Guaino tacle Fillon (sur le vocabulaire)
Dans l'histoire des institutions, on se souviendra peut-être de ces remarques acerbes sur la politique du premier ministre lancées par un "simple" conseiller spécial de l'Elysée. Au delà du dérèglement un peu fou des institutions auquel on assiste, et des divergences de fond entre l'Elysée et Matignon (le second semblant remplir un rôle de correction - légère - des emballements du premier, rappelant en cela le rôle autrefois dévolu au parti majoritaire), on peut noter le degré de déconnexion avec la réalité qui est perceptible dans le discours du conseiller particulier du Président.
Guaino dit : "Son vocabulaire, c'est le problème de Fillon". On comprendra à quel point Guaino aime son propre style. Et qu'il goûte peu la parodie. Quand François Fillon s'essaie à l'anaphore, il chute, fait dans le médiocre, et nous tient non un discours historique sur la France, mais juste un froid constat sur la boîte en faillite qu'il a à gérer. Guaino n'aime pas : la France, dans la parole de l'exécutif, doit être encensée, imaginée, croquée, relevée, pas simplement décrite dans des termes comptables.
Il est vrai que Fillon ne nous dit pas que la France est un long manteau de cathédrales, il ne nous dit pas que la France, "c’est Dieu sorti de la pénombre du sanctuaire où l’art roman l’avait enfermé pour être offert à la lumière des cathédrales", il ne nous dit pas que la France, "c’est un art, c’est une culture, c’est une manière d’être et de penser". Non, Fillon nous dit juste que la France est en faillite. Fillon n'habille pas sa parole dans une immense loghorrée de lieux communs échevelés sur "la France", il dit des choses brutales et froides.
Finalement, c'est un désaccord profond qui sépare les deux hommes : l'un a décidé de bercer la France dans une grande histoire, l'autre joue le rôle de froid gestionnaire rappelant la réalité cachée derrière le lyrisme. Une simple question de vocabulaire ? On peut en douter.
Mais Guaino, c'est plus qu'un encenseur de la France. Guaino, c'est la figure du prêtre qui peut dire dans son immense sermon permanent à la France à la fois tout, son contraire, le contraire du contraire et le tout sans jamais avoir l'impression de se renier. Pour preuve sa réaction récente au questionnement newyorkais, qui est belle comme la profession de foi d'un adepte de secte.
Petit a, rappel du programme, il faut créer un "choc de confiance" (c'est du vocabulaire, hein, soyons donc précis : choc, confiance). Petit b, on note qu'en fait de choc, "Il faut du temps.". Et petit c., finalement, "C'est par le doute qu'on atteint la vérité.". Autant pour le choc, et la confiance. Vive le doute, vive le temps. Mais tout va pour le mieux, puisque l'histoire racontée est belle. Guaino n'aura pas le temps d'ajouter que la France, souvenons-nous-en, c'est "la foi dans la capacité de l’homme à s’améliorer".
Pour ma part, je ne sais pas si la France est effectivement la foi dans cette capacité. Je sais que je ne doute plus d'une chose : Guaino, lui, ne s'améliorera pas. Il sombre doucement dans une folie coupée du monde, enrobé dans son verbe.




Travers de communicant ?
Chirac avait son Villepin, Sarko a son Guaino, comme Sauron avait son Gollum.
Nul doute que Fillon sortira grandi de cette épreuve avec le nègre de Sarkozy, surtout si on considère qu'hors de France, nul ne doute réellement duquel des deux est à soutenir dans leurs débats.
Rédigé par: Gus | 25 septembre 2007 at 19:43
Et qu'en pense notre psychiatre de la croissance, l'inénarrable Boris Cyrulnik ?
Rédigé par: Gus | 25 septembre 2007 at 19:44
Et qu'en pense le psychanalyste de la pensée de gauche Benoit Hamon ? ;-)
>> "Guaino, lui, ne s'améliorera pas. Il sombre doucement dans une folie coupée du monde, enrobé dans son verbe."
Euh... là, tu nous fais du Libération là Versac. Faudrait voir à pas non plus se prendre pour la pythie et à se mettre à sur-interpréter le moindre mot et à inventer des histoires pour le plaisir...
Rédigé par: Jules | 25 septembre 2007 at 20:52
Jules : un point versac.
Rédigé par: versac | 25 septembre 2007 at 22:22
Pourquoi ne pas y voir un utile et involontaire tandem ? La France a besoin des deux, de l'enchantement et de la réalité. Tu vivrais vraiment, toi, dans la seule froideur gestionnaire de Fillon ? Elle est utile et je ne critiquerai pas son propos mais, dans le même temps, penser au temps long, à la longue période, à une France qui est, aussi, eh oui, ce "long manteau de cathédrales", je ne trouve aps cela risible.
Rédigé par: koz | 25 septembre 2007 at 22:48
J'aime bien, moi, le "manteau de cathédrales".
Avec les gargouilles, ça fait un peu J.-P. Gaultier, il est vrai. Et ça peut faire mal.
Rédigé par: Jules (de diner's room) | 25 septembre 2007 at 23:34
Involontaire, je ne sais pas, mais utile, certainement pas.
Le « manteau de cathédrales », certes, c'est joli. Les lieux communs grossiers du fameux « discours de Dakar », qui nous font détester un peu plus des Africains, c'était nettement moins bien. Ca venait pourtant du même tonneau. Tono ?
S'inscrire dans le long terme n'implique pas de saturer l'espace média à coups de petites phrases sur des sujets sélectionnés par les sondages « quali », comme le fait le gouvernement. Au contraire. Personnellement, je ne peux plus souffrir ce flot ininterrompu de déclarations sur tout, n'importe quoi et n'importe comment, en tout sens et en tout lieu. Fermez-là cinq minutes, réfléchissez donc avant de parler, et bossez, sacredieu !
D'autant que la situation financière pourrie de la France, surtout depuis le passage des Balladur, Chirac et maintenant du Sarkozy, est une tendance lourde qui est tout sauf une nouveauté. La situation était déjà grave avant l'absurde paquet fiscal, elle l'est encore plus après, alors que la croissance bat de l'aile. S'inscrire dans le long terme, c'était y penser avant de raconter et de promettre n'importe quoi. Ce n'a pas été le choix du gouvernement.
D'autant que l'aggravation constante de l'endettement public a une conséquence très directe sur l'action publique : la part du budget réservée au « service de la dette » (ie le paiement des intérêts d'un principal sans cesse élargi) ne cesse de progresser. Autant d'argent qui ne sera pas utilisé ailleurs. D'ailleurs, la remontée récente des taux longs va renchérir le coût de notre futur endettement, après des années de taux très bas. Ca aussi, c'est parfaitement prévisible. Mais n'a pas été pris en compte.
De ce point de vue, il est paradoxal, sinon pathologique, de multiplier les annonces alors que les moyens pour les mettre en oeuvre sont chaque jour moins importants.
On n'a pas fini de se prendre des « lois » dans la tête, sans état des lieux ni étude d'impact, comme d'hab'. Une loi, ça ne coûte pas cher, et tout le monde parle des polémiques que soulèvent leur examen. Et tant pis si elles ne changent rien à rien, sont idiotes ou inapplicables. Cette mise en (ob)scène de l'impuissance publique aura toujours amusé la galerie cinq minutes.
Juste avant qu'on ne passe au prochain sujet qui sera, comme le précédent, mal traité.
LN
Rédigé par: Le Nonce | 25 septembre 2007 at 23:46
koz: L'enchantement ? Vous devez confondre Nicolas Sarkozy avec Harry Potter.
Et vous croyez réellement que les 55% de désenchantés qui envoyèrent chier le rêve de constitution européenne en 2005 s'émerveilleront de quelques effets de manche qu'un Villepin n'aurait pas renié du temps de sa gloire ?
Et vous croyez vraiment que l'ensemble des militants de gauche décomplexés et libres d'agir grâce à la mort cérébrale du PS vont laisser l'enchanteur enchanter longtemps ?
Rédigé par: Gus | 25 septembre 2007 at 23:55
koz : oh, qu'il y ait nécessité d'un peu d'enchantement, de vision, de discours, je ne le nie pas. Mais je goûte fort peu celui de M. Guaino, qui est risible, contradictoire et sans aucun lien avec la moindre once de réalité. Au début, on pouvait croire que ce discours se contentait de bercer les français dans une sorte de mythe, que c'était, après tout, de la com.
Il semble à présent que non, que M. Guaino se permette de remettre à sa place le premier ministre, et qu'il croie vraiment à ses fariboles incngrues et contradictoires (la BCE méchante, le choc fiscal de confiance, la France qui est ceci...). Si Guaino était juste un amuseur de discours, un faiseur de belles formules qui font vaguement chic en meeting, ça ne me dérangerait pas outre mesure. Or il se prend pour le vrai bras gauche de Sarkozy, et montre sa capacité d'influence régulièrement.
Rédigé par: versac | 26 septembre 2007 at 00:20
Pour ma part, je pense que Sarko utilise Guaino à son gré, c'est effectivement sa boîte
à mots de "gauche" qu'il use lorsque il se trouve "trop à droite"
> Technique de sieur Le pen, isn't it?!
Sarko 1er doit bien le flatter, le père Guaino; en conséquence de quoi, le conseiller-dorloté se love bien volontiers dans ces fables franchouillardes.. (je te reprends :"BCE pas belle,etc...)
Amitiés virtuelles, à c'soir pour RDB?
Rédigé par: Angelo fan de Versac | 26 septembre 2007 at 03:25
Entre Gueant le vrai Premier-Ministre, Guaino le conseiller et nègre très spécial, Fillon le "directeur de cabinet" est encore plus à l'étroit.
S'il était fier, il partirait de son propre chef...
Rédigé par: ALLAIN JULES C@MMUNICATION | 26 septembre 2007 at 10:34
Fillon est aussi déconnecté de la réalité que Guaino.
Quand Guaino utilise un vocabulaire de publicitaire sous LSD, Fillon utilise un vocabulaire de comptable. Mais dans les deux cas c'est de l'enfumage.
L'Etat n'est pas en faillite. Si les finances se sont dégradées c'est grâce à Sarkozy, ses 15 milliards perdus en deux mois, et sa politique économique volontairement récessioniste.
Rédigé par: OlivierA | 26 septembre 2007 at 11:24
D'accord avec Helene. Le discours paternaliste de l'afrique a Papa m'est reste en travers de la gorge.
Versac a raison. Guaino s'embourbe dans ses formules vaseuses en essayant de reconcilier des termes et des concepts opposes par nature. "choc de confiance". Une vraie mascarade! je n'ai rien contre l'anaphore, mais je ne supporte pas le sophisme.
Rédigé par: Samir | 26 septembre 2007 at 12:29
Oui, Versac, je suis d'accord avec vous.
Ajoutons que c'est un discours pervers, car il ne permet pas de réagir, il enferme dans un cercle de paradoxes, qui fait que quoi qu'on rétorque, on a tort, c'est un discours du double bind.
En cela, Sarko et Guaino se sont bien trouvés, ils aiment tous deux ne pas rendre de compte sur ce qu'ils disent et pour Sarko sur ce qu'il fait.
A preuve, le refus de Sarko de répondre à la presse étrangère à l'ONU. Mis au pied du mur de ses effets, de ses tics, de ses travers par les journalistes étrangers qui ne sont pas victimes de la fascination franco-française, il veut les dresser en les privant de questions.
Cela marchera-t-il comme cela a marché en France, grâce aux coups de fil à la rédaction, aux invitations au Plazza Athénée, aux menaces "je connais votre patron" et aux tutoiements intempestifs ?
Pas sûr. La presse anglo-saxonne est me semble-t-il moins sujette au commentaire, plus intéressée par les faits.
Et puis le monde est grand, plus grand que la petite France provinciale.
http://anthropia.blogg.org
Rédigé par: Anthropia | 26 septembre 2007 at 13:27
Je commence de plus en plus à penser que cette ambiguité des rôles est savament calculée, notamment afin d'occuper l'espace médiatique, mais aussi pour laisser le débat en terrain non miné.
Rédigé par: Gemini | 26 septembre 2007 at 15:03
>> "Guaino, lui, ne s'améliorera pas. Il sombre doucement dans une folie coupée du monde, enrobé dans son verbe."
oui, et puis de l'autre côté on a royal, qu'est pas mal non plus , dans la catégorie hallucinée.
voilà qui promet, heureusement que les Français sont parait-il cartésiens!
Rédigé par: pascale | 26 septembre 2007 at 18:00
Guaino m'a l'air de pouvoir rivaliser avec Villepin.
Pourvu que Sarkozy garde Fillon et vire cet abruti.
Rédigé par: Le Champ Libre | 26 septembre 2007 at 18:04
La lepenisation des esprits est très avancée dans notre pays de Guaino à Royal il n'y en a plus que pour la France d'abord et Jeanne d'Arc pour tous ! Le mérite de Fillon (et de Versac) est de ramener notre beau pays à sa réalité actuelle : un pays endetté, incapable de tenir les engagements internationaux qu'il a lui même rédigé et approuvé par référendum, irrespectueux de ses propres institutions (quel mandat Sarkozy a-t-il reçu pour faire évoluer la Constitution dans un sens présidentiel ? quel mandat a-t-il reçu pour aligner la politique étrangère de la France sur celle des Etats Unis ?) Il se confirme tous les jours que le pays a élu un sorte de Berlusconi à la française, l'amour de sa femme en plus mais le Milan AC en moins.
Rédigé par: Marc Lavedrine | 26 septembre 2007 at 20:56