Olivier Blanchard propose une méthode pour réussir la réforme du marché du travail. C'est intéressant et important, Olivier Blanchard étant, outre un des économistes français les plus réputés, grand spécialiste des questions de l'emploi, et auteur avec Jean Tirole d'un rapport du CAE faisant le point sur la protection de l'emploi, un des conseillers de Nicolas Sarkozy. Son ralliement au candidat avait fait du bruit dans la communauté des économistes, on en avait même parlé un peu ici. Mais ne parlons pas tant de l'homme que de sa proposition.
On connait le diagnostic et le point d'arrivée théorique. Au début, un marché du travail inefficient, un taux de chômage trop élevé, un chômage long, et un marché polarisé, où jeunes et vieux sont exclus. Au total, on travaille peu (mais de manière ultra efficace, il faut bien), et ce déséquilibre est éminemment merdique. Pour le point d'arrivée, dans le discours, pas mal de monde partage l'idée qu'il faut aller vers un fonctionnement "à la scandinave" : plus de protection des salariés et pas des emplois, une "sécurisation des parcours professionnels", une réforme de l'assurance chômage, une sécurisation de l'environnement juridique des contrats de travail pour les employeurs et une plus grand facilité à licencier, et une augmentation nette des indemnités (changer de travail est nécessaire et utile à la société) associée à une responsabilisation des chômeurs (logique d'indidividation des indemnités : rien de systématique et injuste).
C'est en tout cas le choix fait, dans des modes assez différents, par l'ensemble des pays où le chômage est bas.
Soit. Olivier Blanchard a l'immense mérite de pointer que, même si la plupart des partenaires sociaux comme des politiques partagent cette vision à long terme, tous bloquent. Il propose donc quatre étapes qu'il calende ainsi :
1. Sécuriser les parcours professionnels
2. Réformer le système d'assurance chômage
3. Réformer le droit des licenciements
4. Réformer le financement de l'assurance chômage
Sur la méthode, il me parait très juste de proposer ex ante un travail de sécurisation, avant d'entreprendre ceux de flexibilisation ou amélioration de l'efficience. Dans l'idéal, il faudrait les lier. Je note que, jusqu'ici, le discours du gouvernement est à peu près l'inverse de ce schéma : très clair et assez précis sur les éléments de flexibilisation, pas du tout sur ce qui relève de l'amélioration des parcours des salariés.
Je note aussi l'abandon, par Olivier Blanchard, du combat du contrat unique progressif, au profit de la sécurisation juridique des contrats. Je partage pas mal : le contrat unique progresif me semble une belle idée, quelque chose vers lequel il faut tendre. Sans doute pas une priorité, pour la raison politique simple que quasiment personne n'en veut. En revanche, la fin de l'irruption du juge dans les motifs de licenciement (hors cas d'abus) me semble être plus qu'utile.
Et puis, dans ce grand article, il manque un petit truc, à mon avis, qui certes ne relève pas de la macro-économie, mais me semble d'importance : le renforcement de l'accompagnement des chômeurs. C'est bien beau de fusionner l'ANPE et l'UNEDIC (ou au moins leurs branches opérationnelles, on verra), encore faut-il transformer ces monstres administratifs en des machines à trouver du boulot efficaces. Et là, il s'agit d'une révolution assez profonde à entreprendre, dans ces organisations. C'est évoqué en touches, mais mériterait sans doute un peu d'approfondissement ?
Très bon article de synthèse et de recommandation, donc, ces micro remarques près. Le calendrier est inspirant. Si le gouvernement suivait cette pente, sur le sujet du chômage, j'en serais ravi. Pour l'instant, Nicolas Sarkozy, qui n'a jamais évoqué le sujet de manière autonome, a dit qu'il ferait tout ça, tout de suite, en mettant l'accent sur les éléments de sécurisation juridique. Gageons qu'au moment de mettre de la méthode dans tout ça, ses ministres auront de quoi s'inspirer...
A lire, et discuter (pas de billets sur les blogs éco ?)...
[PS : c'était le billet éco du jour, qui ne pointe pas vers un blog, mais vers le nouveau site de telos, très joli, d'ailleurs. A tout à l'heure pour le respect de mes promesses, qui n'engagent que ceux qui les lisent]

Olivier Blanchard ne parle pas du tout des deux choses qui empêchent la création d'emplois par les TPE/PME : le coût du travail et la complexité administrative.
Il suggère des réformes de plus, qui vont s'appliquer sur un droit du travail auquel on ne touchera sans doute pas - et on nous expliquera ensuite qu'il faudra plusieurs mois pour voir les effets de cette construction. Depuis 20 ans, tous les gouvernements nous ont tenu ce langage, à peu de choses près. La rupture ?
Sarkozy pense que la confiance fera démarrer les choses. Il a raison. Qu'il pique donc à Bayrou son idée de "deux emplois sans charges" : à mettre en place en un mois, il verra comment les "petits patrons", les entrepreneurs s'en empareront pour créer des jobs et de l'activité. Révons... Si on pouvait prévoir 50% de charges sur le coût brut d'un emploi au lieu de près de 100%, les choses seraient immensément différentes. Si on obtenait de la visibilité administrative (savoir ce qui va se passer, quand, combien ça va coûter) on serait tellement plus à l'aise pour décider de prendre des risques en créant des jobs.
Mais non, Sarkozy nous explique qu'on va (peut être) fusionner les réseaux opérationnels (c'est quoi exactement ça?) de l'ANPE et de l'UNEDIC... Ca va changer le monde.
Les idées de Mr Blanchard sont sans doute intéressantes. Pourtant je crains que même si elles étaient appliquées intégralement demain, la confiance que veux Sarkozy, et ce fameux Graal ("le point de croissance") ne seraient pas au rendez-vous.
Rédigé par : Pierre Guillery | 05 septembre 2007 à 10:22
La Commission Européenne chiffre à 1 point de croissance une réduction de 25% des effectifs de l'administration.
Au seul motif que l'activité de l'administration créé du travail à ses administrés, lesquels sont donc obligés de consacrer au service de l'administration des ressources qu'ils pourraient plus tuilement mettre à profit ailleurs.
Bizarre que Mr Blanchard n'évoque pas cette piste : qui des deux a donc tort ?
Rédigé par : Ruchoer | 05 septembre 2007 à 10:34
Le problème en France n'est pas du tout le nombre de fonctionnaires, leur nombre est le même qu'au Etats-Unis par habitant par exemple.
Si le pourcentage de fonctionnaires par rapport au secteur public est très elevé en France c'est surtout que le secteur privé est très petit en France en pourcentage de la population.
Les charges salariales ou patronale (c'est pareil) ne diminueront jamais.
Rédigé par : JLS | 05 septembre 2007 à 10:51
La question est peut-être moins le nombre de fonctionnaires que le nombre d'emplois surprotégés (phénomène centré sur la fonction publique mais non limité à elle). Je me trompe peut-être, mais je crains qu'on ne résolve jamais ni le problème du chômage, ni celui de l'efficacité de l'Etat, si on ne s'attaque pas à cette question, et donc, entre autres, au statut des fonctionnaires. Je me demande à quelle stade du calendrier une telle initiative deviendra politiquement possible.
Rédigé par : Fachocentriste | 05 septembre 2007 à 11:28
La question est effectivement bien de savoir si c'est à l'économie concurrentielle en France de s'adapter aux besoin de l'économie administrée ou l'inverse.
Mr Blanchard fait le choix de demander au secteur concurrentiel de parvenir à atteindre une productivité suffisante pour alimenter l'économie publique, l'économie protégée et l'économie règlementée conformément à son appétit : existe-t-il un autre pays (libre) au monde qui raisonne ainsi ?
Je ne crois pas.
Rédigé par : Ruchoer | 05 septembre 2007 à 11:38
@Ruchoer: Je ne comprends pas votre lecture de Blanchard. Où voyez-vous qu'il recommande une adaptation du secteur concurrentiel à l'économie administrée?
Rédigé par : Fachocentriste | 05 septembre 2007 à 12:07
Dans une économie ouverte, comme celle de la France au sein du marché commun, l'emploi est la conséquence directe de la productivité. Plus on est productif, plus on reçoit de travail, et donc, plus il y a d'emploi pour ceux qui en demandent.
La productivité d'un pays est égal à la moyenne de la productivité de son secteur concurrentiel et de son secteur administré, pondérés par leurs poids respectifs.
Donc, la productivité dans le secteur administré conditionne l'emploi au même titre que la productivité dans l'économie concurrentielle, la seule à laquelle semble s'intéresser Blanchard dans son discours, avec un plaidoyer simple : les chômeurs seront priés de s'adapter aux besoins de l'économie concurrentielle, elle-même étant priée de bien vouloir subir les décisions de l'économie administrée :
Voir par exemple :
"Le patronat se méfie. Il a l'impression de s'être fait avoir lors du Pare, une réforme qui devait rendre les allocations chômages plus généreuses dans la durée, tout en donnant plus d'incitations aux chômeurs à reprendre un emploi, si un tel emploi était disponible. La réalité a été différente. Les allocations chômage sont devenues plus généreuses, et avec elles, les contributions que les entreprises doivent payer à l'Unedic. Mais les incitations à reprendre un emploi n'ont guère changé."
Mais, me direz-vous, le problème de fond est peut-être tout simplement de considérer qu'il existe un problème de l'emploi alors que la question plus générale est certainement bien plus ... économique dans son ensemble : ce qu'un éminent scientifique comme Blanchard ne peut pas ignorer.
Rédigé par : Ruchoer | 05 septembre 2007 à 13:59
Nicolas, je savais que tu finirais par me rallier. Décidément, ma stratégie d'ouverture n'en finit pas de marquer des points...
Rédigé par : Mon Elysée | 05 septembre 2007 à 21:28
Effectivement, une nouvelle fois on demande au secteur concurrentiel de parvenir à une productivité suffisante pour alimenter à coups de perfusions massives une "économie administrée"... A quand de véritables réformes structurelles pour inverser cette tendance ???
Rédigé par : jmj arras | 05 septembre 2007 à 21:43
Peut-être faudrait-il commencer à expliquer aux électeurs de la "gauche authentique" que si les patrons souhaitent la flexibilité, c'est avant tout pour augmenter leur compétitivité.
Or, la faible compétitivité des entreprises françaises provient aussi du montant très élevé des prélèvements qu'elles subissent (y compris sur les salaires) destinés à alimenter l'économie publique.
Et donc, que le prix à payer pour avoir une puissance publique innefficace, c'est la flexibilité obligatoire et des salaires comprimés pour les salariés du privé. Et donc, que contrairement au credo en vogue au PS, une économie florissante et des effectifs de la fonction publique en constante augmentation, ça ne fonctionne nulle part, même au R-U, qui revenait de loin.
Même un militant anti-libéral doit pouvoir comprendre cela, à l'heure où s'ouvrent les négociations destinées à permettre à la puissance publique de faire financer sa non-réforme par les travailleurs (et les entreprises, donc, au final, les travailleurs).
Rédigé par : Gus | 07 septembre 2007 à 08:16