Ma note précédente était un peu lapidaire, lancée un soir tard, après quelques lectures de mes espaces de discussions préférés aux Etats-Unis. J'approfondis donc un peu, n'ayant pas eu le loisir de le faire hier, la petite pique contre les détracteurs de Total, qui en reviennent systématiquement à cet acteur dans l'analyse de la Birmanie.
L'idée n'est pas d'exonérer Total de responsabilité. Ni même de régler le cas, épineux et complexe, de la question du faut-il y aller, ou pas. Et si oui, sous quelles conditions ? Je me situerais volontiers plutôt dans le camp de ceux qui pensent qu'il vaut mieux y aller que de laisser la Chine ou la Russie exercer une influence beaucoup plus mêlée d'intérêts autres qu'économiques, et moins liée à une obligation de vertu, même relative. Comme le remarquait un commentateur, Total n'a pas d'intérêt majeur à soutenir un régime. Son intérêt est dans la stabilité et les bonnes conditions pour "faire du business". Parmi ces conditions, il y a l'image et les procès qu'on peut lui faire dans son pays, qui l'obligent à metrte en place localement un code de conduite que ne mettrait pas en oeuvre un acteur chinois ou russe, à coup sûr.
Mais passons sur ce débat (ou relançons le en commentaires, ce ne sera que le n-ième sur ce sujet).
Ce qui m'intéressait, dans cette remarque anodine sur le fait que le liberal américain croit qu'il n'y a que Chevron qui agisse en Burma, et l'activiste français ne voit que Total gérer les ressources pétrolières en Birmanie, c'est justement cette particularité, à l'heure de l'internet et de l'accès égal à l'information.
Les ressources ne manquent pas pour comprendre la situation locale. De nombreux rapports sont en ligne, des donnéees existent. Le rapport de Bernard Kouchner, sur lequel tant est dit, est disponible également (pdf). Pourtant, continuent à circuler des commentaires multiples, énormes, permanents, comme un flot de pensée unique, sur le thème "la prospérité de la junte dépend de Chevron/Total" (rayez la mention inutile selon votre pays d'origine), suivi d'un commentaire en général lapidaire sur les complices des dictatures que sont les multinationales.
C'est même le point Godwin de l'analyse économique du café du commerce virtuel sur la Birmanie. Parlez de la Birmanie, on vous donnera tout de suite du Total en France, de l'Unocal/ Chevron aux Etats-Unis. Comme si le projet Yadana était le seul sujet, avec la Dame, qui permette de comprendre le pays en deux coups de cuiller à pôt. Comme si un gazoduc était la pierre d'angle de toute analyse politique de ce pays.
C'est un peu inquiétant, ou désespérant, je ne sais pas, cette propension à simplifier à l'extrème les sujets, à répéter de la petite phrase simple, tendance qui me semblaient un peu sur le déclin, ou au moins un peu plus noyées dans l'océan d'information de l'internet. Peut-être manque-t-il, sur la Birmanie, de travaux d'information détaillées et accessibles. Peut-être manque-t-on de journalistes sur place.




c'est tout de même un peu facile.
On répondait simplement qu'il s'agissait pour une fois du "voir la poutre qu'on a dans l'oeil plutôt que d'emmerder le voisin avec sa paille".
Bon.
Ensuite le simplisme est aussi chez Adler ou Kouchner ou Amara dans leur "vaut mieux y être plutôt que les chinois (moui enfin hein...) et puis l'économie n'est pas morale elle ne demande que de la stabilité donc elle n'a rien à voir"... mouais... on a aussi le droit de trouver la position extremement confortable et très très simpliste.
On peut aussi constater que TF1 qui fait du service après vente pour un dictateur client de Bouygues ou que Monsanto qui fait pression pour censurer des journalistes ou que Total qui aime tellement la neutralité et l'ordre se satisfait bien des accords avec les dirigeants dictatoriaux qui sont beaucoup plus simples que des régimes démocratiques avec des impots, des droits, des mises en concurence etc.
et je suis désolé mais je préfèrerais qu'une boite française qui nous abreuve de pub à la con sur le monde il est beau s'abstienne de se faire des ronds sur le dos d'un pays qui souffre d'une dictature. c'est une question morale. Le fait que la chine prendrait la place me navre mais ce n'est pas mon probleme. Ce genre de raisonnement pourrait justifier tous les manquement. "ah ben si c'est pas moi ça sera un autre donc autant que ce soit moi"
ben ouais hein ?
si c'est pas moi qui vend les diamants de l'afrique du sud de l'apartheid ce sera quelqu'un d'autre donc autant que ce soit moi. Mendala vous aurez dit merci.
ensuite pendant qu'amara n'a rien compris. Je rappelle, ce que vous oubliez de faire que les opposant birman au régime (qui se sentent très concernés) demandent le retrait de ces entreprises. ah ben ça les cons ! z'avez qu'à faire des rapports avec le docteur K.
Et dans les commentaires d'hier personne n'a dit "c'est Total qui finance la dictature"... le nouveau point godwin d'une certaine bien-pensance c'est d'accuser le contradicteur d'être un simpliste qu'il n'a jamais été. Cette thèse de total finançant la dictature est finalement peu developpé, mais en revenche la question morale, la question de la pression, la question de l'impact, la question de la participation etc sont des questions qui sont posées et au coeur desquelles on trouve TOTAL ou Chevron.
Rédigé par: machinchose | 09 octobre 2007 at 11:32
> inquiétant, ou désespérant, cette propension à simplifier à l'extrème les sujets, tendance qui me semblait un peu sur le déclin, ou au moins un peu plus noyées dans l'océan d'information de l'internet.
Justement l'océan Internet fait partie du problème, pas de la solution. Voir aussi les difficultés de Wikipedia entre l'utile, l'accessoire et la manipulation.
> Peut-être manque-t-il, sur la Birmanie, de travaux d'information détaillées et accessibles.
S'il n'y a pas de journalistes sur place, il suffit de chercher "diaspora birmane" pour trouver d'autres sources d'information.
Par exemple:
http://www.anussati.org/vivre/spip.php?article45
Rédigé par: pascal | 09 octobre 2007 at 12:01
"Total n'a pas d'intérêt majeur à soutenir un régime. Son intérêt est dans la stabilité et les bonnes conditions pour "faire du business"."
Si vous aviez pris le temps de lire le rapport parlementaire particulièrement rédigé à ce sujet en 1999, vous auriez appris (?) que les dictatures sont d'excellents partenaires pour les pétroliers de par leur capacité à mobiliser la main d'oeuvre requise sans qu'il soit utile de recourir à des engins compliqués et leurs insupportables techniciens spécialistes, leur efficacité à exproprier les sols, leur capacité à ignorer les contraintes environnementales et toute la bonne volonté dont elles font preuve comme partenaire industriel des géants pétroliers.
Donc, oui, le business pétrolien prospère infiniment mieux dans les dictatures qu'en démocratie. Par exemple, n'avez-vous pas remarqué qu'il n'y a guère qu'en Alaska que quelques vagues voix discordantes parlent du coût écologique de l'extraction et du traitement de pétrole ?
Rédigé par: Gus | 09 octobre 2007 at 12:25
Ce que tu remarques sur la Birmanie avec ce post mais aussi quelques précédents, c'est un phénomène bien connu : on retient d'un évènement ce qui est "saillant", pas forcément la réalité de cet évènement. Voir cet article de J. Kay sur le sujet :
http://johnkay.com/political/462
Dans le cas de la Birmanie, ce qui est saillant pour l'occidental moyen, ce n'est pas la situation politique du pays (peu de gens y vont, et ceux qui y vont se contentent souvent de visiter les bâtiments touristiques) mais les récentes manifestations, parce qu'elles sont passées à la télé. C'est le prix Nobel d'Aung San Suu kyi, parce que cela a été l'occasion de parler de ce pays. Ce sont les compagnies pétrolières parce qu'on en voit les stations d'essence chez soi.
De la même façon, je réévalue le risque d'être cambriolé lorsque j'apprends qu'une connaissance a été volée, pas lorsque les statistiques des cambriolages en France changent (d'ailleurs, je ne les connais pas), etc. On parlait plus du Sida lorsque c'était une épidémie hors de contrôle dans les pays développés; maintenant que ça ne l'est que dans des pays pauvres, on se contente de dénoncer par réflexe la méchanceté des compagnies pharmaceutiques ou du pape. etc, etc.
Effectivement, cela conduit à constater un déséquilibre entre la réalité d'un phénomène, et sa perception-description chez nous. Il est fort possible que paradoxalement, l'internet conduise à amplifier ce phénomène plutôt qu'à le réduire, parce qu'il amplifie souvent le phénomène communautaire de pensée en vase clos.
Rédigé par: alexandre delaigue | 09 octobre 2007 at 20:04
Je dévie un peu du sujet, tout en restant dans la ligne (de mire). Devant ce régime dictatorial et sanguinaire, je ne comprends pas la passivité des gendarmes du monde. "Hope & Freedom", ça vaut pas pour les Birmans ?
Rédigé par: Antoine Block | 09 octobre 2007 at 22:44
Je n'aime pas beaucoup les effets de mode ni les effets de meute. Et encore moins la focalisation sur les symboles et l'indignation sélective.
Total est une grosse compagnie pétrolière ; elle est basée en France, et son management n'est jamais très éloigné de l'Etat français, puisque les ressources pétrolières sont considérées comme stratégiques.
Il faut quand même noter que seulement 24% de ses actions sont détenues par des résidents français, le solde se répartissant en Amérique du Nord (26%) et le reste de l'Europe (38%). Source : document de référence Total 2006. Le premier actionnaire de Total est constitué des holdings des milliardaires Albert Frère (très influent, Belgique) et Paul Desmarais (Canada), CNP et GBL. Reste-t-il un peu d'indignation pour eux ? Ce serait pas mal : en tant que premiers actionnaires, ce sont mécaniquement eux qui perçoivent les plus gros paquets de dividendes que Total retire de son activité.
L'exploitation de pétrole, comme l'exploitation minière en général, est un business sale, tant en termes d'environnement que pour les populations voisines. C'est pourquoi il est plus simple pour une minière/pétrolière de faire ce genre de boulot dans des pays où le droit des gens comme celui de l'environnement n'est pas une priorité.
Total fait donc son métier de compagnie pétrolière, si possible dans des pays pas trop regardants. Soit. Il faut aussi que dans des pays à « risque politique » élevé, les compagnies pétrolières se mettent à plusieurs pour exploiter un champ pétro-gazier, afin de diluer ledit risque.
Total ? Bien sûr qu'il y a Total, car c'est sans doute l'un des plus gros et qu'il y est établi depuis longtemps. Il est associé à l'américaine Unocal – enfin maintenant on dit ChevronTexaco, qui a avalé Unocal l'année dernière. ChevronTexaco, c'est le numéro 2 mondial des compagnies pétrolières cotées, deux places devant Total.
Et Petronas (Malaisie), ONGC Videsh (Inde), PTT Exploration & Production (Thaïlande), Daewoo International (Corée du S), CNOOC et China Petroleum (Chine populaire). Pour mémoire, parmi ces dernières compagnies citées, toutes sauf Daewoo sont partiellement ou totalement détenues par les Etats dont elles sont originaires. Le rapport politique est donc d'autant plus étroit.
Alors on peut bien taper sur Total, après tout elle ne l'a pas démérité. On peut même appeler Total à se retirer de Birmanie. Mais pratiquement, qu'est-ce que cela va changer ?
1. Notre bonne conscience se sentira mieux, et chaque fois qu'elle passera devant une station service Total, elle aura l'occasion de se rappeler sa grandeur d'âme. Puis d'oublier la Birmanie.
2. Pour les Birmans, cela ne changera rien. D'autres compagnies remplaceront Total, mais comme on ne les connaît pas, celles-là... Que les choses soient claires : je ne défends pas Total. Mais quand on se pique de défendre le peuple birman, on devrait penser à ce genre de choses, non ?
D'ailleurs, avez-vous entendu parler de Maurel & Prom (France), de Lundin Petroleum (Suède et Suisse), de CNOOC (Etat chinois) ? Par exemple, car on peut en trouver des centaines d'autres. Eh bien il se trouve que ces (plus ou moins) petites pétrolières compagnies font exactement la même chose que Total au Gabon, au Soudan, et dans tout un tas de pays pourris du même genre. Mais elles n'ont pas de station service.
Pour mémoire, CNOOC fait partie de ces compagnies chinoises qui achètent les deux tiers du pétrole soudanais – sous le prix du marché, car elles arrosent les officiels de Khartoum – tout en ne disant pas un mot au Soudan pour les carnages qu'il incite ses milices janjaweed à réaliser contre la population noire du Sud/Sud-Ouest du pays. Ca n'a pas l'air de déranger grand' monde. Pourtant, CNOOC n'est pas une inconnue : elle avait voulu racheter la ricaine Unocal (encore elle) l'année passée, avant que Washington – tout plein de pétroliers texans – n'évite cela. CNOOC est d'ailleurs cotée en Bourse de New York. 30% de son capital n'appartient pas à Pekin, mais à tout un tas d'investisseurs internationaux. Indignation ?
Rares sont ceux qui se doutent de leur existence, donc ces compagnies n'auront jamais droit à la moindre indignation bloguesque. Ni à des bannières "Free Gabon" ou "Free Sudan".
Le Nonce
Rédigé par: Le Nonce | 10 octobre 2007 at 00:20
La stabilité est au contraire quelque chose de moral. C'est même une bonne occupation des gouvernements.
On ne peut pas dire que le régime Birman encourage dernièrement cette stabilité, car il ne semble pas s'être occupé de certains problèmes de famine.
Comme on ne peut pas dire que les gouvernements français depuis qq dizaines d'années aient encouragé la stabilité en induisant économiquement un état de fait qui amènera des tensions entre les générations.
Rédigé par: thierryl | 10 octobre 2007 at 11:08
total est vulnérable aux pressions de l'opinion publique parce qu'elle est visible et parce qu'elle est une société cotée en bourse. Si une autre compagnie la remplace, malaisienne ou chinoise ou n'importe quoi et ce ne sera ni visible ni coté en bourse. les généraux en profiteront pour renégocier le contrat et augmenter leurs recettes. le résultat sera moralement satisfaisant et politiquement absurde.
si les généraux survivent depuis trente ans, c'est moins en raison de total que de la rivalité sino-indienne qui leur permet de manger des deux cotés. on devrait aussi s'interroger sur les bouddhistes de birmanie et d'asie. pourquoi ne sont-ils pas en mesure de monter sur le moyen terme une opération politique prudente et efficace qui ferait réfléchir les généraux ? est-ce parce qu'ils sont divisés ? ou indifférents ? mais rappelons nous les bouddhistes vietnamiens, qui avaient réussi à faire bouger les lignes au sud vietnam...
Rédigé par: aramis | 10 octobre 2007 at 15:43
ça me fait quand même doucement rigoler.
donc "ça ne changera rien" donc c'est pas grave. Ah si c'est grave mais il y en a d'autre... oui ?
ah si "si on les sort de Birmanie on l'oubliera" ... mouais...
et le "ça ne changera rien pour les birmans"... ah ben si : d'ailleurs ils le demandent eux même, comme des grands. Ils demandent à ce que les milliardaires du pétrole évacuent. Mais sans doute sont ils trop cons pour comprendre la realpolitik... les ânes.
et puis de toute façon tout ça c'est pas total c'est la chine donc continuons à amasser des bénéfices dégueulasses puisque c'est la faute à la chine...
bof...
je savais que le capitalisme était hors de la morale mais là...
Rédigé par: machinchose | 10 octobre 2007 at 17:18
Pauvre Total quand même...c'est pas vraiment leur faute, c'est le systeme qui veut ça alors autant que ce soit nous qui en profitions...Et puis nous on fait ca avec un peu de morale et d'éthique, pas comme les chinois! Et puis notre état démocratique ne peut pas se meller de tout dans le monde, ça ne nous regarde pas...on est à droite en france c'est pas pour faire du social en Birmanie, soyons raisonables! De plus, je dirais que heureusement que les pays pauvres nous raportent des milliards, pour compenser les millions que nous coute leur émigrés.
Versac, peu m'importe d'être d'accord ou pas avec toi, si au moins tes article étaient interressants. Pas de réels arguments, juste des impressions, lancés comme des vérités, avec le dédain du sage incompris: "inquietant ou désespérant"... C'est toi et le journalisme de bas étage que tu défend qui sont inquietant et désesperant.
Rédigé par: Nicsos | 12 octobre 2007 at 16:00