18h20. Je pars trop tard, je le sais, mais que voulez-vous, le blogueur a un travail. Je descends jusqu'à Saint-Augustin, Cansei de Ser Sexy dans les oreilles, les soucis et projets du jour encore dans la tête,
la todolist non achevée qui empêche de divaguer, m'engouffre dans le métro, pour aller jusqu'à l'autre bout de Paris. Le canard à finir et Libé me tiennent compagnie pendant le trajet, je change de CSS à CocoRosie. Témoignage de Daniele, fortune de Le Pen, portrait de Massin, typographe.
Sorti à Porte de Pantin, j'allume la caméra pour faire un travelling ras du sol jusqu'au Zénith, que j'imagine en accéléré comme générique d'un reportage que je ne ferai pas. Encore des rushes qui vont venir s'entasser quelque part, et serviront peut-être un jour. Ou pas. Il y a du monde qui se presse. J'avise l'entrée, et l'écran géant, devant lequel sont déjà massés des centaines de personnes. Démarre la vidéo institutionnelle, avec le rebellion (lies) d'Arcade Fire en fond de paroles du candidat, dont je ne comprends toujours pas au-delà de l'effet d'entrainement, si ceux qui ont choisi cette bande son avaient effectivement en tête ce titre de rébellion déçue, cette ivresse qui ne tient pas ses promesses. L'entrainement est bien là, même s'il fait froid. Une tape sur l'épaule. C'est Mo, qui me sort de mes rêveries et de ma caméra. Il ne peut entrer. Je suis sûr que, pourtant, il fera parmi les plus belles photos de cette soirée, où il y avait tant à voir dehors, lui qui a un regard.
Impossible de rentrer avec le public, je cherche l'entrée presse. Après tout, j'ai une accréditation. Devant la grille se massent des journalistes qui ne peuvent entrer, pour manque de place. Quelques déçus s'en vont, je tente, n'ayant pas de carte de presse à exhiber, d'attirer l'attention de la jeune femme des relations presse, de me frayer un passage dans la petite foule pour lui montrer mon nom sur la liste. Difficile, impossible. Quelques barons des media, éditorialistes, passent, la foule des correspondants de presse et des anonymes ou des resquilleurs reste bloquée. Je retourne tater de l'ambiance de la foule au dehors, assiste, devant le grand écran, à l'arrivée de Bayrou sur scène.
Puis je reviens à la charge, arrive à me glisser devant la grille, me fais repousser par le vigile qui me demande une carte de presse, et arrive enfin à glisser le sésame à la demoiselle : "versac". On me laisse entrer. Je pénètre dans l'arène par l'entrée presse, le discours est entamé, la salle est parsemée d'orange. C'est facilement que j'arrive au pied de la tribune où officie le candidat, encadré par des jeunes sagement alignés, parallèles, à sa gauche et sa droite, l'entourant de leur attention studieuse.
François Bayrou se lance dans le témoignage des petites gens, avec l'exemple de la retraite de 640€ de sa mère, et du difficile compte de la classe moyenne, du président qui sait ce que c'est, qui n'est pas à l'écoute, qui sait, qui vit, qui s'identifie au français. Succès. Il déroule son discours avec affirmation, certitude désormais partagée avec ses auditeurs qu'il se joue enfin quelque chose autour de lui. Cette langue qui lui est propre, comme me le fait remarquer un de ses proches, que j'estime, fin appréciateur de la personnalité et du style bayrousiens. Cette absence de novlangue politique, ces "ceci est", ces "c'est ainsi que", cette parole d'agrégé, qui change effectivement de l'affreux style guaino des discours Sarkozy avec ces répétitions lamentables où se dressent d'infinis hommes de paille, ou de l'insaisissable novlangue participative de Ségolène Royal dont on se demande parfois si elle-même la comprend.
Discours qui a aussi son bon lot de lutte contre les puissances établies, de "ils nous disent", de dénonciations des sympathies de certains pour les "milliardaires du CAC 40" , quand Bayrou, lui, est le peuple, se soucie plus du petit que du puissant. Accents de flatteries populistes habituelles depuis l'exhortation du Tiers Etat, de rébellion contre la confiscation du pouvoir, qui fait mouche, qui fonctionne dans la salle en tout cas.
Projet de société esquissé en un discours de façon plus simple et convaincante que dans son livre, qui n'a pas trouvé à mes yeux un équilibre, se perd souvent, ne finit pas ses thèmes, ne va pas sur le juste point. Ce discours du Zénith est plus clair et simple, plus direct, plus lisible. Une société fondée sur un triptyque : recherche et culture, création. Simple. Discours truffé de pouvoir rendu aux citoyens. Pour un peu, je croirais entendre Dean en 2003, dans un style différent, posé et calme.
Je croise des têtes - de blogueurs - connues. Je déambule, je salue. On échange trois petits mots, ici et là, mais je regarde, surtout. Je mitraille ces taches oranges qui sont partout. Je tente de saisir s'il y a une énergie, je suis surpris de la foule hétérogène : la société n'est pas la même que celle des autres événements UDF que j'ai pu voir. L'ambiance n'est plus celle du risque de ceux qui croient pouvoir tout perdre, ni celle de ceux qui sont venus engranger les vénéfices d'un pari tenté il y a longtemps. Les visages que je vois semblent découvrir Bayrou, n'ont pas l'air d'habitués de longue date. Des convertis récents.
Ce n'est pas un metting de jeunes à la Sarkozy, même si on ne coupe pas à la musique boumboum façon Bodega en fin. Ce n'est pas un meeting de cadres de partis. C'est un meeting de français séduits, avec juste Bayrou à la tribune, qui donne son tempo lent, ses hésitations, ses reprises, ses verres d'eau. Ca se termine par une note personnelle, une allusion à sa famille, une allusion à qui il est et à ce qu'il restera, au printemps qui commence. Une marseillaise bizarre est lancée et la reprise difficile, puisque la voix et l'orchestre ne s'unissent pas tellement. Puis on claque. Pas trop longtemps.
Je traine ensuite, échange avec les blogueuses de service, avec Frédéric. Je partage une bière avec un homme qui m'explique que Le Pen, lui, sait parler aux gens de la France, de son amour de la patrie. J'aperçois Charles de Courson, aimerais lui parler un peu dette et brut/net, mais je n'ose pas. Je croise les mémoire-vive sur qui sont braquées des caméras de reportage, comme Quiterie. On me dit que j'ai fini par le faire, tel article, ou qu'on attendra ma note sur ceci ou cela. Je découvre un des socialistes anonymes, mais je respecterai son anonymat. Nous rentrons au métro, en discutant, on me ressort la rumeur sur mon compte, dont je ne comprends toujours pas comment elle a pu prendre cette ampleur dans le microcosme blogosphéricopolitique.
Je n'en ai cure. Je prends le métro avec un professeur de musique et un lycéen enthousiaste, qui veut absolument discuter de ses propositions de réformes pour la France. Je n'ai pas envie de débattre, je suis un peu la conversation en regardant mes rushes, qui ne sont pas bon. Je traite la caméra avec une désinvolture que je n'ai pas pour l'appareil. Changement à République. Je finis Libé. Garrigos et Roberts sont toujours aussi croustillants. Commerce.
J'arrive chez moi, ma femme et mes filles dorment. Il parait que c'est le printemps. Je ne l'ai pas vu arriver. Je balance ces notes lachées. Ce soir, j'ai vu un truc, qui restera comme un des moments de la campagne. Une énergie palpable, un sentiment qu'il s'y passe quelque chose, sans vraiment savoir si cela relève du malentendu souhaitable, d'une rebellion positive ou d'une promesse qui ne fonctionnera pas. Mon doute est toujours aussi grand, même si la tentation Bayrou revient, c'est certain. Pourquoi suis-je aussi indécis, et n'arrivé-je pas à me laisser glisser dans la petite folie ? Son langage me parle plus que ceux des autres, est-ce bien suffisant ? Dois-je suivre les conseils d'Alex qui me disait qu'il faut croire les paroles, contrairement à ce qu'on dit, ou juger sur les pièces froides des propositions souvent légères ? Faut-il céder à la tentation du coup de pied dans le tas, ou se résigner à des partis qui ne séduisent pas plus ? Se contenter de valeurs ? D'un vote pseudo identitaire ?
Je sais qu'encore une fois, on lira cet article en y guettant, je ne comprends toujours pas pourquoi, les signes d'un ralliement éventuel. C'est énervant. Comme si l'on n'avait que l'option, quel que soit le candidat, que de céder à l'appel des Arcade Fire, fermer ses yeux, et se laisser bercer par un candidat. Je suis un pisse froid, un indécis et un défiant. Je l'assume. Et je vais mûrir encore mon vote.


2000 personnes piétinant dehors dans le froid pour apercevoir Bayrou, il y a décidemment quelques chose qui cloche dans cette société !
Rédigé par : Etienne | 22 mars 2007 à 18:07
Pour une impression un peu plus visuelle de l'ambiance j'ai mis en ligne une galerie de mes photos d'hier soir : http://gallery.bayrou92.fr/main.php/v/FrancoisBayrouZenith/
Rédigé par : Jean-Marc Liotier | 22 mars 2007 à 18:14
Versac
pour ma part, je suis très respectueuse de vos écrits et très admirative - Je vous remercie car ils ammènent à réflexion -
Là, est l essentiel - Ce poser des questions et essayer de trouver des solutions chez les candidats -
Sur Bayrou (car c était le sujet) , j ai livré là, mon ressenti mais je ne souhaite en rien etre agressive et sectaire -
Il est vrai que je n aime pas Bayrou - Je ne sais pas pourquoi ! Il y a des gens - comem ça - que l on n'aime pas sans savoir vraiment pourquoi ...
Moi je milite pour Ségolène et je ne m en cache pas
On me répond "Ah non pas Ségolène - Je ne l aime pas !"
et quand je leur demande pourquoi ? ils me répondent "je sais pas !"
Rédigé par : Marijo | 22 mars 2007 à 18:37
Tomato : effectivement, loin de moi l'idée d'être un tout petit bout d'un Aron. Je rappelle juste que ce blog est un hobby, un truc à coté, hein, au passage.
Rédigé par : versac | 22 mars 2007 à 19:15
Au secours!!! Quand je vois les commentaires de certains,je m'inquiète vraiment! Je parle pour moi qui ai 58 ans et suis au RMI_ (merci rocard de l'avoir cree) J'ai eu l'occasion de voir Bayrou a Bordeaux ,Toulouse et Tarbes et partout le meme enthousiasme;a quoi servent les promesses de sarko-sego? pas d'argent dans les caisses ,mais dans leur poche,oui!ouvrons les yeux;bien sur il a fait partie de la droite mais il a su et a eu le courage de dire stop quand il a fallu ,il a vote la censure, refuse le budget et comme on dit...il n'y a que les imbeciles qui ne changent pas! et il ne l'est pas !grace a lui j'ai eu envie de bouger ,de faire qqe chose et je me suis engagee a l'udf. je ne me sens pas moins que rien comme avec Sarko ou mediocre comme avec Segolene!!!et dites vous bien que la pire chose pour sarko, c'est le soutien de Chirac!comment va-t-il se positionner ayant fait partie d'un gouvernement dont maintenant il crique toutes les actions ; de toutes manieres cela va etre un deuxieme tour Sarko_-Bayrou et c'est ce dernier qui va gagner .pourquoi en france est-on si conservateur? on peut faire autrement .Evidemment il ne sort pas de L'ENA maais son parcours est meritant;lui,homme "de droite"admirait beaucoup andre Labarrere,maire PS de Pau il suit sa route et ne cede rien sur ces idees a quoi a servi le retour des "elephants"pour segolene ???a les denigrer et Sarko avec qui gouverner?Le Pen?que c'est-il passe en 2002??? bon faites le bon choix parce que ca va repartir pour 10 ans sinon
Rédigé par : domiar | 22 mars 2007 à 19:21
Au secours!!! Quand je vois les commentaires de certains,je m'inquiète vraiment! Je parle pour moi qui ai 58 ans et suis au RMI_ (merci rocard de l'avoir cree) J'ai eu l'occasion de voir Bayrou a Bordeaux ,Toulouse et Tarbes et partout le meme enthousiasme;a quoi servent les promesses de sarko-sego? pas d'argent dans les caisses ,mais dans leur poche,oui!ouvrons les yeux;bien sur il a fait partie de la droite mais il a su et a eu le courage de dire stop quand il a fallu ,il a vote la censure, refuse le budget et comme on dit...il n'y a que les imbeciles qui ne changent pas! et il ne l'est pas !grace a lui j'ai eu envie de bouger ,de faire qqe chose et je me suis engagee a l'udf. je ne me sens pas moins que rien comme avec Sarko ou mediocre comme avec Segolene!!!et dites vous bien que la pire chose pour sarko, c'est le soutien de Chirac!comment va-t-il se positionner ayant fait partie d'un gouvernement dont maintenant il crique toutes les actions ; de toutes manieres cela va etre un deuxieme tour Sarko_-Bayrou et c'est ce dernier qui va gagner .pourquoi en france est-on si conservateur? on peut faire autrement .Evidemment il ne sort pas de L'ENA maais son parcours est meritant;lui,homme "de droite"admirait beaucoup andre Labarrere,maire PS de Pau il suit sa route et ne cede rien sur ces idees a quoi a servi le retour des "elephants"pour segolene ???a les denigrer et Sarko avec qui gouverner?Le Pen?que c'est-il passe en 2002??? bon faites le bon choix parce que ca va repartir pour 10 ans sinon
Rédigé par : domiar | 22 mars 2007 à 19:22
Tiens, Tomato, je t'ai trouvé un site où tu seras en paix avec toi-même, avec plein de vidéos intéressantes et plein de textes intelligents :
http://www.u-m-p.org/site/index.php
Cours y vite, ils t'attendent.
En même temps, ça nous fera des vacances.
Rédigé par : Aetius | 22 mars 2007 à 19:41
Tomato,
si Versac n'a pas arrêté son choix, il doit taire ses doutes? S'il décidait même de ne pas en rendre compte, il devrait fermer son blog?
Rédigé par : carolus | 22 mars 2007 à 19:45
Je n'aime pas votre façon de ficher les personnes qui n'adhérent pas à votre propos (en révélant leur IP). Méthode flicarde digne d'un François Mitterrand.
Passons...
Bayrou est un mirage, le tenant du ni-ni de sinistre mémoire, l'homme qui co-gérant avec les syndicats de l'éducation nationale n'a débouché que sur de vide, du rien, une stagnation mortifère comme la France les aime. Qui peut raisonnablement souhaiter cela pour l'avenir déjà bien plombé de la France ?
Rédigé par : C.M. | 22 mars 2007 à 20:34
C.M. : quand on prend le soin de venir faire des commentaires désobligeants et anonymes, sous plusieurs identités, avec mises en cause personnelle, on s'expose à ces révélations. Ce n'est pas une méthode miterrandienne ou du flicage.
Tomato : je ne vais pas passer ma vie à me justifier, surtout devant des anonymes totaux. Ce blog est un hobby. Je ne prétends rien influencer. Je n'ai pas cherché ni choisi l'exposition médiatique dont il bénéficie, qui correspond largement à un délire. Je n'ai aucunement envie de céder à une demande pour un truc dont je ne vis pas, et n'ai juste pas la prétention d'être un grand penseur politique. Après, je mélange au gré de mon agenda des billets légers et personnels avec la ferme volonté de ne pas me faire dicter le moindre agenda par personne.
Vous pouvez continuer à le lire, ou aller voir ailleurs, je ne m'en plaindrai pas. Pour le reste des commentaires, c'est du troll : ça peut continuer par e-mail.
Rédigé par : versac | 22 mars 2007 à 21:17
Versac,
vous ne faites que retranscrire ce que nous avons tous ressentis hier soir...avec beaucoup de justesse...d'émotion...n'en déplaise à certains....rien à rajouter. si ce n'est merci.
Rédigé par : Pierre | 22 mars 2007 à 22:34
Ce larmoiement complaisant et pseudo sentimental en dit long sur les sympathies qu'inspire le personnage "Bayrou", Poulydor de la droite, complexé et tartignol qui se prend pour un nouvel évangéliste... Il me vient un mot à l'esprit : Tartuffe.
Rédigé par : David | 23 mars 2007 à 00:31
Bonjour,
J'ai eu plus de chance que Versac, car arrivé un peu avant 19h00 j'ai pu entrer sans difficulté, parcourir le parterre, n'y voir aucune tête de ma connaissance, et me replier sagement vers une des dernières places assises, tout en haut des gradins, près de la passerelle, à gauche vu de la scène. Assis c'est plus agréable quand on attend ! Surprise le candidat est entré dans la salle par cet accès et j'ai pu le voir presque de près. La descente de l'escalier il en a largement profité, il devait même avoir du mal à respirer à certains moments et ses deux gardes du corps - et oui il n'avait pas un escadron de crs comme un certain autre candidat survitaminé et surprotégé - n'ont du être rassurés qu'une fois leur VIP sur scène.
Ce qui m'a frappé, avec la réserve bon enfant, polie et sympathique du public, c'est le fait que les jeunes femmes installées dans mon secteur avaient l'air de beaucoup apprécier ce qu'elles entendaient - leurs compagnons en bénéficiaient aussi car elles leur manifestaient régulièrement leur contentement. On pourrait en tirer une petite "morale" : "messieurs, si vous voulez rendre vos compagnes heureuses, emmenez les écouter François Bayrou, elles vous le rendront" ;=).
Une autre anecdote, celle des hommes seuls en costume cravate manifestant leur enthousiasme à grands gestes des bras. J'en tirerai volontiers une autre maxime : "enfants, si vous voulez décoincer vos pères, envoyez les assister à un meeting de François Bayrou, ils découvriront le plaisir de bouger son corps"
S'il me fallait résumer en quelques mots ce meeting, je dirai qu'il y a eu à Paris le 21 mars 2007 une première rencontre entre un candidat béarnais et un public parisien à qui on ne la fait pas. Le public semblait vouloir voir de près celui que les français pourraient élire à la magistrature suprême. Les parisiens n'étant pas sots, j'aimerai bien être une petite souris pour entendre ce qu'ils en disent réflexion faite...
Rédigé par : alafon | 23 mars 2007 à 10:57
J'ai assisté, à l'invitation d'un ami, à ce meeting au Zenith. Une première pour moi depuis 1995 (à l'époque, un autre ami m'avait invité à un meeting de Chirac... disons pour faire court que je n'avais pas été emballé, finalement j'ai dû m'abstenir cette année là je crois...).
Ce texte reflète assez bien le meeting. Côté discours, il y a certainement une force de conviction chez François Bayrou qu'on ne retrouve que rarement à la télévision (sauf récemment sur France2). Il y a aussi une constance, contrairement aux discours de Mme Royal et de Mr Sarkozy, qui s'adaptent à leur public, à l'actualité.
Mais effectivement, le plus intéressant était le public. Contrairement aux meeting du PS et de l'UMP, qui ne rassemblent que des militants et sont donc organisés pour des raisons médiatiques, ce meeting était rempli de non-UDF. Ce parti n'a de toute façon pas les adhérents en nombre nécesaire pour remplir des salles, et il besoin de convaincre. Mais cela démontre aussi l'intérêt que sucite cette candidature. Et à en juger les réactions entendues, l'adhésion.
Il me semble que seule cette candidature suscite un espoir. L'élection de Ségolène Royal ou de Nicolas Sarkozy n'aurait rien de surprenant, n'apporterait aux yeux des français aucun changement. Que le PS ou l'UMP gouverne, rien ne changerait vraiment, les français ont déjà connu, ils savent ce qui les attendraient. Mais l'élection de Bayrou, c'est tout autre chose, je pense que de nombreux français ont envie d'y croire, ont besoin d'y croire, tellement ils ont besoin de changement. C'est cette attente qui est palpable, cet entrain qui se ressent. Mais ils hésitent, on leur a tellement dit que c'était impossible, que jamais Bayrou ne pourrait gouverner, ne pourrait constituer ce gouvernement de rassemblement que pourtant ils aimeraient tant avoir.
Ce sont ces hésitants, ces indécis, comme vois Versac, qui détiennent la clé de ce scrutin. Oser changer, ou pas... Y croire, ou pas...
En intérogeant autour de soi, la plupart des indécis vous indiquent qu'ils balancent entre un(e) candidat(e) et Bayrou. La marge d'incertitude sur le vote Bayrou est énorme.
Je n'ai, à titre personnel, aucune idée de ce que sera le résultat du premier tour. Mais j'ai en revanche une idée très claire de ce sera celui du second tour...
Rédigé par : Voltaire | 23 mars 2007 à 11:34
Le manifeste des Gracques
Dans son positionnement pour la campagne présidentielle, le Parti socialiste proclame son refus des changements dont il sait pourtant, mieux qu'auparavant, que la France a besoin. Sympathisants ou militants socialistes depuis trente ans, nous n'avons jamais vu nos camarades aussi schizophrènes. En privé, ils n'ignorent rien de ce que l'on doit faire : les réformes conduites avec succès par les social-démocraties dans la plupart des autres pays européens. Mais en public ils persistent à emprunter au catalogue de promesses d'un autre siècle.
Quand il tourne le dos à la social-démocratie, le PS délaisse les classes populaires. Le chômage de masse frappe les travailleurs non qualifiés et beaucoup moins les diplômés ; les difficultés de l'école laissent indemnes ceux que la carte scolaire a mis du bon côté des barrières urbaines ; la dégradation de l'hôpital public n'affecte pas les clients des cliniques ; le déséquilibre des retraites est sans incidence pour ceux qui complètent leur pension par les revenus de leur capital... Et l'avenir s'annonce pire avec l'enseignement supérieur clochardisé, l'absence de financement de notre protection sociale ; quant à la dette, chacun sait qu'elle frappera les jeunes générations à qui l'on demandera demain de payer la note laissée par leurs parents... Cette société que l'absence de réformes rend dure avec les faibles, douce avec les riches, injuste envers les jeunes, c'est tout ce que la gauche de mouvement combat en Europe.
Pendant des années, le Parti socialiste français a justifié son conservatisme de gauche par les contingences électorales. La France était supposée se prendre « à gauche toute ». Partout ailleurs, les partis socialistes gagnent, parce que, experts en « ingénierie sociale », ils réussissent à discipliner et orienter au profit du plus grand nombre l'économie de marché. Mais sous la pression de son aile gauche, la Rue de Solferino prétendait qu'en France c'était différent : pour que le PS l'emporte, il fallait qu'il refuse le marché même régulé, la mondialisation même domestiquée, la modernisation de l'Etat même négociée.
Merci à François Bayrou d'être brillamment en train de démontrer le contraire !
La pauvreté intellectuelle du débat après la défaite de Lionel Jospin a autorisé toutes les postures et les impostures, jusqu'à l'invraisemblable virage antieuropéen, altermondialiste et gauchiste de certains. Si Ségolène Royal l'a finalement emporté, c'est parce qu'elle semblait en mesure de déplacer les lignes : oser critiquer les 35 heures, reconnaître les succès du « blairisme »... Mais beaucoup de hiérarques n'ont de cesse de l'empêcher d'être elle-même...
Les sociaux-démocrates n'ont donc maintenant qu'une seule issue : appeler à l'alliance avec François Bayrou.
Pour voter utile parce qu'une coalition avec la gauche pourrait engager un projet de modernisation négociée du pays, nous mettre sur la voie d'une économie sociale de marché modernisée. François Bayrou vient de la droite ? Peut-être... François Mitterrand aussi. Mais il a osé rompre avec ses amis. Rompons avec nos préjugés !
Pour rétablir un équilibre des pouvoirs entre l'exécutif et les représentants du peuple. Ni les centristes ni les socialistes ne pourront gouverner seuls ; et du reste, le pays ne veut plus d'une conception clanique du pouvoir. Le prochain gouvernement devra être non plus une cohabitation - cette union forcée des contraires - mais une coalition : une alliance voulue entre partenaires. François Mitterrand avait compris jadis que la majorité se gagnerait avec les communistes ou ne se gagnerait pas. C'est la même situation aujourd'hui entre centristes et socialistes. S'allier avec Bayrou, pour voter en faveur d'une coalition de la gauche, des écologistes et du centre.
Pour déplacer les lignes du clivage gauche-droite. Une alliance progressiste assumée conduira naturellement à l'avènement de deux grands pôles : l'un conservateur, dominé par Nicolas Sarkozy ; l'autre social et européen avec les leaders de la gauche réformiste et François Bayrou. Ce n'est pas la IVe République, ce n'est pas la troisième force, ce n'est pas l'union nationale. C'est la géographie politique de la plupart des grandes nations d'Europe et d'Amérique du Nord. L'offre politique en sera clarifiée et les Français, avec un système électoral en partie proportionnel, réconciliés avec leurs représentants.
Pour dire non au populisme et à la démagogie. Parce qu'une telle alliance interdirait le catalogue de propositions catégorielles ruineuses. Parce qu'elle interdirait de chercher des excuses à l'impuissance du politique en accusant à l'avance les forces mystérieuses de la technocratie ou des banquiers centraux européens. Parce que, contre le « compassionnalisme », cette politique des mauvaises solutions et des bons sentiments, et contre le « déclinisme » qui nous promet du sang et des larmes, elle redonnerait de la dignité à la politique.
S'allier à François Bayrou, enfin, pour dire oui à l'Europe et installer un gouvernement français ouvert sur le monde, au moment où l'Union du traité de Rome est en crise et où la mondialisation précipite la nécessité de notre adaptation. Ce sera aussi l'occasion d'effacer pour la France, vis-à-vis de ses partenaires européens et du monde, la tache du référendum du 29 mai 2005 en même temps que la honte du 21 avril 2002.
Voilà pourquoi nous appelons à l'alliance avec François Bayrou. Oui à l'avènement d'une coalition de progrès !
Rédigé par : droopy | 23 mars 2007 à 12:40
J'adore ces photos sur le thème orange ! Le sombre leur sied à ravir. Je suis d'ailleurs surpris que les médias n'est pas encore repris l'idée de "révolution orange". Trop tôt ?
Si vous m'autoriser un autre regard, quelques photos du meeting de Bayrou au Zenith :
http://www.suricat.net/web/index.php/2007/03/23/257-bayrou-au-zenith
Rédigé par : Suricat | 23 mars 2007 à 22:06
Attention de ne pas trop laisser mûrir votre vote au point d'en oublier que le 1er tour est dans 30 jours...:-)
Rédigé par : Alain | 23 mars 2007 à 23:42
C'est un très beau texte. Choisir est en effet difficile. Pour certains c'est un mélange entre l'adhésion (parfois partielle) à un projet et l'intuition d'une connivence avec un candidat.
Pour moi, cela a été Ségolène Royal et son pacte (seul point de désaccord avec Versac: le terme de novlangue pour Ségolène Royal, cela semble quand même bien parler au gens ... et personnellement je comprends tout).
C'est bien de douter
Douter de tout et surtout de ce que je vais vous dire...il parait que c'est de Bouddha
Mais bon faudra se décider d'ici 30 jours. 10 à 15% des gens se décideraient dans l'isoloir ...cela va être rock'n roll
Rédigé par : Erasme de Metz | 24 mars 2007 à 09:47
Adhérent de feu le C.D.S. (Démocrate Chrétien doc...) de 1985 à 1994, j'ai quitté ce parti à l'arrivée de Bayrou, ne partageant alors pas ses idées et étant à l'origine d'un procès contre les dirigeants historiques (Méhaignerie et Barrot, aujourd'hui UMP) pour financement illégal, découvert dans le cadre de mes fonctions militantes.
Pendant 13 ans j'ai pris beaucoup de retrait avec un milieu cotoyé de très très prêt (assistant parlementaire à l'époque bénie du groupe centriste autonome, qui ne l'oublions pas, a réussi a imposer à la gauche le RMI qui existait en Alsace (création d'Adrien Zeller), Président des jeunes dans un département, Responsable national de commission, puis membre d'un cabinet ministériel d'un autre ministre centriste de 92 à 94...).
Je ne suis sorti de cette "retraite" (à presque 40 ans) que pour le second tour de 2002 afin d'éviter le pire !
Depuis quelques mois, je suit d'un oeil d'abord amusé la mutation de Bayrou. Puis j'ai eu la chance, par un ami resté dans le système, de lire en avant première son livre, puis de discuter 15 minutes avec le candidat, entre deux portes...
Je n'ai pas repris ma carte et certainement jamais ne le ferais, mais j'ai repris espoir dans une autre vision de la politique.
Alors oui, parce que mon pays le vaut bien, qu'il vaut tellement mieux que l'affrontement stérile de ces deux blocs qui ne font que faire et défaire ce que l'autre fait, oui, je vais voter Orange.
Que chacun s'exprime sur ce blog sans haine ni remarques désobligeantes sur les uns ou les autres est réconfortant. Et que les multi pseudo soient dénoncés n'est pas pour moi une méthode criticable, c'est leurs pratiques, dignes d'avant la chute du mur, qui l'est.
Un homme une voix, c'est la démocratie
Un homme deux pseudos ou plus, c'est une forme de prosélytisme qui ne grandit pas les pseudos démocrates.
AU fait, quel que soit votre choix final, une seule chose finalement compte, VOTEZ et ne laissez personne choisir pour vous.
Mais ensuite, assumez votre vote ! En 1981 Mitterrand est passé et 5 ans plus tard moins de 40 % des Français reconnaissait avoir voté pour lui...
1981 Mitterrand au deux tours
1988 Barre (j'ai même fait sa campagne et il ne tenait alors pas le type de propos de cette année)
1995 Chirac par dépit
2002 Lepage puis devinez ;-)
Au plaisir
Rédigé par : Yoda95 | 25 mars 2007 à 01:07
Hier soir Nicolas Sarkozy évoquait le fait que Bayrou avait été longtemps son ami et que ce dernier ne semblait pas s'en plaindre. Que la politique est cruelle ! Ce qui m'inquiète personnellement avec François Bayrou s'il devait remporter les élections : comment parvenir à une majorité qui ne se construise pas sur le débauchage des plus ambitieux et des moins vertueux ?
Rédigé par : patricio | 26 mars 2007 à 09:34
@ patricia
Parce que Ségo et Sarko sont vertueux ?
Rédigé par : Aetius | 26 mars 2007 à 09:46
A Aetius qui m'a transformé en patricia... Je ne sais pas si les autres candidats sont vertueux mais ils auront une majorité aux legislatives permettant une alternance démocratique et non une confusion des genres...
Rédigé par : patricio | 27 mars 2007 à 13:31
Oui, Patricio, des majorités destinées à resservir les mêmes plats, juste avec une nouvelle sauce.
Tu n'as pas envie de changer de cantine ?
Rédigé par : Aetius | 27 mars 2007 à 13:39
Juste au réveil pour me faire plaisir j'ai envie de citer Nicolas Sarkozy : " Que les voyous ne m'aiment pas, la réciproque est vraie"... Le pillage d'un magasin de sport à la gare du Nord ne saurait être justifié : Ok monsieur Julien Dray ?
Rédigé par : patricio | 29 mars 2007 à 08:12