Tout a déjà été dit, ou presque sur l'outil de recherche de blogs technorati, dans les espaces spécialisés. Ce moteur de recherche est devenu un intrument prisé de multiples personnes s'intéressant aux blogs, pour deux principales raisons : son corpus de recherche (le nombre de blogs suivis) est le plus large et il propose des tas de fonctionnalités permettant des classements et un indexage intéressant.
Le problème, c'est que l'outil reste extrèmement perfectible. Et que la lecture "à la lettre" de ce qu'il dit peut donner des aberrations. Voici un exemple.
Thierry Crouzet, l'infatigable militant de la révolution du cinquième pouvoir, a monté un outil sympathique, bonvote. Celui-ci propose un classement des blogs politiques, matière dont sont friands pas mal de personnes, media en premier lieu, pour déterminer qui sont les légendaires blogueurs influents. L'outil est fondé sur un mix de termes censés refléter la teneur politique du contenu, et sur le nombre de liens entrants proposé par technorati, justement.
Pour rappel, le nombre de liens pointant vers un blog est un indicateur de son autorité de réseau, de son insertion dans une communauté. C'est un signal peu qualitatif, mais qui détermine une capacité de reprise des écrits, et d'autorité conférée par les pairs. Il est très souvent corrélé à l'ancienneté (loi de puissance), mais pas uniquement, évidemment. Cela n'est pas un indicateur d'influence générale (ce peut être un blog de cuisine, et son influence sur la politique sera faible, et inversement), mais donne une idée de l'insertion, de la reprise potentielle des écrits par des pairs blogueurs, de présence dans le réseau.
Dans ce classement, principe un peu ridicule, mais ludique, des blogs politique, une anomalie m'a toujours étonnée. Christophe Carignano est un blogueur certainement émérite, dont le chiraquisme forcené lui permet de s'affirmer aujourd'hui comme le créateur de la communauté des blogs chiraquiens, son placement dans le top ten des blogs politiques, aux cotés de stars comme Loïc Le Meur ou laurent d'Embruns m'intriguait : l'homme avait bien tenté un moment de se faire de la pub en se spécialisant dans l'insulte des blogueurs à visibilité, sans aucune finesse, pour s'attirer du trafic, son compteur d'audience ne décollait pas au même point que des blogueurs attirant beaucoup de monde, installés depuis longtemps, bénéficiant d'une visibilité médiatique, jouant un rôle d'animateur, de pivot des blogs politiques, ou lançant des polémiques fortes qui enflamment l'internet (comme Guy Birenbaum, et encore, vous verrez que son "classement" est très perfectible également).
Bref, je soupçonnais une anomalie, un bug : ce n'étaient pas les quelques blogs chiraquiens qui allaient faire des milliers de liens sur le bonhomme. Et je l'ai trouvée, cette anomalie.
Le nombre de liens entrants, sur technorati, est complètement gonflé, chez Christophe Carignano. Le meilleur moyen de le montrer est de comparer ce nombre de liens avec ceux d'autres outils de mesure (j'ai pris les deux plus sérieux, blogpulse et google blog search), et de comparer les hiérarchies en nombre de liens avec d'autres blogueurs qui servent de référent.
Voici donc le nombre de liens entrants, chez six blogueurs type (Embruns, Eolas, versac, koz, Birenbaum, Carignano, soit des blogs dans le top du classement bonvote - cliquez sur l'image pour l'agrandir).
Et voici les mêmes données, mais en base 100 pour le chiffre d'embruns.
la hiérarchie est similaire entre google blogsearch et blogpulse, avec juste une légère anomalie sur blogpulse pour le rapport versac/eolas. A l'usage, j'ai toujours repéré sur blogpulse une tendance à préférer les blogs hébergés sur plate-formes, et à moins favoriser les blogs hébergés en propre. Google blog search est beaucoup plus restrictif sur le nombre de liens repérés (moins d'historique et corpus plus sélectif), mais conserve la même hiérarchie. Cette hiérarchie est également similaire sur technorati, sauf pour le blog de C. Carignano. Le rapport du nombre de liens entrants avec Koz par exemple (j'ai pris pour référence koztoujours.free.fr, adresse historique, koz ayant récemment déménagé), qui est constant entre blogpulse et google blog search, et entre les autres blogs quel que soit l'outil, s'inverse totalement sur technorati.
Que s'est-il donc passé ?
C'est en fait assez simple. Il suffit de regarder dans les tréfonds des liens technorati : la plupart sont du simple spam, destiné à gonfler le nombre de liens affichés, depuis un "metamoteur" merdique, netoo et des trucs similaires, comme apocalx. Des tonnes de soi-disant liens entrants sont en fait des pages de résultats dudit moteur, générées sur des requêtes imaginaires, qui pointent vers le blog de C. Carignano. Ce ne sont pas des liens depuis des blogs, pas des indicateurs d'autorité de réseau, mais du spam bête, qui a pour principal objectif également d'augmenter artificellement, volontairement, le pagerank du site.
Ce qui est assez étonnant, c'est que je n'ai rencontré ce phénomène sur aucun autre blog. Guy Birenbaum bénéficie d'un gonflement, également, en nettement plus léger, en bénéficiant de liens nombreux depuis des pages du site 20minutes, qui sont récupérées, à tort, par technorati. Versac, par ailleurs, bénéficie d'un petit effet grâce au travail de mots-clefs réalisé par Axel de page2007, qui met des millions de tags et de liens dans chacun de ses billets, pour améliorer son référencement (pratique que je trouve par ailleurs sans intérêt et peu respectueuse des visiteurs), mais Carignano semble "bénéficier" de la même pollution. Pour Carignano, ce serait de l'ordre de plus du millier de faux liens, semble-t-il, pour Birenbaum, c'est un peu plus difficile à dire.
Tout ça pour quoi ? Pour pas grand chose. C'est mon métier que de scruter le web et analyser les effets d'autorité, et certains font une confiance aveugle à certains outils, les considérant comme définitifs. Christophe Carignano fait apparaitre fièrement sur son blog un écusson montrant qu'il est le "9ème blog politique français", ce qui est ensuite repris par des journalistes crédules et peu regardants sur les sources. C'est vraiment ridicule, surtout quand on a auparavant critiqu" vertement la recherche de gloriole des blogueurs. A peu près aussi ridicule que le titre autodécerné de créateur de la communauté des blogs chiraquiens, qui fait doucement rigoler. Il y en a qui s'autogonflent les chevilles, ça fait plaisir.
Enfin, technorati prouve qu'il dérive de plus en plus, en attrapant tout ce qui est du RSS, et en l'appelan "blog" ou "social media". Il va falloir sans doute clarifier un jour la promesse de ce moteur fantastique dans ses fonctionnalités, mais peu sérieux dans son travail de qualification (et ce depuis longtemps, et oui, je sais que la tâche est dure).



Versac sait à quel point je peux ne pas être d'accord avec lui sur certains sujets (euh... en fait, essentiellement sur Sarkozy : accuser Versac de sarokzyste primaire est pour le moins hilarant).
Pour autant, les manières et les prétentions de Christophe Carignano sont bel et bien détestables. Il n'est victime ni de diffamation, ni d'un règlement de compte politique : seulement de lui-même, de sa suffisance, de ses censures, de sa petite personne, de sa recherche de notoriété personnelle.
Rédigé par : Lavande & Coquelicots | 19 mars 2007 à 12:16
Toutes ces petites malversations ne mèneront pas loin et j'espère que l'on oubliera bien vite ce triste sire.
Par contre la foi dans les outils de réseau, problématique initiale, animée notamment par la tension autorité/reconnaisance, est-elle une question intéressante.
Il faut savoir rester constamment critique sur les systèmes techniques qui servent de référentiel.
Technorati traverse une mauvaise passe, sans doute, autant alors saluer un autre travail, celui de RTGI, qui a effectué un travail de modélisation remarquable avec sa carto Blogopole, dont l'effort de dévoilement sur leur méthodologie n'est pas la moindre des qualité.
Rédigé par : Soseki | 26 mars 2007 à 01:51
Comme beaucoup, j'ai connu internet à ses débuts. A l'époque, les webmestres n'avaient qu'un objectif : communiquer, échanger et construire des petites communautés sans prétention autours de leurs passions. Il s'agissait simplement d'avoir un endroit à nous, un "home sweet home".
Maintenant, je n'entends parler que de PageRank, de business, de marketing, de classements. Les bloggeurs communiquent toujours, mais perdent surtout un temps fou à se faire la guerre les uns les autres. A nourrir leur égo, quitte à se désintéresser de leurs visiteurs.
Se faisant, j'ai l'intime conviction que les bloggeurs ont la facheuse tendance à se détourner des principes inhérents au web. Ils semblent vouloir se l'approprier, le régir et même le façonner à leur image.
A mes yeux, il s'agit ni plus ni moins d'une trahison. Le web, cela n'a rien à voir avec les top 100, pagerank et autres. Le web, c'est avant tout un multivers dans lequel chacun peut avoir sa place, du moment qu'il respecte ses voisins.
Parfois, j'hésite entre nostalgie et amertume...
Rédigé par : Fred | 09 juin 2007 à 19:21