Je vous passe l'histoire. Ca discute dans le milieu journalistique depuis que l'on sait que Nicolas Beytout va prendre la tête des Echos (de la branche media de LVMH, en vérité). Ca gamberge même, de ce que j'en ai eu comme échos.
Dans la discussion, il y a aussi une affaire dans l'affaire. Celle de l'annonce de la nomination aux journalistes des Echos par ... Nicolas Sarkozy. On l'a appris hier par rue89, qui explique comment Nicolas Sarkozy a réuni quelques journalistes des Echos, et, au lieu d'approfondir les sujets de la politique économique, leur aurait beaucoup parlé du journal, lâchant, in fine, le nom de Nicolas Beytout à ses interlocuteurs. Amusant, non ? Un président de la République qui donne le nom de leur futur patron à des journalistes d'un quotidien à qui on avait dit que leur nouvel actionnaire ne toucherait pas à leur sacro-sainte indépendance, l'histoire est cocasse, et doit effectivement ajouter une dose d'angoisse à des journalistes qui ont lutté pendant des mois pour éviter justement ceci.
En révélant cette nouvelle petite affaire de liens entre l'Elysée et les media, rue89 se fait encore une réputation (et devient un petit caillou permanent dans la chaussure de Franck Louvrier). Nul doute que la chose pourrait être reprise chez de nombreux confrères étrangers : on imagine peu George Bush annoncer au rédac chef du WSJ ou du NYT le nom de leur nouveau patron, ni Tony Blair tester le nom du nouveau boss du FT...
Côté journalistes, ce petit jeu de chaises musicales doit faire des heureux et des malheureux, des marris, des angoisses. Au Figaro, on doit craindre le départ de Beytout (qui jouait parait-il un rôle de parapluie aux demandes du patron Dassault assez efficace), aux Echos, on doit être mi effrayé (l'annonce par le président...), mi rassuré de voir revenir quelqu'un de la maison.
Le truc devrait faire donc du bruit. Et effectivement, ça agite un peu le milieu de la presse nationale, mais surtout en coulisses. Libé en parle dans des termes proches de rue89. Au Figaro, on attend, manifestement. Une dépêche AFP reprend l'information du départ de Beytout chez Bernard Arnault, et évoque l'annonce faite aux journalistes des Echos, citant ... La Tribune, qui noterait "avec ironie" la chose. Pour ma part, je ne note aucune ironie dans l'article de la Tribune. Quant à Vincent Beaufils, s'il se gargarise du scoop du nouvel obs, il ne parle nullement de la polémique sur l'annonce. Sur challenges, d'ailleurs, on relate la chose avec précaution, et un léger manque de clarté : "L’arrivée de Nicolas Beytout auprès de Bernard Arnault était déjà au menu d’une entrevue en fin de semaine dernière entre les représentants du groupe LVMH et le haut management des Echos. Et elle a fait l’objet, vendredi après midi, d’un long aparté entre Nicolas Sarkozy et des journalistes des Echos -dont leur directeur Erik Izraelewicz- au cours d’un entretien programmé pour parler de la situation sociale française.". Vu comme ça, Nicolas Sarkozy apparaitrait presque en sauveur de l'indépendance des Echos.
Sur lemonde.fr, on pouvait voir la chose relayée en citant rue89. Aujourd'hui, la mention du site a disparu du site du quotidien de référence. On le voit sur googlenews (fichu google, tiens) :
Nicolas Beytout quitte Le Figaro pour diriger le pôle médias de LVMH
Le Monde - Il y a 3 heures
Interrogé dimanche soir, Franck Louvrier, conseiller presse et communication de Nicolas Sarkozy, a démenti l'article paru sur le site Rue89.com, ...
A présent, dans l'article, ça donne ça :
Joint par Le Monde dimanche soir, Franck Louvrier, conseiller presse et communication de Nicolas Sarkozy, présent à cet entretien, a démenti que le président de la République ait "abordé le dossier des Echos".
Un journaliste un peu imprudent et rapide aura cité ses sources, on lui aura dit d'éviter de balancer ainsi le nom de ces vilains de rue89 ? C'est aussi ça, le journalisme se faisant sur internet...

Concernant les sources du Monde, je pense tout simplement qu'ils citaient Rue89 quand c'était la seule source de l'information.
Une fois qu'ils ont investi et travaillé le sujet de leur côté, ils n'ont plus de raison de citer Rue89.
Sinon ils seraient censés le citer indéfiniment à chaque fois qu'ils parlent de cette affaire ! Ca n'a pas de sens.
Rédigé par : Guillaume | 19 novembre 2007 à 12:42
Quand on voit l'évolution de la liberté de la presse dans notre pays dans les 5 dernières années (mesurée par le certes imprécis indicateur de Reporters sans frontières), on ne saurait être surpris par tout ceci...
La France eut été russe et présidée par Nikolaï Sarkosky, nous ne serions déjà plus en démocracie.
Rédigé par : YMB | 19 novembre 2007 à 14:16
Guillaume : il ne s'agit pas de citer une source dans différents articles qui traitent du sujet, mais d'une modif de l'article publié, pratique assez peu courante (disons, rare) sur lemonde.fr
Rédigé par : versac | 19 novembre 2007 à 14:19
D'un autre côté, je regardais I-Télé la semaine dernière, il y avait un débat sur l'indépendance à venir de "les echos", on a parlé de "Le Figaro" avec Dassault, et le directeur de Marianne en personne a dit que Beytout avec les qualités nécessaires pour faire face aux pressions afin de garder son journal indépendant.
Il aurait peut être pas du dire ça, ils pourront pas le ré-inviter pour débattre de son départ pour les échos ...
Rédigé par : Gemini | 19 novembre 2007 à 14:41
Pour les 40 ans de la révolution sexuelle, deux journalistes de Marianne ont conduit une enquête exclusive sur les relations de la gauche... et du sexe.
http://www.dailymotion.com/video/x3ipq2_la-gauche-et-le-sexe-les-40-ans-de_politics
Rédigé par : Moreau | 19 novembre 2007 à 14:46
Les journalistes qui croient que la promiscuité qu'ils cultivent avec le pouvoir les laisse indemnes font par là même la preuve du contraire. Ne pas en être conscient, quand on est embedded, c'est un facteur agravant. c'est malheureusement ce qu'on constate chez la plupart, quand ils sont interrogés.
Rédigé par : Martin P. | 19 novembre 2007 à 17:37
M. Versac hé,
ce que je viens de voir placardé sur un kiosque en bas de chez moi est si édifiant que cela meriterait à mon sens que vous y mettiez votre billet derechef :
les journalistes des "Echos" grognent car ils s'émeuvent d'être rachetés par le groupe LVMH, possédant déjà l'autre quotidien économique national, "La Tribune" ?
Qu'à cela ne tienne, "La Tribune" sort un numéro spécial titré "Les patrons du CAC 40 font le numéro".
A 21:07, aucun journaliste des "Echos" ne s'était encore déclaré en cessation de paiement.
Rédigé par : Gui / Billy | 19 novembre 2007 à 21:07
Bonjour Versac.
Vous ne relevez pas un énième mensonge : Louvrier a nié que le président de la République ait "abordé le dossier des Echos".
Rédigé par : Olivier B. | 20 novembre 2007 à 09:19
Magnifique, cette affaire là !
Splendide...
Rédigé par : Infreequentable | 20 novembre 2007 à 12:11