Nouveau temps de campagne, on arrive dedans, pour de vrai. Les candidats sont connus (ou presque, Le Bové s'étant réveillé tard, et ayant comme découvert au dernier moment qu'une élection présidentielle ne s'improvise pas comme un "fauchage" ou un "démontage"), et ils vont désormais bénéficier d'un temps de parole égal.
J'ai l'impression qu'on n'a jamais autant entendu parler des signatures que cette année. A cela, plusieurs raisons. Une des premières tient au suspense créé, à la date butoir, et à la permanence d'une actualité, entretenue par les candidats qui en ont usé pour apparaitre, sachant que les media adorent ce genre de sujets. Dans un contexte de domination d'un duel, pendant des mois, puis de concentration de l'alternative sur la candidature Bayrou, le seul moyen d'exister médiatiquement semblait être de jouer la persécution.
L'autre raison, c'est sûrement l'effet du 21 avril 2002. On n'est plus, me semble-t-il, dans la simple nécessité d'expression du pluralisme : chaque personne ayant sa voix à donner a du réfléchir un peu plus avant aux conséquences de son acte, peser son choix, ne pas céder à la tentaiton simple de mettre X ou Y à ce stade. 16 candidats en 2002, ça fait réfléchir, réagir. On avait ateint un pic, partiellement responsable d'un épisode profondément merdique. La logique aurait été, après 2002, de réfléchir à l'évolution des règles de filtrage des candidats. Ca n'a pas été le cas, comme sur tant de sujets nécessaires de la présidence Chirac.
Au final, je me demande s'il y a des absents qui manqueront profondément à l'élection. Je n'en vois pas, a priori. Nombre de petits candidats n'y seront pas, ils ont quand même eu la parole, profité du moment amont pour témoigner, auprès d'une audience souvent minime, mais légitime au regard de l'enjeu de l'élection. Une élection présidentielle n'est pas un moment de témoignage, mais de désignation.
Aucun candidats déclarés n'ayant pas recueilli les parrainages nécessaires ne semblait vraimet porteur d'autre chose que de l'expression d'un courant très minoritaire, ou d'une simple vocation de témoignage. Pleurer leur absence, ce serait ignorer qu'il s'agit simplement d'une élection présidentielle, qui n'a pas pour objectif d'assurer une représentativité de tous les courants de pensée, mais d'une désignation d'un représentant unique, qui a vocation à fédérer le peuple entier. La représentativité des différents courants, elle devrait avoir lieu au moment des législatives, où s'exerce une liberté totale de présentation des différents courants d'idée (mais pas - encore - de représentation effective, faute de proportionnelle).
Seul absent représentant un courant d'idée relativement important qui sera finalement absent : Nicolas Dupont-Aignan. Il paie le prix de la dissidence tardive par rapport à son mouvement. S'il avait clarifié plus tôt les choses à l'égard de l'UMP, emmené avec lui des élus, dessiné un destin autre que celui d'une libre parole au sein de l'UMP, il aurait peut-être pu entrer dans le jeu. Cela crée une absence, celle d'une candidature "républicaine", proto-souverainiste, d'une droite conservatrice et traditionnelle, entre Sarkozy et Villiers.
La grande inconnue, désormais, c'est à mes yeux le vote de gauche. Déséquilibre dans les sondages, candidats du non d'une faiblesse sans rapport avec le vote de 2005. Je ne crois pas au virage à droite, plus à une sorte de résignation optimiste des français, se rangeant derrière des candidats incarnant une forme de changement, qui était sans doute la principale demande de 2005. Cet capacité à incarner le changement, le renouveau, reste très fragile : dans les semaines à venir, il serait assez logique que l'on découvre une remontée des extrèmes et du vote de contestation.
Les trois premiers candidats rassemblent, dans les sondages, entre 73 et 75% des expressions du moment. Ca parait irréalisable, tant les suffrages précédents ont vu les candidats des principaux partis arriver loin d'un tel score. La question est donc : est-on vraiment dans une logique de changement de cycle, d'incarnation crédible de renouveau par Sarkozy-Bayrou-Royal, ou bien va-t-on assister dans les semaines qui viennent à une redistribution massive ? Mon pronostic est que les trois grands vont se dégonfler peu à peu, et se rapprocher de leurs bases sociales (autour de 20-22% pour les deux grands).
Cette campagne commençait à me fatiguer un peu, la perspective des derniers moments du débat devient enthousiasmante : de quoi n'avons-nous pas encore parlé ? Où attend-on des réponses, plus précises, plus engageantes, des candidats ?

Il y a un absent qui portait un courant qui manque : Alternative Libérale.
On a 5 trotskistes, aucun libéral. Un petit déséquilibre bien français...
Rédigé par : fori | 19 mars 2007 à 11:05
@Versac
Bon billet, on sent coéée un floteéentm un moment de doutem une respirrqtion dans la campagne. Pour ce qui est du vote de gauche, c'est vrai que l'on semble se dirriger vers qqchose de bizarre. Mon feeling c'est que le choc va etre brutal pour la gauche car les français réalisent de plus en plus que l'idéologie gauche française ne s'est pas renouvelée, contrairement aux autres en europe. Elle est hors sujet.
Laurent
http://laurentpoujol.typepad.com/laurents_blog/
Rédigé par : laurentpoujol | 19 mars 2007 à 11:57
Le score cumulé des 3 principaux candidats des sondages est en effet très surprenant
Il s'explique en partie par l'effet 21 avril, en partie par un positionnement moins centriste des candidats UMP et PS, ce qui a laissé de la place à F Bayrou
Le vote utile va peser fort à gauche, d'autant plus que la division ne pousse pas à l'adhésion alors que je vois assez bien Le Pen monter encore
Mais tout cela est du marc de café....
Rédigé par : Verel | 19 mars 2007 à 13:32
Les temps de paroles devraient avantager les petits candidats, ou au moins leur message : ainsi les 5 ou 6 petits candidats de gauche (y compris Voynet) vont attaquer durement Bayrou et Sarkozy. Vont-il monter, ou vont-il faire baisser le score de Sarko et Bayrou (en partie basé sur un électorat protestataire) au profit de l'abstention, de Le Pen ou de Royal ?
Rédigé par : jani-rah | 19 mars 2007 à 15:15
La présentation des résultats est faussée car elle ne tiens pas conmpte des indécis etceux qui n'ont pas encore de candidat désigné de manière certaine... soit près de 45% de l'électorat tout de même ce qui n'est pas rien !
Il en résulte que les 70-75% avancés dans les médias pour le trio de tête se rapprochent plus des 40% à tous casser pour les trois candidats réunis... ça relativise !
Rédigé par : Farid Taha | 19 mars 2007 à 17:33
Euh franchement je suis dégouté qu'il n'y ait pas Alternative Libérale, ni aucun autre parti libéral représenté ! Alors dire que tous les courants sont représentés ça me reste en travers de la gorge là !
Et on se retrouve encore avec 4/5 candidats d'extrême gauche qui n'ont même pas été capable de s'unir !
Rédigé par : Bob | 19 mars 2007 à 19:08