Guainoisation ?
Dans son discours de Melle, Ségolène Royal se lance :
Etre socialiste, c’est penser en effet que le collectif vient en soutien de chaque foyer, de chaque personne insuffisamment armée pour affronter les difficultés de la vie.
Etre socialiste, ce n’est donc pas nier le potentiel de l’individu mais comprendre que l’individu isolé est faible, que sa volonté, aussi forte soit-elle est parfois insuffisante.
Etre socialiste, c’est faire en sorte que chacun bénéficie de garanties collectives pour retremper ses ambitions et se créer de nouvelles opportunités.
Etre socialiste, finalement, c’est penser la complémentarité profonde qui existe entre l’individu et la société et refuser l’opposition caricaturale que certains en font.
La tentative de l'anaphore guainoiste la guette. Le mimétisme stylistique est-il vraiment une solution ?
Pour le reste, ce discours me parait tristement vide. On y lit 26 fois le mot socialiste, comme une référence permanente à l'identité perdue du parti. On y lit ce que sont et ne sont pas les socialistes. Finalement, c'est comme un discours de François Hollande, sur la forme. C'est l'affirmation permanente d'éléments d'identité du socialisme, et la référence conceptuelle à l'économie de marché qu'on accepte mais qu'on ne juge pas suffisante. Tout le monde dit ça depuis des années au PS.
Une phrase comme celle-ci le prouve :
Je pense également que la notion de responsabilité est fondamentale. Et nous autres, socialistes, ne devons pas avoir peur de le dire car cette éthique de la responsabilité est ancrée au plus profond de notre patrimoine, chez Jean Jaurès comme chez Léon Blum.
Honnêtement, on dirait du Hollande. Il faut, il me semble, cesser ce discours du "nous ne devons pas avoir peur de", du "la droite ne doit pas avoir le monopole de", si le PS veut un instant retrouver un semblant de leadership intellectuel. Tous ces éléments ne font que conforter une idée : le PS est à la traine.
Quand Sarkozy a opéré un renouveau, il ne s'est pas lamenté cent fois pour dire "la gauche ne doit pas avoir le monopole de la solidarité", ou bien "nous ne devons pas avoir peur de dire que nous aimons les pauvres". Il est allé de manière offensive jouer une triangulation. Tant que le PS jouera ainsi de sa difficulté intellectuelle, je lui prédis le même avenir que les années précédentes.
Allez Ségolène, on cesse de mimer les cadres de parti en congrès, avec un blumomêtre et un Jaurèsomêtre, et on s'attache un peu au style et à la saine coordination de l'entourage intellectuel...




Si, si, caricature, je maintiens, Nicolas. Le souci est que tu dis des choses intéressantes, mais que dès qu'il s'agit de Ségolène Royal tu ne peux pas t'empêcher de chercher un angle d'attaque. Il est vrai que le Figaro fonde sa stratégie de développement des ventes sur l'anti-Ségo, il est manifeste que tu t'en sois inspiré malgré toi. Mais passons.
... Difficile, non, d'essayer de parler de politique de façon dépassionnée ?
Rédigé par: Roses & Violettes | 29 août 2007 at 20:04
J'ose espérer que Royal a sû donner tout ce qu'elle avait pour la présidentielle : on l'a donc déjà vue au sommet de son art : dès lors, est-il bien raisonnable d'espérer mieux que ce qu'on a déjà vu ?
On peut éventuellement imaginer qu'elle puisse encore progresser, mais au prix d'une longue préparation, et donc, d'une certaine absence de la scène politique à laquelle elle semble incapable de se résoudre.
Rédigé par: Gus | 29 août 2007 at 20:44
Pour ceux qui veulent un cours de rattrapage sur "l'anaphore guainoiste", ça se passe sur le blog de Jean Véronis
Mesurer l'anaphore (1)
Mesurer l'anaphore (2)
Mesurer l'anaphore (3)
Rédigé par: Coujou | 29 août 2007 at 22:51
Malheureusement, la sociale democratie n'emergera jamais si Sego reste trop influente.. D'inepties en banalités, ses discours ne (re)fondent rien...
Patience..
La marche dans le desert devient eprouvante...
Rédigé par: sebastien l'Européen | 29 août 2007 at 23:21
Pour trianguler il faut d'abord tenir son camp. C'est bien de rappeler que Sarko a empiété sur les plates-bandes de la gauche, encore faut-il rappeler qu'il avait auparavant sacrément blindé sur sa droite.
Si Ségo, ou un autre à gauche, veut gagner quoi que ce soit, il faudra d'abord qu'il rassemble à gauche. Commencer par vanter des alliances au centre c'est vouloir aller chercher ailleurs les idées qu'on a plus.
Je dis ça d'autant plus tranquillement qu'ayant voté Bayrou, je ne me range pas dans les anti-centristes obsessionnels.
Rédigé par: edgar | 29 août 2007 at 23:51
@ Versac
Pour une fois, je ne vais pas être d'accord avec toi. J'ai suivi ton lien et suis allé lire en entier le discours de la dame. Je serai moins catégorique que toi.
Elle semble décidée à s’attacher au fond. On voit des bribes d'un quelque chose qui ne demandera qu'à prendre corps si du moins elle décide de foncer dans la même direction…
Au moins semble-t-elle décidée à assumer cette fois ses propres idées, convictions, même si à contre-courant de l'idéologie socialiste (maison) dominante ? Les gardiens du temple vont peut-être grincer les dents.
Pour être honnête je suis allé également sur les blogs des "quadras" du PS autoproclamés "Rénovateurs" pour lire leurs discours de Frangy.
Alors pour eux ça risque d'être plus compliqué si on regarde au-delà de leurs incessants appels à la rénovation pour s'attarder à l'axe des idées : ils oscillent entre un discours traditionnel du PS propre à plaire aux "éléphants" (pour caricaturer) et un emboîtement (plus remarqué) des idées (proprement) entendues déjà chez Ségolène Royal. On peut alors comprendre qu'un certain nombre d'entre-deux soient plus ou moins proches de l’ex-candidate socialiste ?
En tout cas, ces quadras rénovateurs ont bien du mal pour l'instant à nous proposer un nouvel angle de réflexion différent qui ne nous fasse pas déjà penser aux idées de Ségolène Royal ou celles plus traditionnelles du PS. Ils leurs faut donc trouver un nouvel angle de propositions entre les deux s’ils veulent apporter un plus valu au pot commun socialiste…
Donc pour le discours de Ségolène Royal, pour moi ça sera plutôt un 6,5 ou 7/10 pour l'encourager à foncer dans la même direction.
Rédigé par: Kavin | 30 août 2007 at 01:27
Je ne partage pas le sentiment de ''Guainoisation''à propos des discours de Ségolène, on en est même encore assez loin. Il s'agirait plutôt de l'usage d'une rhétorique simplifiée (simpliste ?) qui atteint de concert la droite et la gauche qui se veulent ''populaires''. Comme si le monde complexe devait absolument être simplifié par la nouvelle génération politique, visiblement perturbée du déficit d'intérêt du peuple vis à vis de l'action de ses prédécesseurs. Phénomène de repli, comme si la vitesse du monde n'avait pas trouvé sa véritable dimension politique.
Dans le discours de Ségolène cité ici il y a effectivement de la prudence que l'on pourra tout de même opposer à la précipitation que l'on trouve en face.
Et puis un peu d'indulgence. Etre socialiste n'est pas chose facile aujourd'hui. La dimension nationale des possibles est devenu un terrain à nouveau trop étroit pour l'épanouissement d'un idéal de progrès et de justice sociale renouvellé. C'est à terme l'union politique des peuples et son expression démocratique reconnue qui permettra d'équilibrer le monde bousculé par un capitalisme financier trop individualisé. Cette union est évidemment une perspective lointaine, une construction périlleuse et difficile et les socialistes Français sont dans un état d'insatisfaction prononcé, partagés entre un désir de changement radical impossible et une résignation sociale-démocrate tout autant inacceptable. Cet état intermédiaire et transitoire, Ségolène l'a bien compris et son jeu actuel est de rassembler sur les fondamentaux et de ''normaliser'' les contradictions afin qu'elles cessent d'être des sources de division. Elle a, me semble-t-il choisi d'établir une base idéologique ''simplifiée'' avant de proposer de nouvelles conquètes.
Et puis il ne faut pas oublier que le ''leadership'' intellectuel de la gauche se construit généralement et solidement à partir de la colère et du rejet compris et partagé de l'injustice sociale. La lecture actuelle de cette injustice est troublée. Là aussi il faut établir de nouvelles bases partagées avant de construire.
Rédigé par: petit jardin | 30 août 2007 at 01:48
Comment s'étonner de la guainoisation de Ségolène Royal quand on sait qu'elle n'existe que par Sarkozy, tant il est vrai qu'en dehors de tout autre critère, elle a été désignée par les militants pour répondre à la "rupture" sarkozyste? C'est d'ailleurs son fond de commerce, et elle ne s'en cache pas.
C'est un peu comme Pepsi par rapport à Coca Cola, ou Quick par rapport à Mac Do : ils suivent un mouvement qui n'a pas été initié par eux, mais qu'ils pensent concurrencer jusqu'à le dépasser. On fait la même chose que l'autre, mais on pense être meilleur parce qu'on est différent. Le mimétisme dans la différence, avouez que c'est un peu brouillé comme message, tant commercial que politique.
Rédigé par: damocles | 30 août 2007 at 07:13
Je pense que vous faites une contre-interprétation Versac.
En effet, jamais nous n'avons eu autant besoin d'une définition du mot socialiste, dans ce monde où tout le monde se fiche de la vérité, nous avons besoin d'un repositionnement clair.
Que SR nous accompagne dans ce repositionnement est indispensable.
Rédigé par: Anthropia | 30 août 2007 at 14:43
Anthropia: "où tout le monde se fiche de la vérité"
c'est une blague? alors qu'elle a clairement dit qu'elle ne croyait pas en son programme??
une renovation du PS *sans* Royal est indispensable
Rédigé par: Erwan | 30 août 2007 at 15:18
"Et puis il ne faut pas oublier que le ''leadership'' intellectuel de la gauche se construit généralement et solidement à partir de la colère et du rejet compris et partagé de l'injustice sociale. La lecture actuelle de cette injustice est troublée. Là aussi il faut établir de nouvelles bases partagées avant de construire."
Tu as raison. La grande difficulté actuelle de la gauche est de dépasser l'amalgame entre inégalité et injustice.
Il ne suffit pas de "ne pas aimer les riches" et de dénoncer les inégalités pour qu'elles soient nécessairement injustes. Sarkozy a d'ailleurs parfaitement réussi à les justifier par "la valeur travail", bien que ce soit très contestable dans les faits.
Les injustices du monde moderne ne sont pas nécessairement plus ou moins violentes que celles de l'ère industrielle. Mais elles sont profondément différentes, et la gauche ne se rénovera pas sans renouveller profondément son diagnostic sur la nature, les causes et la formation de l'injustice aujourd'hui.
Rédigé par: Fred | 30 août 2007 at 15:24
@Petit Jardin
« les socialistes Français sont dans un état d'insatisfaction prononcé, partagés entre un désir de changement radical impossible et une résignation sociale-démocrate tout autant inacceptable. »
Ah bon.
Les partisans PS du radicalisme, ceux qui perpétuent le message de Jules Guesde, ne me semblent pas seulement dans une dynamique de changement impossible, mais de changement improductif et sans équivalent dans les autres gauches européennes. Improductif parce que leurs recettes tiennent peu ou prou à sortir du système capitaliste, aboutissant à ce positionnement particulier du « lutter contre », le tout dans un contexte européen où ces radicaux sont bien un cas unique. Cette schizophrénie socialiste leur a pourtant explosé à la figure un certain 30 mai 2005, où à rebours de tous les partis frères de notre PS, les électeurs de ce parti ont fait majoritairement eux le choix du « non » à l’Europe, se privant de fait de l’union politique de l’Europe, préférant en rester aux traités précédents consacrant uniquement le grand marché. Sacré contresens en disant long sur la singularité de la grille de lecture de cet électorat, et du message brouillé du parti qui prônaient à 60 % le "oui".
Pourquoi donc le choix de la social-démocratie qui est quand même le commun dénominateur des socialistes européens relèverait-il de la « résignation », et pourquoi cela leur serait inacceptable ? Par iconoclasme, par orthodoxie ?
Lorsque l’économie de marché ne fait plus problème, la différence entre la droite et la gauche ne tient plus qu’à l’endroit où l’on place le curseur entre dynamisme économique et régulation sociale. Les gauches qui gouvernent ou ont eu à gouverner ont fait la démonstration qu’on pouvait préserver des mécanismes de solidarité, et donc les pérenniser, redonner des marges de manœuvre à l’état, ou encore mieux réguler les excès du marché, tout en assurant les conditions du dynamisme économique, du recul du chômage, de la création d’entreprises et de richesse. Ce n’est donc pas une utopie, ni quelque chose d’inatteignable. Il est sûr que cela ne s’est pas fait en maintenant le statu quo, en ne touchant à rien ou en raisonnant avec la notion « d’acquis ». Ce n’est pas en laissant à croire qu’on peut transformer la société sans toucher à rien que l’on peut laisser entrevoir une alternative à la politique sarkozienne. Le trait commun à ces pays tient à avoir mené des politiques actives de réduction de la dépense publique. Sarkozy n’en prenant pas le chemin, qui mieux que la gauche et un parti socialiste rénové pourrait créer une dynamique en reprenant à son compte ce sain objectif aux effets vertueux ?
Rédigé par: matéo | 30 août 2007 at 18:13
@ Matéo. C'est que la sociale démocratie ne produit rien ou si peu pour, par exemple, s'occuper des plus démunis dont le nombre s'élève partout en Europe ou d'un tas d'autres choses qu'elle abandonne au bon vouloir du marché. Elle n'est pas en l'état ''la''solution, elle se contente souvent de taches subalternes comme la ''réduction des dépenses publiques'' (un dérivatif puissant quand on n'y songe bien). L'après capitalisme reste évidemment d'actualité, ne vous en déplaise.
Rédigé par: petit jardin | 30 août 2007 at 23:26
@Petit Jardin
Je ne vous emouscaillerai pas sur l'actualité de l'après-capitalisme, sûrement un vrai sujet, circonsrit cependant dans l'enclos socialiste français, mais je vous contesterai largement sur "la sociale démocratie ne produit rien ou si peu pour, par exemple, s'occuper des plus démunis dont le nombre s'élève partout en Europe ".
Bon si vous pensez à un système "ceinture-bretelles-airbags-matelas de réception", évidemment vous n'auriez pas tort, mais si on regarde de plus près, il n'est déjà pas mal que ces pays aient mis fin à la spirale déficitaire de leurs systèmes de solidarité, et en aient donc prolongé l'existence, comme il n'est pas non plus complètement "balot" d'avoir permis à leurs états respectifs d'avoir renoué avec des excédents budgétaires. L'Allemagne, par exemple, va cette année réaliser un budget positif. Il me semblait que lorsqu'on était plutôt enclin à réguler, à faire intervenir comme correcteur l'état, on ne pouvait que se réjouir quand les finances publiques positives permettent le redéploiement des ressources ou de mener des politiques publiques plus musclées dans tel ou tel domaine.
Je sais que c'est là un discours "comptable", pour le moins éloigné de cette préoccupation philosophique qu'est "l'après capitalisme", qui comme disait ma grand-mère "font une belle jambe à la classe ouvrière, et ne la font de toutes façon pas bouffer".
Votre formule sur la sociale-démocratie : "elle n'est pas la solution", j'entends ! Mais, quand un parti social-démocrate comme le SPD prend à bras-le-corps le déficit de l'assurance-chômage, réduit les indemnités, réduit la période d'indemnisation, tout en assurant pour certaines cibles (mères célibataires) au contraire une augmentation des prestations, le tout en ramenant à l'équilibre financier la caisse du chômage, il me semble qu'à défaut d'être une panacée, c'est là une solution bien meilleure que l'incantation franco-française à faire cracher le patronat au bassinet, un point, un trait.
Réduire la dépense publique : un dérivatif, sûrement ! Mais les pays ayant réduit leur taux de chômage, redonner de la vigueur à leur marché de l'emploi, ont tous sans exception réduit leurs dépenses publiques. Et ce n'est pas à vous que l'on apprendra que plus il y a de personnes au travail, plus il y a de cotisations au titre des différentes caisses, et que cela pérennise ces systèmes, quand le déficit en obère l'espérance de vie.
L'après-capitalisme et son actualité ne me déplaise en rien, mais disons que cela m'apparaît moins crucial, moins urgent qu'une gauche, la notre, et notamment le PS se saississe en premier lieu du réel.
Bien à vous.
Rédigé par: matéo | 31 août 2007 at 15:13
@ matéo. Mouais, bien sûr, tout ce que vous décrivez est très évident, trop peut être, l'utopie est un moteur puissant, trop peu employé par les temsp quu courrent à mes yeux. Finalement c'est ce fameux ''réel'' qui n'est pas le même pour toute le monde. Bon je m'en retourne écrire un billet chez moi pour cesser un peu d'encombrer de nos dialogues interessants (merci), la tribune de l'ami Versac.
Rédigé par: petit jardin | 31 août 2007 at 16:51