Sur lemonde.fr, on relate la mobilisation, sur internet, des partisans d'une ratification du traité par voie constitutionnelle. Un article qui évoque la mobilisation en ligne, sans vraimentn nous montrer s'il s'agit là de quelque chose de vraiment comparable à 2005. Il faut dire qu'il n'est pas forcément aisé d'évaluer ce type de mouvements en ligne - c'est un méier :).
Passons sur le bon vieux duel annoncé entre Etienne Chouard et moi-même, comme une redite de 2005 :
En dehors de la sphère politique, Etienne Chouard, professeur d'informatique et de droit dans un lycée de Marseille, affronte sur la blogosphère comme il y a deux ans, Nicolas Vanbremeersch, alias Versac, qui milite en faveur d'une ratification parlementaire du traité de Lisbonne. D'autres sites, plus vindicatifs comme non, c'est non, demandent que le vote de 2005 soit respecté.
D'abord, ni Etienne ni moi n'agissons "en dehors de la sphère politique". Nous en faisons partie intégrante, en tant que citoyens. On imagine que le journaliste voulait dire "en dehors des partis" ou "à côté des ténors"... Et puis, surtout, évoquer 2005 comme un duel entre deux personnalités est une très mauvaise manière de comprendre ce qui s'est passé, en ligne, il y a deux ans, où ce sont justement les aspects collectifs, les réseaux de toutes parts, qui ont joué. Enfin, il n'y a pas, aujourd'hui, de duel entre Etienne et moi : nous ne nous parlons pas, ne correspondons pas, ne rebondissons pas sur les mêmes thèmes. J'ajoute que je ne milite pas (si publier est un billet est du militantisme, alors on peut considérer que je milite pour beaucoup de choses !).
Passons sur ce paragraphe un peu sensationnel. Que peut-on noter sur la mobilisation our le referendum, en ligne ?
D'abord, une absence totale de liens, un recloisonnement des sphères nonistes. Un des facteurs-clefs de succès de la campagne du non, en 2005, sur le web, a été la fin des cloisons entre tous les partisans du non, et la mise en valeur d'actions décentralisées, leur récupération, quel que soit l'émetteur (on a ainsi vu des sites d'extrème gauche relayer des argumentaires issus de personnes de droite, etc...). Aujourd'hui, c'est le cloisonnement qui domine : chacun propose sa pétition, sa mobilisation, et il n'existe plus de carrefours et de relais popur faire monter la sauce.
L'explication est simple : alors qu'en 2005, tous étaient tournés vers le résultat, aujourd'hui, le résultat étant fortement incertain, c'est surtout la récupération d'adresses et la notoriété qui prime. On se saisit d'un évnement sur lequel on marque un désaccord fort, sur un thème simple (l'anti-démocratisme présumé de la démarche), et on engrange. Oh, bien sûr, ces partis et mouvements souhaiteraient que ça marche, qu'un nouveau referendum rejette le nouveau traité. Mais ils n'ont manifestement pas assez confiance dans l'issue pour se réunir.
L'impact est assez simple : tout ça plafonne. Près de 11.000 signataires pour une pétition de nonoreferendistes, c'est à la fois pas mal, mais en même temps assez ridicule, si l'on songe au potentiel engrangé lors de la campagne de 2005. Cela témoigne surtout d'une mobilisation de personnes engagées, militantes, des sphères déjà actives. C'est un chiffre facile à obtenir en quelques jours pour des réseaux come les nonistes du PS, les chevénementistes, les communistes...
Et de fait, on reste, pour l'instant, essentiellement cloisonné, sur ce sujet, dans les sphères militantes, de gauche noniste ou de droite souverainiste. Aucun embrasement général, pas d'explosion, pas de transmission dans des sphères grand public.
Ce qui ne sera pas mesurable ou évaluable, ce sera cette transmission de pair à pair d'argumentaires ou de chain-mails, comme ce diaporama powerpoint (on se croirait dans le militantisme version 1997 !) qui dit quelque chose de simple. Pour l'instant, des retombées de la chose en ligne, on peut estimer qu'il circule peu.
Bref, des partisans se bougent. Sans réel succès pour l'instant. Cela s'explique. Deux ans après, les électeurs semblent ne pas avoir envie de revivre le grand moment de 2005. Ils n'ont pas dit "merde" en 2007, quand on leur a proposé tous ces candidats à la présidentielle. Ils ont voté pour quelqu'un qui leur disait qu'il ferait ainsi. Ils semblent l'accepter. Résignation ? Peut-être un peu, mais dans un sens assez logique : a-t-on réussi, en deux ans, à monter autre chose ? Est-il réaliste de rêver à un plan B qui réglerait tous ces problèmes ? Les français semblent, sans doute avec un peu de rancoeur, peut-être avec quelques regrets, compris que le grand soir social-européen qui transformerait l'Europe en un projet simple et facile n'était pas pour aujourd'hui.

Le commentaire sur le fond du TME n'a, à vrai dire, même pas commencé.
Comme en 2005, il s'agit tout d'abord de forcer les grosses écuries (PS, notamment) à se positionner officiellement et bien claironner leurs positionnements respectifs PUIS, et uniquement à cet instant-là, s'appuyer sur les adversaires traditionnells des grosses écuries ayant choisi le "mauvais" camp pour diffuser des argumentaires ciblés.
Par exemple, je ne doute pas une seconde du soutien discret et efficace des réseaux UMP à une consigne de gauche proposant, par exemple, de refuser désormais de voter pour tout socialiste affichant sont soutien à la ratification parlementaire du traité proposée par Sarkozy.
Rédigé par : Gus | 06 novembre 2007 à 21:21
Vas y Versac pète lui la gueule à l'autre godillot de professeur !
Selon un sondage 61% des français souhaitent passer par la voie référendaire pour ratification. Alors même si la mobilisation des nonistes est marginale sur le net la volonté des français est elle plus franche.
Pour ma part j'hésite, entre demander l'avis des français et passer par la voie parlementaire. Il serait plus légitime de repasser par la voie référendaire, puisque ce qui va être proposé à l'appréciation du Parlement est exactement la même chose que ce qui avait été rejeté. D'un autre côté, les français seraient capables de voter contre; ces cons !
Rédigé par : POLITOBLOG | 06 novembre 2007 à 21:37
À mon avis, on est en train de phantasmer pas mal sur "l'effet internet". Déjà en 2005, contrairement à ce que tu dis, il y avait un phénomène de cloisonnement: les sites nonistes certes se repassaient les argumentaires des uns et des autres, mais ils fonctionnaient énormément comme un gros vase clos: le trafic était important, mais en réalité, il s'agissait pour l'essentiel de nonistes, déjà convaincus, souvent déjà militants avant le référendum, qui allaient sur un site pro-non, puis sur un deuxième site pro-non, puis sur un troisième, un quatrième, etc... Et lorsqu'il y avait "rencontre" entre partisans du oui et du non, il s'agissait souvent de rencontres entre militants qui déployaient chacun un argumentaire appris par cœur tout en traitant l'autre de raciste/traître à la patrie/vendu au capitalisme/populiste/agent des USA/amis des islamistes (rayez la mention inutile) Bref, il y avait là beaucoup d'entre-soi et beaucoup de ces classiques noms d'oiseaux que s'échangent les militants quand ils sont au chaud à l'abris derrière leurs écrans, en d'autre termes, la campagne du référendaire sur le net n'était pas si ouverte que ça au citoyen ordinaire vivant à l'extérieur des appareils et de leurs stratégies et manœuvres de conquête et de conservation du pouvoir.
Bien sûr, quand le non l'a emporté, les sites du non ont claironné "c'est grâce à nous" et en chœur, tout le monde, médias, militants, blogueurs trop content d'être sacrés faiseurs de rois et de lois a repris cette déclaration de victoire d'internet sur la "vieille politique" alors qu'en réalité, ces sites étaient déjà trop cloisonnés pour pouvoir changer le résultat, laissant le vieux bouche à oreille être le facteur qui fit la différence.
Rédigé par : Laurent Weppe | 07 novembre 2007 à 08:08
Et, entre parenth-se, il faudrait que tu écrives au Monde. Le lien vers ton blog ne fonctionne pas. Ca, c'est un scandale!
Rédigé par : Eric | 07 novembre 2007 à 08:11
Votre post dépeint bein la situation : les militants nationalistes acharnés qui ont pu bénéficier de l'effet de loupe du référendum s'effrocent de retrouver leur quart d'heure de célébrité en gigotant dans leur coin mais le débat est derrière nous.
Le fait que une partie des dirigeants du Parti socialiste reviennent à une position plus responsable démontre bien que leur positionnement de 2005 n'était qu'un positionnement tactique.
La vérité c'est que le nouveau taité de Lisbonen n'est pas le traité constitutionnel et que c'est cette dimension constitutionnelle qui a permis aux anti-Européens de détourner le débat de ratification, car le titre de "Constitution" leur a donné matière à exiger la perfection, ce que l'on n'attend pas d'un simple traité international. Cette dimension symbolique a joué dans un pays qui a eu une bonne douzaine de constitutions. Tant pis si c'est justement cetet dimension constitutionnelle qui allait permettre de peser ensuite pour continuer à demander de nouvelles avancées, ou si juridiquement rien n'était différent. Le prétexte était là pour se lancer dans un de ces débats théologiques qui amuse les Français. Aujourd'hui ce n'estplus le cas, d'où là difficulté e mobiliser au elà des cercles traditionnels de l'extrême droite nationaliste et de l'extrême-gauche social-nationaliste.
La preuve en est que ces derniers ont renoncés à critiquer le fond du traité et qu'ils ne trouvent pour nourrir leur râleries que des pinaillages de procédure.
Alors bien sur les sondages disent que les sondés veulent un référendum. Mais si l'on pose la question sur n'importe quel sujet on obtient toujours un accord de principe pour être consulté sur une question, quitte à ne pas aller voter ensuite si on a mieux à faire. Faut-il rappeller que les sondages indiquent aussi que les Français souhaitent majoritairement une Constitution européenne ?
L'indigence des "arguments" du camps nationaliste et la faiblesse de la soi-disante mobilisation font de tout ceci phénomène très marginal qui ne fera pas vendre de papier à nos amis du Monde. Peut être à National Hebdo ou à l'Humanité tout au plus.
Rédigé par : valery | 07 novembre 2007 à 08:27
sur la problématique "chouard et versac sont en dehors de la sphére politique" c'est encore la dichotomie faite par les médias traditionnels sur "le bloggeur ou le possesseur de site a-t-il ou non une carte de parti".Tout comme certains médias confondent le blog politique avec le blog d'ELU politique (notamment dans la presse regionale).
Dans un blog suffisamment bien foutu, la dichotomie n'existe pas en réalité, il faut que le bloggeur soit une simple courroie de transmission des instructions du parti pour que le blog soit réellement différent d'un blog politique non encarté.
Rédigé par : romain/socdem/lyonnitgude(s) | 07 novembre 2007 à 09:16
Hem, Valery, excusez-moi de remettre en cause vos confortables convictions... mais il y a des gens qui ont voté non sans pour autant être des militants nationalistes irresponsables.
Rédigé par : Emmeline | 07 novembre 2007 à 09:26
@ POLITOBLOG : con toi même.
Rédigé par : Aetius | 07 novembre 2007 à 09:44
Personnellement, ce que je remarque, c'est qu'en 2 ans, aucun effort n'a été fait pour expliquer l'Europe, son fonctionnement, ses blocages actuels, son ambition, sa profonde démocratie supranationale...
On en reste au plan des "dogmes" (OUI/NON) sans une réelle information sur ce que nos gouvernants en font et en feront : Tout cela est absurde !
Rédigé par : infreequentable | 07 novembre 2007 à 10:22
Valéry, je ne suis pas certain que la méthode Coué ait quelque effet que ce soit dès lors qu'on présume des motivations ou opinions de ces autres dont on s'exclut.
Y recourir n'est donc guère qu'un moyen comme un autre d'afficher ses angoisses et donc, renforcer la motivation des adversaires qu'on se désigne en les insultant ou du moins, en prétendant tous les englobant dans un modèle aussi étriqués que celui que vous présentez.
En 2004 déjà, la blogosphère dans son ensemble riait des nonistes. N'oubliez pas que la présente campagne n'est pas là pour durer jusqu'au congrès, mais pourrait s'étendre au delà, sur le fond, jusqu'aux prochaines présidentielles, car l'occasion de faire payer l'ensemble de la classe politique pour sa probable forfaiture est trop belle pour ne pas aiguiser l'appétit de deux générations d'hommes politiques écartés du pouvoir depuis vingt ans par même clique de cons.
Rédigé par : Ver | 07 novembre 2007 à 10:43
valery écrit :
"Le fait que une partie des dirigeants du Parti socialiste reviennent à une position plus responsable démontre bien que leur positionnement de 2005 n'était qu'un positionnement tactique."
Le PS n'a rien changé quant à sa position sur le traité. Ceux qui demandaient le Oui sont pour un vote parlementaire, les "nonistes" veulent un référendum. J'ajoute que les dirigeants du Parti socialiste ne représenteront bientôt plus qu'eux mêmes, puisque le socialisme sort de leur discours et surtout de leurs actes.
Rédigé par : Aetius | 07 novembre 2007 à 11:38
Infrequentable : Rien d'anormal à cela : l'UE, telle qu'elle est, est structurellement indéfendable par un discours raisonné : compromis d'au moins vingt parcours intellectuels distincts et ne convenant à peine qu'à 20% à chacun d'eux, elle ne peut guère faire l'objet que d'une foi profonde, mais certainement pas être expliquée et défendue par un discours raisonné.
D'ailleurs, si tel n'était pas le cas, nos chers politiciens se battraient pour accaparer les tréteaux et défendre l'Europe, comme cela se faisait du temps de Mitterrand/Delors. à cette époque-là, la droite restait anti-européenne par principe et la gauche était pro-européenne par nécessité : les discours lénifiants de Delors passaient donc sans le moindre regard critique.
Voilà ce qui a changé depuis : trop de citoyens ont trop longtemps cru que l'europe était non seulement l'avenir, mais une démarche raisonnée et construite : hélas, elle n'est rien de cela : objet de négociations permanente, seule raison d'être de dizaines de milliers d'emplois de négociateurs professionnels ayant tout à perdre à la faire avancer, elle n'est pas un progrès qu'on peut défendre : elle n'est qu'un enjeu autour duquel s'affronter entre pro-européens, sous les rires fous de simples citoyens consternés du spectacle.
Envoyez donc les lions, les clowns, les trapézistes : le cirque européen est de retour !!!
Rédigé par : Gus | 07 novembre 2007 à 11:44
@ Gus : ça, j'avais assez bien compris, merci ! Il y a pourtant tant de choses à dire sur la nécessaire Europe du futur à léguer à nos gamins.
Mais je suis rassuré : si nous, nous y parvenons pas, eux la feront, bien mieux que nous.
Il faut les y encourager !
Rédigé par : Infreequentable | 07 novembre 2007 à 15:55
"Les français semblent, sans doute avec un peu de rancoeur, peut-être avec quelques regrets, compris que le grand soir social-européen qui transformerait l'Europe en un projet simple et facile n'était pas pour aujourd'hui."
Eh bien demandons leur par référendum...
Là tu n'en sait rien et les sondages montrent qu'apparemment ils veulent voter sur ce sujet.
Rédigé par : Zongo | 07 novembre 2007 à 19:12
Zongo : s'il faut demander leur avis aux français à chaque fois qu'il y a quelque chose à décider, on n'est pas sorti de l'auberge, non ?
J'étais personnellement favorable à un referendum. Je ne vois pas, pour autant, en quoi il s'agirait à présent d'un déni de démocratie.
Rédigé par : versac | 08 novembre 2007 à 00:58
Hmmm, viens de relire l'article du Monde.fr et je vous trouve assez (gratuitement) injuste: lemonde.fr vous cite et vous cognez avec du "y comprennent q'dalle", vous pinnaillez sur "en dehors de la sphère politique", etc, etc...
Evidemment que les choses sont plus complexes que celles décrites par l'article, n'empeche que c'est le premier article que je lis qui compare la campagne sur Facebook ici et au RU, que c'est plutot exhaustif et que les principaux acteurs ont été identifiés. Bref, ce n'est pas aussi catastrophique que ce que vous décrivez.
Et puis l'alliance de la droite souverainiste/extreme avec l'alter gauche continue toujours: Chouard pioche toujours dans l'argumentaire du MPF, les trolleurs continuent de citer Dupont-Aignan a coté d'ATTAC, etc...
Rédigé par : Thomas L. | 08 novembre 2007 à 10:31
Alors que l'on tente de relancer l'europe via ce mini traité .... les Belges ne se supportent plus, les suisses (même si il sont hors UE) plébiscitent Christophe Blocher et un retour à l'isolement ...
Le NON est majoritaire dans tous les pays, tout le monde déprime, rejette le "déclin" sur la mondialisation, l'immigration, l'ouverture etc...
Bref, sombre période. Mais si nous sommes démocrates alors on devrait casser l'europe, les Lorrains devraient retrouver l'indépendance, idem pour les Corses, les basques, les ligures, les wisigoths ...
Chacun chez soit :(
Rédigé par : Buzzcocks | 08 novembre 2007 à 10:46
Etre "cité" par le Monde, c'est souvent se voir mentionné comme ayant dit, fait, ou adhérant à quelque chose qui arrange certainement l'auteur de l'article, mais ne correspond en rien à ce dans quoi on s'inscrit.
Je ne vois pas de quoi le Monde se plaint : Versac pourrait exiger un droit de réponse. Il est en effet difficile d'interdire aux journaux de traiter de ce qu'on dit quand, par le moyen auquel on recourt, on peut difficilement nier la vocation publique des propos qu'on tient, aussi déformés soient-ils par un scribouillard en mal de copie.
Faut-il d'ailleurs chercher plus loin que ça les maux de notre politique ? J'avoue en douter.
Rédigé par : Fl | 08 novembre 2007 à 11:19
Surtout, il me semble que l'enjeu n'est pas le même. En 2005, il y avait un référendum où l'on demandait aux gens leur avis. Ici, ce n'est plus le cas. Quoiqu'ils fassent, les nonistes ne peuvent que penser que la décision ne leur appartient plus : les pétitions ne font pas changer le cours des choses ; alors que le vote, oui.
Rédigé par : Hubert Guillaud | 08 novembre 2007 à 15:24