idnca trouve que je vous emmerde. Ce n'est pas très sympa. Alors passons à quelque chose d'intéressant. Intéressons-nous de nouveau à la tecktonik.
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Et d'ailleurs, passons plutôt au billet tecktonik du jeudi, histoire d'agrémenter la fin de semaine au bureau (un peu à la manière de l'historique friday cat blogging - une pratique initiée par un des papes de la blogosphère américaine, Kevin Drum - oui, j'aime jouer au vétéran du blogging).
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Tentons de répondre à la question (que tout le monde se pose) : comment s'est propagée la tecktonik ?
Y répondre nécessiterait un travail de recherche approfondi, une observation, tant online qu'offline, des comportements de nombreux groupes d'adolescents banlieusards, pour saisir les moteurs et mécaniques de la diffusion de ce phénomène. Et évidemment, il est trop tard pour vraiment comprendre dans le détail.
Sans aller jusque là, on peut avancer quelques hypothèses, en partant de la visibilité en ligne du phénomène, de sa propagation. Reprenons donc les étapes.
[Tout ça est une analyse personnelle, non journalistique, qui correspond à une vision très partiale du sujet, aevc une enquête de terrain réduite. Il peut donc y avoir des erreurs, mais voilà ce que je crois]
1. Avant 2007.
Jusqu'à la fin 2006, la tecktonik est un phénomène qui touche essentiellement la jeunesse des Hauts de Seine et de l'Essonne, ceux qui fréquentent, depuis pas mal de temps, les soirées du même nom dans ce haut lieu de la nuit locale qu'est le Metropolis (j'y suis allé une foisn, il faut avoir fait ça dans une vie d'homme). Pendant plusieurs années, des codes se créent, une danse émerge, associée peu à peu à des pratiques (duels) et à un look, lui même dérivé de la mode de la jeunesse du moment (quelque chose qui mixe plusieurs tendances, entre Beckham et sa crète, la coupe mulet, un peu de revival 80s, du fashion-middle -classe du type energie-gstar...)
Au bout d'un certain temps, des habitués commencent à se retrouvent en dehors des soirées pour perfectionner leur style, ils forment des équipes, des teams, et le mouvement quitte un simple statut de danse du samedi soir, pour sortir dans la vraie vie.
La vraie vie de ces personnes, aujourd'hui, c'est autant la rue, les maisons, que l'espace virtuel sur lequel il font leur sociabilité. C'est donc fort logiquement que, fin 2006, les premières vidéos apparaissent sur les sites de partage vidéo, sur les skyblogs des jeunes danseurs.
Ce sont, au tout début, des prises de vues du Metropolis. Ces vidéos resteront confidentielles, et dédiées, dans un premier temps, manifestement, à la consommation des pratiquants du Metropolis.
2. Début 2007 (janvier-mai)
A partir de janvier, les vidéos commencent à évoluer. On cesse de se filmer unioquement dans le noir pour reflêter la chaude ambiance des soirées du Metropolis, et on se filme dans les répétitions, et, peu à peu, chez soi. A ce stade, le nombre de vidéos reste très limité. Quelques dizaines tout au plus, mais certaines devienennt rapidement de véritables phénomènes, comme les répétitions stars de Spoke.
Très rapidement, semble-t-il, en l'espace de quelques semaines, la chose prend, sur les skyblogs. Enormément de monde (le compteur de Spoke passe très vite à quelques centaines de vues) va voir ce truc. Voir, d'abord. On ne s'approprie pas un mouvement de cette manière. Curiosité, intérêt.
Puis émulation. Qui touche d'abord, évidemment, les pratiquants de la tecktonik (ou de la milky way, je prends ici le nom désormais génériquement employé dans les media, on pourrait parler plutôt de danse electro). D'autres teams se mettent à ouvrir leur skyblog, à balancer des vidéos sur youtube ou dailymotion.
En mai, le phénomène est notoire dans des communautés de jeunes, mais semble encore peu pratiqué, mêem s'il a essaimé du Metropolis au Mix club à Paris. On reste dans quelque chose qui concerne majoritairement la jeunesse du 92 ou du 91, peu les parisiens, peu la province, peu les autres. LEs participants sont de plus en plus nombreux, mais la progression - rapide - se fait de manière naturelle, par absorption de personnes connues des initiés précédents.
3. Juin : l'élargissement, la révélation
A ce moment, il se passe plusieurs choses. Le mouvement aurait pu en rester là, à vivre au sein de sa communauté identifée, relativement circonscrite. Mais non : il essaime. Les compteurs s'affolent, et ça attire l'attention. D'autres skyblogueurs, bien sûr, mais aussi de journalistes en recherche de tendances. Tecknikart, à l'affut, fait un billet, dans son dossier sur la question Metabeauf. Le journal s'intéresse à ce nouveau truc qui grossit, il a trouvé les soirées folles du Metro.
A partir de ce moment, le mouvement va change de forme. Il était un petit truc d'initiés, qui se développait loin du regard externe des media de masse, qui progressait tranquillement, de pair à pair. Il va devenir le truc de l'été. Oubliez les chansons sirupeuses de TF1, pendant l'été, on va voir déferler dans les villes de la techno belge et des gars avec Mulet et fringues fluo, dansant en agitant les bras.
4. L'été : la généralisation
On part en vacances le 1er août, laissant derrière soi le MEtropolis et une bonne centaine de vidéos sur youtube ou dailymotion. Le 31 août, il y a plus d'un millier de vidéos. Fin septembre, ce sont des dizaines, voire des centaines de nouvelles vidéos qui arrivent chaque jour.
C'est donc pendant l'été que la chose s'est diffusée. POurquoi ? Est-ce le départ en vacances des banlieusards parisiens ? Est-ce le début de la médiatisation ? Est-ce l'oisiveté du jeune skyblogueur, qui fait qu'il ne peut plus passer à côté de la chose ? Est-ce l'opportunisme des patrons de boite, qui ont compris qu'il se trame quelque chose, et qu'il vaut mieux compter sur ça, plutôt que sur la macarena version 2007 pour remplir les salles de jeunes qui mettent le feu ? Sans doute un mélange.
Seule certitude : le volet online est adopté dès le démarrage. On danse tecktonik à Lyon, à Marseille, à Béziers ou Fécamp, et on le montre sur skyblog ou dailymotion. Ca fait partie du rituel, de la pratique. Tous ces gamins gavés de skyblogs, qui comptent leurs coms tous les jours en espérant que les autres lâchent les leurs sur leur photo (ou celle de leur copine, de leur voiture, de leur PC, ...) réagissent comme un seul homme à la nouvelle émulation du compteur de vues du site de partage de vidéos. Tout le monde veut devenir spoke ou Jeyjey. Ca marche, ca a pris, on est dans un truc national.
La presse a bien attrapé la chose. Les articles se multiplient, et alimentent le phénomène, ainsi que la promesse de célébrité. En mettant l'accent sur les stars initiales du mouvement, les media donnent une terminaison à la chose. Ca y est, avec la tecktonik, en dansant bien, on peut devenir une star.
5. Septembre-octobre : l'intégration
Le sujet a émergé, il est devenu officiel. On assiste alors à un double mouvement.
D'un côté, l'hyper généralisation de la pratique : de plus en plus de pratiquants, de plus en plus de vidéos, de moins en moins de visibilité pour chacun d'untre eux, un mouvement de masse, de foule, peu intelligible.
De l'autre, la starification et la récupération des initiateurs. Il faut dire que les prescripteurs habituels de tendances n'aiment pas se faire voler le monopole. Les populations en marge (hip hop, punk, rock, skate...) jugent que ce truc est trop normal, middle class, pas du tout orienté contestation. Les mdoeux et bourgeois pensent que c'est vulgaire. Surtout, c'est sorti du 92, du metro, un truc qui ne lance rien, d'habitude. Deux réactions sotn dès lors possibles.
Beaucoup critiquent. Les autres récupèrent. Yelle, intelligemment, fait son clip avec des danseurs de teckto. Quelques boites branchées parisiennes créent un corner de battle tecktonik, un peu comme, dans les années 90, les soirées Respect avaient leur corner hip hop : le branché aime la vogue populaire... D'ailleurs, au who's next, le salon de la mode de demain, un show présentera les tendances fluo avec une armée de tecktonikeurs. Toujours les mêmes fers de lance (team SMDB, etc).
Et puis, hyper rapidement, c'est le système médiatique qui intègre. Clip avec Lorie, articles dans toute la presse, et reportage d'une demi heure sur TF1. Le truc est complètement sorti d'une ombre éventuelle.
6. Et maintenant ?
Maintenant, la chose s'est normalisée. On dit tecktonik dans une phrase comme hip hop ou rock. On sait de quoi on parle. Les initiateurs, les stars du mouvement, ne sont plus sur skyblog, mais ont rejoint leurs ainés sur myspace. Les vidéos continuent de déferler, plus que jamais (la tendance est toujours à la hausse), les articles de presse sur le mouvement vont sans doute bientôt se tarir. Les soirées continuent.
On a passé le moment de hype, le pic. La redescente médiatique devrait commencer. La question est bien : était-ce la mode d'un été, et d'une rentrée, ou un phénomène qui va durer ?
On en parlera dans un prochain billet...

Pourvu que ça dure, moi je suis fan. :)
Merci pour ces billets, je te soutiens à 100% dans cette initiative. :))
Rédigé par : Matoo | 11 octobre 2007 à 09:35
Et dans sa vie de femme, il faut y aller au Métropolis, aussi ? ;)
Sinon, deux infos complémentaires :
- pour savoir si l'on peut danser la tektonic partout, je vous conseille cette vidéo(après cela, à vous d'essayer de danser la tektonic au bureau, chez vos clients, en réunion de pilotage, etc) : http://www.koreus.com/video/canalmoins-tecktonik.html
- un article sur la tektonic est sorti dans les Inrock de la semaine dernière (ou de cette semaine, je ne sais plus). Il y est dit que ces messieurs danseurs de tektonic se maquillent beaucoup, ce que je trouve un peu faux, mais bon...
Merci pour ce billet, un peu de légèreté dans ce jeudi matin brûmeux fait du bien !
Rédigé par : Olympe... qui essaye de danser la tektonic | 11 octobre 2007 à 09:59
Je me posais bien entendu la question, "comme tout le monde" : mais d'où peut bien venir la tecktonic ? Me voilà dûment renseignée. Mais à présent le suspense est insoutenable : était-ce seulement une mode éphémère ? Je ne sais pas si je vais pouvoir supporter d'attendre le prochain billet...
Rédigé par : Sophie | 11 octobre 2007 à 10:39
je suis jeune, et j'aime pas (du tout) la tecktonik ! cet article est intéressant, surtout quand on rentre en France après trois mois : j'ai découvert le mouvement en soirée. Bilan : berk. (et le look qui va avec, les pantalons ultra moulants o_O)
Rédigé par : kee | 11 octobre 2007 à 11:06
Oups, je crois que j'ai vexé Versac. Je m'en veux mais ca valait la peine: billet très instructif á tel point que je vais certainement mentionner l'exemple de la tektonik dans un cours que je dois donner demain sur les relations entre marques et "communities of practice". Ca les changera du skat et du snow...
(Oui, oui, je cite mes sources !)
Rédigé par : idnca | 11 octobre 2007 à 12:02
Il n'y aurait pas eu une pub à large diffusion (télé et ciné) pour Télé2 (le mec découvre sa facture de téléphone, se dédouble, musique techno, il tecktonise), avec le gars qui se déhanche tout pareil durant les 3/4 du spot, entre-temps ? (pendant l'été justement, même que je me suis dit "tiens, c'est nouveau et fun ce type de danse-nawak", et que depuis je n'ai rien vu jusqu'à ton blog, dans le genre "on se secoue dans tous les sens pire que Travolta sous emphet'" ; parce que bon, skyblog, j'évite, on sait jamais, c'est peut-être contagieux)
Rédigé par : palpatine | 11 octobre 2007 à 12:31
J'ai quand meme du mal a faire la difference entre la tecktonik et du hardcore techno-tunning cru 92-94. Le son est le meme, et la facon de danser pas loin de ce quon trouve dans une rave ou qu'on trouve dans une grosse boite electro. bref la seule invention ca serait pas de se filmer et de balancer tout ca sur youtube? Et le cote commerical aussi, le tecktnik fait vendre des sapes et des gadgets de mode, mais sur le fond (la danse, la musique) ya vraiment rien de nouveau.
Rédigé par : bob | 11 octobre 2007 à 14:38
Cela me parait conforme à mes propres observations. Avez-vous utilisé des articles sur le sujet pour rédiger votre billet, ou uniquement sur votre mémoire d'éléphant ?
Petit complément de ma propre mémoire : les soirées tecktonik ont commencées il y a déjà quelques années au Metropolis (mes premiers souvenirs remontent facilement a 4 ans). L'idée était de proposer au public teknoïde du Metropolis de la techno "Hardstyle" notamment par le recours de DJ du nord, belges et hollandais notamment. J'ai fait une soirée tektonik il y a 2 ans je crois, et les codes tels qu'ils sont aujourd'hui (vestimentaires, danses) ont, il me semble, évolué depuis cette époque. Il est aussi intéressant de noter que les compiles hyper-médiatiques "Tektonik" ne propose pas que du "Hardstyle", mais aussi de la House/Techno assez conventionnelle. Enfin, on peut noter que dans le nord de la France et en Belgique/Hollande se développe le "Jumpstyle". Ses fans considère le "Hardstyle" du tektonik comme dépassé, et le style trop efféminé. Pour toute recherche ethnologique, allez faire un tour sur dailymotion et tapez "Jumpstyle", vous ne serez pas deçus...
Rédigé par : SR.L | 11 octobre 2007 à 14:51
Très bon résumé du mouvement !
J'ajouterai qu'il y a deux aspects passionnants :
-tout cela est bien né dans la classe moyenne (le fameux danseur dans son garage de pavillon, en parpaing apparent...) ce qui est une réelle nouveauté par rapport aux 80's 90's.
-l'appropriation des outils du web par les adolescents, pour qui poster une vidéo sur youtube est un acte aussi naturel que de converser sur MSN.
Rédigé par : Thibaut | 11 octobre 2007 à 15:26
SR.L :
- hum, c'est emmagasiné dans ma tête, suite à des heures et des heures d'observation du phénomène. Et j'ai pris des notes, aussi. Mais lu très peu d'articles de journaux, ils sont souvent mauvais et peu fouillés sur la chronologie du développement.
- Oui bien sûr, il y a l'origine, que je n'ai pas rappelée, et il y a même "les" origines. Ce qu'on daisait dans les raves des années 90, d'où est issu le jumpstyle, les musiques, etc...
Ce qui s'appelle aujourd'hui la tecktonik (et c'est un truc assez vague) correspond à un mélange, une réinvention, un mashup de plein de codes...
Rédigé par : versac | 11 octobre 2007 à 15:36
Dans le volet "origines", je crois qu'il faut penser au voguing (peu de videos de type "vanity" et pour cause, mais on peut revoir le clip de Mondino pour Madonna). Qu'en penses-tu ?
Rédigé par : flo | 11 octobre 2007 à 17:58
je pense aussi à une chose toute bête : en rave, en soirée, il y a une émorme contrainte : l'espace disponible. Le défi pur ledanseur est de bouger dans un espace très réduit, ce qui signifie :
> occuper un minimum d'espace, ou plutôt le maximum du minimum d'espace alloué
> bouger en harmonie avec le "biotope" : ce qui passe par l'adoption de gestuelles non disruptives mais qui permettent une interpétation perso. D'abord, des gestes prévisibles et lisibles, pour ne pas heurter les voisins ; ensuite, des gestes qui permettent une "chorégraphie" commune. On dans seul, mais en fait non, on n'est pas seul, la scène forme une sorte de corps de ballet. Il y a une sorte d'exigence d'harmonisation --ça me fait penser à ce phénomène qui fait que les spectateurs qui applaudissent finissent toujours par le faire tous ensemble sur un même tempo.
La Ttonic permet d'aboutir à cette double exigence "pariculière" et "générale", il y a comme un mime de ce qui se passe quand l'intérêt général et l'intérêt particulier sont confrontés et doivent s'entendre. Le danseur en boîte ou en rave consent à des "sacrifices" (espace, lilitation de ses déplacements, de l'amplitude de sa gestuelle), mais l'effet général et les propositions faites par les innovations de autres et les codes de la nouvelle danse nourrissent suffisamment son "intérêt particulier" pour qu'il y aille avec consentement et participation. La Ttonic, la rave ou la boîte, comme métaphores politiques ? bon, je veux pas pousser quand même, mais quand on regarde la façon dont les tendances émergent et se formet dans une "communauté" d'exigences et de contraintes, je trouve que ça y fait un peu penser.
Supposons donc que la danse qui a du succès et qui dure est celle dont les codes esthétiques permettent de concilier au mieux l'intérêt particuliet et l'intérêt général, et génèrent une vie commune sans conflits et avec ouvertures (aux gestes nouveaux, aux courants "extérieurs" qui de concurrents deviennent confluents) sur l'espace alloué. On a une métaphore de régime politique ;))
Rédigé par : flo | 11 octobre 2007 à 18:14
une petite précision tirée de mon expérience personnelle, une petite histoire plutôt :
Parisien, j'assiste, en juin, à un mariage au fin fond de la franche-comté et je discute avec deux cousins qui vont passer le bac, l'un est franc-comtois, l'autre vient d'une commune rurale de la Loire et j'ai été stupéfait de voir qu'ils connaissaient et pratiquaient (un peu) la tektonik !
donc la propagation est antérieure à l'été et a toucher autant les 16-18 ans urbains que ruraux !
après savoir comment on est passé du 92 au 42 ou au 25, là j'avoue que je ne sais pas ...
Rédigé par : Samuel | 12 octobre 2007 à 17:27
bonjour,
je pratique la tecktonik et je vais régulièrement au mixclub depuis octobre 2006, et je trouve ce billet très juste. L'avant été 2007 est cependant assez négligé dans la capitale, j'avais déjà été impressionné par l'expansion spectaculaire de ce mouvement devenu ensuite national grâce à internet. Phénomène de mode peut-être au niveau vestimentaire, mais la danse, elle, maintenant associée à la musique électronique et hardstyle, va surement durer et bien sûr évoluer.
Rédigé par : Thibault | 17 octobre 2007 à 16:44