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28 mars 2008

Affaire Olivier Martinez : la fin du monde ?

Ainsi, j'ai appris aujourd'hui qu'Eric Dupin, le patron de Fuzz, a été condamné par la justice à payer 1000 euros de dommages et intérêts à l'acteur Olivier Martinez. La mesure peut sembler absurde. Elle l'est sans doute. Elle choque, parce qu'Eric Dupin se trouve aussi être un blogueur à forte notoriété dans le monde des blogs hi-tech. Son combat a largement été relayé.

Je regrette la décision. Sans être un juriste accompli, je trouve l'interprétation, pour un agrégateur, d'un statut d'éditeur, peu convaincante. Je rappelle juste à tous ceux qui ont relayé l'affaire et gravement insulté Olivier Martinez par la suite qu'il ne s'agissait pas, ici, d'un billet d'opinion, émis sur un blog, mais d'un lien posté vers un dévoilement de vie privée, sur un agrégateur d'information.

Ma sympathie va, également, un peu, aux autres blogueurs attaqués, dont je n'arrive pas à savoir ,ce soir, s'ils sont condamnés, l'affaire se concentrant sans doute trop sur Eric Dupin, et pas beaucoup sur la cohorte de vrais blogueurs attaqués pour leur publication de l'annonce de ce mariage.

Toutefois, cette affaire pose de sérieuses questions, devant lesquelles une indignation simple, une grève, et du spam ou du google bombing ne m'apparait pas être une réaction saine.

Le blogueur a une responsabilité. Cela est clair. L'équilibre trouvé entre l'éditeur et l'hébergeur, dans la législation actuelle, était de ce point de vue intéressant. Les blogueurs doivent apprendre que révéler ou relayer une information portant atteinte à autrui peut engendrer une prise de responsabilité.

La question posée est celle du lien. Le web n'est fait que de ça. De liens, dans tous les sens. Menacer les liens, c'est menacer l'intérêt du web. Mais tous les liens et toutes les copies de textes ne se valent pas. Et l'immense variété des sites, des natures de liens, de leuirs modes d'apparition impose des réflexions un peu plus poussées que "l'affaire martinez met en péril le web". Ce n'est pas vrai : il n'y a pas jurisprudence, et il n'y aura pas fin des liens.

Imaginons un cas, totalement fictif. Je suis un blogueur anonyme, publiant chez moi. Je balance un truc intime (genre "Quitterie D. a vomi hier soir le contenu de son plat sur les cheveux de Maitre Eolas, à la République des blogs"). Immédiatement, quelques sites qui repompent mon contenu et le publient chez eux reprennent et se font de l'argent avec. Quelques personnes repèrent le billet, et le balancent sur divers digg-likes. L'info circule vite. D'autres blogueurs reprennent "l'info".

Qui est responsable de quoi ? L'auteur original, oui. Mais les autres ? Ne le sont-ils pas ?

Si. Certainement. Un blog non lié n'existe pas. Une info qui ne circule pas n'existe pas. Le lien est le web. Sans liens, pas de vie à l'information.

C'est pourquoi je vous invite à lire Emmanuel Parody, avec qui je suis parfaitement en accord, pour prolonger cette discussion. Un approfondissement de la loi va sans doute être rendu nécessaire. espérons que les gamineries de la blogosphère ne feront pas qu'il sera rendu absurdement répressif.

PS : je condamne évidemment l'approche d'Olivier Martinez et de son avocat, qui, ne respectant pas l'esprit de la LCEN, n'ont aucunement cherché une conciliation. Et j'espère fermement qu'il fera appel et gagnera. Je doute que les blogueurs en aient la chance.

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Voici les sites qui parlent de Affaire Olivier Martinez : la fin du monde ?:

Commentaires

Pfff… Tout le monde sait que Maître Eolas n'a pas de cheveux, pas crédible ton exemple.

Décidément, je n'aime pas Olivier Martinez !

Un peu trop de ramdam autour de ce truc sans aucun intérêt...

on va pas faire un buzz chaque fois qu'un média perd un procès pour atteinte à la vie privée...

s'il y avait un seul truc intéressant à dire, c'est que pas bcp de monde que O.Martinez existait encore depuis "le hussard sur le toit" et surtout qu'il n'a pas (je crois) porté plainte contre les autres médias qui ont relayé cette info...

A ce titre l'affaire Imédias vs Morandini a fait nettement moins de bruit (c'est peu dire) que l'affaire Martinez... (certes je crois que le jugement n'a pas encore été jugée)

Ou alors certains blogueurs dans un réflexe identitaire minable ne s'indignent que si un "blogueur influent" comme on dit est touché...

Tout le reste me semble être du vent

pfoufff... elle manque de distinction Q.D ...

Le boycott est illusoire. On se rendrait vite compte que les blogs ont guère d'influence sur l'ensemble du traffic web (je me trompe peut-être?).

Sinon, chaque bloggueur est responsable de ce qu'il met en ligne, même s'il répète des propos...

Quant à Martinez, cela penser aux attaques que subissent des personnes comme Denis Robert : réduire au silence en s'attaquant au portefeuille... quitte à harceler.

Quoi ? Quitterie s'est épanchée sur Eolas? ;-)

C'est en effet une décision dommageable qui, espérons le, sera retoquée en appel. Pourquoi ne pas condamner les moteurs de recherche, Google et autres Google News qui au final produisent des pages/du contenu, publié ailleurs ? Il est sans doute beaucoup plus facile de s'attaquer a Eric Dupin qu'a Google Inc...

cette affaire est pleine d'enseignement, en effet, mais la démarche d'Olivier Martinez est trop restreinte pour s'averer sincère: un lien, une responsabilité? Ok, mais quid alors de Google et des autres moteurs de recherche?

En ne respectant pas les regles du LCEN, et en limitant les poursuites a des individus isolés, il s'incrit dans une demarche purement et strictement financiere, la protection de sa vie privée apparaissant comme une préoccupation secondaire.

Tu as raison de dire que le débat doit se poursuivre, tu es un des mieux armé pour pouvoir l'initier.
Ce qui aurait été preferable c'est que le débat se lance au lendemain d'une action en justice plus équitable et moins interessée... mais bon, avoir des contradicteurs peu éclairés n'est pas une rasion suffisante pour que la blogosphère ne prenne pas, elle, un peu de hauteur.

Vonric : Google se fait plus attaquer qu'Eric Dupin. Je pense qu'il a des chances en appel. Mais l'avocat de Martinez est un bon pro, apte à bien jouer sur les limites des définitions légales.


gasper : il y a des différences entre hébergement et édition. Entre moteur et choix manuel. Eric Dupin ne devrait pas avoir de mal à montrer qu'il ne fait qu'héberger des liens, qu'il joue le rôle d'hébergeur. S'il n'y a pas réussi, il y a de quoi s'inquiéter un peu...

Je ne vois pas en quoi la démarche d'Olivier Martinez est injuste et désintéressée. Il se protège. Et la demande de suppression de textes a ses limites: quand le truc a déjà circulé partout, comment se protéger ? Le côté David-Goliath, je n'y crois pas tellement.

Bonjour,
pour ma part, ce qui me choque, c'est le comportement d'Olivier Martinez et de son avocat: s'attaquer à plein de "petits" pour récupérer du fric. Mais à aucun moment, il n'attaque des groupes comme Google et Yahoo! ou même le Monde qui se permet de faire un article : http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-34844877@7-44,0.html
Concernant les Digg-like, j'avais vu une métaphore sur un autre blog que je trouvais juste: voyons les comme des kiosques à journaux. Alors a-t-on déjà attaqué un kiosque à journaux lorsqu'il expose sur sa devanture des magazines comme Closer?

"Un peu trop de ramdam autour de ce truc sans aucun intérêt..."

Sûr qu'avec de pareils jugements à l'emporte-pièce, le débat va avancer autant que le schmilblick :(

JML

Bonjour,
pour ma part, ce qui me choque, c'est que certain imaginent qu'O. MARTINEZ puisse faire ce genre de chose pour l'argent...
Sérieusement payer un avocat, des huissiers.. etc.. pour gagner 2500 euros! Je signale qu'il y a bien des chances pour que Martinez ne soit pas vraiment un smicard.
Autant une assignation contre voici ou autre grosse boite, ça peut rapporter du pognon, mais justement contre des petits, il n'y a pas grand chose à gagner.

je sens que cette affaire va créer pas mal de vocation d'Avocat spécialisé en droit numérique NTIC... surtout qu'en général un blogueur, c'est solvable...

Désolé pour cette note de cynisme.

@shyboy: "surtout qu'en général un blogueur, c'est solvable"
C'est solvable de combien?
Sérieux, je ne crois pas qu'une personnalité (avec revenus afférant) gagne à ces petits procès contre des particuliers: l'investissement est important, ça risque de ne pas marcher, et le gain est ridicule. (Ce mec doit gagner (ai pif) 50 fois les dommages infligés ici aux blogueurs juste en posant pour une campagne de pub quelconque.)
Vraiment je trouve que cet idée du people puissant et riche (sinon c'est plus vraiment Goliath) qui tente de s'enrichir encore plus en faisant condamner un pauvre (David) blogueur à lui donner 1000 euros... il y a là, à mon avis, une faille de raisonnement.

Il ne s'agit même pas d'une publication par Eric Dupin dans un blog, mais dans l'ajout d'un lien dans fuzz (Digg-Like) par une personne non-identifiée.
La responsabilité de l'éditeur du site fuzz.fr est donc mis en cause même s'il n'a rien publié par lui-même.....

La démarche de Martinez disproportionnée.Il pouvait demander l'euro symbolique...

Or la présente amende est relativement lourde aux fins d'asphyxier l'autre partie.


Versac dixit : "L'équilibre trouvé entre l'éditeur et l'hébergeur, dans la législation actuelle, était de ce point de vue intéressant."

Non justement ! C'est un déséquilibre, qui est, au fond, un recul pour les "auteurs" vis à vis de la loi sur la presse.

Dans la presse, le "jeu" se joue à trois: imprimeur/éditeur/auteur. L'auteur et l'éditeur partagent la responsabilité. Un journaliste professionnel, par exemple, ne se retrouve jamais tout seul face au tribunal, son éditeur (le patron du journal) est toujours à son côté.

En "fusionnant" sur internet le rôle de l'éditeur avec celui de l'auteur, l'auteur se retrouve moins bien protégé, qu'il ne l'était sur le papier, car il est désormais seul en première ligne.

De nouveaux acteurs interviennent directement dans la diffusion des contenus en ligne, en agrégeant ces contenus, en les classant, en les hiérarchisant, ce sont eux qui leur donnent une réelle visibilité et leur permettent de toucher une large audience.

Le rôle de ces agrégateurs ne peut plus être assimilé, à mon avis, à celui d'hébergeurs, qui sont censés rester de simples gestionnaires de tuyaux. Pour moi, leur rôle est de plus en plus celui d'un éditeur, et ils devraient partager la responsabilité avec les auteurs...

C'est là que se trouve l'intérêt des blogueurs à mon avis ;-)

La victoire de Martinez et la défaite de Dupin est un coup dur pour le web 2.0. Les bloggueurs sont fautifs d'avoir repris l'info, il n'y a pas à chipoter. Mais si Fuzz est définitivement condamner alors il faudra partir. Tariq Krim est parti faire Netvibes au Royaume-Uni, il faudra le rejoindre pour travailler.

Je remarque qu'il faut avoir du talent pour se faire choper le jour même par un acteur made in USA, le problème est le manque d'injonction, et le cas hier de la dépêche AFP qui annonçait puis re-nonçait etc, le démenti etc, remet bien en question la loi par rapport au web, bref entre VOICI et Fridaoupspapa on est loin du bling bling, je crois au fond que tout l'histoire est là, doit-on se servir de la loi pour se protéger ou bien pour s'en servir à des fins autres, l'injonction c'est la médiation et la valeur de l'acte avant et après, non?

"gravement insulté Olivier Martinez "... le pauvre, tu sais VERSAC, les critiques cinés ont dit 1000 fois pire carrière "d'artiste"... Il faut arrêter de le victimiser.

Une affaire pathétique...

Même les acteurs en perte de vitesse ont droit à une vie privée. Je n'apprécie pas les journaux people, je n'aime pas davantage ceux qui se positionnent en partie sur ce créneau. Avec fuzz.fr, Dupin a bien créé une rubrique people ? Ce n'est pas un choix éditorial, ça ?

Dupin a voulu intégrer la chaîne de l'info people, pour le meilleur et pour le pire. Il a d'abord eu le meilleur : le trafic généré. Il a droit aussi au pire : les plaintes pour atteinte à la vie privée.

Et je n'ai aucune sympathie particulière pour ceux qui crient au jeudi noir quand il ne s'agit que de leurs propres turpitudes.

Donc non Versac, pas tout à fait d'accord avec toi : il ne s'agit pas "juste d'un lien". La démarche d'Eric Dupin vis à vis des infos people sur fuzz.fr relève bel et bien à mon sens -et c'est la position du juge- d'un acte éditorialiste.

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