Je voulais poster encore un billet, suite à des discussions hier soir, et aux matins de France Culture (débats décevants, qui ont tourné autour du sujet), qui invitaient le patron de la Fnac. Econoclaste dit mieux que moi ce qui me semble indispensable de dire.
J'ajouterais deux choses, pour préciser mon propos sur ce sujet, où la caricature, dans un camp (les vilaisn pirates volent) comme dans l'autre (fini le payant, vive le gratuit, à mort les "majors"), l'emportent souvent.
1. L'intégrité et l'intelligence de Denis Olivennes ne sont pas remises en cause.
Denis Olivennes n'a pas compris que sa position de patron d'une des parties prenantes essentielles du sujet mettait en cause l'impartialité de son rapport. C'est malheureux. Sa défense, sur le fonde de "je vais contre les intérêts de la Fnac" est absolument stupide, et ne trompe personne. Le problème, c'est juste de confier une telle mission à une partie prenante, point. On ne confie une mission sur les OGM ni à Monsanto, ni à José Bové, quelles que soient leurs qualités par ailleurs. Ou alors, on crée un désastre de communication.
2. L'enjeu n'est pas celui du"piratage". Il faut délivrer une vision.
Le numérique change de manière radicale la donne de la musique (et dees films, de la vidéo, bientôt du texte, comme il change le paysage de l'information). Il bouleverse le mode d'exercice du droit d'auteur. On ne peut plus gérer le modèle économique de la culture, qui était fait de règles adaptées à un monde analogique (sans copie possible) dans une continuité, dans notre monde numérique. On passe de l'écoute à la radio et d'une discothèque limitée et statique à la maison (ma pile de vinyles, de cds)à une consommation multi-formats, multi-émetteurs, multi-supports, une possession qui est différente, une chanson qui n'est plus juste une piste sur un CD, dans un marché statique, mais des objets mouvants, transmissibles, copiables à l'infini. La possession d'un produit, formaté par un support (le disque) disparaît. En parallèle, les modes de production et de création explosent, avec une démocratisation des moyens absolument fantastique.
L'enjeu n'est donc en aucun cas de perpétuer le modèle de création de valeur (qui se focalisait sur un seul événement : la vente d'un CD physique), mais de permettre l'éclosion des nouveaux modes de valorisation économique de la création. l'enjeu est de dégager une vision de ce que sera le paysage, notamment économique, de la culture, dans quelques années, d'ouvrir, de créer.
Ceci, la mission Olivennes n'en parle pas. tant que nous ne parlerons que des "pirates" et des téléchargements, nous passerons à coté du sujet. se concentrer toujours sur cette vision malthusienne est un risque pour la culture : il faut pousser pour réinventer, pas maintenir à tout prix.
Et ceci ne veut pas dire mort du droit d'auteur. Mais adaptation, évolution. prospective, pensée positive, création. Où sont ces mots dans le rapport Olivennes et dans le discours de Nicolas Sarkozy ? Nulle part. On n'y lit que trous noirs et destruction. et donc protection, maintien, survie. Quel est ce projet ?
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J'ai été invité, en amont de la remise du rapport, à un déjeuner avec Christine Albanel, avec diverses autres "personnalités" du net. Je compte lui proposer, avec d'autres, d'engager, après la mission Olivennes, une mission positive, une mission de prospective, de recherche, d'évaluation. Une mission qui permette de faire de la France le leader de la culture à l'heure du numérique. Ce ne sont pas trois emails de FAI qui font ce projet là. Il faut dépasser ce stade.
PS : sur ces sujets, je rappelle la lecture passionnante du livre l'âge de peer, d'Alban Martin, qui explore les nouveaux modèles économiques de la culture à l'heure du numérique.
PPS : je lie ici l'article de Philippe Astor signalé en commentaire par ledit Alban, indiquant combien la "crise de la musique" est bien une "crise de la musique enregistrée sur CD". Simple citation : "Cette enquête révèle également que les concerts ont représenté 52,4 % des revenus des artistes irlandais, contre 29,7 % pour la musique enregistrée et 17,9 % pour les autres sources de revenus".

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