Haro sur Attali. On aurait voulu enterrer rapidement la réforme d'une position de rente qu'on ne s'y serait pas pris autrement.
Fillon, père courage, "veillera à ce que les évolutions de la profession soient mises en oeuvre dans le respect de l'équité, sans mettre en péril l'équilibre économique de l'activité des taxis".
Copé vise juste : "C'est une des faiblesse de ce rapport : commencer par annoncer qu'on va mettre la tête des gens au bout des piques, c'est normal que ça braque". Sauf qu'on oublie au passage l'objectif, et qu'on profite de ce repoussoir idéal pour faire carpette devant une défense corporatiste.
Wauquiez en mode défense du statu-quo (quel homme de rupture, celui-là) : "il est hors de question de faire subir une réforme" aux taxis, qui sont "légitimement inquiets".
Lagarde, sybilline, indique à demi-mot qu'on ne fera rien : l'objectif, c'est "de mieux réglementer". Ce qui ne veut rien dire. Mieux réglementer dans quel sens ?
-
Le problème reste entier. Voilà un secteur qui pourrait être créateur d'emplois, répondre à une demande insatisfaite, générer une activité économique, où des situations de rentes ont été créées.
315-3-1=312. Le décompte commence doucement. Quel repoussoir efficace, finalement, ce rapport ! Un rêve de conservateur ! Le PS aurait du le commander !
Mais non, c'est notre président bien aimé qui l'a fait. Quelle était son intention, au juste ? La rupture, la rupture...

Finalement, chacun semble se réjouir du maintien de ses privilèges, réels ou imaginaires. En tout cas, ceux qui gueulent sont satisfaits.
Et les autres ? J'entendais l'autre jour à la radio, juste avant la publication du rapport, un pharmacien qui trouvait que tout cela allait dans le bon sens. Et pourtant, le jour même de cette publication, Nicolas Sarkozy précisait avec empressement que les pharmaciens ne seraient pas concernés.
Chez les vétérinaires, c'est la perplexité. Les faits énoncés dans le rapport sont partiellement faux ou périmés. Certaines propositions sont des évidences que la profession appelle de ses voeux depuis des années, et sur lesquelles des débats sont ouverts. D'autres nous semblent stupides dans leur énoncé brut.
Et donc, qu'en sortira-t-il ?
Quant aux taxis qui gueulaient en voyant s'envoler leur capitalisation (la licence revendue à la retraite), ont-ils proposé d'étudier les autres pistes de réflexion, comme l'attribution d'une deuxième licence à chaque taxi, qu'il pourrait revendre immédiatement ? Je n'en sais rien, tout ce qu'on entend, ce sont les klaxons, les bons français qui hurlent contre l'injustice de cet arrogant d'Attali, contre le corporatisme ou contre les privilégiés qui empêchent les autres de bosser. Contre, contre, contre.
J'aimerais bien entendre les autres.
Rédigé par : Fourrure | 07 février 2008 à 14:24
A prendre ou à laisser...c'est en toutes lettres dans son rapport... plus le reste...
Il n'y a aucune surprise dans cet enterrement.
jugement partial et global (au nom de cette cohrence revendiquée)
partie une : http://marc.vasseur.over-blog.com/categorie-1233488.html
partie deux : http://marc.vasseur.over-blog.com/categorie-1233488.html
Rédigé par : marc | 07 février 2008 à 14:25
Tellement d'accord...
Rédigé par : Spacey | 07 février 2008 à 14:49
@Versac : je souscris entièrement à cette phrase :
"Voilà un secteur qui pourrait être créateur d'emplois, répondre à une demande insatisfaite, générer une activité économique"
cela dit :
- on a parlé uniquement des "taxis", là où il aurait fallu différencier "artisans taxis" et "locataires". Si situation de rente il y a, il semblerait qu'elle soit plus du côté des "grosses" sociétés, qui sont connues pour imposer des conditions de location assez dures.
Les renvendications étaient d'ailleurs bien différentes, entre les locataires qui insistaient sur la baisse de leur revenu, et les artisans, qui focalisaient essentiellement sur celle de la valeur de leur licence.
- peut-on parler de rentes pour un artisan taxi ? Je ne suis pas sûr que beaucoup d'entre nous accepteraient leurs conditions de travail (en termes d'horaires, par exemple, ou de vie familiale) pour un salaire la plupart du temps à peine décent.
Ils ont, pour la plupart, acheté une licence en s'endettant sur plusieurs années, et ils risqueraient de voir cette même licence perdre de la valeur, sans réagir ?
Le rapport Attali - ou du moins la communication qui a été faire autour - présentait un défaut majeur, à mon sens, dans le sens où il s'agissait d'un pari : plus d'offre générera plus de demande.
J'en suis convaincu, vous en êtes convaincu, certes. Mais ce n'est que vous et moi, et nous ne sommes pas chauffeurs de taxis, ni l'un ni l'autre ;-) Mais c'est un éternel débat, sur lequel même d'éminents économistes n'arrivent pas à se mettre d'accord, on ne peut donc pas leur reprocher de ne pas y croire.
Les taxis, conservateurs ? Certes, c'est connu. D'où l'erreur manifeste de ne pas avoir communiqué sur des propositions de garantie (rachat de licence, ou autre mécanisme de compensation) … à moins que ce n'ait été délibéremment fait pour torpiller l'ensemble du rapport, autre possibilité ?
Rédigé par : machin | 07 février 2008 à 14:51
Je ne suis pas sûr que la phrase "Voilà un secteur qui pourrait être créateur d'emplois, répondre à une demande insatisfaite, générer une activité économique" soit une illustration du supply-side economics ; je croirais même plutôt le contraire...
Mais ce genre de myopie (accentuée par la proximité des municipales) n'est évidemment pas l'apanage ude la France seule ; notre enseignement en Communauté française de Belgique veut interdire l'accès de ses écoles aux étudiants étrangers (qui s'y bousculent), au lieu de profiter de cette forte demande ; ridicule.
Rédigé par : cdc | 07 février 2008 à 16:24
"315-3-1=312" ?
Je ne suis pas convaincu que le faible nombre des taxis parisiens soit un frein à la croissance. On pourrait créer combien d'emplois à terme? Et qu'en est-il de la demande ? Vous croyez sérieusement qu'en multipliant le nombre de taxis par 2 on multiplierait la demande par 2 ?
Je n'y crois pas. O = D lorsque les prix sont raisonnables, ce n'est pas le cas du prix des taxis. L'augmentation de la concurrence ne fera probablement pas baisser les prix, puisque la demande augmentera (à mon avis) peu.
J'en conclus donc que cette proposition de réforme ne sera pas efficace en terme de croissance et qu'elle n'a quasiment pas d'utilité.
Mais je reste vigilant à la suite du débat ;)
Rédigé par : Leptitbenji | 07 février 2008 à 16:41
Leptitbenji: "L'augmentation de la concurrence ne fera probablement pas baisser les prix, puisque la demande augmentera (à mon avis) peu."
Avant qu'on debatte, expliquez-nous, là. Logiquement plus forte offre et demande stagnante dans un système concurrentiel ca fait baisser les prix dans tous les manuels d'économie. Pourquoi dites-vous que les prix ne baisseront pas parce que la demande n'augmenterait que peu?
Sinon la demande elle est là, le problème c'est qu'elle n'est en grande partie pas satisfaite. Après on peut toujours sortir les comparaisons internationales et les expériences personnelles de chacun à l'étranger pour montrer que là où il y a beaucoup plus grande densité de taxis, les chauffeurs de taxis ne crèvent pas de faim. C'est un argument qui a certes des limites, mais qui est le seul à sortir de la réthorique du doigt mouillé qui anime forcément ce genre de débat.
Rédigé par : Cyrille | 07 février 2008 à 17:32
Le jour où on verra une société tourner en respectant "tous les manuels d'économie" vous viendrez m'en reparler.
Ce n'est pourtant pas un bête trolleur qui dit que l'économie consiste à regarder ce qui fonctionne en pratique pour voir comment ça pourrait fonctionner en théorie.
Rédigé par : Gus | 07 février 2008 à 18:42
Jacques, j'aurai dû l'emmener avec moi à Calvi le jour où les quatre chauffeurs de taxi du patelin ont appris que le maire voulait déplacer leur tête de station, près de la sous-préfecture.
Il ne leur a pas fallu deux heures, en se mettant en travers du carrefour de la route de Piétra, pour bloquer toute la circulation de Porto à au-delà d'Île-Rousse, presque que jusqu'à la route de de Saint-Florent, jusqu'à tard dans la nuit.
Pire qu'un soir de 15 août, jour de feu d'artifice.
Il aurait dû savoir ! Mais on apprend pas ce genre de chose à L'ENA...
Ni dans aucun bouquin !
Rédigé par : L'ignoble Infreequentable | 07 février 2008 à 18:55
@cyrille,
"L'augmentation de la concurrence ne fera probablement pas baisser les prix, puisque la demande augmentera (à mon avis) peu."
Ce que je veux dire par là, c'est qu'aujourd'hui, les taxis parisiens font en moyenne 13 courses par jour.
Si l'offre venait à doubler, et que la demande augmentait peu comme je le prévois, chaque taxi ne ferait plus que 7-8-9 courses en moyenne par jour.
Ainsi, pour conserver son revenu, le conducteur de taxi serait obligé d'augmenter ses prix.
Face à la concurrence accrue, il aura certainement du mal à augmenter ses prix, mais il ne pourra pas les baisser, à moins de faire une croix sur une part importante de son salaire.
C'est donc pour cette raison que l'ouverture de la concurrence de ce secteur n'aura selon moi pas d'impact négatif sur les prix. Mais je comprends que ce raisonnement puisse choquer.
Rédigé par : Leptitbenji | 07 février 2008 à 20:12
Je suis en accord avec beaucoup de propositions contenues dans ce rapport, mais il faut bien avouer que sa légitimité démocratique de programme économique est difficile à défendre...
Quant au taxis, il est vrai que défendre cette proposition sans pédagogie préalable a été le meilleur moyen de prolonger la rente de ces chauffeurs. Je pense que ce sera le destin d'autres mesures comme celle de la dérèglementation de l'implantation des grandes surfaces. On n'explique rien, on crie au loup : "libéralisme ! libéralisme !", puis on enterre une réforme, comme d'habitude...
Rédigé par : Sergio | 07 février 2008 à 20:28
Cette épisode montre en tout cas que la rue gouverne quand les électeurs ne sont pas loin... après les manifs de 10000 étudiants en médecine et le retraite illico presto de la remise en cause nécessaire de la liberté d'installation, voici les chauffeurs de taxi qui après deux jours renoncent à cette réforme pourtant nécessaire, d'autant que contrairement à ce que disent nos amis chauffeurs de taxis, le rapport Attali prévoit la rétribution des plaques...
Ceci étant, il faudra qu'ils se mettent d'accord à l'Elysée et à Matignon. Si quelqu'un comprend : http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/02/07/01001-20080207ARTFIG00483-taxis-sarkozy-n-ecarte-pas-le-rapport-attali.php
Rédigé par : John_G | 07 février 2008 à 20:38
Pendez-le haut et court ! Attali ou le Président ?
Celui qui n'avait pas de programme présidentiel et qui en a commandé un.
Rédigé par : belka | 07 février 2008 à 20:46
Finalement on avait un beau couple, celui qui réfléchissait et celui qui agissait.
Donc celui qui devait agir, recule sur la pression de la rue relayée par ses parlementaires.
Parlementaires qui sont préoccupés par les élections municipales : Fichtre ! le syndrome du cumul, du député-maire.
Bref, on a des parlementaires qui doivent amender et voter des lois au niveau national donc pour le bien commun (Res publica) et qui sont tenus par les c... par les intérêts privés et locaux de leur autre siège de responsabilité.
Parlez-moi d'un sacré conflit d'intérêt là.
Rédigé par : thierryl | 07 février 2008 à 20:58
Avec la commission Attali, on est au coeur du marketing de Sarkozy. Il crée des commissions sur des sujets dont il sait exactement ce qu'il veut faire avant de les créer (c'est la même chose avec la commission Balladur). Il y place des gens supposés de l'autre bord pour donner l'illusion du débat et dee l'ouverture (Lang, Attali), puis ensuite, viendra nous expliquer que ça a été fait dans la concertation puisqu'il a fait une commission bidule.
Il faut un peu plus que ces artifices grossiers pour s'attaquer aux conservatismes de tous bords de ce pays. C'est d'ailleurs assez "réjouissant" le coup des taxis, parce que cela montre que les pourfendeurs de "faineants de fonctionnaires" sont parfois pas mal, en terme de conservatisme !
Pour en revenir au catalogue des bonnes intentions d'Attali et de son simposture : je vois pas en quoi un président a besoin d'un nième rapport pour prendre des mesures. Qu'il puise dans les idées d'Attali ou de machin chose, soit, mais qu'il propose un plan d'action et le mette en application et qu'on arrète tout ce baratin ! Mais bon, là, je rêve !
Rédigé par : Cyrille(2) | 07 février 2008 à 21:35
Résumons: l'objectif de la réforme, c'est de créer des emplois (plus de chauffeurs) ou de mettre fin à la galère des parisiens?
Dans le premier cas, je vous livre le témoignage récent d'un taximen:
" je travaille 7j/7, 10h/jour et je gagne 2000€/mois. Vous voulez qu'il y ai plus de taxis? Mais dans ce cas là ma petite dame: 1/les gens les moins scrupuleux vont pouvoir devenir taxis et vous allez vous retrouver avec n'importe qui
2/nous on fait attention à vous conduire dans de belles voitures, hors si on ne controle plus rien vous allez vous retrouver dans des voitures pourries
3/comment je vais gagner ma vie moi, si je fais moins de courses parce qu'il y a plus de concurrence? "
Pour résumer, augmentation du nombre de taxis= baisse de la qualité du service (à voir) et du pouvoir d'achat (juste pour replacer la notion, j'adore) des taximen
Dans le deuxième cas: est ce que les parisiens, si l'offre est plus importante, vont prendre l'automatisme du taxi, tels leurs homologues Londonniens et New Yorkais? Pas sur!!! Si le prix reste le meme, il est clairement prohibitif! Et puis rappelons le, la capitale est trs bien deservie en transports en commun, les habitudes bus/ métro bien ancrée, alors y a t il un marché pour plus de taxis?
Rédigé par : Maud | 09 février 2008 à 19:25
@Maud
Questions :
pourquoi est-il impossible de héler un taxi sur Paris (comme dans les autres capitales) ?
pourquoi avant qu'un taxi nous prenne faut-il dire où on va ?
Qu'en est-il des possibilités de recours en cas de refus de vente ?
Le taxi "pourri" j'en ai rien à faire s'il m'amène là où je veux et qu'il meprend en charge quand il est disponible : c'est ce qu'on appelle le service, satisfaire le besoin exact du client alors que le décors intérieur du taxi c'est "the cherry on the cake".
Et non pas ce qui se passe en ce moment, dire oui à 3 clients qui appellent et ne se pointer uniquement que sur la plus grosse course...
Et les transports en commun après 1h du matin, c'est dodo tout le monde...
Rédigé par : thierryl | 09 février 2008 à 20:29