Je suis globalement d'accord avec les constats faits par Jérôme Guillet (et John Evans) dans un brillant article sur Eurotrib, comme quoi l'exaltation des réussites économiques de voisins anglo-saxons et le déclin abominable de la France, sa nécessité d'un rattrapage à coup de grosses et bonnes réformes bien caricaturales censées adapter notre modèle à cette course-là sont souvent des leurres du débat.
Son exposé détaillé est assez convaincant. Au moins quand on regarde à un niveau macro, de direction générale du pays et de notre situation. J'avoue avoir, après un passé de déclinisme relatif, avoir cessé cette lamentation générale sur le nécessaire rattrapage, l'inadaptation totale de notre modèle à la donne internationale, etc...
Il reste que de nombreuses questions se posent, à un niveau moins macro-économique, que des défis existent, et que notre appareil d'Etat conserve de gros soucis de fonctionnement. L'université va mal, la recherche, dans son fonctionnement centralisé et dans des liens maigres avec les débouchés et le monde économique, ne produit pas , l'Etat reste géré, malgré de grands efforts, dans un mode digne des années soixante, peu agile, et la culture d'évaluation progresse encore lentement. Sans parler d'un marché de l'emploi qui reste peu satisfaisant, et du niveau de croissance, malgré tout.
Bref, foin de déclin, de "nécessaire adaptation", et de rêves anglo-saxons, certes. Cessons de croire que l'herbe est magnifique aux Etats-Unis, qui payent une croissance à grands coups de surendettement. Mais pour autant, doit-on s'exonérer des "réformes" qui doivent permettre à notre Etat et notre économie de mieux se préparer à l'économie de la connaissance et affronter plus sereinement la mondialisation ?
Sans doute pas. Mais la purge libéralo-conservatrice n'est évidemment pas nécessaire pour cela ? Evidemment que non.

"une croissance à grands coups de surendettement"
Tssss. Alors comme çà, il suffirait qu'on se surendette pour croître ? Si c'est un arbitrage possible, il faudrait le soumettre aux français.
J'attends quand même que l'on (Versac) m'explique !
Rédigé par : Et hop | 05 mai 2007 à 23:18
De même que la grande "purge libéralo-conservatrice" : aucun des candidats ne propose ça.
Rédigé par : Lavande et Coquelicots | 05 mai 2007 à 23:30
Baverez considère ce second tour comme un referendum sur la nécessité de réforme : http://www.lepoint.fr/content/debats/article.html?id=181497
Rédigé par : Le Camembert Président | 05 mai 2007 à 23:43
Eh, Versac, ça veut dire quoi "purge libéralo-conservatrice" ? A part être manifestement une façon de déconsidérer le programme de l'un des deux candidats par une épithète et un substantif tous deux péjoratifs, je ne vois pas bien quelle est l'utilité de cette phrase de conclusion - et la question à laquelle tu donnes une réponse fermée ("évidemment pas" - pourquoi est-ce évident ?) permet de rejeter en bloc ce que tu pressens ou crains être ce que Sarkozy nous prépare s'il est effectivement élu demain.
Pour le reste, l'article de Baverez recommandé par le camembert président ne dit pas grand chose de nouveau, mais pas grand chose de faux non plus...
Bon dimanche au pavillon Baltard - j'irai salle Gaveau ;-)
Rédigé par : sictransit | 06 mai 2007 à 00:05
Euh, faut lire l'article, c'est plus un commentaire que j'aurais du laisser là-bas.
Rédigé par : versac | 06 mai 2007 à 00:16
Je suis assez d'accord également. A ce propos je conseille la lecture d'un livre d'Alain Villemeur, "La croissance américaine ou la main de l'Etat".
Grosso modo il expliquer pourquoi le modèle économique supposé américain, avec un Etat-minimal, n'est pas en cette forme adaptable en Europe, et il discute son existence aux Etats Unis. (où finalement l'Etat soutien largement la recherche et les nouvelles technologies).
J'en dis pas plus car je trahirai ses idées, mais une très bonne lecture.
Rédigé par : Ivan | 06 mai 2007 à 00:49
Merci versac pour le lien vers cet article que j'ai lu en entier. Cela ne dispenses évidemment pas de "réformes" mais vous comme moi nous savons que des "micro réformes" il y en a tout les jours en action et que cela va continuer.
Rédigé par : Bruno | 06 mai 2007 à 01:17
Je suis aussi assez d'accord sur le constat du creusement des inégalités de revenus. Mais est-elle due, aux USA et au UK, à une économie plus libérale, ou bien seulement au contexte de globalisation assortie d'une situation d'hyperliquidité qui favorisent de façon éhontée les détenteurs d'actifs (actionnaires, détenteurs de stocks-options, créateurs d'entreprises etc) ? N'est-ce pas la même chose en France ? D'ailleurs, il aurait été intéressant que les auteurs comparent l'évolution de la distribution des richesses dans ces pays avec celle de la France. Je doute fort que la part des 0,1 % les plus riches n'ait pas augmenté elle aussi de façon exponentielle dans les revenus totaux. Un petit sondage auprès des François Pinault et autre Bernard Arnault s'imposerait.
Par ailleurs, si le modèle français présente d'indéniables avantages, mis en avant à juste titre par les auteurs, ils oublient quand même que c'est au prix d'un chômage de masse structurel ("la préférence française pour le chômage"...).
Certains arguments me paraissent aussi un peu fallacieux^, voire relevant du sophisme : "Ces 5% supplémentaires captés par les plus riches sont équivalents à l'appauvrissement relatif des français (dont le PIB par tête est passé de 78% à 72% de celui des américains sur la période, en moyenne) ce qui veut dire que la croissance économique a été identique en France - pour les 99,9% les moins riches de la population....".
Bref, si le modèle anglo-saxon n'est sûrement pas une panacée, en arriver à laisser penser qu'en France, c'est "Paradis pour tous" me paraît relever plus de l'engagement partisan que de l'analyse objective.
Rédigé par : Denis CASTEL | 06 mai 2007 à 07:12
fusion ANPE/ASSEDIC ?
bizarre mais j'ai comme une méfiance naturelle envers ces grands machins d'Etat qui partent toujours d'un bon sentiment mais qui aboutissent généralement à un beau gachis. Il me semblait que la mode du big fat gaulliste était passée mais il est vrai que la tentation est toujours grande de ressusciter ces grands dinosaures
Rédigé par : maxine | 06 mai 2007 à 08:23
Je trouve que l'article cité est à la fois peu convaincant et un peu manipulatoire (la satistique est l'art moderne du mensonge...) les deux étant liés
Mais d'abord quelques faits pour situer notre déclin relatif (le mote relatif est important évidemment!)
Depuis 30 ans, notre taux de croissance moyen ne cesse de diminuer. Nous avons fait 2.0% ne 2006, alors que la croissance dans le Monde,n'a jamais été aussi forte et surtout alors que l'Europe est en plein boom
Le résultat se voit quand on fait la comparaison, non pas avec les USA ou le RU, pays repoussoirs classiques de ceux qui veulent conserver leur soit disant modèle social, mais avec l'Europe de l'Ouest, en l'occurence les 15 de l'ancienne UE à 15 (dont Eurostat nous donne toutes les données)
Nous sommes mainteant les derniers sur le taux de chômage
Nous dégringolons dans le classement sur la dette (2ème il y a 12 ans, 11ème l'an dernier, bientôt 12 ou 13ème)
Notre décroissance a décroché du peloton il y a deux ans, et en 2006, seul le Portugal faisait moins bien que nous
Sur la croissance, rappelons que le chiffre habituellement utilisé est celui de la croissance du PIB. L'utlisation du PIB par tête nous serait moins favorable, étant donné les problèmes démographiques de nos voisins (ce critère serait encore moins favorable aux USA, comme l'avait souligné Emmanuel de cétéris Paribus dans un article ancien)
Les mauvaises performances allemandes depuis 15 ans, liées en partie à l'absorpsion de l'Est, ont permis à la France, vu le poids de ce pays, de se faire croire qu'elle faisait aussi bien voire mieux que la moyenne, et de ne pas regarder les petits pays nous filer devant
Maintenant l'Allemagne est repartie et on s'aperçoit que le roi est nu
Nos seuls points forts sont la démographie et le fait qu'apparemment nous n'avons pas l'accroissement des inégalités que connaissent l'ensemble des autres pays dévelopés
L'étude de l'équipe de gary Bobo sur les salaires des enseignants et des éboueurs, parue en début d'année est encore plus inquiétante. Elle montre en effet que les salaires enseignants ont baissé de plus de 15% entre 1980 et 2004, et que ceux des éboueurs ont été rattrapés par le smic
L'analyse montre que les problèmes soulevés par l'étude ne sont pas spécifiques à ces populations
C'est bien sûr l'ensemble des bas salaires qui sont progressivement rattrapés par le SMIC
Mais surtout, l'exemple des enseignants illustre comment, à niveau de diplôme donné, les salaires ont baissé dpuis 20 ans pour ceux qui sont entre bac et bac +4
Autrement dit, la formidable élévation du niveau de formation initiale résultant de la massification du secondaire puis des études supérieures ne s'est que partiellement traduite dans le PIB, au détriment de ceux qui pensaient monter dans l'échelle sociale et des revenus et qui s'aperçoivent qu'ils grimpent sur un escalator en train de descendre!
Pour revenir à l'article et sans étudier tous les détails, on y trouve les poncifs habituels:
la croissance au Royaume uni , c'est gràce au pétrole! En dehors du fait que les études économiques montrent que l'existence de la rente pétrolière ou gazière est défavorable à la croissance, pourquoi isoler le pétrole et ne pas dire que le RU n'a pas notre soleil pour nos vignes et notre tourisme?
Les créations d'emplois del'ère Jospin coincident avec les 35 heures
sauf que l'essentiel des créations sont sur 1997/2000, au moment de la première loi Aubry qui na touché que quelques pour cent des entreprises
Le RU travaille moins que nous!
A population rigoureusement identique (à moins de 100 000 près); le royaume uni a plus de salariés à temps plein que la France et il a en plus 3 millions de travailleurs à temps partiel supplémentaires
On peut s'interroger: vaut il mieux des travailleurs pauvres que des chômeurs ou des érémistes. Nos bonnes âmes sont persuadées que le deuxième choix est meilleur. Je trouve que c'est beaucoup moins évident et beaucoup plus complexe que cela!
Pour conclure, rien n'oblige à imiter les USA ou le RU: regardons plutôt nos autres voisins, les pays scandinaves, l'Allemagne qui est en train de repartir fortement après justement avoir fait les réformes avec Schrôeder puis Merkel; Pourquoi pas même l'Italie qui les avait commencé sous le premier Prodi (Berlusconi avait tout arrété) et qui va sans doute les reprendre avec de nouveau Prodi
regarder les pays scandinaves ou nos autres voisins, c'est d'ailleurs peu ou prou ce qu'on fait les deux candidats en lice aujourd'hui, sans doute avec des moyens différents de convaincre leur propre camp
Rédigé par : Verel | 06 mai 2007 à 08:53
how convenient, plutot que de comparer l'emploi entre 18 et 65 ans par exemple...
Rédigé par : âne | 06 mai 2007 à 09:01
Je dis comme Verel, qui vote pourtant Sarkozy, en lui rappelant que toutes ces problématiques sont adressées par Ségolène. Le papier d'Eurotrib doit probablement se chanter sur l'air de "Tout va très bien madame la Marquise" et l'idée, pour n'en prendre qu'une, que le chômage des jeunes soit lié au fait que les moins de 25 ans n'ont pas besoin de trimer pour survivre comme leurs homologues US n'a aucun sens.
Mais la manière de faire évoluer notre modèle n'est évidemment pas la thatcherisation que promet Sarkozy. La France n'est pas dans l'état de déliquescence dans lequel était la GB dans les années 80 et, et faut-il le préciser, le monde n'a plus rien à voir avec cette période.
De la réforme, oui, mais ni à marche forcée, ni sur une base idéologique.
Rédigé par : Hugues | 06 mai 2007 à 10:55
Bravo pour cet argument percutant mais qui arrive malheureusement un peu tard...
Un autrez argument peu cité :
Quel intérêt aura Sarkozy de régler les problèmes de la France, puisqu’il va être élu sur :
1) le côté anxieux des français face au « déclin économique et moral »
2) sa posture d'homme providentiel (je suis partout, je mouille ma chemise et je résouds tout), vanté à la télé tous les soirs
Sachant qu’il n’y a pas de déclin économique (Cf votre article), que la France est mieux armée qu’on ne le croit face à la mondialisation (dixit Blair lui-même), que les réformes nécessaires peuvent être mieux réalisées par le dialogue, avec un DSK aux commandes, que par une thérapie de choc hasardeuse, que le déclin moral est illustré par la crise des banlieues, qui est alimentée par Sarkozy lui-même, (on pourrait parler aussi des golden parachute, de la délinquance en col blanc…), que sa posture d'homme providentiel est vantée auprès du français moyen par des media à sa solde, dont TF1, on se demande vraiment pourquoi, s’il veut être réélu, il irait régler les problèmes de la France, en particulier ceux des banlieues.
On se rappelle alors Bush et sa réélection due à la guerre en Irak qu’il avait lui-même provoquée…
Rédigé par : Bernard | 06 mai 2007 à 11:07
Mon intention n'est certainement pas de dire que tout va bien en France; mais de relativiser les choses.
On compare l'économie française à des économies où l'essentiel de la croissance est capturé par une infime minorité: la confusion entre moyenne et médiane est volontairement tue afin de faire croire que le français moyen se fait dépasser par l'anglais moyen, ce qui est tout simplement faux. Note aux élites françaises: il y a autre chose au Royaume-Uni que la City;
On compare l'économie française à des économies où l'essentiel de la croissance est généré par une augmentation de la dépense publique, pour nous vanter le dégraissage de l'Etat;
On compare l'économie française à des économies où l'essentiel de la croissance est généré par une bulle financière sans équivalent (actif surévalués, endettement sans précédent des ménages qui dissimule la stagnation de leurs revenus) et donc le dégonflement donnera lieu, naturellement, à un sauvetage par les contribuables des dégâts les plus spectaculaires, au nom du risque systémique (les profits eux, sont bien capturés aujourd'hui par l'infime minorité citée plus haut);
Je ne sais pas ce que Sarkozy fera s'il est élu, puisqu'il a dit tout et son contraire; par contre, je sais comment sa victoire sera interprétée par la presse anglaise et tous ceux qui la répètent: comme le "retour à la raison" des français, qui répudient enfin la gauche et le socialisme, et reconnaissent enfin qu'il n'est de politique raisonnable que le néolibéralisme. Je vous garantis que nous aurons des commentaires du style "Même les français ont rejeté la social-démocratie", et l'accentuation du sous-entendu (qui deviendra probablement explicite) que toute politique à la gauche de celle énoncée (notez bien: énoncée, pas réalisée) par Blair/Brown est "extremiste."
Enfin, la France reviendra dans le droit chemin anglo-saxon. Ils se trompent, naturellement, mais cela ne les empêchera pas de le clâmer sur tous les toits, et de honnir Sarkozy le moment venu ("qu'attendiez, vous, après tout il est français") s'il n'est pas assez soumis.
Rédigé par : Jérôme | 06 mai 2007 à 11:40
@âne
L'objet n'est pas de se focaliser sur une catégorie d'âge en particulier, mais de monter que pour une catégorie donnée, où les taux d'emploi sont similiares, les taux de chômage mesurés sont très différents.
Cela dit, pourquoi devrions nous accepter la logique de prendre 18-64 ans? Est-ce vraiment un objectif que les jeunes et les vieux travaillent? C'est peut être un objectif pour avoir un plus gros PIB, mais en est-ce du point de vue de la société? Cela fait partie de la réduction de la chose publique à l'économie à l'exclusion de toute autre chose.
Rédigé par : Jérôme | 06 mai 2007 à 11:44
Faut vraiment être naïf et n'avoir jamais bosser dans une boite pour croire qu'avec les heures sup ont va gagner plus.
Les cadres ont eu leur temps de travail annualisé et leurs heures sup ne sont PAS payées.
Les employés ne font des heures sup payées que SI elles sont autorisées au préalable par l'employeur.
A titre individuel on nous a supprimé des jours de RTT. (5 jours). Gain mensuel sur mon salaire de 4000 Euros. 40 Euros. Ouahhh !! Ca décoiffe mon pouvoir d'achat.
J'imagine même pas le smicard.
J'aurais préféré passer ces 5 jours avec mes enfants, pour aller au musée, lire, me former, aller dans une association.
Quand à la flexisécurité. Elle existe dans le programme de SR, comme d'ailleurs l'autonomie des universités.
J'attends d'ailleurs de voir si Sarko ne fera pas que le contrat unique (flexi) et pas son volet sécurité (90% salaire indemnisé, formation etc..).
Je n'ai aucune confiance en lui. Aucune.
Rédigé par : prevalli | 06 mai 2007 à 12:31
Jérôme,
OK sur l'effet-richesse lié à la surévaluation des actifs et aux dégâts lorsque que la "bulle" se dégonflera. OK sur le fait que les économies US et UK ne sont pas un benchmark très attirant. Une interrogation toutefois sur la question de la dépense publique : USA et UK les ont certes augmenté sur la dernière décennie, ce qui a dopé leur croissance et généré des créations d'emplois publics. Mais ces deux pays partaient d'un niveau de dépenses publiques largement inférieur au nôtre. Par ailleurs, la question n'est pas tant le niveau de la dépense publique que son efficacité. Et là, on a peut-être quelques progrès à faire...
Rédigé par : Denis CASTEL | 06 mai 2007 à 12:53
@Denis - je suis d'accord. Mon texte vise à combattre le discours dominant, pas à nier la nécessité de réformes sérieuses de notre Etat.
Mias dans le contexte actuel de démonisation du rôle de l'Etat et de la dépense publique, je considère qu'il est vain d'essayer de faire ces réformes de fond. Aujourd'hui, la "réforme" de l'Etat semble inévitablement passer par des coupes dans les dépenses, ce qui résulte (comme il est impossible de couper dans les dépenses au profits des lobbies divers et variés, y compris de gauche) dans la réduction des dépenses de prévention, d'action de long terme et d'investissement - les plus légitimes, mais les moins soutenues à court terme par des corps politiques. D'où le cercle vicieux que l'efficacité de l'Etat baisse alors que ses dépenses baissent peu ou pas.
Il faut d'abord réhabiliter le rôle politique de l'Etat. ensuite (à mon avis) il sera plus facile de le re-concenter sur ses vraies tâches.
Rédigé par : Jerome a Paris | 06 mai 2007 à 16:22