Il y a dix ans, j'étais encore étudiant, je finissais une année d'alternance par un petit séjour à Londres. La capitale était dans ce moment très étonnant de creux de la vague, de retournement. On sortait dans les boites, qui étaient ce qu'on faisait de mieux en Europe (avec Berlin, peut-être ?), et il régnait un esprit qui s'imposait non par une réussite, mais plus par une folie douce. Le pays n'allait pas très bien, mais il avait cette énergie folle. Il venait d'élire un jeune gars (je m'en étonnais, il n'avait que 44 ans, quand on élisait Jospin) qui proposait une nouvelle gauche, une troisième voie. J'avais lus Giddens et je trouvais ça osé et prometteur pour la gauche européenne.
En même temps, on élisait Jospin sur des 35 heures et des emplois jeunes, avec un Chirac vieilli, usé et fatigué. Le palace fermait à Paris alors qu'Hanover Grand faisait des fantastiques soirées à Londres et que le Ministry of Sound imposait la House au grand public.
Dix ans après, tout est contrasté. La troisième voie a eu son flux, et un peu son reflux, tout en installant un changement profond dans l'esprit des partis socialistes européens. Je ne suis pas retourné à Londres depuis une éternité. Les boîtes ne sont, de toute façon, plus les mêmes, et la pop ou la nurave sont beaucoup plus tendance que la house ou le garage. Le palace est toujours en ruine, mais Hanover Grand n'existe plus et les Malibu Stacey sont depuis longtemps oubliées. Il y a eu la guerre en Irak, et Tony Blair apparait à moitié comme un mythe, ses mauvais cotés faisant parfois oublier la formidable réussite du Royaume-Uni.
Pour ma part, je me demande souvent ce que serait la France aujourd'hui si nous avions eu la chance de nous voir proposer d'élire, en 1997, non un ancien trotsko de 60 ans, plein de vieilles références à 36 et 81, mais un bonhomme qui regarde en avant et rénove. Ca aurait eu de la gueule.

réac
Rédigé par : patxol | 27 juin 2007 à 10:42
Je ne peux m'empêcher de défendre le camarade jojo
qd même, c'est pas sympa ça, "ancien trotsko de 60 ans", pour qqun qui est loin de n'avoir eu que de vieilles idées
ça me rappelle cette sortie foireuse de Bayrou sur le "Delors jeune". On a le droit d'avoir des idées jeunes, de regarder en avant, d'avoir des visions d'avenir à tout âge
Rédigé par : Martin P. | 27 juin 2007 à 11:49
Bravo Nicolas, au moins sur la révolution du "new labour" il me semble que nous sommes d'accord!
Il faut faire de la pédagogie sur le sujet, mais ne pas analyser les réussites de Tony Blair en Grande-Bretagne, c'est le meilleur moyen pour la gauche de ne pas revenir au pouvoir avant un quart de siècle au moins!
Rédigé par : Tonton | 27 juin 2007 à 11:57
Voici une opinion bien française du passage de Tony Blair a la tete du gouvernement britannique. Une opinion que ne semblent pas vraiment partager les britanniques... a moins que, comme beaucoup de français, l'Angleterre de résume a la City de Londres.
Rédigé par : Vonric | 27 juin 2007 à 12:13
Comme l'a dit Michel Rocard de passage à Lyon récemment, "il y a des jeunes qui pensent comme des vieux et quelques vieux qui peuvent encore servir"
Rédigé par : Fred | 27 juin 2007 à 12:55
Le problème dans la France de 1997, c'est que "le bonhomme qui regarde en avant et rénove", on était censé l'avoir élu deux ans plus tôt !!
Rédigé par : BeM | 27 juin 2007 à 13:44
2050...
Rédigé par : kst | 27 juin 2007 à 14:48
tout le monde sait bien que Renaud est un vieux con de 60 ans, mais juste pour se rappeler Madame Thatcher est un élément à prendre en ciompte dans le décor . La situation de l'Angleterre à la fin des conservateurs n'a franchement RIEN à voir avec celle de la France à la même époque .
Rédigé par : dugrumeau | 27 juin 2007 à 15:25
Il vaut mieux parfois un ancien trotsko et vieux usé de droite, qu'un jeune quadra qui envoie son pays à l'aventure dans une guerre...
La situation de l'Angleterre après thatcher était-elle que Blair a remettre la puissance publique dans bon nombre de secteurs... Certains disent que c'est même l'Etat qui a joué un rôle majeur dans la relance éco des années Blair...
Vu de France, et du côté des "inclus", le tableau est fort joli... Mais n'oubliez pas le phénomène de grande pauvreté, le système de santé assez calamiteux et toutes ces personnes qui ont été déclarées inemployables et virées du marché de l'emploi...
Rédigé par : pas perdus | 27 juin 2007 à 16:16
Tout juste ; le système Blair est formidable si vous n'êtes pas dans les 25% d'exclus .
Notez, à ce compte il suffirait de fédérer ( via internet ? ) 51% de la population pour exclure les 49% autres et on resterait quand même en démocratie .
Rédigé par : dugrumeau | 27 juin 2007 à 16:26
Comment sérieusement espére se débarrasser des vieilles badernes en continuant à voter pour elles sous divers prétextes (vote utile, j'en passe, et des meilleures).
S'il faut ne retenir qu'une chose de l'histoire des USA, c'est bien celle-ci : un peuple qui cède de sa liberté, même à ses gouvernants, même à ses institutions, ne mérite que la servitude dans laquelle il vivra.
Et mort aux vieux !
Rédigé par : Gus | 27 juin 2007 à 17:27
Versac,
Il faut vivre avec son temps a present et arreter de se couler dans le passe.
Blair de 97, nous l'avons en France. En 2007. Il s'appelle Nicolas Sarkozy. Je sais que ca vous fait mal de reconnaitre une telle chose, mais faut quand meme savoir qu'aujourd'hui Sarkozy est a la gauche de Blair politiquement.
Rédigé par : Fritz | 27 juin 2007 à 17:42
"La situation de l'Angleterre après thatcher". Ah, c'est drôle ça. Il est vrai que la situation de l'Angleterre avant Thatcher était toute rose, et que cette chienne perverse a tout pourri par plaisir.
La situation de l'Angleterre dans les années 70-80 était surtout infiniment plus merdique que celle de la France de l'époque ou d'aujourd'hui. Et ça n'a pas grand chose à voir avec les décisions de tel ou tel gouvernement, c'est une conséquence des particularités de l'histoire industrielle du pays. Thatcher était antipathique et méchante parce que la période était antipathique et méchante, point barre. Elle a réformé à coups de trique sous la pression du FMI, la croissance est repartie, et Blair a pu relancer la dépense publique. Les Britanniques ont été rationnels, c'est tout: ils ont élu une conservatrice libérale quand il fallait relancer l'appareil productif, et un social-démocrate quand il a été temps de redistribuer. Exemplaire, moi je dis. Chez nous, les politiques sont tellement persuadés que les gens votent pour celui qui fait les plus grosses promesses, que les électeurs doivent se triturer les méninges pour savoir ce que les candidats veulent vraiment dire, et finissent par voter à la tronche du client.
Quant à la position de Blair sur l'Irak, elle me paraît extrêmement regrettable, surtout sur la longueur, mais je ne suis pas certain qu'un premier ministre britannique, quel qu'il soit, ait tout simplement la marge de manoeuvre politique nécessaire pour se permettre de ne pas s'aligner inconditionnellement derrière les Etats-Unis. Mais c'est plus une question que je pose, je ne suis pas spécialement rencardé sur ce sujet.
Rédigé par : Fachocentriste | 27 juin 2007 à 17:45
Fachocentriste
Connais-tu également le secret de l'équation qui régit le monde ? Tout est si simple et tu expliques si bien.
Rédigé par : Hugues | 27 juin 2007 à 19:22
Ah oui, mais je ne la donne pas comme ça, je prends très cher.
Rédigé par : Fachocentriste | 27 juin 2007 à 21:21
Je n'ai pas embelli la situation avant Thatcher...
Mais si on ne peut pas apporter quelques bémols sur les résultats d'une politique libérale... ça devient inquiétant!
On retrouve, chez pas mal de libéraux les mêmes réflexes qu'avaient les staliniens quand certains émettaient des réserves sur l'URSS et le bloc de l'Est...
Pourquoi dirait le président ? Mais parce que certains sont trop dogmatiques et ne regardent pas le présent.Les souffrances sociales du temps présent sont justifiées par l'avenir forcément prometteur qu'édifie le libéralisme (ou le communisme, ça dépend de l'époque).
Eviter aussi de faire du sarkozysme en caricaturant et en simplifiant à l'extreme ce que les autres disent pour leur faire dire des choses qu'ils n'ont jamais exprimé.... Merci Fritz
Rédigé par : pas perdus | 27 juin 2007 à 22:47
Réponse á ta question Versac : au moins on aurait certainement eu les JO 2012.
la transformation de l'Angleterre durant cette décennie c'est beaucoup l'alliance du style Blair avec la réflexion théorique majeur de Giddens. Dans ce sens en France le problème était (est!) certes d'avoir un trotskiste mal recyclé mais au moins autant de ne pas avoir eu un Giddens pour proposer une refondation solide du rôle et des modes d'intervention d'un gouvernement dans le cadre d'une société largement boulversée.
Quand á l'avenir, j'aurai la chance d'entendre Giddens himself sur le thème du "third way after Blair" en aout: Je lui demanderai ce qu'il pense de Royal (sic)
Rédigé par : idnca | 27 juin 2007 à 23:09
Ce qui disent du bien de Tony Blair et Margaret Thatcher me font sourire... Qu'ils soient là, lorsque le plus grand scandale de corruption de la décennie va être exposé aux devants de la scène. BAE, "florissante" entreprise du royaume-uni, va vous faire appréhender un concept de la réussite à l'anglaise : la perte totale de crédibilité, la perte de la puissance, l'arrogance de ses dirigeants, et aussi la révélation du RU actuel : un pantin pour ses "amis" américanistes... vraiment, quelle réussite que ce modèle anglais.
Rédigé par : LhommeDebout | 28 juin 2007 à 00:53
C'est vrai que cela aurait de la gueule d'avoir Sarko en 1997, 10 ans de perdu.
Rédigé par : fred | 28 juin 2007 à 03:39
@pas perdu: je n'ai dit du bien ni de Thatcher, ni de Blair, ni du libéralisme, si vous me lisez bien. J'ai au contraire minimisé leur rôle à celui de suiveurs/récupérateurs d'une histoire économique qui les dépasse. Là où nos dirigeants croient naïvement, ou veulent nous faire croire, qu'ils peuvent modeler le cours des choses.
Les Anglais n'ont pas souffert de Thatcher dans les années 80. Ils en ont bavé parce que c'était la merde, et Thatcher a incarné la figure du Sauveur pour les uns, du bouc émissaire pour les autres.
Evidemment, que c'est une simplification. Mais elle me paraît plus juste que "Thatcher a tout cassé, et Blair a tout réparé", ou variante "Blair a continué à tout casser".
Rédigé par : Fachocentriste | 28 juin 2007 à 08:08
hugues, l'équation du monde c'est quelquechose comme 42 (je crois bien).
Rédigé par : GM | 28 juin 2007 à 09:29
Ben oui, l'autre avait 44 ans, c'était forcément mieux qu'un mec de 60 ans.
Ah ! le jeunisme, quelle idéologie à la con.
Faire un blog pour écrire des stupidités pareilles...
Si c'est dans tes cordes, tu ferrais mieux de prendre plus de temps pour réfléchir, penser un peu.
Juste un peu.
Enfin si t'es pas trop vieux pour ça !
Mais je crains que ce soit déjà trop tard.
Rédigé par : Androm | 28 juin 2007 à 15:14
Rédigé par : Androm | 28 juin 2007 à 16:01
Le bonhomme qui regarde en avant, on l'a élu, mais 10 ans après les anglais...
Rédigé par : Yalienx | 28 juin 2007 à 22:02