Hier soir, sur France 3, je tombe sur un drôle de truc. Un court métrage hyper esthétisant, gros plans sur les beaux yeux d'un jeune homme, image léchée, ralentis, texte lu à voix haute en fond par la belle voie du petit Maunier des choristes, décidément de toutes les bonnes causes médiatiques. Evidemment, c'était l'impondérable, l'obligatoire, la nécessaire lettre de Guy Môquet. Avec une fin comme on en rêve, et la chute du beau jeune homme sur fond de jolis mots. On se demande pourquoi France 3 a répondu à l'injonction de célébration sarkozienne : a priori, seuls les professeurs étaient censés la lire ce matin...
Je ne sais pas pour vous, mais, de mon côté, la lettre de Guy Môquet, je n'en peux plus. Sa lecture par Nicolas Sarkozy, lors de son intronisation, m'avait déjà parue déplacée (notamment à cause du fait du prince, de la première décision monarchique de Nicolas Sarkozy, de décider seuls ce qu'on lirait en classe, mais aussi à cause du décalage entre l'auteur et le lieu de la diction). Depuis, ce n'est allé que de mal en pis, le summum étant évidemment cette lecture pathétique à l'équipe de France de Rugby.
Et voilà. Cinq mois à peine, et un texte obscur, dont on a récemment découvert qu'il existait déjà deux originaux, devient un produit médiatique abominablement ressassé, jusqu'à la nausée. Je ne veux plus entendre "ma petite maman", je ne veux plus entendre cette exhortation au courage. J'ai envie qu'on ne me berce pas de cette histoire, qu'on me fiche la paix, et qu'on laisse Guy Môquet dormir en paix.
Et surtout, je n'en peux plus de cette célébration non mise en contexte par notre président. Cette célébration où Nicolas Sarkozy oublie de dire que Guy Môquet est autant, voire plus, une victime de la République française que des nazis. Où il oublie de rappeler que le jeune homme était un militant communiste soutenant fermement l'axe Ribbentrop-Molotov, tant que c'était la ligne officielle. Un héros désincarné, suymbole de quoi ? On ne sait pas. Juste une petite histoire, un jeune qui meurt, un joli mythe, voilà ce qu'on nous propose. Un travail d'éducation, ça ?
Une histoire complexe, en somme, qui ne se satisfait pas de cette popstarisation ridicule et obligée. De ces petits courts métrages esthétisants qui ne rappellent rien mais mettent en scène.
Je suis bien heureux que mes filles soient trop jeunes pour qu'on leur lise ce texte en classe. Des textes de guerre, des histoires, j'en ai plein à leur rappeler, mais pas celle là. Pour elles, ce sera halloween, et tant mieux.
EDIT : on peut à ce sujet lire Jules, admirable, et le citer :
Le problème n'est pas seulement que cette lecture dirige la passion au service d'une idéologie. C'est surtout qu'elle enchaîne l'esprit à la tyrannie de l'émotion.
Et puis André Gunthert, au delà de son billet sombre, livre des références intéressantes.
EDIT : Laurent Joffrin lui-même verse dans la confusion :
Déchirant à tous égards, le texte est un magnifique exemple d'héroïsme manifesté dans la lutte la plus indiscutable qui soit, celle qui a opposé la Résistance aux barbares hitlériens.
Mais non, Laurent. Guy Môwuet fut arrêté non pour sa lutte contre l'occupant nazi, mais pour du collage d'affiches communistes. Son exécution est liée à l'assassinat d'un général allemand, mais la cause de son emprisonnement, sa lutte, ce n'était pas celle de l'antinazisme. C'est bien là le problème : l'émotion tue le sens...

J'espère que mes gamins s'il y a la guerre ne se feront pas enroler par un parti totalitaire qui les menera au poteau d'execution avant leur majorité.
Non mais qu'est-ce que c'est que ce modèle que l'on donne aux enfants ?
On se croirait avant la guerre de 14 à exhorter les poilus à se faire hacher menu dans les tranchées.
Qu'on leur fasse lire la déclaration d'einstein sur la bombe atomique !
Il est honteux de demander implicitement à des enfants de donner leur vie pour une cause politique
Rédigé par : HugoMe | 23 octobre 2007 à 21:26
Guy Moquet
le harry potter de la résistance.
Pathos, romantisme et tutti quanti.
Et il est vrai que c'est plus une victime de l'etat français que des nazis. Car c'est bien l'état français qui a choisi les noms à mettre sur la liste.
Rédigé par : prevalli | 26 octobre 2007 à 10:05