J'étais à Bercy, tout à l'heure, pour le dernier grand meeting parisien de Nicolas Sarkozy. Il y avait beaucoup de monde. Je dois dire avoir parfois trouvé plus intéressant de regarder les skaters en grappes sur les pentes que les militants exaltés et les personnalités people qui prenaient la parole.
Je reviendrai demain, un peu à froid, sur le discours de Nicolas Sarkozy, qui me semble un parfait condensé des dizaines de discours qu'il nous propose, réunion publique après réunion publique, dans ses prises de paroles longues, destinées à se positionner, depuis l'embauche d'Henri Guaino, comme un homme nouveau.
En attendant, quelques éléments d'ambiance. Parce que Sarkozy à Bercy, c'est surtout une ambiance, un show très particulier.
D'abord, il y a du people, beaucoup de people. Quand, muni de mon accès presse, je me faufile vers l'entrée, je suis aux cotés de Philippe Candeloro, dûment accompagné jusqu'à la tribune des stars. Il rejoint une belle brochette d'avatars médatiques, spécialistes de plateaux télévisés, qui feront la joie du cadreur des images officielles de l'après-midi (champions dans l'apparition : le duo Philippe Bouvard/Thierry Roland). Pas que du cadreur, d'ailleurs, la liste des intervenants à la tribune, avant l'arrivée du candidat-futur-président, en témoigne.
C'est beau, cette brochette du PAF qui parle au peuple si simplement de ce candidat. On se croirait à un concert des enfoirés, ou chez Michel Drucker un dimanche après-midi. Les meilleurs ont été Faudel, qui accueille Nicolas dehors (il se fend d'un mot chaleureux pour ceux qui n'ont pu entrer) et entonne la chanson, Enrico Macias, qui a fait son petit mot avec un beau succès (mais n'a pu pousser la chansonnette), et surtout Gilbert Montagné, qui a enflammé la foule. Glucksmann a été très ... glusckmannien, avec son énervement usuel (je l'aime bien dans l'écrit, mais je ne suis pas sûr qu'il ait eu un franc succès dans l'assemblée), et Simone Veil, patronne du comité de soutien et caution morale du candidat, a été mauvaise, les meetings n'étant pas sans doute pas son truc, ce qui est plutôt bon signe (pour elle).
Coté politique, belle blague lors de l'annonce de l'intervention de Nicolas ... Perruchot, rallié de l'UDF. J'ai entendu, lors de l'annonce de son nom, des "c'est qui" autour de moi. Applaudissements tardifs de la foule lorsqu'il a été compris qu'il s'agissait d'un ancien bayrouiste rallié. On doit naître applaudisseur de meeting, ça doit être génétique. Fillon a été bon, il connait les mécaniques, les autres sont restés un peu transparents. A part Alliot-Marie, qui s'est chargée du Ségo-bashing, gaussant l'incompétence de la candidate, qui "change d'avis aussi souvent que de jupe". Il est vrai qu notre ministre de la défense, sérieuse, elle, ne pratique que le tailleur pantalon.
Puis est arrivé le patron. Musique lancinante habituelle (et décidément énervante pour qui l'a entendue plus d'une fois - les concepteurs ont du tabler sur un taux de répétition de deux : entrée/sortie de meeting), images neuves, avec un montage dynamique de photos du boss en situation de rencontre avec les français, entrecoupé de déclarations synthétiques de postionnement du candidat.
Enfin, le discours est venu. On en parle demain.
Il y avait du monde, dont une belle petite foule à l'extérieur. L'ambiance n'était pas à la fête, mais au moment de l'excitation collective d'avant victoire. Ce moment si particulier où l'on sait qu'on va enfin y arriver, que ça va gagner. Certitude non affichée, mais entrain visible des soutiens.
Il y a quelque chose de toujours impressionnant dans un grand meeting organisé par l'UMP. C'est gros, professionnel, minuté, énorme, beaucoup plus que tout autre parti. C'est parfois un peu inquiétant, aussi, comme ce vigile qui ne me demande pas mais exige de rembobiner ma caméra parce qu'il serait apparu dans le champ (il n'obtiendra pas gain de cause, quand même). On n'y est pas libre comme dans un autre meeting, c'est plus carré et policé, et, dans ce cas spécifique, il y a trop de monde pour circuler dans la foule.
Je goûte peu ces grands trucs, mais on y tate de ce qui se fait, de ce qui est transmis. Demain, quelques motsur le discours. En attendant, quelques maigres photos (j'ai moins pu circuler que chez bayrou, par exemple, pour clicher).
A demain.

@ matthieu > "Jean Lançon le donneur de lecon"
Où et quand ai-je donné des leçons ? Vous devez me confondre avec Meri, qui refait l'histoire à sa sauce... Simplement une personne ici, Emmanuel, m'a posé une question précise, et j'ai répondu précisément et simplement. Sans envolées pseudo-intello, juste en traduisant en mots simples ce que je constate au quotidien, sur le terrain, de par mes activités associatives.
@ versac > "Jean Lançon : merci de vorte arbitrage et de votre critique. Je fais sentir que je n'aime pas Sarkozy ? Vous etes très perspicace !"
Merci de votre ironie ô combien objective. Mais sans doute est-ce la bonne méthode quand on veut dissimuler ce que j'ai voulu dire et que vous avez parfaitement compris, à savoir que ces temps-ci votre penchant naturel à gauche (que je respecte totalement) qui vous conduit vers une forme (assez modérée) d'antisarkozysme (que je respecte aussi), tend - c'est du moins mon avis - à vous faire perdre de la hauteur sur vos analyses, d'habitude plus pertinentes, plus élaborées, plus riches, plus réfléchies.
C'est tout, rien de grave, il n'y a pas mort d'homme, pas besoin de traitement lourd, il suffit d'attendre la fin des élections et tout redeviendra comme avant.
Rédigé par : Jean Lançon | 01 mai 2007 à 13:43
Jean Lançon : je n'ai jamais prétendu à l'objectivité et mèle, sur ce blog, relais, réflexions et billets d'humeur. Ici, il s'agissait de donner un sentiment, sur un événement.
Je n'ai pas en moi d'antisarkozysme, je ne le crois pas être un monstre fasciste, mais ne puis que relever le coté populiste de ces derniers mètres de campagne. Je n'aime pas le style de l'homme, cette capacité à jouer sur les peurs et ce qui se passe de mal pour apparaitre en recours.
Pour autant, quand il sera élu, s'il l'est, je ne crierai pas à l'insurrection, mais continuerai mon travail de critique, voire de mobilisation quand nécessaire.
Rédigé par : versac | 01 mai 2007 à 14:10
@ Versac : d'accord, mais puisque vous parlez de jouer sur les peurs... Il n'y a rien qui vous fasse peur en France à l'heure d'aujourd'hui ? Oh bien sûr, on peut argumenter sur la méthode "allez, tout ne va pas si mal", c'est vrai, après tout, on est plus heureux en France qu'au Darfour. Méthode aspirine quoi.
Mais moi j'ai vraiment vu des démagogues jouer sur les peurs, et ils le font encore. Ceux qui prétendent que Sarkozy va envoyer nos troupes en Irak. Ceux qui le comparent à Hitler (même parfois de façon très hypocrite style Meri dont personne n'est dupe).
Versac, je ne vous ai pas lu (mais j'ai peut-être loupé un billet) condamner cette démagogie consistant à jouer sur les peurs quand elle venait de la gauche ? Je me trompe sans doute...
Rédigé par : Jean Lançon | 01 mai 2007 à 15:06
Jean Lançon : que les candidats fassent peur avec le campd'en face,soit. Le TSS m'énerve aussi, mais bon, je dissocie les discours de militants et de groupes énervés, le jeu politique de celui des candidats.
Relisez à froid la France que vous dessine Sarkozy dans son discours de Bercy, par exemple : vous verrez comme elle donne envie et comme elle est belle. On n'y voit que des meurtres, des viols et des choses affreuses, dans lesquelles tout fout le camp...
Sarkozy a des chances d'être élu. Il se peut que je vote pour lui, ce blog est un moyen de sonder et confronter ces sentiments et réflexions à son égard. Et, pour l'instant, je n'ai pas eu de franches réponses positives à mes doutes.
Rédigé par : versac | 01 mai 2007 à 16:59
@ Versac : mes yeux, je les ai ouverts depuis longtemps, croyez-moi. Il y a longtemps que j'ai constaté qu'à chaque fois que je mettais un bulletin d'espoir dans l'urne, je me retrouvais à avoir voté soit pour un perdant, soit pour un menteur, et qu'au fil des années les choses s'aggravaient, et s'aggravent encore d'ailleurs.
Les viols, les meurtres, faudrait-il ne pas en parler ? Se taire ? Les cautionner ? Je crois que c'est le rôle d'un candidat à la présidentielle de dire, comme l'a fait NS, qu'il ne mettrait "jamais les victimes et les délinquants sur le même plan". Et je vous dis cela en supposant, même si elle ne le dit pas vraiment, que SR serait capable, élue, de s'attaquer aussi, mais sans doute de façon très différente, à ce problème. Et ce sans préjuger de la plus grande efficacité de l'un ou de l'autre dans son action en ce sens.
Que NS récupère des images (verbales) choc dans sa campagne, je ne suis pas aveugle au point de ne pas en avoir conscience. Mais je suis de ceux qui écoutent au-delà des mots, j'ai moi aussi, soyez-en convaincu, un esprit critique, contradictoire. Je ne suis pas allé voter Sarkozy les yeux fermés, béat d'admiration. Quelques jours avant encore, j'hésitais.
J'ai également très bien compris que SR ne suscitait pas grand enthousiasme chez vous non plus, et que vous ne fermiez pas totalement la porte à NS. Et c'est tout à votre honneur de chercher à aller au fond des choses. Et quel que soit votre choix dimanche, il sera éminemment respectable.
Tel que je vous perçois, vous avez le profil centriste, ce qui n'est évidemment pas un défaut, encore moins une tare. Et donc je comprends que vu le choix restant vous hésitiez. Mais je pense, bien que n'ayant aucun conseil à vous donner, qu'aller au-delà des mots, analyser ce qui peut en découler, tenter d'anticiper ce qui peut se passer pour la France dans les mois et années à venir (y compris sur la scène internationale, et je pense particulièrement en ce moment au Liban, à l'Afghanistan et au Darfour), je pense que tout cela, plutôt que de polariser sur la sémantique ou la gestuelle, vous aiderait. Ce n'est, encore une fois, pas un conseil, je ne me le permettrais pas, c'est juste l'expression brute de ce que je ferais à votre place si j'étais centriste et-ou indécis.
Et précisément, pour lire votre blog régulièrement depuis pas mal de temps, j'ai eu le sentiment que ces temps-ci vous perdiez un peu de ce recul. Mais encore une fois je peux m'être trompé.
Avec toute ma sympathie,
Jean
Rédigé par : Jean Lançon | 01 mai 2007 à 17:32
Charléty c'était bien ?
Lettre à un(e) ami(e) de droite ou du centre
Cher(e) ami(e),
Le second tour approche et tu t’apprêtes à voter pour Nicolas Sarkozy. Tu préfères d’énergiques réformes libérales aux compromis sociaux-démocrates. Sans doute es-tu attaché(e) aussi à des valeurs morales, à des conceptions sociales ou politiques plus traditionnelles que celles que professe une certaine gauche.
La suite ici : Lettre à un(e) ami(e) de droite ou du centre
Cher(e) ami(e),
Le second tour approche et tu t’apprêtes à voter pour Nicolas Sarkozy. Tu préfères d’énergiques réformes libérales aux compromis sociaux-démocrates. Sans doute es-tu attaché(e) aussi à des valeurs morales, à des conceptions sociales ou politiques plus traditionnelles que celles que professe une certaine gauche.
La suite ici : http://www.1monde.net/index.php/weblog/top10_pourquoi_faut_il_voter_sarkozy_5/
Rédigé par : tao | 01 mai 2007 à 19:02
Oui Charlety c'était très bien.
Je n'y ai pas vu Jean Lançon, quel dommage !
Rédigé par : Fauvette | 02 mai 2007 à 00:44
@ Fauvette > je n'étais pas non plus à Bercy dimanche ;) Mais de vous à moi, faire 1500 km pour un meeting politique, ou même deux, très peu pour moi.
Rédigé par : Jean Lançon | 02 mai 2007 à 04:16