Ma société travaillant pour un des acteurs du secteur, je m'abstiens globalement de commentaires sur ce blog, sur ce sujet éminemment intéressant, et révélateur, de l'ouverture du marché de l'énergie aux particuliers, depuis aujourd'hui.
Ceci-dit, j'ai du mal à tenir. Alors je me contente de vous signaler cet excellent article de Bernard Salanié, avec lequel je suis pleinement en accord, et dont je salue le retour parmi les blogueurs. Pour le reste, je m'en tiens à une certaine réserve.
EDIT : et ce long article éclairant également: changer de fournisseur d'énergie, risqué ou pas ?, dans un mode plus opérationnel, et moins de théorie économique, qui se trouve écrit par un ancien collègue. C'est rigolo, quand même, les coïncidences des blogs.

2050 : un peu d'humour prospectif...
Rédigé par : kst | 02 juillet 2007 à 01:14
Je te trouve beau quand tu t'en tiens à une ceraine réserve.
Rédigé par : Vinvin | 02 juillet 2007 à 06:35
Profitons allègrement du fait que Versac ne peut pas répondre directement pour cause de juge et parties, mais par procuration.
Il y a toujours un problème de base avec les économistes qui n'ont jamais travaillé durablement en entreprise, à part le stage obligatoire. Ils sont légion en France, c'est la grosse différence avec les anglo-saxons.
Au royaume des aveugles les borgnes sont rois, et ça donne "C dans l'air", ou d'innombrables blogs soi-disant géniaux de Théodule ou Théophile et Cie.
Voilà le type de sujet bateau, comportant les polémiques nécessaires, un produit distribué à la fois au privé (les entreprises) et au public (les particuliers), un produit dit d'intérêt national, le nombre de guerres induites peu ou prou par le pétrole est innombrable, un produit, s'agissant d'électricité toujours, dont la demande peut fluctuer énormément sans que l'offre puisse toujours suivre etc...
Et nous voilà partis dans de vastes considérations.
Dans ce cas la technocratie, jouant aussi sur le manque d'intérêt du public a tous les moyens de noyer quiconque dans un charabia et des tarifs compliqués, légitimés par la loi ça va sans dire.
Alors ce ne sont pas de vagues discussions qui risquent de nous "éclairer" mouharff.
Pour avoir passé un certain temps à la centrale du Bugey, clôturée et gardée à l'époque par des gardiens armés, je crois pouvoir apporter mon grain de sel.
Mais pas vraiment époustouflé par le commentaire de l'expert.
Rédigé par : Torvald | 02 juillet 2007 à 08:20
Cet article est pour le moins étrange... Il conteste le tarif régulé au motif qu'il va conduire à un monopole non régulé, tout en plaidant pour que les concurrents d'EDF puissent acheter à un tarif régulé pour revendre au prix du marché...
J'ai beau être un social-traître bien peu dogmatique sur les questions de privatisations et de mise en concurrence, je n'ai toujours pas bien compris l'intérêt du schmilblick.
Comme l'admet d'ailleurs monsieur Salanié, cela revient à mettre en concurrence des carpes au charbon et des lapins nucléaires. Le jeu du marché peut au choix tuer les carpes (au risque de ne plus satisfaire les besoins énergétiques) ou augmenter les marges des lapins (sur le dos des consommateurs). Je ne sais pas si Bernard Salanié a opté dès hier pour le tarif libre, mais peut-être serait-il bien avisé de ne pas reprocher aux autres consommateurs de poursuivre leur intérêt, ce qui est bien leur rôle dans l'économie.
Sur le fond, il est nécessaire dans un marché ouvert comme l'Union d'assurer l'accès de tous à l'énergie sans barrières tarifaires discriminatoires. Cela ne passe pas nécessairement par la concurrence : la régulation assurait dans chaque Etat ce service universel (qui ne se limite pas aux prestations à caractère sociales, mais garantit en premier lieu l'égalité de traitement indépendamment du lieu de résidence et des coûts d'acheminement qui y sont liés). L'unification de ces marchés par la libre-concurrence est finalement un constat d'échec devant l'incapacité de l'Union a avoir une politique énergétique commune, pourtant nécessaire.
Quand on connait l'impact de la facture énergétique sur la compétitivité d'une économie, on ne peut que se féliciter des investissements réalisés pour s'exonérer des fluctuations des énergies fossiles, et de la contractualisation du tarif à un niveau qui permette à l'opérateur de conduire ces investissements et au client d'être sécurisé sur le rendement de ses propres activités. On peut craindre que le retour de la "criée" comme modèle de formation des prix, en abandonnant le lissage des fluctuations dans le temps, n'ajoute une insécurité tarifaire qui pèse lourdement sur la confiance et l'investissement. Dans le contexte mondial actuel, je ne suis pas sûr que ce risque vaille la peine d'être couru.
Rédigé par : Fred | 02 juillet 2007 à 10:33
Simple citoyen, je remarque que l'énergie était un droit relativement peu couteux. Il devient aujourd'hui une marchandise comme une autre.
Consommateur et client, je risque bientôt d'avoir les mêmes soucis pour choisir telle ou telle formule d'abonnement entre tel et tel opérateur...
Après l'énergie, que restera-t'il de nos droits ? La santé, l'école ? Bientôt leur tour ?
Rédigé par : pas perdus | 02 juillet 2007 à 12:04
Si tous les fonctionnaires d'état et pas seulement l'immense majorité d'entre eux avaient la même honnêteté intellectuelle que vous, sans doute les débats politiques relatifs à ces sujets pourtant essentiels que sont l'éducation et la recherche seraient-ils d'un meilleur niveau.
Rédigé par : Gus | 02 juillet 2007 à 13:15
"Simple citoyen, je remarque que l'énergie était un droit relativement peu couteux"
La françafrique aura, il est vrai, beaucoup aidé à assurer l'approvisionnement en uranium de la France à faible coût pour les français : je ne suis cependant pas certain que l'ensemble des africains partageraient votre analyse.
L'électricité est toujours beaucoup moins chère quand :
1) On ne prévoit ni les financements, ni les technologies nécessaires pour démanteler les réacteurs nucléaires en fin de vie.
2) On reporte à un horizon financier indéterminé le financement des nécessaires prestations de solidarité dues au personnel qu'on a employé toute une vie de travail durant.
Rédigé par : Gus | 02 juillet 2007 à 13:20
@ pas perdus : "l'énergie était un droit relativement peu couteux"
Ahem. une des questions est bien, il me semble : l'énergie doit elle aujourd'hui être peu coûteuse pour le consommateur. On parle beaucoup de raréfaction des ressources en énergies fossiles, de réchauffement de la planète et de nécessaire réduction de notre consommation. Peut-on imaginer agir là-dessus sans que le consommateur ne soit directement impliqué, par sa facture ?
Après, "Il devient aujourd'hui une marchandise comme une autre."
Pas vraiment, puisque la distribution reste en monopole. Et puis, je ne vois pas en quoi l'apparition de la concurrence fait d'un produit ou d'un service une "marchandise comme une autre", ni en quoi l'énergie était auparavant un "droit".
Le service public est garanti dans les telecoms comme dans l'énergie. Par des moyens qui ne sont pas ceux du seul monopole, qui ne peut être le seul mode d'intervention de l'Etat pour garantir quelques principes assez essentiels...
Rédigé par : versac | 02 juillet 2007 à 16:35
Fred : "L'unification de ces marchés par la libre-concurrence est finalement un constat d'échec devant l'incapacité de l'Union a avoir une politique énergétique commune, pourtant nécessaire."
Je ne mettrais pas les deux sur le même plan. Même si l'on peut avouer que l'UE a effectivement quasi abandonné l'idée d'une politique énergétique commune au delà de la simple unification des conditions d'équité, et de l'application des principes du traité de Rome.
Je ne suis pas sûr que l'alternative soit entre la criée et le monopole. Mais je ne suis pas sûr non plus que la troisième voie choisie par la France soit satisfaisante pour quiconque. La protection par rapport aux fluctuations du marché n'aura qu'un temps, et elle arrive quasi à saturation (sauf sur le nucléaire et en dehors des développements de renouvelables). Et protéger à tout prix le consommateur des effets de la raréfaction des énergies ne me semble pas forcément la bonne attitude.
Rédigé par : versac | 02 juillet 2007 à 16:40
Pardonnez moi d'intervenir, mais c'est un ensemble de monstruosités que balance machin (sur son blogue).
Tout d'abord il faut se dire que l'ouverture à la concurrence est complètement anachronique puisque c'est un processus qui est entré en négociation il y a plus de dix an, lorsque le prix des matières premièree ou plutôt matières fossiles était encore bas. Je pense pas que d'avoir un marché atone permettra de mettre en place une meilleure concurrence (ex : Grande Bretagne multitudes d'acteurs, le prix est resté le même après la libéralisation, mais la qualité du service et de la sécurité ont fortement baissé. D'autre part les couts d'investissements du renouvellement du parc sont exorbitants et je doute qu'une autre entreprise qu'EDF puisse les supporter, ne ce serait que celui d'une centrale. Pour qu'il y ait plus de concurrence il faut un marché complètement dérégulé et faire sauter les tarifs réglementés. Par contre dans ce cas alors ce sera bien évidemment le consommateur qui patira le premier des augmentations des tarifs que l'on estime qu'ils seraient pour 1/3 supérieure à ce qu'ils sont. Le phénomène de "décomposition recomposition" des anciens monopoles publiques, qui s'est produit partout en Europe (EON RWE Endessa ...etc), prouve bien que c'était une immense connerie de privatiser ce secteur purement régalien.
Je vous invite à lire "quand l'Amérique Dérape" de Paul Krugman, le plus grand économiste de la planète, selon moi. il est opposé à la libéralisation du secteur de l'électricité, car il considère que ce secteur peut être trop facilement en proie à la spéculation, mais surtout que l'électricité de par sa nature (bien non stockable, non transportable, essentiel à l'essor des sociétés modernes) est un bien qui ne se prête pas à la libéralisation. L'exemple californien est l'illustration des possibles dérapages pouvant se produire sur ce marché.
Je suis contre cette libéralisation ! Consommateur conservez votre abonnement chez EDF, au moins jusqu'à la déragulation tarifaire.
Rédigé par : POLITOBLOG | 02 juillet 2007 à 16:40
@ versac
Je n'avais pas vu ton commentaire sur les ressources;
Les capacités en uranium, sont très importantes. On estime que les seules matières accessibles 4,7 millions de tonnes permettront d'alimenter les centrales pendant 85 ans (sur la production de 2005), sans compter les 35 millions de tonnes restant, sans compter les phosphates qui sont exploitables, les centrales qui consomment moins (ex : EPR), le retraitement qui s'améliore et permet de récupérer de plus en plus de matières fissiles. D'après l'AIEA et les spécialistes on pourrait fonctionner encore pendant approximativement 3500 ans au nucléaire avant l'épuisement des ressources.
Alors question culpabilité, je ne me sents pas trop concerné. Peut être quand j'aurais 3300 ans, je me dirai, si j'avais su !
Rédigé par : POLITOBLOG | 02 juillet 2007 à 17:39
Au sujet des "coûts relativement bas" des matières premières il y a dix ans, on s'intéressera à la série de notes déclassifiées concernant l'action des services français au Rwanda (30% des réserves mondiales connues d'Uranium : production : 1500 t. de Coltan sur 1998-1999, particulièrement au Nord du pays) et au Zaïre (15% des ressources mondiales connues d'uranium) auxquelles s'intéresse le Monde d'aujourd'hui :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-848896@51-930276,0.html
Rédigé par : Gus | 02 juillet 2007 à 17:43
@ Versac (t'as pas mis longtemps à sortir de ta "réserve")
Les tensions tarifaires sont aujourd'hui moins liées à la raréfaction des énergies (je n'ai pas entendu parler de rupture de combustibles dans aucune centrale européenne ?) qu'à une forte augmentation de la demande en Chine, en Inde et dans plusieurs autres pays. Mais sur le principe tu as raison : il n'est plus raisonnable de consommer de l'énergie sans compter.
Maintenant, on aurait pu imaginer de responsabiliser davantage les consommateurs professionnels ou particuliers avec une fiscalité comportementale adaptée, d'encadrer l'évolution tarifaire souhaitable au niveau européen et de constituer un pôle énergétique qui sécurise les approvisionnements et mutualise la RD nécessaire pour engager une décroissance par l'amélioration des rendements. J'ai un peu de mal à voir l'intérêt de créer des intermédiaires commerciaux - comme ton client - dont les marges ne serviront nullement à financer l'évolution du parc.
Mais le plus important pour moi dans l'idée de régulation, c'est que l'on a un cadre qui sécurise le risque. Si l'on veut passer efficacement le "choc énergétique", il faudra nécessairement que l'ensemble des secteurs développent leur productivité avec des process énergétiquement moins gourmands. Je crains que la dérégulation ne suscite à l'inverse des provisions pour se garantir du risque tarifaire, aux dépends de l'investissement productif.
Rédigé par : Fred | 02 juillet 2007 à 18:01
Il me semble que, techniquement, l'objectif de la libéralisation n'est pas de baisser les prix, mais est de promouvoir la transparence et la vérité des prix afin d'envoyer le signal économique correct aux utilisateurs.
Pendant des années le contribuable a subventionné le consommateur ce qui n'est certainement pas la meilleure facon d'utiliser rationnellement l'énergie. Le tarif réglementé n'est pas différent en nature de la fixation des prix en URSS avec les conséquences que l'on connait.
Je ne suis pas certain non plus qu'avec les prix actuels, EDF puissent a la fois investir et provisionner normalement ses passifs de toute sorte.
De plus si avec un peu de concurrence on peut rationaliser les "avantages acquis" d'EDF et GDF et les restituer a la collectivité a laquelle ils appartiennent, cela sera déjà beaucoup de gagné. Pour le reste, apprenez a tricoter.
Rédigé par : Merlin | 02 juillet 2007 à 19:55
Salanié est navrant.
Tiens, rien que pour rester dans le jargon, le changement qui intervient dans le secteur énergétique n'est pas Paréto-optimal : il y a des perdants clairement identifiés, qui sont les consommateurs.
Les gagnants ne sont pas la morale publique, mais bien les actionnaires d'EDF, Poweo et autres.
Ne racontons pas d'histoires, les hausses de tarifs ne serviront pas à alimenter un fonds de préservation de l'environnement, mais bien les profits des nouveaux acteurs. On transformera un monopole géré dans le sens de l'intérêt général (tarification au coût marginal) en cartel géré en dépit du bon sens (cf. la Californie).
Au chapitre écologie, Poweo s'apprête d'ailleurs à construire au Havre non des éoliennes mais une centrale ... à charbon.
Voilà un bel exemple des âneries auxquelles la construction européenne nous conduit, sous les commentaires vaguement gênés de la presse, qui commence à se demander si tout cela est bien raisonnable (hint : non).
Rédigé par : edgar | 02 juillet 2007 à 22:59
Beaucoup de commentaires navrants de soutiens a la collectivisation des couts et a la privatisation des bénéfices. Bien sur les actionnaires et les contribuables vont être gagnants (merci pour moi), les consommateurs n'auront qu'a consommer malin.
Quand a celui qui dit que la tarification actuelle d'EDF est au cout marginal, il ne comprend rien a rien. C'est au contraire la libéralisation du marché qui va faire tendre les prix vers le cout marginal (centrale a hydrocarbure) donc plus élevé ce qui permettra de donner le signal prix correct aux consommateurs.
Rédigé par : Merlin | 02 juillet 2007 à 23:15
Merlin pas enchanteur, vous êtes un songe creux.
La tarifictaion actuelle n'est pas tout à fait au coût marginal. Salanié oublie par exemple de citer que l'électricité en France est à 80% nucléaire, 10% hydraulique et 10% thermique. Pour les 10% d'hydraulique, ils sont ENCORE MOINS CHERS à produire que le nucléaire. Le tarif actuel intègre déjà pour partie un effet rareté.
Salanié pose que les tarifs rejoindront spontanément le coût marginal, ce qui caractérise une situation de concurrence pure et parfaite. Laissez-moi penser que Poweo, EDF et autres gentils acteurs auront envie de tout sauf d'une situation de concurrence pure et parfaite.
Quant à votre invitation à consommer malin, elle est navrante. Lorsque tous les tarifs seront plus élevés, vous aurez beau être malin, vous serez b... quand même. Seule la perspective d'avoir un portefeuille d'action Poweo/EDF vous permettra de compenser.
L'économie sans un seul chiffre c'est toujours très beau.
Rédigé par : edgar | 02 juillet 2007 à 23:24
Une autre approche pertinente et intéressante de la question, de Marcel BOITEUX (un ancien PDG d'EDF):
http://www.cfe-energies.com/arbre.php?id=5006482
"Avec la suppression des tarifs régulés [...], il ne s’agit donc plus, comme on pouvait le croire initialement, d’ouvrir la concurrence pour faire baisser les prix, mais d’élever les prix pour permettre la concurrence"
Rédigé par : vrd | 03 juillet 2007 à 22:48