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03 avril 2007

Trois semaines

Bon. 3 avril. Où en est-on ?
A-t-on eu ce fameux débat de grande qualité qu'on espérait tant il y a peu ? Peut-on se dire que les thèmes essentiels ont été examinés, confrontés, argumentés, que les choix seront clairs ? Que les candidats auront exposé des projets clairs et engageants répondant aux questions que se posent les français ?

Ma réponse est : pas vraiment.

La raison en est double, à mon avis.

La première est structurelle : la présidentielle et le calendrier qui place la présidentielle en tête affirme trop le choix d'un homme contre celui des idées, de la vision. L'échec de la stratégie de réconciliation entre l'homme et le parti, tentée en 2002 par Lionel Jospin, a été rejetée par tous les candidats, qui se placent plus que jamais dans une logique individuelle. C'est le mythe de la "fameuse rencontre entre un homme et les français". D'où les changements de ligne incessants, la mise en valeur de la personnalité très loin devant les engagements fermes.

L'autre raison, c'est la volonté farouche de chaque candidat d'éviter la confrontation directe avec ses concurrents. Chacun veut mener sa rencontre directe avec les français, surtout les deux leaders, et éviter toute confrontation avec ses opposants. Surtout, pas de débat contradictoire. L'un des candidats crée un terrain, lance une proposition ? Surtout ne pas répondre. Diverger, lancer un agenda alternatif. Maîtriser l'agenda, c'est l'essentiel. Les candidats se déplacent, dictent leur sujets, font leurs contenus, mènent leur barque dans le fantasme du rapport direct aux citoyens, dans une vision caricaturale de la démocratie, où la violence de l'affrontement aurait disparu.

Cet autisme, cette vision en silo du rapport à la société deviennent inquiétants. Comme en 2002, nous risquons de ne pas avoir de débat télévisé entre les principaux candidats, aucune confrontation terme à terme, entre les principaux candidats, avant le second tour. Nous prenons le risque que la confrontation ne se fasse pas, mais que, tout simplement, le citoyen soumis à différentes pressions et messages incomplets de partis politiques, fasse la confrontation en son for intérieur.

Ce n'est pas tant juste la question d'un débat télévisé que celle d'une vision de la politique différente. On peut partiellement considérer que la politique est un marché, avec une demande, celle des citoyens, et une offre, celle des candidats. Dans un marché classique, le client compare et choisit. En politique, je pense qu'il faut organiser la confrontation des offresdevant les citoyens, surtout si des éléments de comparaison et de pression sur l'offre sont absents ou inefficaces à obtenir de l'offre ce qui manque.

Et là, je trouve qu'on est dedans. La résistance incroyable de ces deux candidats à prendre en compte ces contre pouvoirs, les media et les divers groupes identifiés qui représentent la société. Les media ne jouent pas vraiment leur rôle, se concentrant sur la chronique des petits événements plus que sur l'organisation de cette confrontation nécessaire.

Les règles du CSA et l'égalité entre candidats sont évidemment un paravent bien pratique en même temps qu'un obstacle réel, qui ne facilite pas l'organisaion d'une confrontation sereine. François Bayrou appelle au débat en ligne. C'est bien gentil, mais je doute que les blogueurs et les gentils internautes aient plus de capacité à réunir les trois candidats que les patrons de chaine. Je serais néanmoins ravi de m'associer à toute initiative en ce sens.

Cet affrontement des propositions, il a donc lieu ailleurs, sans les candidats, directement entre citoyens, un peu partout, de manière éparse, sur des termes que les candidats ne maitrisent pas ou sur lesquels ils brouillent volontiers les pistes et se défilent souvent. Faute d'indications précises sur une multiplicité de sujets, et de confrontation entre candidats qui permetrait l'éclairage, on brode, on cherche, on s'interroge, la campagne devient difficile à saisir, on se perd dans la surabondance.

Les citoyens, les parties prenantes du débat, les syndicats, les entreprises, les experts divers et variés : tous sont mobilisés, versent des preuves au dossier, nourissent un débat d'une grande richesse, qui se fait énormément sans ou malgré les candidats, qui veulent avant tout rester maitres de leur destin, de leur discours, de leurs engagements, et éviter de trop s'engager.

Seules brèches notables : l'irruption de l'écologie dans la campagne, avec les propositions de Nicolas Hulot vite reprises à bon compte et dont on n'a pas grande idée de leur capacité à être reprise, et le moment du chiffrage des programmes, qui a rompu la mécanique bien huilée où ce sont les candidats qui décident seuls de ce qui sera leur agenda.

A trois semaines, il faut sans doute se retrousser les manches, et obtenir des espaces de confrontation. Se reposer les questions de fond, se souvenir qu'il existe les législatives, derrière, qui sont elles aussi un moment de définition du projet de ces années à venir.

Dans tous les débats, un particulier me semble assez symptomatique, c'est celui des retraites. Sujet majeur, chantier où un rendez-vous est déjà fixé, en 2008, préoccupation marquée des français, et élément du pacte intergénérationnel qui semble si fragile. Sur ce sujet, les candidats évitent en général le coeur du débat, se concentrant sur des sujets annexes, qui ne répondent pas à la question cruciale du financement, de la pérennisation du système de solidarité des retraites. On parle pénibilité par ci, petites retraites par là, un peu de saupoudrages ou de régimes spéciaux ailleurs. Jamais du fond, du coeur du problème : comment on finance le système ? COmment on le<pérennise ? Comment on absorbe les évolutions d'effectifs et comment on fait évoluer un système pour le rendre toujours juste dans vingt ans ? Comme il n'y a pas confrontation et pas d'organisation du débat, ça n'avance pas.

C'est dans cet esprit que j'ai lancé retraites2007.org. Parce qu'il reste encore quelques semaines avant la fin du débat des législatives pour effectuer cette confrontation sans candidats, reprendre les éléments du débat, y faire pariciper les internautes qui le souhaitent. Retraites2007 est une petite contribution à l'animation de ce débat, un lieu de repérage et d'animation, de questionnement, qui puisse éclairer. C'est une invitation à prendre la parole sur ce sujet majeur, également, pour chacun.

J'admets ma faiblesse de petit blogueur. Je ne me sens pas vocation à éclairer tous les débats, n'en ai ni temps ni capacité. En revanche, je crois potentiellement utile de se concentrer sur un sujet essentiel et de creuser ce qui se passe, de comparer, mettre en valeur les voies intéressantes du débat. pointer les manques. Retraites2007.org est donc une expérimentation sur ce thème.

Rendez-vous sur retraites2007.org.

(edit : il y a eu un problème inexpliqué sur la page de commentaires, à nouveau disponible)

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Voici les sites qui parlent de Trois semaines :

Commentaires

Versac il faudrait que tu fasse un appel pour un débat du premier tour sur internet.
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=21843
enfin tu fait comme tu veux (c ton blog) mais cela m'apparait necessaire a notre démocratie!!!!

Tiens tiens, l'Appel du Net n'aurait-il pas, en réalité, été pionnier?

Dommage qu'il ne s'agisse aujourd'hui "que" de donner un coup de pouce à Bayrou...

On s'agite maintenant que FB a dit "blogueurs", "nouvelle démocratie", "Agoravox" ; on se pignole et se pavane en se trouvant vraiment trop important pour la démocratie.

Nous, on ne demandait "que" un vrai débat et des choix clairs...

http://touvabien.typepad.com/touvabien/2007/02/lappel_du_net_a.html

carolus : certes, certes, l'appel du net. Je me retrouvais bien dans le diagnostic, mais pas dans les propositions, qui étaient un peu naïves. Je ne crois pas aux appels solennels à "Renoncer aux petites phrases" iou à devenir vertueux.

Je crois aux petits actes de tous les jours. On ne changera les pratiques des candidats que par le rapport de force, par des logiques de pouvoirs et de contrainte. Pas par des appels à vertu, c'est pour ça que je n'avais pas signé "l'appel du net".

Si les candidats on consenti quelques jours à se préoccuper du coût de leurs programmes, c'est que le sujet de la dette avait fait du chemin dans l'opinion, que les chiffrages existaient, et que le thème est entré dans le jeu politique. Rapport de force...

Tu as raison, l'appel à en finir avec les petites phrases était ridicule et enfantin. On a laissé passer des trucs histoire de sortir vite un texte plutôt que de le réfléchir trop, le relire et le re-rédiger 107 fois.
L'essentiel n'était pas là, tu t'arrêtes sur un point de détail. L'essentiel était dans un appel à ce que chacun précise son projet de société. Ce sera, j'espère, l'objet de ces débats s'ils ont lieux (si c'est du "j'ai une question à vous poser" puissance 10.000, ce sera vraiment pas la peine...).

Oui, rapport de forces, justement. Pourquoi la dette s'est imposée? Parce que des vulgarisateurs l'ayant...vulgarisée, c'est devenu une préoccupation des électeurs.
L'appel à des projets de société clairs et cohérents aurait pu, sur un sujet certainement pas plus "abstrait" que la dette, devenir aussi un élément important du débat, une contrainte incontournable du propos de chacun. Il aurait fallu pour cela que nous soyions nombreux, notamment aidés par certains qui avaient plus d'impact que nous... Précisément pour, in fine, établir un rapport de forces en notre faveur. Les associations de consommateurs, par exemple, ne procèdent pas autrement.

Mais pour ce faire, on aurait ptet aussi du élaguer un peu (mais franchement, tout le monde aurait trouvé une virgule qui ne lui plaisait pas ; encore une fois, l'essentiel n'était pas le contenu) ou même beaucoup...

Bref, c'est ainsi mais dommage : la demande de débats vient tard et au moment où un candidat en particulier en a besoin. Alors que l'ADN était le point de départ (diagnostic) qui aurait fondé l'organisation de débats à un moment plus "désintéressé".

Quand on lit l'interview de N. Sarkozy par Michel Onfray, on se dit qu'il faudrait aussi créer un site Psychologie2007 pour se faire une opinion sur les personnalités des candidats et les stratégies qu'ils adoptent pour séduire les Français.

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