Les trois alibis
Rions un peu (jaune).
Quel est le point commun entre ces personnages ?
L'un a commis un rapport pour Nicolas Sarkozy, qui avait dit s'y retrouver pleinement, et en faire son livre de chevet. Le candidat, par la suite, reprenait fort peu de ces suggestions dans son programme, finalement.
Mais l'écoute initiale avait porté des fruits de confiance dans les milieux visés.
La seconde avait organisé dans un parti une réflexion inédite. Une préparation programmatique jamais vue, une réflexion, des liens tissés avec énormément de monde. Avant de se faire siffler la vedette par un autre, et de voir nombre des réflexions de fond se faire ranger au placard.
Mais son travail de maillage avec les milieux intellectuels avait porté des fruits : on croyait dans les capacités de réforme.
Le troisième vient de rendre un programme présidentiel à un président qui vient d'être élu sur un autre programme. Pas grave, le président dit vouloir appliquer 313 des 316 propositions, sans qu'on ne sache s'il en a vraiment pris connaissance dans leur intégralité (on aurait même tendance à en douter).
Quel sera l'effet de ce dernier : persistance dans la nourriture de l'image d'un Sarkozy réformateur ? Ou bien fossoyeur de l'image rupturiste du président ? La - probable - faible reprise des propositions de la commission Attali agira-t-elle comme un élément de contraste, de décrédibilisation auprès des partisans de la "rupture" et des milieux libéraux ?




Trois alibis, un Attila ?
Rédigé par: marc | 24 janvier 2008 at 11:21
Je ne vois rien d'anormal à ce qu'à une même question posée deux fois, deux réponses très similaires soient données.
Puisque selon les experts du genre, en démocratie représentative, il ne revient pas aux simples citoyens de déterminer l'action du gouvernement, sans doute vaudrait-il mieux se concentrer sur l'analyse des différences entre les deux rapports, lesquelles révèleront certainement les biais et partis-pris de leurs auteurs, toujours utiles à connaître pour la suite : par exemple, le rapport entre le travail forcé au collège et la croissance, bien que justifié dans le rapport Attali, me semble suffisamment spécieux pour témoigner, essentiellement, de la puissance du lobby emetteur de la suggestion au sein de la Commission (ici, sans doute, celui des syndicats de chefs d'établissement scolaires du second degré, particulièrement choyés par le gouvernement ces derniers temps de diverses attentions et gratifications)
Rédigé par: Gus | 24 janvier 2008 at 12:06
Bonjour, ce matin même sur le billet nommé décentralisation, j'ai lu ça : "Les propositions (rejetées aujourd'hui par Nicolas Sarkozy) de Jacques Attali...".
Or, sur ce billet on peut lire : "Pas grave, le président dit vouloir appliquer 313 des 316 propositions...".
N'ayant pas vu d'informations au sujet de la position de Nicolas Sarkozy sur l'application des mesures du rapport Attali, je souhaiterai savoir ce qu'il en est rééllement, si toutefois, une position a été donnée de source officielle.
Rédigé par: Gillou | 24 janvier 2008 at 12:09
T'as appelé la photo "les cocus" ? LOL
Rédigé par: Rubin | 24 janvier 2008 at 12:42
Gillou : le président a dit "adhérer à l'essentiel", et a pour l'instant refusé trois propositions :
- la suppression du principe de précuation de la constitution
- la fin des départements
- la déréglementation de la profession de pharmacien
Pour le reste, il est resté vague.
Rédigé par: versac | 24 janvier 2008 at 13:58
Un rapport sans surprise, un ensemble très convenu...
Rédigé par: pas perdus | 24 janvier 2008 at 13:59
Euh, pour les paumés technologiques qui ne regardent jamais la télé et ne lisent que les flux RSS (sans images), c'est qui les gens sur la photo ?
Rédigé par: N. Holzschuch | 24 janvier 2008 at 15:11
N. Holzschuch : Michel Camdessus, Emmanuelle Mignon, Jacques Attali.
Si les noms ne vous disent rien, ils ont des fiches wikipedia.
-
pas perdus : pas très convenu, je trouve. Effectivement, ce n'est pas du communisme, c'est sûr, mais c'est assez iconoclaste, à le lire. Et je n'en suis qu'au début.
Rédigé par: versac | 24 janvier 2008 at 17:42
Sur les propositions refusées.
1. Tout dépend de l'interprétation et de l'emploi du principe de précaution. S'il s'agit d'une interprétation ultra-défensive : s'interdire de "réfléchir à" ou "d'enquêter sur" dans le sens obscurantiste et anti-technologique des alter-mondialistes, c'est sûr que la France ne va pas avancer.
2. La fin des départements, n'est pas rejetée : elle n'est pas une priorité pour l'instant.
La stratégie risque d'être la suivante : em premier lieu, la limitation des nombres de mandats des parlementaires, pour faire voter par ces parlementaires la fin progressive des départements, qui arrivera au-delà de leurs deux mandats autorisés.
Deuxièmement, ce sera plus simple à opérer comme réforme en deuxième ou dernier mandat présidentiel, lorsque sa tête nesera plus en jeu en fin de course.
3. Oui, les pharmaciens, certes, mais peut-on demander à la profession d'orienter leurs activités sur les médicaments génériques, tout en leur déclarant la guerre sur les prix de la para-pharmacie ?
Ils ont sûrement un rôle à jouer dans la réforme de la santé en France : les inquiéter sur leur survie à terme, juste avant de réformer, serait le comble de l'erreur stratégique.
D'ailleurs, j'aime bien lesgens qui conseillent aux chefs d'Etat de plonger direct dans des erreurs stratégiques de débutant au pouvoir, pour mieux leur casser les reins par la suite...
C'est un jeu populiste-blogosphérien de base, avec son chupa-chups en bouche derrière son écran et sans aucune prise de responsabilité politique. Non, ce serait trop dur... on ne va demander à la blogosphère d'être responsable, ni IRL au Canard Enchaîné d'ailleurs...
Rédigé par: thierryl | 24 janvier 2008 at 18:20
Merci.
Ça va, les noms me disent quelque chose. J'ai même leur biographie complète en tête (ou pas loin). C'est juste les visages que je ne connaissais pas (on a ses limitations).
Rédigé par: N. Holzschuch | 24 janvier 2008 at 20:39
Michel Camdessus ex président du FMI... qui a mené à la ruine bon nombre de pays... Sacrée référence.
Rédigé par: pas perdus | 25 janvier 2008 at 08:40
pas perdus : d'autres lieux communs du genre ?
thierryl :
- "La stratégie risque d'être la suivante : em premier lieu, la limitation des nombres de mandats des parlementaires, pour faire voter par ces parlementaires la fin progressive des départements, qui arrivera au-delà de leurs deux mandats autorisés."
Là, si je peux me permettre, vous prenez vos rêves pour une réalité : Sarkozy se fiche de la décentralisation comme de sa dernière maitresse. Il n'en a jamais parlé, il n'a jamais évoqué le développement de la région contre les départements, à court ou moyen terme. Et a au contraire bien relégitimé les départements.
Sur le PP : je ne suis pas d'accord avec la commission Attali (j'étais plutôt opposé au PP). Tout dépend du bon usage qui peut être fait du PP. Voire pour cela le site web de l'observatoire du PP.
Les pharmaciens : bien sûr qu'il y a des problèmes de priorités et des arbitrages à faire. Mais on peut aussi imaginer qu'ils sont une partie du problème, aussi, et qu'un autre mode d'association ou une ouverture à une forme de concurrence différente pourrait faire du bien au système de santé.
J'ai déjàé évoiqué, sinon, le fait que le rapport Attali est un programme de gouvernement réalisé et proposé au président comme nécessaire et incontournable : c'est totalement ridicule et ne tient pas compte des nécessaires contingences du pouvoir politique.
Il reste que, dans les travaux de ces trois personnes, des pistes prospectives intéressantes, nécessaires, même, ont été évoquées, et ne verront jamais le jour. La rupture en prend un coup, de même que le niveau de vision présidentielle (quel est le projet de Sarkozy pour la France de 2012 ?).
Rédigé par: versac | 25 janvier 2008 at 08:50
Il faudra quand même qu'on m'explique quelle pourrait être la menace que représenterait pour le "service public" l'autorisation de vente par correspondance de médicaments prescris.
On pourrait aussi évoquer l'idée de revenir sur le décret de 1941 interdisant l'exercice de la profession d'herboriste... en France.
Rédigé par: Fer | 25 janvier 2008 at 10:31
On pourra relire à l'occasion de cet avis de NS sur la suppression des départements un 'vieux billet' de Frederic Rolin commis lors de la Présidentielle qui pointait chez Nicolas Sarkozy (au contraire de Ségolène Royal) une plus grande proximité avec l'échelon départemental (et ses préfets) qu'avec l'échelon régional.
http://frederic-rolin.blogspirit.com/archive/2006/11/24/royal-la-regionale-vs-sarkozy-le-departemental.html
Je trouve ça tout à fait éclairant aujourd'hui.
Rédigé par: JaK | 25 janvier 2008 at 12:16
Versac,
Avant de faire des commentaires sur ce rapport, avez-vous pris connaissance des 316 propositions ?
Rédigé par: chouchou | 25 janvier 2008 at 12:46
chouchou : avant de faire des commentaires sur ce billet, avez-vous lu les commentaires et les billets en parlant ?
JaK : très juste !
Rédigé par: versac | 25 janvier 2008 at 15:37
@versac:
A mon avis, le Sarkozy est justement très au courant de la situation et sa déclaration que la suppression de l'échelon départemental n'était pas une priorité, est en fait une mise en "stand by" pour un second mandat (où il n'aura plus le souci de se représenter).
On ne peut pas, sans faire rire tous les observateurs politiques, comme vous le laissez supposer, demander à des députés (même de sa propre majorité) de flinguer un de leur second mandat, où le mandat d'amis politiques conseillers généraux, avec qui on a conclu des accords de poste.
De plus, ce choix, n'est possible qu'à droite (le PS est un parti historiquement constitué majoritairement d'élus locaux).
Et il est en effet possible à condition qu'on puisse s'appuyer sur des députés qui ne connaîtront pas la réforme et qu'on soit en fin de mandat présidentiel sans volonté de se représenter.
Drôle de confirmation, qu'en fait, le Président de la République n'est pas le Roi comme ses détracteurs aimeraient le claironner.
De plus, c'est magnifique, comment vous faites un procès d'intention sur une personne qui dans ses explications à la tribune ne dit pas la même chose et nuance clairement ses propos.
C'est un peu la maladie du journalisme français, croire qu'il y adu complot derrière les mots, être résolument incapable de prendre en charge (to handle) la transparence et les faits.
Rédigé par: thierryl | 25 janvier 2008 at 18:01
Versac, merci de cette mise en parallèle.
Les rapports de Michel Camdessus et Jacques Attali se ressemblent beaucoup (et avec raison : en posant les mêmes questions aux mêmes personnes, on risque d'obtenir les mêmes réponses). Il y a cependant quelque chose qui me turlupine dans la comparaison : les deux premiers rapports ont visiblement joué un rôle politique dans la préparation de l'élection. Et à ce sens, les cocus ne sont pas tant les auteurs des rapports que ceux (nettement plus nombreux) qui y ont crus.
J'ai toutefois du mal à comprendre l'intérêt politique du rapport Attali, comparé aux deux précédents. Il n'y a pas d'élection en vue, personne à convaincre. Alors pourquoi ? Quelle utilité ? Pour convaincre qui ?
@thierryl: pourquoi est-ce que, en fin de second mandat, Sarkozy "n'aura plus le souci de se représenter" ? On a récemment modifié la constitution pour introduire une limite au nombre de mandats ?
Rédigé par: N. Holzschuch | 27 janvier 2008 at 04:19