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17 avril 2008

Peut-on arrêter de nous bassiner avec Mai 68 ?

Ca semble impossible. C'est l'inondation permanente. Depuis déjà des semaines, et pour de nouvelles encore, Mai 68 est partout. Pas une librairie sans une flopée de bouquins, écrits fort opportunément par les plumes habituelles, les grands anciens, ou d'autres, les retours d'iconographies, les soirées spéciales à la télé, les hors-série de magazines, les événements, les conférences, tout est 68 again. Diarrhée d'images, de discours, de souvenirs, d'évocations, d'images, de noms. Jusqu'à plus soif.

Le pire, dans tout ça, ce sont les manifs lycéennes qui ressuscitent de vieilles imageries de l'époque. Par mimétisme, pour surtout singer, évoquer, se dire que c'est un peu pareil. Ridicules bandeaux avec le général deux poings levés, sur lequel on ajoute un portrait de Nicolas Sarkozy. Non, le pire, c'est la commémoration par l'UMP, où tous ces jeunes et beaux militants se sentent l'obligation, pas loin d'un an après le discours de Bercy, de remettre en question l'héritage de Mai 68. Ils n'auront pas hérité du sens graphique de 68, à tout le moins, ni de l'imagination sloganique. Symptôme de l'excès, de l'abus, du trop.

Mais pourquoi parle-t-on autant de ce truc ?

C'est forcément le symptôme de quelque chose, s'émeut en moi le sociologue de comptoir. Cette évocation de la jeunesse qui se révolte, avec des trémolos dans la voix, ce souvenir d'un passé où, enfin, les choses étaient simples, où un événement unique traversait le 6ème arrondissement l'Europe.

C'est pour moi essentiellement le symptôme d'une domination de génération. De cette génération qui a du mal à quitter sa dominance de vingt ans sur ce pays. Cette génération qui est arrivée au pouvoir au début des années 80, forte de son émancipation joyeuse quelques années avant. Cette génération qui s'est accroché au pouvoir, comme jamais en France. Qui a assuré une belle permanence, et reste, encore, à la tête des media, avant tout, comme un dernier pouvoir d'où on la chassera bientôt.

Génération qui impose un magistère moral, qui tente de rappeler une dernière fois qu'eux, au moins,avaient fait la révolution, qu'eux, au moins, avaient des idéaux. Génération perdue devant la jeunesse d'aujourd'hui, génération qui ne veut pas voir que plus a changé ces dernières années, en souterrain, dans la génération de leurs enfant sou petits enfants, sans ces joyeux slogans, qu'ils n'ont fait en un an. Génération qui croit encore pouvoir tenir les rênes, ayant cru avoir le pouvoir trop jeune, et s'y étant accrochée trop longtemps.

Moment particulier, où une génération impose par son pouvoir de plusieurs dizaines d'années la célébration de son moment de jeunesse. Sans même regarder ce qui a été son comportement par la suite. Génération si forte que même notre président a du lui taper dessus pour finir d'émerger, s'émanciper. C'était à Bercy, il y a bientôt un an. J'avais alors compris qu'il valait mieux regarder cette jeunesse en mouvement que de servir de manière servile les thèmes proposés par ceux qui se soumettent à ses prismes.

Mai 68 ? Rien à faire. Laissez-nous ne pas faire le nôtre. Cessez de nous bassiner avec. La seule importance de 68, c'est la domination intellectuelle et générationelle ridicule qui a duré trop longtemps, qui en est née. Elle est en train de faner. Cela n'est que justice.

mai68

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Voici les sites qui parlent de Peut-on arrêter de nous bassiner avec Mai 68 ?:

Commentaires

"Mai 68 ? Rien à faire. Laissez-nous ne pas faire le nôtre. Cessez de nous bassiner avec."
Je suis d'accord ! Stop.

"où un événement unique traversait le 6ème arrondissement l'Europe." Pas grave mais enfin bon, la Sorbonne et la rue Gay Lussac sont dans le 5e.

Effectivement, on arrête pas de nous saoûler avec mai 68 en ce moment, mais le pire, c'est que ça va continuer encore un peu, et que mai 68 est préssenti pour être l'un des sujets du bac...

"Laissez-nous ne pas faire 68"
mouarf.
Si 68 se resumait a Gluksman et July, ok...

Seulement c'est un poil plus sioux que ca et honnetement ma generation (nee au debut des annees 70) ne doit pas se rendre compte a quel point elle profite de l'elan mondial (disons occidental) de rebellion contre des codes sociaux ineptes et inimaginables aujourd'hui. Mes parents on fait une ecole non-mixte. Le sexe etait beuark. Tante Yvonne regnait. Le cine porno vivait sous le manteau. Avec les homos. L'avortement etait interdit, la contraception difficile. L'eglise regnait encore, les anciens combattants etaient des heros. Franchement. 68 des connards ? Non non et non.

Par contre l'ovedose de media-commemorant n'importe quoi, ok. Rien a voir avec 68, a part pour les deux boulets nommes en debut de post.

"Laissez nous ne pas faire 68"
Chaque generation fait les conneries qu'elle doit faire. Nous avons elu Chirac puis Sarkozy. Est-ce franchement plus malin que de jeter des paves ?

+1 : "Mai 68 ? Rien à faire. Laissez-nous ne pas faire le nôtre. Cessez de nous bassiner avec." là on est d'accord surtout quand on voit la clique qui le dénonce: ils en ont profité des années durant, et veulent que les autres ne puissent pas en profiter. La plus belle hypocrisie de ces dernières années.

soixante-huitard = vieillard !

Versac tu es spécialiste de l'événementiel : Mai 68 est l'instant qui a marqué le point critique, quand la société française a abandonné ses codes anciens pour adopter de nouveaux codes.
Une société qui est restée la même, avec des élites et des dirigeants, une classe moyenne, et des pauvres.

C'est vrai que la plupart des leaders de l'époque ont su par la suite se fondre dans le système : Cohn-Bendit (député européen, Sauvageot (Directeur de l'école des beaux arts de Rennes), Geismar (Maître de conférence à l'IEP de Paris), Weber (sénateur), Rossi (ministre), Chabalier (patron de Capa)... et sûrement d'autres que j'oublie...

La commémoration est chiante. Mais ce n'est pas une raison pour tout rejeter, la libération sexuelle, l'émancipation des femmes, la rupture avec la France catho, la mixité à la fac, le rock, la revalorisation du SMIC, les congés payés...

Sinon, très drôle et très classique la polémique générationnelle. Celle qui a encore le pouvoir et la nouvelle que tu représentes et qui pousse l'ancienne vers la sortie. Tout cela fait très tendance... Mais quel est l'intérêt ?

fed up du bassinage quotidien de mai 68, contente de vous voir de retour, on va essayer d'être plus intelligent, promis!

Bravissimo.

Quelqu'un se souvient de l'admirable chanson de Brassens:

Tous ces gâteux, ces avachis,
Ces pauvres sépulcres blanchis
Chancelant dans leurs carapaces
On les a vus, c'était hier,
Qui descendaient jeunes et fiers
Le boulevard du temps qui passe.

Oui, il est vraiment très grand temps de le dire aux soixante-huitards: quels qu'aient été leurs mérites réels (bien rares) et fantasmés (de loin majoritaires), aujourd'hui ils sont VIEUX. Si cette société a besoin d'un grand coup de balai, de renouveau et de jeunesse, ce qui est en effet fort possible, ce n'est pas d'eux que ça viendra - et heureusement parce qu'ils sont vraiment très, très loin de n'avoir fait et dit que des choses dignes d'éloge, et à l'époque, et surtout depuis.

A la maison de retraite les papys! Ou même à l'académie, car ils ne méritent vraiment pas mieux, à force de nous bassiner avec leur jeunesse cacochyme.

Merci.

"Diarrhee d'images jusqu'a plus soif", que c'est elegant!

Sur le fond, comme tu l'effleures, je crois qu'il y a beaucoup de nostalgie d'une generation qui a beaucoup fait avancer la "cause" de l'hedonisme, et qui vit donc mal sa vieillesse...surtout a une epoque ou la jeunesse est passablement sacralisee, avec le corps et les sens.
Souvenir masturbatoire, c'etait si mieux avant...

"Mes parents on fait une ecole non-mixte. Le sexe etait beuark. Tante Yvonne regnait. Le cine porno vivait sous le manteau. Avec les homos. L'avortement etait interdit, la contraception difficile. L'eglise regnait encore, les anciens combattants etaient des heros. Franchement. 68 des connards ? Non non et non."

C'est mal?Sans doute est-ce que la grossesse puis l'avortement d'une gamine de 16 ans est un progrès significatif.Et pourquoi les anciens combattant n'auraient pas été des héros, vous avez vécus la guerre pour être aussi méprisant?

Ce n est que justice, certes, et que grand temps d ailleurs. Mais je crois que vous amalgamez un peu entre les soixante-huitards, qui ont franchement fait plus que leur temps même s ils ne veulent pas l admettre, et qu il faut pousser dehors puisque rares sont ceux qui ont la dignité de sortir, et mai 68 dont tout l héritage n est pas à balancer. C est précisément l inverse qu a fait Sarkozy (pourtant lui-même enfant de soixante-huit sans être soixante-huitard), et je crois que son erreur est là.

[Vraiment désolée pour les apostrophes.]

Emmeline : non, je n'amalgame pas l'héritage (et je ne renie pas ce que 68 a pu changer), j'en ai juste plein le dos de cet héritage dont nous devrions nous sentir redevables, en demandant merci à nos glorieux ainés révolutionnaires pour la liberté dont nous jouissons désormais. Comme si elle n'était pas le fait du temps, mais d'une prouesse.

Agm : on ne doit pas se comprendre. Je ne renie pas l'héitage ni ne glorifie le temps d'avant. mais je dis : assez.

carolus : oui, il y a sans doute de ça. Plus un peu de syndrôme vieux-con, associé à du frankenstein (merdalors, tout fout le camp). Et oui, très élégant, hein ?

pas perdus : "La commémoration est chiante. Mais ce n'est pas une raison pour tout rejeter". j'adore tout ce qui appartient à Mai 6_ dans ta liste. Comme si tout cela appartenait aux jeteurs de pavés et au mouvement, à cette génération. C'est bien ce qui est insupportable dans cette rhétorique "héritage de Mai 68". Après, si ce n'est pas intéressant, je te laisse libre de ne pas lire.

rk : je suis pour ma part persuadé que mai 68 ne s'est pas passé dans les rues du 5ème mais dans les appartements du 6ème.

@agm
C'est mal? Sans doute est-ce que la grossesse puis l'avortement d'une gamine de 16 ans est un progrès significatif ?

c'est toujours mieux que l'horreur des faiseuses d'anges, et l'hypocrisie qui va avec.
Quant aux anciens combattants, je n'ai rien contre eux, bien evidemment, puisqu'ils ont souvent ete bien plus les victimes que les heros de leur epoque. La guerre de 14 et ses mutins, la guerre d'Algerie et ses appeles ne sont que deux demonstration brillante de l'inanite du culte "heroique" porte a nos combattants du passe. La compassion que je leur porte n'a que faire des elans guerriers.

Bravo Versac !

Hum ce billet ne contribue-t-il pas à ce "bassinage" autour de mai 68 ? Ca me fait penser aux gens qui hurlent qu'on parle trop de Sarkozy, ce qui est une autre façon de parler de lui

Ah ! T’inquiètes pas Versac, c’est bientôt fini. Question de calendrier et de programmation média. En Juin, on parlera des JO (suspence 1)et des famines (suspence 2)puis d’autres catastrophes qui finiront bien par arriver à ce monde qui pisse sur 68, donc d’un monde qui se pisse dessus. Car les années 67,68 et 69 furent, qu’on le veuille ou non, constitutives de la dignité qui reste au monde d’aujourd’hui. Chier sur 68 et désigner une génération et, bien vois-tu, je trouve ça facile et surtout peu productif d’un avenir pertinent. En fait, il y a longtemps qu’il n’y a plus beaucoup de place pour l’élégance.

Allez, trois petits slogans soixantehuitards et sans rancune :

Être réactionnaire c'est justifier et accepter la réforme sans y faire fleurir la subversion.

Faites la somme de vos rancoeurs et ayez honte.

Vous êtes creux.

Qu'on remette Drucker et l'ORTF, font chier avec 68 !

Bah oui, bien sûr que c'est une affaire de vieux. Mon blog il est bien plus "sans mai 68" que le tien, je n'ai rien à en dire, ne l'ayant pas vécu.

Enfin si - "Ma vie avait deux ans, Dany remplaçait Charles…"

Plus sérieusement, je regrette d'avoir raté mai 68, rien que pour la définition qu'en donnait Jean-Marie Domenach, dans le numéro d'Esprit de juin 68 :

"Une sorte de jeu exactement contraire à celui de l'imposture"

Ça doit être quelque chose, ça. Ou avoir été.

Mes amis, il faut le dire, Versac a raison, et mille fois! ça suffit maintenant avec les conneries de Mai 68.

Un héritage, 68? laissez moi rire... Soyons courageux et affirmons sans complexe :

Vive la France d'avant! Non aux femmes qui travaillent (leur place est à la maison pas dans les bureaux!). La pilule et l'avortement? Soyons sérieux, les seuls vrais remèdes restent l'abstinence ou le mariage!

Et puis merde, les congés payés ça suffit, les accords de Grenelle et le salaire minimum stop! Moi qui ai 50 salariés je suis obligé de leur payer leur vacances pourris dans leur camping du Pas-de-Calais à ces beaufs!

Et puis merdre encore à ARTE et France culture et vive l'ORTF! Merde à Truffaut et Godard et vive les Bronzés 3 (Clavier, voila un vrai artiste, et pas qu'un peu engagé!)

Mille fois merci Versac pour ce billet tellement peu dans l'air du temps, et si courageux...

Tout à fait ce que je pense. Je suis moi-même "au bord" de la Génération, étant trop petit pour avoir vécu mai et trop grand pour ne pas avoir senti la société modèle autoritaire-catho-bien-pensante vaciller puis s'étioler. Mais pas sous le coup de la Génération braillarde et germanopratine : sous les coups d'une modernité mondiale, de Prague à San Francisco et au Chili. Le Quartier latin apparaît bien petit, bien enflé, bien "médiatique" pour ce que ce fut - en fait.

Quarante ans, alors que pour les trente ans c'est presque passé inaperçu. (Ah mais oui il y a dix ans la gauche était à Matignon !)

serait-il possible que vous écriviez en français ?
et comment votre réputation est-elle née ? de votre capacité à débiter des poncifs au kilomètre ? sociologue , non, mais de comptoir, si...
Savez vous faire autre chose que de dire ce qui vous passe par la tête face à l'actualité ?

"Mais pourquoi parle-t-on autant de ce truc ?". Soyons positifs, pendant ce temps là, on ne parle toujours pas de la coupe du monde de football gagnée par la France (je ne sais plus l'année) ou de la mort de Claude François. On a les commémorations qu'on peut. Allez Versac !

Totalement contradictoire!

En n' en parlant pas, vous en parlez. Et vous n' échappez pas au ridicule

Cher Versac, rien que pour vous emmerder et fêter joyeusement mai 68, quelques slogans de 2008 tirés de "Slogans pour les prochaines révolutions" de Denis Langlois :

Qui a dit que la révolution était une affaire classée ?

Tapez révolte sur votre clavier et sortez dans la rue !

Nos grands soirs flamboyants vaudront toujours mieux que vos petits matins péteux.

La révolution fait bander mieux que le Viagra.

Après 68, comptez 69 et recommencez !

J'avais 9 ans en 1968. Pas assez grand à l'époque pour comprendre exactement tout ce qui se passait, mais assez pour voir ma mère pleurer parce qu'elle ne pouvait plus travailler, un piquet de grève lui interdisant l'accès à l'usine. Et évidemment, ce serait autant d'argent en moins pour notre famille, qui déjà en manquait.

Alors si on me demande de commémorer mai 68, non merci. Que le souvenir de cette sale page de notre histoire brûle à jamais.

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