L'affiche de la campagne de Royal est très bonne. Depuis qu'elle est sortie, tout le monde semble se gausser, s'émouvoir. Ca serait moche, mal foutu, dépassé, bof bof.
Evidemment, en tant qu'amateur de typographie et de belles compositions, je suis un peu choqué. C'est sale, ça semble monté à la va vite, la typo est laide et sent le vieux, les alignements mal fichus, les rapports de taille bizarres, etc... N'en jetez plus.
Mais l'électeur n'est pas un amateur de typo. Et cette affiche sert bien son objectif, simple : accrocher, intriguer, et servir le message "La France présidente". Tout accroche : le message simple, le visage en gros plan, cet air étonnant, insaisissable, très mitterrandien, le menton haut, sans sourire, ce regard légèrement déplacé (à tel point qu'on se demande si elle louche). Tout sert le message : je suis vous, regardez-moi. Je suis Jeanne d'Arc, je suis Marianne, je suis la France. Je suis, comme le souligne Karl, déjà un symbole de la République.
Cette affiche sert son objectif : Ségolène Royal a poussé jusqu'au stade extrème son concept de communication compassionnelle et d'identification. De style mitterrandien, aussi, mais ramené à sa sauce personnelle : la posture d'attente, de désirabilité. Ne faisons pas à cette affiche le procès d'être autre chose que ça, un truc pour mettre dans la rue et sur les panneaux devant les bureaux de vote, un truc qui ne sert pas à grand chose, sinon à interpeller, et, accessoirement, à faire parler.
A coté des affiches de Bayrou et Sarkozy, qui sont les bonnes photos habituelles (on attend celle de Sarkozy), celle de Ségolène Royal devrait imposer une différence, la positionner sur un autre registre. C'est une affiche pour la rue, pour l'électeur de Mitterrand en 1981. Le site de Ségolène ne la reprend d'aileurs pas. Sur internet, on reprend un discours participatif, collaboratif, moins d'identification simple, plus de distinction. Loi du media : sur internet, place à la diversité, dans la rue, place à la publicité.
Finalement, la démarche est encore une fois inversée par rapport à Sarkozy : alors que les codes graphiques de Sarkozy.fr, peu adaptés à internet, se sont imposés à la campagne de terrain (au grand dam de certains communicants de l'équipe), chez Royal, on a séparé les choses, adaptant le mode de communication à chaque media. Sarkozy a abandonné peu à peu son fond de campagne avec mouette, et gardé la photo simple avec colombe, on est passé de "ENSEMBLE, tout DEVIENT possible" à "ensemble, TOUT devient possible".
Nous verrons à quoi ressemblera l'affiche. On sait déjà qu'elle ne sert pas à grand chose, si ce n'est offrir le dernier contact avec l'électeur avant son vote.
[Photo Embruns]

Ben oui, avant d'aller jeter son bulletin dans l'urne on jette un coup d'oeil aux affiches et on se demande "Alors, quelle gueule ai-je envie de voir un jour sur deux à la télé, pendant 5 ans ?"
et comme malgré tout la réponse n'est pas si facile, on demande à l'affiche, telle un augure... comme pendant une visite chez Saint Maclou, "alors, quel papier peint me lassera le moins au cours des années à venir ?"
Rédigé par : Christie | 02 avril 2007 à 11:45
http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Mona_Lisa.jpg
Rédigé par : toto | 02 avril 2007 à 11:56
La référence, c'est un peu ça: Garbo.
http://www.movietreasures.com/Greta_Garbo/garbo_poster.jpg
Rédigé par : Eric | 02 avril 2007 à 12:28
Mouais... Un petit air de Joconde... Au sourire effacé... Qui sait d'avance que ça va foirer...
Rédigé par : Aetius | 02 avril 2007 à 13:05
Cette affiche affirme aussi l'ancrage "à gauche", dans la droite ligne des affiches du PC, des anarchistes ou des des libertaires : contraste agressif, économie de moyens (deux couleurs), rouge violent.
Intéressant aussi ce positionnement artisanal, à l'inverse des affiches trop marketés, trop belles, trop lisses qu'on voit en ce moment (photos de ciel et de prairie par exemple).
La typo est simple, contrairement à celle de Sarkozy, beaucoup plus moderne et sophistiqué. Bref, économie de moyens et look "fait maison" à l'heure du succès des hideux myspace ou des pixels des vidéos sur Youtube. L'artisanal, l'anti-marketé est dans l'air du temps. Moche = vrai ?
Bref, cette affiche joue (surjoue ?) l'authenticité et décline les codes visuels de la gauche en vigueur depuis 1968. J'y vois un repositionnement à gauche, un éloignement du centrisme visuel ;-)
Rédigé par : zouzouwizman | 02 avril 2007 à 13:15
"Mouais... Un petit air de Joconde... Au sourire effacé... Qui sait d'avance que ça va foirer..." Aetius.
LOL.
Moi, elle me fait penser à Cruella.
Sinon, l'affiche me semble beaucoup trop énigmatique et mystique pour une cible qui a besoin d'objectif clair, de fermeté et d'horizon.
De ce point de vue, Sarkozy apparaît peut-être brutal mais au moins les français ont de la visibilité... ce qui rassure.
Paradoxal mais bien français.
L'incantion mystico-gaullienne de Royal sur cette affiche ne fait que rajouter du flou à la brume que sont ses idées pour les français.
En outre, ça accrédite l'idée qu'elle n'a que son sexe à avancer comme argument... (Et ça ça ennerve beaucoup de femmes au passage).
Et puis, on sait tous que l'affiche est un rituel folklorique mais n'a aucun impact... ou peu.
Il y avait un socialiste qui disait grosso modo : "il n'y a que Seguela pour croire que c'est son affiche qui a fait gagner Mitterrand."
Rédigé par : Camembert Président | 02 avril 2007 à 13:37
Je parle aussi de la ressemblance entr Royal et Mona Lisa sur mon blog ...
Mais si je résume le propos de Versac : faites de la merde, au moins on parle de vous ! Super ! Moi j'ai une autre conception de la politique, qui ne doit pas être populisme ...
Rédigé par : Lancelot | 02 avril 2007 à 14:00
Mouais. L'affiche ne sert donc a rien. Il faudra en causer a ceux qui inondent le metro de leur "creation".
Pour revenir au sujet (l'affiche de Segolene) je la vois effectivement comme un repositionnement a gauche, meme si l'absence de la rose reste etonnante. Un succes donc du marketing individualiste de la candidate ?
Rédigé par : unkle | 02 avril 2007 à 14:01
Je trouve ça très adapté aux personnes agées.
Rédigé par : Boulgakof | 02 avril 2007 à 14:03
... Ce jour là, elle était le visage de la France.
André Malraux.
Rédigé par : Aetius | 02 avril 2007 à 14:12
Ben chez nous je l ai encore pas vu placardé cette affiche
Je la trouve ratée de chez ratée
Franchement moi qui soutient Ségolène
(de plus en plus dur face à la vague Bayrou qui monte qui monte -
je vois venir un tsunami - Ségo elle s'ra pas au 2ième tour -
Bah pas grave - de toutes façons faudra que j'me lève le matin pour aller bosser ....)
Je la trouve trop figée - Genre , elle n arrive pas à créer un élan derrière elle - Elle est glaciale -
Eh ben sur cette affiche, s il voulait accentuer ce coté Madone - C est gagné - Mais ça va faire fuir les gens !!!
Je comprends pas, l autre affiche, où on la voit sourire au milieu d une foule - Elle est bien - Elle est avec le peuple - avec la base -
Je comprends pas - Les socialos s y prennent mal- 2002 ne leur a pas suffit !!!
Rédigé par : Marijo | 02 avril 2007 à 15:06
OK pour l'analyse symbole/Marianne (la déportation légère de la chevelure sur la droite est révélatrice, c'est le même mouvement donné aux figures révolutionnaires sur les barricades), mais à mon avis tu te plantes au niveau de l'électeur non amateur de typo : il y a un effet inconscient lourd lié à ces considérants (cf. Edward Tufte).
Rédigé par : Fr. | 02 avril 2007 à 15:12
Moi je la trouve superbe cette affiche. Bien meilleure que celles que j'ai collé ces derniers mois...
Rédigé par : abadinte | 02 avril 2007 à 15:16
Moi je pense qu'elle est adaptée : elle contraste avec trop de sourires, trop de couleurs. Elle est complémentaire avec les tracts.
Difficile de juger de ses effets. Mais cela ne se joue pas au premier degrès. Un message de sérénité-puissance.
Pour le reste, effectivement, le rouge me parait trop rouge.
Rédigé par : jani-rah | 02 avril 2007 à 15:23
Back to the 50's. La France de l'après-guerre, c'est ça la France qui va de l'avant...
Rédigé par : Thierry | 02 avril 2007 à 15:41
Deux autres choses d'un point de vue graphisme/typographie :
> La typo est utilisée est "Frutiger", d'Adrian Frutiger. Un grand classique originellement dessiné pour l'aéroport d'orly (1975). Intéressant parce que cette fonte a été dessinée avec deux objectifs : lisibilité maximale et neutralité (avec tout de même une touche humaine et de la souplesse justement plus visible dans la version italique). Maintenant, ils l'ont peut être choisi parce qu'elle a une version très grasse (black italic). En tout cas, c'est sur que même les myopes la verrons à 100 m cette affiche ;-)
> L'apposition des logos en monochrome par dessus la photo (la rose socialiste et les deux autres que je ne vois pas) sont typiques des affiches de concert ou des flyers. En général c'est les logos des labels ou des sponsors qu'on "fond" ainsi dans le design du flyer. Ca donne une petite touche Unerground je trouves.
Rédigé par : zouzouwizman | 02 avril 2007 à 16:45
Ce visage vu de gauche, de près, en noir et blanc, épanoui et flou, c'est la vue qu'une mère offre à son nourrisson. Les Vierge à l'enfant, et le spectacle de la rue montrent que c'est du côté gauche que l'enfant est la plupart du temps porté. Et puis, dans les premiers temps, la vision est pas ou peu colorée.
En jouant sur cette réminiscence primordiale, SR nous invite à la tétée électorale : Votez Big Mother !
"Maintenant" pouvait évoquer la chute du fameux duo Gainsbourg-Birkin, et suggérer que le 22 avril serait l'acmé de la fusion entre le peuple et la France-Ségolène, le Grand Orgasme Citoyen. Eh bien non, le Coït non, la Tétée oui !
Rédigé par : GJ Edouard | 02 avril 2007 à 16:55
En général, j'ai toujours un truc à dire, mais sur l'affiche j'étais un peu sec ... alors je dois dire que l'article et les commentaires (pas tous bien sur) m'ont bluffé. Sans blague, c'est passionnant, je retourne regarder cet affiche avec un oeil neuf et le cerveau plus intelligent
Rédigé par : Erasme de Metz | 02 avril 2007 à 17:16
Je préférais celle avec des gens en flous tout autour
ca faisait plus france participative
Rédigé par : Emmanuel | 02 avril 2007 à 17:19
je ne veux pas etre mechant mais l'affiche me semble comme les afiches des pays comunistes ou les heros de la lutte des classes avaient la meme posture.
Quand je me rapelle je sent le froid.
Je veut chercher une photo pour comparer.
Rédigé par : simbad | 02 avril 2007 à 17:42
Tiens voilà des affiches à comparer, typique du graphisme "libertaire" :
http://www.enrages.lautre.net/albumphoto/page1.html
http://www.enrages.lautre.net/albumphoto/page20.html
Rédigé par : zouzouwizman | 02 avril 2007 à 18:25
On ne sait pas si elle sourit, on dirait un peu qu'elle louche...
C'est louche de points communs, tout ça.
Rédigé par : carolus | 02 avril 2007 à 18:48
‘’Cruella’’, ‘’Garbo’’, ‘’au sourire effacé’’, ‘’mystico-gaullienne’’, ‘’le visage de la France’’, ‘’ touche Underground’’, ‘’ Vierge à l'enfant’’,’’ Big Mother’’,’’ hero(ïne) de la lutte des classes’’ ! Ouhahh la machine à phantasme à fond et tout azimut ! Ségolène, serais-tu une figure de synthèse ?
Rédigé par : petit jardin | 02 avril 2007 à 19:30
Ségolène, une figure de synthèse, difficile !
"Cruella", "Garbo", "La Joconde", "La Vierge à l'enfant", j'ajouterais également "Jean Moulin" sans le chapeau, pour l'expression vague et le noir et blanc...
Rédigé par : Aetius | 02 avril 2007 à 20:50
Mieux vaut la voir en photo que de l'avoir à l'Elysé.
Rédigé par : totophe | 02 avril 2007 à 21:21
Réduire le changement au changement de sexe du président, ça va loin ! Ca risque surtout de renforcer la perception que l'on a de son tropisme pour la victimisation et le vide sidérale de son programme.
De toute façon, les affiches c'est de la basse propagande aux confins de l'agitprop moderne et édulcorée...
Rédigé par : T-shirts rebels | 02 avril 2007 à 21:34
Mouais...
Je trouve que l'on relève peu deux choses qui me semble importante:
1- l'illusion faite depuis le lancement des "débats participatifs" et le mensonge qu'ils représentent vis à vis du peuple, renouvelé dans ce slogan "la frane présidente".
Qui peut le croire? Nous savond tous à quel point les politiques, quel que soit leur bord sont souvent des fonctionnaires, sans expèrience des réalités de la vie professionelle.
Quels changements nous promet-ele? Soyons réalistes.
2- Quelque chose me gène dans le slogan, une sorte d'hypertrophie de l'égo de SR. On sent de plus en plus pointé sa volonté d'être au poste suprème, de maîtriser tus les fils de la situation jusqu'à l'extrème.
Le livre de Besson nous écaire sur sa conception du pouvoir et sa manière de le partager.
Le site consacré à ces actions en Poitou "deserts d'avenir" nous rapelle comment elle a mis à mal la plupart de ses prceptes pour le pays.
Ouvrons les yeux!
Laurent
Rédigé par : laurentpoujol | 02 avril 2007 à 22:22
Oui T-shirts... douteux? ;-)
C'est pour cela que Royal a été régulièrement réélue comme députée dans les Deux-Sèvres!
Pour ce qui est de la Région Poitou Charente (dont elle est présidente depuis 2004), un sondage récent montrait une satisfaction d'une majorité des gens.
Rédigé par : Orange | 02 avril 2007 à 23:28
A seconde vue ,cette affiche est beaucoup plus sophistiquée et étudiée qu'elle ne parait de prime abord .
La photo est style studio Harcourt qui floutait artistiquement les stars des années 50 ,donc l'image proprement dite est luxueuse .
Mais le cadrage et les slogans sont étudiés pour "populariser" l'ensemble qui devient alors très kitsh et calendrier des postes .
Elle a le mérite de faire parler à preuve le nombre de commentaires ,mais sera t elle comprise ?
Rédigé par : Minerve | 02 avril 2007 à 23:48
En tout cas cette affiche sort du conformisme de l'affichage électoral de ces dernières année.
Oser le noir et blanc, faut le faire...
Moi je croyais que l'ex ministre de l'intérieur avait déjà dévoilé son affiche officielle, celle qui ressemble tellement à l'affiche "la force tranquille" de Mitterand...
Il nous prépare une nouvele affiche ? Première nouvelle. Il serait temps, à 20 jours du premier tour !!!!
Rédigé par : Jacques Adam | 03 avril 2007 à 05:22
petit jardin : c'est exactement pour ça que l'affiche est bonne, elle crée de la projection, et colle en cela parfaitement à la communication de Royal.
Laurent Poujol : je n'ai pas une passion pour l'axe de com. de SR, ni non plus pour celui de Sarkozy, mais je trouve le pari intéressant, et que l'affiche sert bien ses objectifs.
Emmanuel : les gens autour, c'était pour la "phase 1", celle de la construction de l'histoire participative. Maintenant, il faut se concentrer sur la femme.
Rédigé par : versac | 03 avril 2007 à 09:40
« La France présidente » est un slogan qui mérite qu’on s’y arrête. Non parce qu’il s’agirait de stigmatiser la mégalomanie de Ségolène Royal. Tout candidat à la présidence de la république possède à coup sûr un ego qui le distingue de ses concitoyens et personne ne saurait le lui reprocher. Il est heureux que même en démocratie, le régime par définition le plus égalitaire, les ambitieux trouvent un débouché institutionnel à leurs ambitions : tout le monde ne peut, ni ne veut, incarner la nation. Ce n’est pas non plus stricto sensu l’identification que ce slogan suppose entre la France et Ségolène Royal qui pose problème. De Gaulle lui-même s’identifiait jusque dans son nom à sa patrie. Non, ce qui choque et inquiète c’est l’abandon délétère à la mode de l’immédiateté dont ce slogan témoigne. En effet ce serait encore trop de dire que Ségolène Royal « se prend pour » Marianne ou Jeanne d’Arc. Car Marianne et Jeanne d’Arc sont des symboles. Ces deux figures, pour l’une historique et pour l’autre mythique, donnent à notre pays un contenu, une identité, qui impliquent une distance entre la réalité insaisissable de la France telle qu’elle est et sa représentation idéalisée dans ces deux figures. C’est dans cette distance que peut se déployer l’action politique. Le nouveau slogan de Ségolène Royal écrase au contraire toute forme de distance symbolique et court-circuite toute médiation politique. « La France présidente » c’est le triomphe de l’immédiateté et par là même la négation du processus politique par excellence qui impose le recours à un médiateur institutionnel.
Nous autres modernes, sommes impatients. Nous ne supportons pas d’être séparés des désirs que l’on fait naître en nous. La liberté, l’égalité, le bien-être matériel et spirituel sont des promesses que la « société » et ses représentants nous font mais qu’ils peinent à tenir. Nos désirs sont des ordres et les mots d’ordre de la démocratie formelle nous installent dans la position d’un enfant-roi auquel rien ne saurait résister, pour lequel tout serait possible, tout de suite. Un enfant capricieux (et ils le sont tous) tend la main vers les objets qui l’environne et trépigne à la moindre interdiction qu’on lui oppose. Mais ce même enfant se tournera finalement vers ses parents pour obtenir l’objet qu’il convoite et, lorsque l’éducation réussit, acceptera les interdits parentaux. Les parents jouent donc un rôle ambivalent à l’égard des désirs de l’enfant : ils sont à la fois un obstacle à leur réalisation et le moyen de leur accomplissement. Les parents s’interposent entre le désir de l’enfant et son objet. Ils le mettent à distance, le médiatisent pour, in fine, mieux le réaliser.
De même, ce sont les institutions qui rendent le monde viable, et toutes les institutions sont en un certain sens des médiations entre nous et nos désirs. Dans le domaine économique, il s’agit de l’argent. L’argent est fascinant parce qu’il est à la fois un moyen d’accès aux objets convoités (lorsque nous en avons) et un obstacle dans l’appropriation de ces mêmes objets (lorsque nous en manquons), il est une médiation nécessaire à la réalisation de nos désirs matériels les plus immédiats mais aussi un moyen de mettre ceux-ci à distance, de différer leur accomplissement. Dans le domaine politique, il s’agit des élus. Ce sont eux qui, serait-ce en notre nom et avec notre consentement, décident à notre place, et à ce titre ils nous donnent ou nous barrent l’accès au bien commun, selon le jugement que nous portons sur la qualité de leur action. Ségolène Royal semble rêver d’une politique sans élu comme d’autres ont pu rêver d’un monde sans argent. Mais dans les deux cas, il s’agit d’illusions dangereuses.
Au moment des campagnes électorales le peuple se réapproprie le pouvoir qu’il délègue le reste du temps aux élus. Le nouveau slogan de Ségolène Royal fait comme s’il était possible d’abolir cette délégation et de permettre au peuple entier de conserver l’exercice du pouvoir après l’élection : « La France présidente ». Au mieux, il s’agit d’un pieux mensonge, au pire du symptôme d’une complaisance à l’égard d’un ressentiment profond de notre pays à l’encontre de ses institutions et de ceux qui les incarnent qui ne laisse rien présager de bon.
Mais s’il ne s’agissait que d’un slogan il n’y aurait guère à s’inquiéter. Cependant, les jurys citoyens ou la démocratie participative ressortissent de même à une conception de la politique qui manifeste son impatience à l’égard de toutes les médiations. A cet égard, la photographie qu’utilise aujourd’hui Ségolène Royale sur ses tracts est remarquable. Sa chevelure ne se distingue pas du fond de l’image et l’on passe ainsi sans solution de continuité à son visage comme dans l’indistinction des origines le corps de la mère et celui de l’enfant ne font qu’un. La civilisation se constitue par le recours à des médiateurs. Le premier d’entre eux est bien sûr le père qui met à distance le désir de l’enfant tout en lui donnant une forme. A l’attachement primordial d’un enfant pour sa mère succède idéalement le désir objectal (adulte), informé par le désir du père. Ségolène Royal met en scène au plan politique cette sortie du monde « patriarcal » de la médiation. Mais sans médiation la France perdra sa substance, et agiter des drapeaux tricolores n’y changera rien. La France n’a pas de réalité tangible en dehors de ses institutions. Depuis les origines, l’Eglise, la royauté, la république ont médiatisé le rapport du peuple à lui-même, et lui ont ainsi épargné le double écueil de la tautologie et du narcissisme. Autrement dit ce sont ses institutions qui ont donné une forme, évolutive au cours de l’histoire, à notre pays.
On doit donc douter que la sortie du monde de la médiation soit une avancée. Il s’agit bien plutôt d’un régression de la civilisation au stade infantile, dont le moindre mal serait qu’elle ne soit que rhétorique.
Rédigé par : Buildfreedom | 03 avril 2007 à 10:51
ça me fait penser plus à un "c'est dans l'air du temps" à la Piaf. Il n'y a pas une pub qui est dans ce créneau actuellement? Pas idiot vu que le film a bien marché et est relativement frais dans les esprits.
Plus sérieusement, il doit y avoir de sacrés loustics dans le think tank marketing de son équipe. Ils ont du bien intégré les théories de clotaire Rapaille (archetype analysis, Archetyping the Presidency Unreleased as of Nov 2004).
Rédigé par : john woodamb | 03 avril 2007 à 11:01
très bons commentaires sur cette affiche très travaillée et qui touche juste. Je suis notamment bien d'accord sur le rappel mitterrandien. On doit admirer le talent de ceux qui arrivent à injecter plusieurs idées dans une seule image.
Je trouve cependant que les commentaires n'insistent pas bcp sur le côté sexy. Elle est quand même très aprêtée notre jolie Ségolène, le maquillage est chargé ! Du coup je ne vois pas vraiment le côté maternel, plutôt séductrice.
Enfin, je serais curieux de savoir ce qu'en pensent des femmes ?
Rédigé par : plp | 03 avril 2007 à 11:55
C'est louche cette ressemblance!
http://oldstars.narod.ru/dalida.html
Rédigé par : max | 03 avril 2007 à 13:52
De "pour que çà change fort" à çà! qu'elle m'engage dans son équipe de com, c'est déjà pas drôle de voir les fils et les trucs de ses tours de prestidigitation électorale, si en plus elle nous impose un travail aussi médiocre.
mais je reconnais bien là (et je te rejoins sur ce point) sa posture "mère de la patrie", et son discours empreint de pathos et de sentimentalisme patriotique.
un faux air de joconde, un peu de Piaf sur les bords, le noir et blanc pour l'authenticité à la française (un peu de romantisme du cinéma du siècle passé), et du rouge histoire de rappeler qu'on est de gauche.
Sympathique affiche pour le nouveau film d'un Luc Besson en quête de respectabilité (cf Angela) mais une affiche électorale médiocre. D'ailleurs du noir et blanc pour incarner le changement? mouais. je pense à lui envoyer mon CV, parce que toute bonne volonté me semble la bienvenue!!!
HA oui j'oubliais! "LA France présidente".
france présidente+ ségolène présidente= ségolène c'est la France?
En plus de vouloir remplacer marianne dans nos mairies, elle donne dans une forme de "populisme bien pensant" comme je l'appelle. En clair difficile aujourd'hui de se poser contre la "parole au peuple", dans une période marquée par la crise de la représentativité, où chacun se gausse du fossé sans cesse grandissant entre citoyens et hommes politiques...
"IL est temps que le peuple reprenne les rennes de sa destiné".
Je pense à Tocqueville qui se familiarisant avec la suffrage universel amenait en bon notable ses villageois voter (pour lui!) à la mairie. Ségolène en bonne mère (patrie!) nous emmenerait au bureau de vote pour que nous reprennions le pouvoir en le lui confiant...
alors oui populisme en ce qui la concerne est un peu fort (d'ailleurs elle ne s'y risquerait pas), mais mitigé de cette touche de "bien pensant", elle nous fait passer sa pillule électoraliste ni vue ni connue, j't'entube!
Bref, je désespère de partager ses idées de gauche et de ne pouvoir me résoudre à voter pour elle( Qu'est-ce qu'elle m'énerve!).
Je crois que je vais m'arrêter là.
Rédigé par : kreyoll | 03 avril 2007 à 14:37
@versac
heu, je viens de lire ton commentaire de ce matin,en fait c'est à peu près là où je voulais en venir, en moins enflammé, et mieux écrit et argumenté. Mais oui j'adhère! (bien qu'il n'y aie que les huîtres et les imbéciles qui adhèrent selon mon prof de philo!!)
Rédigé par : kreyoll | 03 avril 2007 à 14:42
"IL est temps que le peuple reprenne les rennes de sa destiné".
Ce sont des élections en Finlande? Je me disais bien que la photo était un peu froide...
Rédigé par : glaçon | 03 avril 2007 à 15:09
Pourquoi cette irrépressible sensation de voir sur cette affiche l'une de ces femmes ,ma mère peut-être,qui accueillaient avec des fleurs les libérateurs américains en 44?...
Rédigé par : pierre | 03 avril 2007 à 15:13
...@glaçon :il a sans doute voulu écrire "il est temps que le peuple reprenne la reine de sa destinée"
Rédigé par : hanse | 03 avril 2007 à 15:59