Je commence à m'alarmer (et surtout à prendre le temps d'un billet pour le dire).
Le rapport Tessier est passé par là, avec sa vision si particulière des libertés d'expression, qu'il faudrait trop encadrer, limiter, labelliser, hiérarchiser, plus que garantir. On a également eu la loi sur la prévention de la délinquance, le dernier grand acte politique de notre ministre de l'intérieur, qui prévoit l'interdiction de filmer ou enregistrer une "atteinte volontaire à l'intégrité d'une personne physique", sauf si on est journaliste.
Rubin Sfadj a écrit un très bon article sur cette loi scélérate. RSF s'émeut à très juste titre de cette limitation ahurissante de la liberté d'expression à l'heure des blogs et téléphones-caméras. Odebi va plus loin. Guillaume Champeau a visé juste.
Soyons simples et concrets. Si demain, je filme des cailleras qui bastonnent une pauvre fille, je suis coupable de complicité avec lesdites cailleras. Ce procédé est unique au monde par son absurdité.
Si on n'entrait pas dans le débat présidentiel (que chacun garde pour lui le crédit ou le débit mis au candidat qui a porté cette loi, en son âme et conscience), et qu'on regardait froidement la société que nous promettent ces législateurs là ?
Le mot le plus simple est contrôle. Contrôle des expressions. Interdiction des nouveaux usages, pénalisation. Mise en risque juridique du citoyen devant l'usage des nouvelles possibilités qui lui offre l'internet (je ne parle pas du pauvre qui aurait joué en ligne chez un bookmaker anglais, quelle horreur, son comportement incivique lui vaut peine par principe).
Illusions de contrôle, destinées à faire croire qu'on protège l'ordre ancien, les vieilles règles, les bonnes habitudes. Véritables et très concrètes mises en risque du citoyen. Aucune assistance, aucune garantie. Réalité réactionnaire, déni de réalité.
Si je vois des policiers battre à mort un pauvre noir, il est de mon devoir de le filmer avec mon téléphone portable. Et je ne saurai être complice des policiers.
Je suis, comme beaucoup, en colère. Je n'accepte pas cette tentative de négation de la réalité, de mise sous tutelle des individus, de mise en risque des citoyens pour leurs comportements naturels et même souhaitables. Je n'accepte plus d'être traité de pirate ou de fou parce que je crée, partage, transmets, légitimement, naturellement, en tentant de trouver dans les possibilités d'internet ce qui y est bon et juste.
Je n'accepte plus l'amalgame. Le fait d'écraser avec un matteau pilon nos libertés les plus élémentaires quand on cherche à protéger des intérêts ou réprimer des phénomènes marginaux, ou des dérives liées à ces libertés. Ce n'est pas en nous empêchant de filmer une aggression qu'on réduira le happy slapping. C'est en apprenant à chacun à utiliser ces outils, ces media, en favorisant leur usage, en aidant à y faire régner le droit, effectivement, qu'on pourra en venir à bout.
Cette colère, je ne suis pas seul à la partager. J'ai l'impression qu'il est grand temps de se (re)mobiliser pour agir. On fait quoi ?




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Rédigé par: bamby17 | 09 mars 2007 à 14:48
pvdg : je ne comprends pas yrès bien votre argumentation, à vrai dire. Vous commencez par dire qu'il n'est fait nulle part mention de journaliste (la "profession ayant pour objet d'informer le public", ce n'est pas ça) avant de justifier le fait qu'il y ait des journalistes.
Mon problème, c'est qu'on veut cantonner l'usage de la vidéo dans deux schémas uniques, et dont l'usage serait défini à l'avance. Plus le droit de filmer sans savoir ce qu'on en fera, par précaution, comme simple individu, une scène choquante. Non, usage réservé à une destination claire et prédéfinie : le quidam peut aller se rhabiller.
Encore une fois, il ne s'agit pas de hurler au loup, mais de s'inquiéter de cette tendance dans le contrôle des usages, ex ante, plutôt que de laisser liberté et de faire en sorte que les dérives soient effectivement punies. Peut-être ai-je une posture trop libérale, je ne le crois pas.
Rédigé par: versac | 09 mars 2007 à 14:58
Versac, tout ce que cette disposition établit, c'est que filmer une agression ou un délit implique des obligations : soit se placer du côté de la victime et aider à établir la culpabilité des agresseurs, soit se placer du côté des agresseurs et s'amuser de la victime.
Tu réclames le droit à l'indifférence et à jouir du malheur d'autrui à ses dépens ? La loi ne te l'accorde pas. Quand tu filmes, tu t'engages. C'est si choquant pour toi ?
Rédigé par: Lavande & Coquelicots | 09 mars 2007 à 18:16
Dans aucun des deux exemples imaginés par Versac, il n'est possible d'intervenir.
Pour ce qui est de la répression du joyeux baffage, priorité nationale s'il en est, il me semble que cette activité constiue une violence volontaire en réunion, suivie d'une violation de la vie privée, deux délits réprimés si je ne me trompe, déjà cher pour le jeu du train de _Mes chers amis_ (le 2 je crois). En faire un délit spécifique n'a que l'avantage de l'effet d'annonce, le rédiger aussi vaguement ne peut avoir que le but dénoncé par notre hôte.
(Et merci à Autheuil pour son « Pour moi, la question ne se pose pas et je fais confiance à la justice pour préserver mes libertés individielles ! », c'est rafraichissant, ça me rappelle mes vacances à Champignac.)
Rédigé par: Cobab | 12 mars 2007 à 21:38
"Certainement, la Cour européenne des droits de l'homme ne laissera pas passer ça."
La Convention parle de "droit à la liberté d'expression" et de "liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées": le film d'une agression n'est pas une idée, et ce film ne se limite pas à une information (puisqu'il comprend des images, voire du son) qui ne sont pas indispensables à la transmission de l'information. Y a-t-il une jurisprudence qui considérerait un film court, sans travail artistique ni commentaire, comme couvert par la Conv EDH ?
On peut espérer que la justice considérera, sauf preuve contraire, que l'enregistrement (en tout cas s'il est réalisé par quelqu'un sans relation connue avec le malfaiteur) a pour but de servir à informer l'autorité judiciaire (par contre, en toute rigueur, le filmage devrait être réprimé s'il a pour but de servir uniquement à des poursuites disciplinaires devant une autorité non juridictionnelle...): là, il y aurait peut-être une astuce sur la légalité des délits ou la présomption d'innocence, puisque certaines personnes disent qu'un blogueur étant soumis au droit de la presse peut être considéré comme un journaliste professionnel (et donc pense qu'il ne commet pas le délit), ou si la justice considère que le prévenu doit prouver l'intention d'utiliser le film comme preuve en justice.
Rédigé par: Apokrif | 20 mars 2007 à 20:17