Demain, c'est donc le grand début de l'élection mondiale à laquelle seuls les américains peuvent voter. Et même, au cas d'espèce, seuls les habitants de l'Iowa (qui sait où Diable peut se nicher un tel Etat ?).
En France, la couverture de l'événement est aussi étonnante que celle de 2004. Massive, mais en appliquant un tel filtre franco-français sur les sujets que ça en devient risible.
A en croire notre bonne presse, il n'y aurait presque qu'une primaire démocrate. Heureusement que Mike Huckabee a fait son apparition très clintonienne pour raviver un peu les choses. Coté démocrate, pour le Français moyen, la primaire est simple : c'est Obama contre Clinton. John Edwards peut aller se rhabiller (et il parait que ça coûte cher, un costume de John Edwards).
Et puis, surtout, il y a le caucus. Le système électoral est si complexe, et si éloigné des pratiques françaises (pensez, confier à des électeurs le soin de désigner des candidats !) que l'on qualifie volontiers la chose de "foire d'empoigne" (titre de l'article navrant ans le dernier numéro du Point).
De fait, la méthode de désignation est inhabituelle. Il faut s'imaginer un Etat de près de 3 millions d'habitants, découpés en 1800 precincts (allez, des communes, disons). Chaque commune organise une réunion, une journée en général, pendant laquelle vous pouvez, vous, oui, vous, n'importe qui, venir dire que votre souhait pour que ce soit M. Jones ou M. Smith qui vous représente à l'élection de délégués de l'Etat, pour le parti sous lequel vous êtes enregistré (oui, aux Etats-Unis, on s'enregistre comme républicain ou démocrate).
En fait, il serait trop long d'expliquer ce qu'est un caucus dans le détail. Un caucus ne sert d'ailleurs pas qu'à désigner des candidats. Ca sert aussi à écrire des propositions, former des consensus locaux ou au niveau de l'Etat, orienter, exprimer des préférences qui pèseront sur les élus de votre parti.
L'élection des délégués de l'Etat qui désigneront le candidat final suit un processus très différent selon les deux partis. Chez les Républicains, c'est assez simple et classique : on écoute la propagande des candidats, et on vote, au niveau de l'Etat. Chez les démocrates, c'est assez incompréhensible, effectivement : des groupes de préférence se forment et discutent entre eux, tentant de se convaincre, de manière décentralisée, les personnes peuvent indiquer leur changement en rejoignant (physiquement) le groupe de leur préférence. On arrête le processus toutes les 30 minutes, on compte le nombre de personnes présentes dans chaque groupe, et, à chaque fois, on écarte les candidats dont le groupe n'atteint pas un minimum (15-25% des présents). A la fin du processus, on a un nombre de délégués par candidat. Le processus implique beaucoup de micro-stratégies d'alliances, et énormément de travail local : chaque precinct est à visiter et travailler de manière précise. Le côté non-pyramidal (pas de représentants globaux de l'Etat) implique également un contrôle plus difficile de la chose.
C'est curieux. C'est complexe. Je suis preneur de toute explication francophone détaillée de la chose.
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Pourquoi parle-ton autant de l'Iowa caucus (en fait, ce sont plutôt les Iowa caucuses) ?
Parce qu'en fait, c'est le début des primaires. Pour la première fois, on a autre chose que les multiples sondages, on entre dans le vrai. Le résultat peut vous ruiner une campagne, ouvous faire tomber lourdement de votre position de favori. Ca peut aussi ne rien changer. On pourrait assimiler ça au prologue du Tour de France.
En 1992, Clinton avait fait un démarrage catastrophique au caucus de l'Iowa, terminant 3ème (Tom Harkin était le gagnant, local de l'étape - oui, Harkin, je suis sûr que vous n'en avez jamais entendu parler). En 2004, après quelques mois de folie pure, Howard Dean avait fini troisième, derrière Kerry. Il avait recueilli 18% des voix alors que quelques mois auparavant, il plafonnait à rien du tout. son cri était devenu célèbre, et, repris, hors contexte, en boucle dans les media, avait tué sa campagne par la suite. La primaire avait été chahutée, complexe: Gephardt était tombé de très haut, et avait passé l'éponge. Wesley Clark avait fait l'impasse sur l'Etat, favorisant Kerry. L'Iowa avait bien préfiguré le déroulement futur, alors que la température des semaines précédentes n'était pas aussi claire.
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Mais le reste ?
On n'élit pas les candidats demain, donc. Le calendrier des primaires s'échelonne jusqu'en juin (pauvres électeurs du Dakota du Sud qui n'ont souvent rien à dire dans le choix du candidat). Mais tout se passe en janvier, jusqu'au super tuesday du 5 février, où, cette année, 22 Etats désignent leurs candidats en même temps (un record, qui a donné lieu à pas mal de discussions : l'élection deviendrait presque édérale, avec un tel scrutin). Les étapes intermédiaires, l'Iowa, le New Hampshire, le Michigan, le Nevada, la Caroline du Sud et la Floride servent de thermomètres des différentes régions, et permettent d'effectuer un tri - parfois important - avant le jour fatidique du mardi fatal. Il est rare d'en avoir à passer outre le super tuesday.
En 2004; encore, c'était bien au super tuesday que Kerry avait confirmé son élection, avec le retrait de Dean et Edwards. Il avait préalablement remporté toutes les primaires, sauf celle de Caroline du Sud (Edwards) et d'Oklahoma (Wesley Clark). Au final, Kerry avait gagné toutes les primaires du super tuesday, sauf celle du Vermont - patrie de Dean).
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Et alors ?
Et alors, la tension est incroyable. Pas de sortant, pas de favori définitif, de vrais clivages personnels aussi bien que sur le fond, du suspense, des camps remontés à bloc, et des jeux stratégiques de toute finesse à observer.
(et non, je n'ai ni pronostic ni support)
Demain soir, je sens que je serai derrière mon écran...

Hors sujet, mais pas tant que ça, les saisons 6 et 7 de la série 'A la Maison Blanche' ('West Wing' en VO) donnent une image intéressante d'une campagne présidentielle aux USA, côté démocrate. Bon d'accord, c'est une série télé, et je n'ai pas beaucoup de points de comparaison, mais on y voit les différentes étapes : les caucus, la campagne pour l'Iowa, le New Hamsphire, le Super Tuesday, la convention, puis la campagne présidentielle proprement dite, avec tous les coups fourrés et l'importance de l'argent pour tenir la route.
Au passage, la campagne pour l'Iowa est assez particulière. J'ai lu qu'une blague circule du genre "un électeur de l'Iowa a serré au moins 5 fois la main d'un candidat", signe de l'acharnement des candidats à la candidature dans cet Etat.
Rédigé par : PatLeNain | 02 janvier 2008 à 18:16
J'ai aussi du mal avec le système de caucus. Il semblerait que ce soit des mini primaires dans chaque canton (ou commune) et que l'ensemble donne une vision de la région (enfin l'Etat).
Pour ma part, je pense que Obama est le mieux armé.
Rédigé par : abadinte | 02 janvier 2008 à 18:19
En effet pour comprendre un peu plus clairement le principe des élections américaines, The West Wing est un bon moyen, même si la série fait l'impasse sur pas mal d'explications (puisque logiques pour les américains).
Merci pour l'explication d'intro sur les caucus. Je connaissais le principe général mais pas la façon dont ça se déroule effectivement.
Un petit mot sur les indépendants qui peuvent choisir où ils vont voter (démocrate/républicain ou aucun) et ont un rôle très important dans certains états (dont l'Iowa je crois) aurait été intéressant.
Pour finir où vas-tu suivre les caucus ? Je cherche des flux intéressants en direct sur le net (chaînes américaines par exemple) mais je ne sais pas si les grands networks mettront les programmes sur le web. Merci.
Rédigé par : François | 02 janvier 2008 à 18:38
C'est toujours un plaisir que d'observer les guerres et alliances stratégiques, comme suels les médias locaux savent les rendre jusque dans leurs moindre détails.
Rédigé par : Alacon | 02 janvier 2008 à 18:58
@François
En effet, la série fait l'impasse sur les caucus en eux-même (logique, le public premier est américain), mais se focalise plus sur les différentes étapes et surtout sur l'ambiance de campagne. Il faut dire que c'est une série télé, et que le fonctionnement décrit par versac n'est pas très télégénique.
Rédigé par : PatLeNain | 02 janvier 2008 à 19:02
François : j'ai mes onglets netvibes, avec diverses sources, tant blogs que grands media. Avec usage étourdissant du F5.
Recommandé : atrios, dailykos pour choper de la température démocrate en live. ET CNN, blog du NYT. Et aussi rue89, qui aura une envoyée spéciale. Je posterai une série de liens demain.
Sinon, effectivement, West wing ne décrit pas les caucuses, mais il y a une belle description théorique de ce qu'est une convention démocrate (à la fin des primaires) où aucun candidat n'aurait été choisi de manière définitive. Dans la saison 6.
Patlenain : oui, l'iowa est traditionnellement surinvesti, comme c'est le premier Etat à ouvrir. Certains candidats vont y passer, en cumul, plusieurs semaines, là où ils ne feront qu'un saut de puce en Caroline du Nord. Le New Hampshire est aussi hyper courtisé, certains surinvestissent le NH vs l'Iowa, pour tenter une renversement de tendance au cours des primaires, sachant leur faible poids en Iowa...
Rédigé par : versac | 02 janvier 2008 à 19:35
Si The West Wing fait l'impasse sur les détails du caucus de l'Iowa, je ne pense pas parce que c'est évident pour tous les Américains, mais au contraire pour rester accessible au plus grand nombre. Car autant les élections sont fortement couvertes par les médias, autant les Américains ne se sentent pas tous concernés par ces élections. Les taux de participation aux élections américaines me laissent pantois.
Pour suivre les élections en direct, je propose Fox News, disponible sur le net partout dans le monde, pour avoir une vision très américaine (et évidemment républicaine) de l'événement.
Rédigé par : xerbias | 02 janvier 2008 à 21:41
C'est tout de même bien plus intéressant que la glose sur le sens caché d'un discours de voeux!
Rédigé par : patate | 02 janvier 2008 à 22:43
En effet dans The West Wing, pas de focus sur les caucus en eux-mêmes dans l'Iowa (parce qu'ils sont assez compliqués tout de même) mais par contre la phase d'explication de la campagne dans cet Etat est sympa avec les rencontres maison par maison. L'épisode de la convention est aussi extrêmement intéressant en effet Versac. Enfin bref pour ceux qui voudraient découvrir la politique américaine, c'est la série à voir (en dl ou dvd vu le peu d'intérêt de nos chaînes publiques).
NBC News présente de petits résumés explicatifs en vidéo sur les primaires. Instructif. (voir la rubrique Nightly News particulièrement)
Rédigé par : François | 03 janvier 2008 à 00:21
À la télé française, je trouve que seule I>TV sort son épingle du jeu. On retombe vite dans la facilité "Hilary est une femme, c'est la femme de son mari" ou alors "OBama est jeune et noir", et pas grand chose sur leurs programmes, mais comme tu le dis, ce n'est pas même pas le premier jour, laissons leur une chance, on en saura peut-être un peu plus avant le Mega Tuesday.
Rédigé par : celui | 03 janvier 2008 à 01:26
De l'avis d'un candidat (malheureux) à la présidentielle, le système des caucus de l'Iowa, cumulé avec le fait que c'est un petit état fait que, justement, les électeurs ont vu les candidats et leur ont parlé, en direct. Pas juste vus dans un meeting, ou dans des spots télévisés, mais vus en personne, avec une discussion.
Selon lui, le système, malgré ses imperfections, permet de faire un premier tri sur les candidats (un candidat qui ne sait faire que de la communication genre passer à la télé se fait éliminer de façon impitoyable).
Je vous laisse le soin d'imaginer l'effet qu'un tel système aurait eu sur les candidats français à la dernière présidentielle...
Rédigé par : N. Holzschuch | 03 janvier 2008 à 04:26
L'un des gros avantages des caucus de l'Iowa (lié au mode de scrutin *et* au fait que c'est un petit état) c'est que les candidats y font campagne en personne, au contact, et pas par écran télévisé interposé ou dans des meetings.
Une partie importante des votants a vu le candidat en personne et a discuté avec lui. Un candidat qui ne sait faire que des meetings de campagne ou des spots publicitaires s'écroule. C'est un premier filtre.
Rédigé par : N. Holzschuch | 03 janvier 2008 à 06:36
Excellente introduction. Oui, c'est à peu près ça.
Le prisme français du commentaire de cette primaire que je suis de très près par les médias américains est incroyable. Les médias ont au moins cessé d'appeler Barack Obama "Le sénateur noir Barack Obama"...
Par contre "l'ancien pasteur protestant" Huckabee (c'est sûr, "ancien Gouverneur de l'Arkansas", ça fait moins cliché des fanatiques évangéliques Américains) devrait sa poussée dans les sondages à un seul phénomène: "il parle de Dieu, Dieu, Dieu" (sic.) -- si seulement ses adversaires avaiennt découvert cette botte secrète! Parler de Dieu! Bien sûr cette poussée de Huckabee ne plaît pas au "milliardaire mormon Mitt Romney" (re-sic.), une fausseté, puisque le patrimoine de Romney s'élève à environ 250 millions de dollars, mais certainement pas un milliard.
Bref, inexactitude dans les faits, raccourcis et clichés sur l'Amérique -- c'est bon, on regarde bien les médias Français.
Rédigé par : PEG | 03 janvier 2008 à 08:38
le système des primaires américains est tout sauf démocratique.
l'owa représente moins de 1% de la population des états-unis et ceux qui vont voter dans l'iowa ne représentent que 3% de la population de cet état. bref c'est donné beaucoup de pouvoir à trés peu de personnes.
car quoiqu'on en dise le premier scrutin est trés important, dean est passé de winner à loser il y a 4 ans à cause de cela...
bon allez pour mes pronostics dans l'iowa : edwards gagne et romney gagne et au niveau national ce sera obama vs. giuliani. et au final, la victoire de Obama. (les américains sont moins anxiogènes qu'avant et ont besoin d'espoir et de renouveau, à partir de là, je trouve qu'il est d'un point de vue marketing trés bien placé...). les républicains sont trop divisés sur le fond (les démocrates c'est sur la forme uniquement donc c'est moins grave), entre un mc cain et un huckabee il n'y a aucun rapport.
je ne pense pas que les évangélistes et baptistes ont beaucoup de pouvoir aux états-unis, sauf aux primaires.Romney et Huckabee n'ont pas beaucoup de chances de gagner au niveau national.
Rédigé par : forain | 03 janvier 2008 à 09:56
Intéressant, l'animal politique Obama...
Après avoir obtenu le report des voix comme second choix sur son étiquette de la part de Dennis Kucinich, Obama vient d'obtenir le report des voix de Bill Richardson comme second choix dans l'IOWA au cas où celui-ci n'atteindrait pas les 15%.
Clinton et Edwards ont affaire à forte partie.
l'article source
Rédigé par : thierryl | 03 janvier 2008 à 15:19