Je trouve dommage le titre (et la fin) de l'article d'écrans, qui épouse le cadrage imposé par les tenants de "l'industrie du disque", et qui est assez facile à résumer par un joli shorter :
Ces abominables pirates n'ont absolument aucun respect pour la propriété intellectuelle : regardez, on leur donne quelque chose de gratuit, et ils vont le voler quand même.
Ce cadrage est stupide. Il méconnait les usages, les comportements, et s'attache à appliquer un comportement moral honteux sur ce qui relève d'une pratique de masse. Que se passe-t-il ? Quel est le message induit par l'approche de Radiohead ?
Tout simplement celui de la libre appropriation de l'œuvre. Radiohead, implicitement, adopte la réalité du comportement de millions de consommateurs, ne joue pas l'hypocrisie. Vous allez l'échanger ? Nous jouons le jeu, nous vous proposons une démarche autre. Implicitement, l'internaute comprend : ok,
j'en fais donc ce que je veux. D'autant que le fichier est dépourvu de DRMs (ces trucs qui empêchent la copie sur plusieurs supports).
Il ne fallait pas attendre d'autre réaction des défenseurs des droits de l'industrie du disque, à cette expérience intéressante d'un groupe qui montre qu'il saisit la réalité de la pratique de son public, et contrevient aux règles habituelles d'une industrie. Je trouve juste dommage qu'un quotidien qui se dit en phase avec ces sujets, et compte des journalistes pour le moins compétents sur le sujet, laisse passer des cadrages aussi peu délicats...
Pour un bilan plus intéressant, lire ratiatum.
[Edit : le cadrage sur "on pirate quand même" est partout sur internet, forte reprise de l'article de Forbes. Même techcrunch titre "Even Free Can’t Compete With Music Piracy". Très intéressant que cette tentative réussie de cadrage des conclusions. Au lieu de titres du type "Radiohead vend trois fois plus d'albums que son précédent" ou "Radiohead gagne beaucoup plusqu'avant", on a des analyses qui vilipendent les pirates.

"Le Monde" lui-même est inhabituellement dur sur le sujet. Allant même jusqu'à mentionner le jeu trouble de certains eurodéputés français, d'ailleurs utilement évoqué pendant la campagne pour le référendum de 2005 sans que la presse ne trouve à cette époque utile de mentionner ces étranges liens entre partis politiques, élus européens et grande industrie :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-968556@51-956314,0.html
Rédigé par : Gus | 18 octobre 2007 à 23:15
Hello,
(pour ceux qui n'ont pas lu l'article dont parle Versac, j'en suis l'auteur)
Je ne suis pas forcément d'accord avec ce que vous dites de mon papier (déjà parce que j'émarge au rang de ces abominables pirates ;) A vrai dire, je ne comprends même pas trop les reproches... Je n'ai franchement pas l'impression d'avoir collé à la ligne officielle (je la cite certes, mais eh, je trouve aussi ce genre de réactions intéressantes).
L'article de Ratiatum est très bien, même si je trouve qu'il est franchement un peu tôt pour tirer des enseignements du coup de Radiohead. La période suivant la sortie du disque physique devrait être beaucoup plus intéressante pour ça.
Rédigé par : Sébastien Delahaye | 19 octobre 2007 à 01:21
Sébastien : c'est surtout le titre qui me gène. "Radiohead pirate malgré tout". Si ce n'est pas épouser ce prisme...
Ce point de vue me semble intéressant, comme celui d'une des parties prenantes au débat. Mais il n'est pas vraiment présenté comme tel, alors que les speakers ne sont pas des anges, et forment un cadrage bien précis de l'expérience.
Rédigé par : versac | 19 octobre 2007 à 10:10
versac, amusant au boulot j'ai discuté avec quelques collègues qui apres avoir survolé les médias pensait dur comme fer que Radiohead s'était tout fait "piraté" et n'avait rien vendu.
C'est bien sur vite corrigé avec les bonnes URLs mais il est difficile de ne pas voir une opération de communication rondement menée : pas de vagues pendant qu'on discute de la N-ième loi anti "pirate" a l'assemblée. Et la ministre de la culture qui rappelle a Iliad que pour avoir une licence dans le téléphone il faut attraper son quota de "pirates".
L'article wikipdia sur l'album est bien fait :
http://en.wikipedia.org/wiki/In_Rainbows
Rédigé par : Laurent GUERBY | 19 octobre 2007 à 23:24
Une interview récente d'un artiste qui doit toute sa notoriété à internet.
http://www.infos-du-net.com/actualite/dossiers/70-8-deezer-jamendo-lastfm.html
Peut-être faut-il préciser qu'il "sort" plusieurs albums par an (trois en six mois en 2007 sauf erreur)
Rédigé par : Gus | 20 octobre 2007 à 09:10
Laurent Guerby: Le plus ironique dans l'affaire des propos d'Albanel concernant Free n'est pas qu'elle ricidule l'indépendance supposée de l'ARCEP : c'est qu'elle témoigne de l'ignorance d'un fait archi-connu, qui est que *tous* les fournisseurs d'accès à internet savent que les services de pages perso qu'ils proposent servent à échanger des "reproductions d'oeuvres protégées".
Free, soucieux de lutter contre le piratage tout en il est vrai ne rebutant pas trop ses clients a pris quelques mesures "techniques" pour rendre la technique relativement difficilement utilisable, et créé le service dl.free.fr pour les usages présumés licites que les mesures techniques prises interdisaient, tout en pointant du doigt le phénomène. Free a d'ailleurs été globalement imité par les autres gros acteus du secteur avec des stratégies plus ou moins assumées, mais toutes parfaitement lisibles par leur clientèle : des services iso-fonctionnels existent chez wanadoo et 9telecom, mais manifestement, Mme Albanel l'ignore.
Remarquez, l'expérience incite à croire des jeunes ministres des premiers gouvernements d'une majorité donnée est souvent bref. Qui, par exemple, se souvient de Claudie Haigneré ? Ministres d'ouverture, prenez-en de la graine...
Rédigé par : Gus | 20 octobre 2007 à 09:20