir. Les Etats-Unis sont d'ailleurs la preuve que l'on peut avoir de grands groupes de communication en les isolant des secteurs vivant de commandes publiques.
3. Il part dans un embrouillamini qui lui fait apprécier ce qui est affreux dans ce pays et rejeter ce qui y est intéressant :
"Aux Etats-Unis ils sont formidables. Ils se présentent comme les plus grands libéraux et à chaque fois qu'il s'agit de défendre leurs intérêts, eux, ils sont pas naïfs. [passage sur libéralisme/protectionnisme opportuniste] . Les Etats-Unis ils ont pas de leçon à donenr mais nous on devrait parfois s'inspirer de la façon dont ils défendent leurs fermiers, de la façon dont ils défendent leurs intérêts."
Et là, je ne comprends plus. Qu'est-ce qui est bon à prendre aux Etats-Unis ? Pour moi, assez bêtement, c'était plutôt justement l'aspect libéral (au moins politique), cette certaine idée de la liberté d''expression, de l'indépendance des pouvoirs. Ce qui était assez critiquable, entre autre choses, c'était ce coté unilatéral systématique, ce non respect de la règle internationale. Nicolas Sarkozy il refuse d'un mouvement rapide de la main quelques règles américaines de non compromission entre media et pouvoirs publics, ce qui participe de la grande tradition de liberté de ce pays. En revanche, leur politique agricole et commerciale internationale, il l'adore. C'est ça qui est un peu énervant : cet embrouillamini idéologique, cette confusion des valeurs.

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