Parcours d'un billet de blog (ou : et si on avait oublié l'essentiel ?)
Wired a publié une infographie sur le parcours d'un billet de blog, qui circule beaucoup en ligne. On y découvre que la vie d'un billet, avant d'arriver à un lecteur putatif, suit quelques schémas, passant par des agrégateurs, des sites de social bookmarking, des spam blogs, des moteurs de recherche, etc...
Ce graphique oublie une chose essentielle : les reprises sur d'autres blogs. Un lecteur, assez (très ?) souvent, découvre un blog par l'intermédiaire d'un autre. C'est parce que X lie vers Y que je me rends chez lui, et accède à son contenu. C'est d'ailleurs une des forces essentielles des blogs : le pouvoir de recommandation de sources par des individus avec qui l'on a développé une relation de confiance. La circulation des contenus sur de multiples espaces de parole individuelles, organisés dans un réseau lâche et mouvant.
Le fait que le graphique de Wired oublie cet élément essentiel du lien de blog à blog, de la relation humaine qui fait le maillage de ce réseau me semble assez emblématique du moment de la bulle que nous vivons : beaucoup d'analystes ont oublié le fond de ces réseaux, pour se concentrer à l'excès sur les moteurs, les outils, les solutions, les éléments d'économie annexe, en bref, la forme. Comme si l'analyse du marché de l'alimentation ne parlait plus que de packaging et de tracabilité, en oubliant l'aliment. Comme si l'on pouvait aller chez Monoprix acheter une barquette en carton, vide.
L'aliment, dans les échanges en ligne, reste le contenu, vécu de manière sociale. Tous les échanges, depuis les débuts des BBS et newsgroups, sont fondés sur ce partage de l'information, de l'opinion, sur la discussion. Les blogs, ce sont des échanges où le contenu prime. Dailykos, d'un blog, est devenu un grand réseau d'invidus partageant des contenus.
En somme, toutes les communautés en ligne se fondent sur une certaine profondeur de relation, sur un matériau d'échange. Et ce, quel que soit leur thème, leur centre, leur logique.
C'est pourquoi je prédis avec facilité la descente prochaine de facebook, qui, à force d'être vide de substance, de matériau de la relation, et trop rempli de mécaniques, de petites choses, et surtout de spams divers, va peu à peu faire fuir ses utilisateurs, qui se tourneront vers des lieux moins pollués, et apportant plus de richesse dans la relation. Myspace a connu ce moment, où des utilisateurs pionniers fuient, et d'autres se recentrent sur des échanges sociaux centrés sur un contenu précis (musique, ...).
Et c'est pourquoi je ris de ce graphique de Wired, repris à l'infini sur des tas de blogs : n'ya-t-il pas meilleure démonstration de son inanité ?




Dommage que les trackbacks aient été désactivés de la majorité des blogs (tués par le spam), c'était un outil de liaison vraiment pratique.
Rédigé par: jid | 29 janvier 2008 at 12:31
Ok pour l'oubli des liens, c'est effectivement gênant mais il faut aussi accepter que des gens (passionnés, scientifiques et autres) aient envie de s'intéresser à d'autres phénomènes que le contenu. Tu cites l'alimentation mais justement, moi j'ai longtemps fréquenté des forums ou les contributeurs ne s'intéressaient qu'au pack car c'était leur passion (si, si ;-), leur job. Parler nourriture est un autre métier, un autre domaine d'intérêt, d'ailleurs, rare au delà de l'aspect marketing, rares sont ceux qui savent parler des deux.
Rédigé par: Ouinon | 29 janvier 2008 at 13:41
Je sais pas si l'infographie a changée, mais en tout cas je le vois le réseau là, avec la case "Online Media" où les autres blogueurs sont mentionnés...
Rédigé par: Etienne | 29 janvier 2008 at 13:47
Je suis assez d'accord avec ton analyse. Facebook est en vérité beaucoup trop centralisé.
Ce ne sont plus des groupes mais des foules. La qualité des liens sont hyper faible. Ca me fait penser au métro. On entre en interraction avec pleins d'acteurs, pour ne pas entrer par accident dans quelqu'un, il faut faire attention, mais on ne souviendra d'aucune de ces personnes qu'on a éviter. La qualité relationnelle est proche de zéro, c'est presque mécanique. On ne communique pas vraiment dans cette situation.
Le facebooker envoie des signaux rapides. Quand il invite à participer à un group, il ne personnalise pas le message. Les walls des groups sont peu utiliser, les forums n'en parlons pas.
Le gros avantage de Facebook, ce sont les multiples fonctionnalités. Je pense que les réseaux décentralisé, comme les blogs, viendront affaiblir facebook grâce à la multitude de widgets qui se développent à toute vitesse aux quatres coins de la toile. On aura vite fait de s'appropriér les meilleurs.
Ceci dit, facebook est très pratique pour entretenir des relations (moindre, on est d'accord) avec des gens d'un même groupe que l'on ne peut rencontrer.
Ah, ça me fait penser que le group "I bet I can find 1,000,000 people who dislike George Bush!" a dépassé les 1 millions.
Rédigé par: Antonin | 29 janvier 2008 at 13:54
Tout a fait d'accord sur le futur de Facebook, que je vois depuis le début comme une mode, tel les Skyblog en France il y a quelque temps...
Rédigé par: Vonric | 29 janvier 2008 at 15:58
Effectivement ça a peut-être changé mais je vois bien moi aussi une case "online media"
Rédigé par: Pierre | 29 janvier 2008 at 18:49
Contenu, quel contenu sur les blogs ?
Sûrement moins creux que les jeux potaches de Facebook, mais est-ce un exploit ?
Le blog étant un exercice de narcissisme contrôlé et/ou assumé, sommes-nous vraiment dans le cas des BBS, aux liens communautaires extrêmement forts entre fondus de technique, pareil pour les premiers newsgroups universitaires sur l'Internet embryonnaire où des chartes de conduite étaient respectées et où les dialogues avaient la consistance, l'intelligence et la tolérance qu'apporte l'esprit scientifique du public concerné.
Non, les blogs que nous voyons, aux contenus politico-socio-psycho-marketo-fumeux, écrits à la hâte, sans autre instinct que de se la jouer et de se faire remarquer, ne soutiennent pas pour l'instant en France la comparaison avec ces anciens univers sociaux.
Mais c'est vrai, un contenu un peu moins zozo que ce qu'on trouve sur Facebook ou l'expérience surfaite Second Life... Mais mérite-t-il vraiment le détour et l'analyse ?
Rédigé par: thierryl | 29 janvier 2008 at 21:36
Ouinon : mais parler de packaging, c'est du contenu de conversation, ça. POur participer pas mal à des forums typo, je sais ce qu'il en est. Ce que je veux dire, c'est que la relation se fait sur un matériau commun, pas sur une impression de sociabilité, sur du lien lâche, sans contenu.
Etienne : "online media", avec concentration sur le mode de lecture : on est dans une insistance sur la technologie, avec un peu d'oublie de la relation. Et on ne voit pas la circulation du contenu, les multiples relations. En fait, c'est un peu ce graphique, que je trouve nul, je pense.
Vonric : les skyblogs ne sont pas une mode. Il y en a toujours plus, et ils ont un taux de pénétration dans la génération 15-25 absolument énorme.
Antonin : Facebook est utile pour tenir un carnet d'adresse au chaud et des actes de sociabilité légère, oui. Mais je prédis un peu une baisse d'usage, que je peux déjà remarquer chez mes "amis".
Thierryl : c'est à se demander pourquoi poser des commentaires, s'il n'y a pas de contenu sur les blogs. Quant à la comparaison avec les BBS, elle est évidemmet nulle, puisque les BBS correspondaient à un moment particulier, où il y avait peu de monde en ligne. Enfin, pour le "pas de contenu", on ne doit pas lire les mêmes blogs : il ne tient qu'à vous d'en lire des intéressants.
Rédigé par: versac | 30 janvier 2008 at 10:31
Totalement d'accord avec cette vision. Le vrai moteur du web ce sont les humains, pas les tuyaux. Et de fait, Facebook, ne restera pas au sommet de la montagne car il ne recèle pas "d'affect", contrairement aux blogs, qui pour paraître archaïques, n'en restent pas moins les détenteurs de la "pâte humaine virtuelle"...
A l'autre bout de la chaîne, je verrais bien toutefois émerger un méga site virtuel (beaucoup plus simple et attractif que SL) qui casse la baraque, capable de répondre justement à la demande "d'affects" - sans pour autant faire disparaître le blog.
Rédigé par: Laurent | 31 janvier 2008 at 10:32