Denis Olivennes à la tête du Nouvel Obs
Tout ce que je lis sur ce sujet n'est que raillerie et bashing. Denis Olivennes semble avoir tous les torts. C'est un social-traitre de la pire espèce, un membre des Gracques, pensez-vous. Patron de gauche de droite, en quelque sorte. Et auteur du rapport à son nom, qui lui vaut l'absence de sympathie des internautes.
Pour ma part, je n'ai rien à lui reprocher. Et il me semble coller tout à fait à la culture du Nouvel Obs, de deuxième gauche, comme à ses enjeux, énormes, qui vont au delà du simple journalisme, et imposent de mettre en place un nouveau modèle économique. Olivennes est un patron, et plutôt crédité d'un bon management.
Après, ce n'est pas un web-native. Lisons, notamment, ce que notre homme dit de l'internet (je sépare en trois points).
Un enjeu de société ensuite. La révolution Internet est une chance pour le développement de la communication. Elle multiplie, à une échelle sans précédent, l’offre d’information et l’accès à celle-ci. Mais elle remet en cause aussi les modèles économiques traditionnels de la presse, et menace peut-être jusqu’à son existence telle que nous la connaissons.
Passage habituel. La révolution est géniale, mais menace nos métiers, impose une redéfinition. Rien de plus vrai.
Et puis, parce qu’elle place trop souvent sur le même plan le vrai et le faux, le savoir et l’opinion, l’information et la rumeur, qu’elle se développe dans les marges du droit, notamment celui qui protège la dignité de la personne humaine, elle bouleverse radicalement la société d’information dans laquelle nous vivons.
Passage désormais traditionnel de netbashing un peu caricatural. Je ne crois pas que la révolution internet place sur le même plan l'information et la rumeur, je ne vois pas ce qui permet de dire ça. Rien, en fait, sinon un regard extérieur rapide. Elle place l'information, l'analyse et le commentaire dans un même espace, elle favorise la circulation rapide, de pair à pair, de l'information. Mais la rumeur, que fait-elle là-dedans ?
Le Nouvel Observateur, là aussi, a un rôle éminent à jouer. Pionnier dans ce domaine, il est à la fois le premier hebdomadaire français d’information par sa diffusion papier, et, par l’audience, le premier site internet de ces mêmes magazines.
L'obs attire à lui pas mal de convoitises, en effet, sur le web. Son succès est réel. La recette semble faite d'un bon, hébergement optimisé des dépêches AFP et de scoops que le journal n'aurait pas voulu dans ses pages. Mais je ne voudrais pas railler. Ceci-dit, je ne comprends pas le maitre étalon qui voudrait que l'Obs, en ligne, se compare uniquement au Point et à L'express. L'obs, en ligne, a un univers de concurrence et un écosystème plus large et diversifié.
Dans les années qui viennent, il va devoir, bien sûr, renforcer encore cette double présence et tisser sa toile sur la Toile. Il devra le faire en y défendant les principes de vérification, de hiérarchisation, d’interprétation des informations, et, plus généralement, de respect intransigeant des valeurs éthiques qui constituent son identité même, contribuant ainsi à civiliser l’univers pour l’instant sauvage du Net.
Le bon mot de "tisser sa toile sur la toile" me semble un peu imprécis et rapide. Le travail journalistique évoqué, pour le web, nécessite juste un peu d'attention et de moyens, là où le web ne bénéficie souvent pas de ces deux denrées essentielles.
En revanche, l'enjeu de civilisation d'un espace sauvage, non merci. Qu'est-ce que c'est que cette ambition ? On croirait lire la politique de civilisation de Nicolas Sarkozy. Un groupe de presse devrait plutôt tenter de définir un rôle plus humble dans un écosystème actif, et respecté. Devenir un jalon des espaces de conversation. Les nourrir. Redéfinir le journalisme à l'aune de ce que peuvent apporter les expériences de participation et d'interaction. Mais civiliser le monde sauvage ?
C'est bien un discours extérieur, et un peu présomptueux. Habituel. Bon courage, Denis Olivennes, je doute que les sauvages n'attendent les bons pères blancs de l'obs, en ligne. J'apprécie que vous souhaitiez que l'Obs ne donne plus le mauvais exemple en la matière. Dommage que cela se fasse sur le ton du surplomb et de la condescendance à l'égard de ce qui se passe sur le web. POur bénéficier d'une révolution, il faut, un peu, l'embrasser et l'aimer...
PS : pour le futile essentiel, j'ajouterais une ligne à la todolist de Denis Olivennes : sortir enfin une maquette, tant sur le web que sur le papier, qui soit digne de ce nom. Par simple respect du lecteur.



Bonjour,
On pourrait comparer avec cette réflexion récente (http://www.time-blog.com/swampland/2008/03/the_internet_effect_on_news.html) d'un chroniqueur politique de Time Mag sur leur blog consacré à la présidentielle US:
"This trend towards story-by-story competition, and away from package-by-package competition, is a blessing and a curse. It is forcing better writing, quicker responsiveness, and it is increasing the value of actual news-making and clear-eyed thinking. But it is also increasing pressure on reporters to push the boundaries of provocation. I am not sure that the Politico story crossed any boundaries, or distorted the truth. I do believe that what Allen and VandeHei did is very much the future of news."
Toute la différence en somme entre ceux qui sont en train d'écrire le futur et ceux qui essaient vainement d'en faire une copie du passé.
Rédigé par: Hady Ba | le 26 mars 2008 à 08:24
" parce qu’elle place trop souvent sur le même plan le vrai et le faux, le savoir et l’opinion, l’information et la rumeur, qu’elle se développe dans les marges du droit, notamment celui qui protège la dignité de la personne humaine, elle bouleverse radicalement la société d’information dans laquelle nous vivons"
Il parle de la nouvelle évolution de la presse papier ? C'est à s'y méprendre !!
Rédigé par: authueil | le 26 mars 2008 à 09:26
Tiens il me semble que le Nouvel obs avait lancé il y a 2 ou 3 ans, une pétition contre la répression du téléchargement....
Rédigé par: Tefy | le 26 mars 2008 à 09:57
Comme nous l'enseigne Astérix, pour ouvrir un dialogue cordial, il faut commencer par pendre un barde.
Olivennes a bien trop servi bien trop d'intérêts corporatistes, ou prétendument "publics" (ceux des administrations de la culture) et ce, contre l'intérêt public pour servir encore. Qu'il soit donc l'Assurancetourix au spectacle du baillonement duquel démarrera le dialogue.
Rédigé par: Gus | le 26 mars 2008 à 12:02
Et cette note n'est pas raillerie ni bashing ? ;-) Non en effet, le ton y est plus policé, vous êtes un îlot de bonne éducation dans ce monde de sauvages ...
Rédigé par: Yogi | le 26 mars 2008 à 12:23
Ce que je reprocherais à Olivennes ?
Son partisanat avec la corruption gouvernementale en place, ses efforts acharnés pour trouver des solutions à un problème insoluble et nous pondre un rapport liberticide et extrêmiste aussi inapplicable qu'inacceptable.
Je ne lirai plus l'Obs et je n'acheterai plus à la Fnac...
Je rigole, je le faisais déjà pas avant...
Rédigé par: Antarion | le 26 mars 2008 à 16:22
Le fil de dépêches affiché dans la colonne de gauche émane de Reuters, et le reste d'AP (Associated Press). Pas vu AFP..
Rédigé par: Gilles Klein | le 27 mars 2008 à 10:44