A lire, pour pas mal de choses. Notamment un très argumenté article de Jean-Louis Bourlanges, sous la forme d'une lettre à François Bayrou, lui expliquant en quoi il ne partage pas sa stratégie (et que je partage très largement, également, tout en ayant fait, au deuxième tour, le choix de Ségolène Royal). L'article de François Bayrou est très en deça de ce qu'on pourrait attendre de lui, j'ai l'impression qu'il s'enkyste dans une phantasmagorie qui n'a rien à voir avec la réalité de son mouvement.
Avant cela, on aura lu des articles sur le protestantisme et la politique. Celui de Besançon n'est pas passionnant, mais celui de James Kurth sur "la déformation protestante", actualisée à l'époque de George Bush, touche juste, et apprend beaucoup. Jacques Julliard agrène quelques lieux communs sur "les intellectuels et la démocratie d'opinion", sans vraiment convaincre. Nicolas Baverez verse totalement dans le sarko-évangélisme : il ne prend plus aucun recul et est décidé à annoncer le redressement du pays en déclin, pour en faire une prophétie auto-réalisatrice.
Après quelques traditionnels articles sur le bilan des législatives, Sylviane Agacinski revient sur les notions de parenté et de sexualité, qui ne sont pas inintéressantes. On aimerait quelmque chose de plus fouillé, dans un domaine qui n'est pas le fer lance de la revue.
On retrouve quelques articles classiques de la revue, plutôt atlantistes à la sauce française, comme celui de William Pfaff, ou de Matthieu Mucherie, qui vient remettre en cause avec talent quelques idées reçues sur les inégalités aux Etats-UNis.
Enfin, bonne série sur "les juges", avec un très bon article de Matthieu Duclos, sur le juge d'instruction.
Enfin, dans tout Commentaire, il y a la joie des dernières pages. Revues de presse, de livres. Avec un début de débat très riche sur la contre-démocratie de Pierre Rosanvallon, qui exprime fort justement des critiques que je n'arrivais pas à émettre.
Tout cela en fait un bon numéro, varié, riche, intéressant. Pas surprenant pour autant, mais on lit commentaire comme on écoute L'esprit public le dimanche sur France Culture : avec le confort qu'apportent des éclairages engagés, certes, mais toujours de qualité, et sacrifiant rarement à la facilité (sauf pour Baverez, au cas d'espèce).
PS : vous pouvez aussi acheter le numéro du printemps, le 117, dont il se dit qu'il contenait des pépites ;)

Baverez est un guignol qui a perdu toute crédibilité à force de malhonnêteté intellectuelle et d'idéologie forcenée. La chose est entendue depuis bien longtemps.
Dites-moi, Versac, vous confirmez n'avoir aucun intérêt personnel à faire ainsi la promotion de cette revue ?
Parce que ça fait beaucoup quand même et, surtout, assez monolithique :
- "bonne série sur "les juges", avec un très bon article de Matthieu Duclos";
- "dans tout Commentaire, il y a la joie des dernières pages";
- "Tout cela en fait un bon numéro, varié, riche, intéressant";
- "le confort qu'apportent des éclairages engagés, certes, mais toujours de qualité, et sacrifiant rarement à la facilité";
- "Vous pouvez aussi acheter le numéro du printemps, le 117, dont il se dit qu'il contenait des pépites"…
Et bien ! N'en jetez plus, le contrat est plus que rempli, il est plein comme un œuf ! Si contrat il y a, bien sûr, mais comprenez que depuis l'affaire d'une certaine poussette, le doute est là, toujours, comme un taon obstiné que l'on ne parvient pas à oublier.
Rédigé par : Antoine Block | 11 novembre 2007 à 03:49
Je n'ai pas lu l'article de Baverez dans le dernier numéro de Commentaires, mais j'avais le même sentiment de malhonnêteté intellectuelle, de mauvaise foi et d'allégeance servile et aveugle de Baverez au nouveau Président à la lecture de ses tribunes régulières dans les Echos ou le Point, où figurent notamment quelques perles :
Le Point du 24/05/2007 (http://www.lepoint.fr/content/debats/article?id=184602) :
"Dans la continuité de cinq années de campagne électorale menées tambour battant, Nicolas Sarkozy a investi ses fonctions de président de la République à marche forcée, incarnant la volonté de rattraper le terrain et le temps perdus par la France. Son quinquennat est d’emblée placé sous le signe de la rupture. Avec quatre gestes symboliques. Un gouvernement conjuguant ouverture, parité et diversité, qui constitue une machine de guerre pour les législatives contre une opposition prise à contre-pied. La mobilisation du couple franco-allemand pour trouver une issue au psychodrame de la Constitution européenne. Un engagement en première ligne dans la crise d’EADS. Un style direct et décontracté qui dynamite les rituels antédiluviens de la présidence de droit divin."
Le Point du 19/07/2007 (http://www.lepoint.fr/content/debats/article?id=193061) :
"Depuis son élection, Nicolas Sarkozy a ranimé l'esprit originel de la Ve République, qui consistait à mettre la puissance publique au service de l'action et de la réforme. La France a de nouveau un chef."
Les Echos du 25/09/2007 (
http://www.lesechos.fr/info/analyses/4626451.htm) :
"La stratégie de l'offre engagée par le paquet fiscal, complétée par la refondation du pacte social ainsi que la réforme de l'Etat et de la fonction publique, vise à conduire une révolution non seulement dans les structures et les normes mais dans les esprits."
Cette affirmation m'avait fait bondir, le paquet fiscal étant tout sauf une politique de l'offre qui vise normalement à favoriser l'innovation et l'investissement des entreprises.
L'honnêteté oblige toutefois à reconnaître qu'il arrive à Baverez d'égratigner Sarkozy et de pointer les incohérences et la mousse médiatique faite sur la rupture. Ainsi, dans le Point du 8/11/2007 (http://www.lepoint.fr/content/debats/article.html?id=209081), il signe une tribune intitulée "Présider, c'est risquer l'impopularité", où il appelle d'une part à la réalisation de "réformes effectives (ce qui impose de ne pas échanger l'alignement de 40 années de cotisations contre des bonifications à la hausse ou des décotes à la baisse)" et réclame d'autre part "une forte cohérence entre les différents chantiers, ce qui conduit par exemple à écarter des compensations pour les avocats sous la forme de retraite à 55 ans ou d'intégration dans la magistrature au prétexte d'une garantie d'emploi ou d'activité totalement illégitime pour des professions libérales". Cela nuance quand même un peu son idolâtrie sarkozyste.
Rédigé par : Denis Castel | 11 novembre 2007 à 08:34
Je partage votre point de vue sur le dernier numéro de commentaire (pour ce que j'en ai lu, puisque je suis loin d'avoir terminé). de façon générale, les articles de Jean-Louis Bourlanges sont roboratifs à souhait. Il agrémente souvent ses articles de citations de Aron, de mémoire, dans celui-ci c'est "en politique, on ne choisit pas ses amis, on choisit ses ennemis". Mais cela étant, il vaut mieux lire aussi d'autres revues, style Esprit et Le Débat.
Rédigé par : somni | 11 novembre 2007 à 09:30
Moi c'est Rosanvallon que je préfère, le penseur auto-proclamé de la Démocratie. Surtout quand il parle de la Démocratie en France, en ce gardant toujours bien de préciser exactement ce qu'il entend par là. En effet, tout son système de pensée tient sur le présupposé que nous vivons en Démocratie. Depuis quand? Il ne faut surout pas le lui demander, parce que tout s'effondre.
Rédigé par : arturh | 11 novembre 2007 à 10:04
Antoine : ce genre d'insinuations ou questions, merci de les réserver à d'autres. Je n'ai évidemment aucun intérêt à publier ce billet, suis un lecteur de Commentaire depuis une dizaine d'années. C'est sans doute, en fait, le début d'une série de billets sous la forme de compte-rendus des revues (je lis aussi Le débat et Esprit).
Somni : oui, je lis aussi les autres :) Plus Le débat qu'esprit, j'avoue, et jamais la règle du jeu.
Rédigé par : versac | 11 novembre 2007 à 10:38
C'est intéressant ce poste sur les lectures de Versac...Mais où trouves-tu le temps de lire tout ça et de faire un blog et d'avoir une vie professionnelle :)
Rédigé par : Freddd | 11 novembre 2007 à 20:56
...à compléter, Sire Versac, par la lecture critique et attentive du dernier numéro d'ESPRIT intitulé "Qu'est-ce que le Sarkozysme ?" :
http://www.esprit.presse.fr/review/details.php?code=2007_11
Civiquement vôtre.
Rédigé par : WebOL | 11 novembre 2007 à 21:31
Désolé, Versac. Je ne faisais que poser une question (légitime). Merci d'y avoir répondu. Cela me permet de relire votre billet sans ce désagréable arrière-goût.
Rédigé par : Antoine Block | 11 novembre 2007 à 21:58
Antoine : ouais, légitime, non, je n'ai jamais été payé pour aucun billet, et ne le serai jamais. Donc non.
Web0l : il est bien, ce numéro ? J'avoue être un peu las de la chose, et ai déjà chez moi l'exemplaire de "la vie des idées" sur le même sujet, ainsi que nombre de productions explorant le "sarkozysme"...
Rédigé par : versac | 11 novembre 2007 à 22:22
Sire Versac, l'honnêteté me pousse à dire que je ne fais que commencer la lecture de ce numéro d'Esprit, arrivé ce week-end dans ma boite aux lettres.
A la lecture du sommaire au premier effeuillage, je préciserais que les papiers d'Antoine Garapon sur la justice sont d'ordinaire remarquables. J'ai donc, sur cette exemple-là, un a-priori fort favorable. Comme sur les articles de Guillaume Blanc sur le travail, ou ceux de Jean-Louis Schlegel sur la religion.
Le pari est que le titre de circonstance soit un prétexte pour une analyse fine des enjeux politiques en cours... à suivre ?
Rédigé par : WebOL | 12 novembre 2007 à 07:55