Le cas Delanoë
J'avais beaucoup de mauvaise volonté à acheter le Nouvel Obs. Même si je suis un joyeux descendant, ou héritier, ou partisan de la "nouvelle gauche," j'ai tendance à trouver insupportable la posture du Nouvel Obs, et la posture, avec une cohorte, de tous ces brillants intellectuels et hauts-fonctionnaires qui se posent en gardiens de ce que devrait être la gauche. Posture paradoxale, qui me fait désespérer, parfois, du fait qu'une social-démocratie effectivement moderne (ce qui ne correspond pas toujours à ce qu'on en dit dans quelques cercles parisiens) s'impose au PS.
L'idée que Laurent Joffrin et le Nouvel Obs militent aussi activement pour le nouveau poulain de la deuxième gauche (ma famille, donc) m'énervait profondément. J'y vois une belle manière de ressusciter l'échec, comme si l'endorsement de ces belles écuries était un gage d'échec (sans comper que la méthode, un peu hautaine, trop lisible, trop univoque est désagréable, et rompt avec quelques règles du journalisme).
Ceci-dit, j'ai acheté le Nouvel Obs. Et j'ai découvert un Delanoë intéressant. Pour moi, c'était avant tout l'héritier de Jospin, façon "bande du 18ème", une forme de hollandisme mâtiné d'un peu de concepts parisiens, mais à peine. Mais l'interview que j'ai lue est assez différente, intéressante, ouvre un peu les possibles.
D'abord par ce regard sur le libéralisme, qui est intelligent (soit à peu près le contraire de cet article, qui refuse la discussion en soi). Delanoë accepte le libéralisme et le rattache à la tradition socialiste, il en rappelle l'essence émancipatrice, refuse le faux libéralisme des conservateurs. Bien, très bien. Pour un peu, on se retrouverait dans le DSK de la flamme et la cendre (ce qui ne nous rajeunit pas, et nous fait mesurer le temps perdu). Risques et rentes, et toute cette idée d'une social-démocratie assumée, qui aime Blair parce que celui-là a augmenté l'emploi public, et pas pour le mythe un peu ridicule d'un ultra-libéral à faux nez.
C'est heureux. Il y a relève, après tout, qui ne passe pas par un moralisme autoritaire, du côté du centre-gauche. J'attends maintenant de comprendre comment ces sujets s'incarnent en idées, et surtout, en méthodes, en volontés de leader politique, en projet de transformation de son parti. On découvr eun peu l'homme. Reste à chercher le leader politique.
Je vais donc lire l'affreux bouquin promotionnel de Laurent Joffrin. On en reparlera. Ou pas.




je n'ai pas lu l'article en question, pas encore, pas plus que je n'ai encore ouvert "de l'audace"... j'avoue avoir ete un peu decouragée par les papiers autour du livre: un regard interessant sur le passé, pas de projection pour 2008, pas de projection sur 2012, pas de projection sur l'international.
ceci dit, les bonnes feuilles parues dans la presse m'ont un peu, comme toi, réconcilliée avec le personnage, pour la qualité de ses analyses.
Pour la définition d'un modele de société, par contre la, un peu déçue: c'est loin d'etre clair, les mots rassurants s'alignent sans pour autant donner le début d'une definition claire d'un modéle de société.
De plus le fait qu'il réflechisse encore à se déclarer candidat rappelle cette prudence qui a fait tant de tord a la gauche depuis 2002.
a suivre donc...
A suivre donc
Rédigé par: gasper | 24 mai 2008 at 09:26
Oui, c'est ce socialisme là que l'on aime.
Vincent Peillon, lui aussi, depuis plusieurs mois revisite les philosophes et les politiques qui ont porté cet idéal émancipateur de la gauche.
Le voici chez F.O.G évoquant Merleau-Ponty et le libéralisme:
http://www.dailymotion.com/video/x5gx7h_vincent-peillon-philosophe-au-ps-ch_news
Vous évoquez pour finir comme repoussoir le"moralisme autoritaire". C'est, personnellement, ce qui me retient d'être tout à fait enthousiaste face à la "clarté" de Bertrand Delanoë. C'est sa manière d'exercer le pouvoir. Vu en action à Paris. C'est ce que Ségolène Royal a appelé la semaine dernière "le pouvoir jupitérien". Ce pouvoir, cette pratique du pouvoir, qui au final nous a empêché de voir certaines réalités, de les minimiser. Et qui surtout ne convient pas à une France qui doit dans son ensemble et pas uniquement dans les centre-ville entrer dans le XXIème siècle.
Voilà pourquoi Royal a ma préférence.
Rédigé par: RichardTrois | 24 mai 2008 at 09:30
oops, voici l'intervention de Vincent Peillon chez FOG:
http://tinyurl.com/5o7jxy
Son livre sur l'itinéraire de Maurice Merleau-Ponty est sorti en poche.
Rédigé par: RichardTrois | 24 mai 2008 at 09:43
J'ai du mal à voir Delanoë comme un défenseur de la deuxième gauche. J'attends toujours qu'il défende l'émancipation complète de l'individu, le partage du temps de travail, la bataille culturelle, etc. Bref, tout ce qui est l'héritage de cette deuxième gauche et que je ne vois pas encore chez lui.
Ah et précision avant que Versac ou ses commentateurs habituels n'en fassent la réflexion: je ne suis pas un ségo-boy, loin de là.
Rédigé par: Maxime | 24 mai 2008 at 10:20
Pour sortir du socialisme rance:
Helmut Schmidt: «La finance folle ne doit pas nous gouverner». http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/05/helmut-schmidt.html
Ou quand le microcosme politique PS pro-europe de Giscard s’aperçoit qu’" Un con croit vraiment que si la chemise de Paul est plus blanche que la chemise de Pierre, c‘est parce que PERSIL LAVE PLUS BLANC" (Pierre DESPROGES)
Rédigé par: Ozenfant | 24 mai 2008 at 10:46
Il est pas le premier à le faire, depuis des années Monique Canto Sperber écrit la dessus. Il ne fait que répéter cette vieille tradition.
Sinon il y a eu un dialogue Royal/Joffrin sur la démocratie participative et la dictature de l'opinion dans marianne qui était loin aussi des clichés qu'elle suscite.
Bref y a t'il de l'espoir dans un vrai débat de fond.
Rédigé par: prevalli | 24 mai 2008 at 11:06
En train de lire le bouquin, rendu à la moitié. Il n'y a pas vraiment d'éléments en plus que dans la marée des articles/itw que l'on peut lire partout. Cela dit, la stratégie, même marketing, est très bonne (peut-on avoir une stratégie politique sans marketing par ailleurs?) Ne rien dire sur l'idéologie et prendre de court tout le monde. Sur le libéralisme, socialisme, tout cela est bienvenu. Poser les bonnes questions, aussi. Par contre sur la forme, c'est un peu laborieux. Certaines phrases sont trop travaillées pour avoir été spontanées. Sans doute les limites de l'exercice du "livre d'entretien."
Rédigé par: Thomas L. | 24 mai 2008 at 11:18
bon, je vais sans doute poser la question qui fâche mais tant pis : qui peut sérieusement croire que les français sont prêts à avoir un président gay en 2012, indépendamment des idées qu'il défend ?
royal qui a perdu toute crédibilité depuis qu'elle a déclaré qu'elle ne croyait pas dans le programme qu'elle défendait en 2007, delanoé qui a sans doute beaucoup trop d'avance sur la morale de la france moyenne, dsk qui aura contre lui sa "fuite" à washington...
le PS qui n'a pas été capable de promouvoir ses quadras se retrouve une nouvelle fois dans une impasse... et sauf si notre cher président actuel fait des gaffes encore plus énormes qu'actuellement (et pourtant, la barre est déjà haute), la droite peut voir venir tranquillement 2012...
Rédigé par: Benoît | 24 mai 2008 at 16:35
@Benoit,
Pourtant un président gay en visite en Arabie Saoudite, ça enverrais du gaz !
Personnellement ça me plairait plutôt un président qui choque les idées conventionnelles, mais c'est plutôt le vide de la pensée qui effraie dans ce brave garçon organisé et laborieux.
Rédigé par: Ozenfant | 24 mai 2008 at 17:15
> bon, je vais sans doute poser la question qui fâche mais tant pis : qui peut sérieusement croire que les français sont prêts à avoir un président gay en 2012, indépendamment des idées qu'il défend ?
C'est clair qu'il n'a aucune chance, même avec toutes les bonnes volontés du monde.
Rédigé par: Bob | 24 mai 2008 at 18:53
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oliviermarc33@yahoo.fr ne cesse de copier-coller (sous une grande variété de pseudos) divers appels à manifestations et pétitions en commentaires de ce blog. Messieurs les moteurs de récupération d'adresses email, n'hésitez pas à lui envoyer en retour vos charmantes correspondances.
Rappel : ce blog n'est pas un forum où l'on balance son petit caca, mais un espace de discussions.
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Rédigé par: magali | 24 mai 2008 at 20:12
Moi aussi les quelques mots que j'ai lu de lui depuis quelques temps m'ont impréssionné. Espérons que ça dure cet éveil spirituel !
Rédigé par: AsTeR | 24 mai 2008 at 20:23
Bonjour Versac,
c'est dommage que vous ne rappeliez pas dans votre article l'entretien de Segolène Royal au Point il y a 2 mois. En matière de réflexion sur le libéralisme politique c'était autrement mieux tourné. Notamment parce que la réponse de S Royal insistait sur le conservatisme de la droite actuelle, et plus encore de Sarkozy, et recadrait fortement le libéralisme dans son origine, celle du 19e naissant. Dans le cas du Nouvel Obs (je n'ai pas encore lu le livre de B Delanoe) les dichotomies entre le libéralisme économique et le libéralisme politique d'une part, et les différenciations avec ce que la droite nomme libéral elle aussi d'autre part, sont beaucoup moins claires. Ca m'a decu et j'espère donc le livre sera plus precis, ira au-dela des intentions, et gommera les imprecisions.
Rédigé par: Mart | 24 mai 2008 at 21:59
Mart,
Contraint et forcé (pour faire barrage au Paon de Neuilly), j'ai voté pour Ségolène Royal.
Le moment d'espoir, fut quand, rentrant de Suède elle a été la laudatrice des économies Nordiques combinant l'ultra libéralisme avec une protection sociale aux planchers bien plus élevés que les nôtres !
Ensuite, les éléphants l'ont obligé a tenir le langage démago anti- libéral habituel du PS caviar.
Comme il ne s'agit pas du totalitarisme communiste et que personne n'est capable de définir un autre anti-libéralisme.... je suppose qu'il s'agit en fait d'une pâle copie du libéralisme tempéré de services publics à la De Gaulle !
Ségolène est (en ce moment) plus sur la ligne ultra libérale de Moscovici, Hamon et DSK. Mais comme l'économie n'est pas vraiment son "truc" il se peut qu'elle change encore trois fois de direction d'ici à 2012 !
Rédigé par: Ozenfant | 25 mai 2008 at 18:04
Même si c'est un exercice de com' le bouquin est plutôt très intéressant, plus complexe que les analyses qui en sont faites.
Si Si ça vaut le coup (non, non je ne touche rien sur les ventes)
Revenir au texte évite en tout cas de foncer tête baissé dans l'affrontement personnel ... comme nous y incite la nullissime et racoleuse première page du nouvel observateur
Rédigé par: Erasme de Metz | 25 mai 2008 at 23:11
@Benoît :
"qui peut sérieusement croire que les français sont prêts à avoir un président gay en 2012, indépendamment des idées qu'il défend ?"
Oui, d'après les meilleures politologues, c'est à peu près aussi improbable que d'élire un président divorcé, qui divorce une deuxième fois immédiatement après les élections, qui épouse en troisième noce un ancien mannequin devenue chanteuse populaire, qui porte des ray-ban miroir et une gourmette, qui part en vacances après les élections (genre : le boulot est fait, du moins celui qui m'intéressait) sur le yacht d'un ami patron de presse milliardaire, qui promet de nettoyer la racaille au Kärcher, qui a été chercher les voix d'extrême-droite "une à une" (lui-même dixit), etc., etc.
Tout à fait impossible. On est en France, crotte !
Rédigé par: Antoine Block | 25 mai 2008 at 23:48
@Ozenfant :
Elle a déjà retourné sa veste au niveau économique, rien que pour se distinguer de Delanoë elle vient de rejeter en bloc le libéralisme.
Royal : «le libéralisme est le mot de nos adversaires»
Ségolène donc a choisi de se recentrer vers l'extrême-gauche pour mieux prendre le parti... jusqu'à sa prochaine déclaration? nous ne sommes déjà plus à cela près...
D'ailleurs Delanoë a choisi de répondre ce jour même...
Finalement, ce qui va être comique dans ce combat des chefs (référence Goscinny), c'est qu'il n'est pas prêt de s'arrêter...
En effet après le choix du secrétaire du parti, gageons que François Hollande et Manuel Valls s'inscriront dans la perspective de la présidentielle, puis en fin de course DSK cherchera sa voie ou fera son appel au peuple de gauche si l'effet sur l'opinion de ses étriperies publiques sont catastrophiques de part leur complexité florentine (l'élite du PS ne peux jamais s'empêcher de jouer au Mitterrand si l'occasion lui en est donnée).
Finalement, qui sont les véritables héritiers des anciennes tribus gauloises, de ce caractère bien incompréhensible et envieux du français, qui met au panier toute raison. Bah, je ne vois que le PS.
Tout ceci est charmant de tradition mais où sont les citoyens là-dedans, où est le pays, où est le futur technologique, où est l'Europe ?
Rédigé par: thierryl | 26 mai 2008 at 00:08
Quant à la "deuxième gauche" louée par Versac, je suis éminemment perplexe sur sa capacité de rassemblement au niveau national.
Je conviens qu'il s'agit d'un concept très smart (non, pas la voiture) et bobo branché écoutant Michel Rocard sur France-Culture qui pourrait très bien se nommer plus prosaïquement "troisième voie" mais hélas, sans aucun lyrisme politique ni aucune incarnation d'espérance historique (Gaino en campagne électorale servait uniquement à cela, à faire rêver).
Et un concept tellement difficile à expliquer à nos électeurs et à positionner sur l'échiquier politique qu'il apparaîtra nécessairement au commun des mortels comme une "quatrième dimension" .
Rédigé par: thierryl | 26 mai 2008 at 00:21
Une analyse intéressante des prestations Delanoë ce lundi sur le blog d'Argoul : http://argoul.blog.lemonde.fr
Rédigé par: Leif | 26 mai 2008 at 11:42
Je viens d'essayer d'écrire sur les positions pro-Thibétaines des PID (Privilégiés Institutionnels Diplômés) de la médiacratie (et de Bertrand DeLaNoë) au moment du passages de la flamme Olympique à Paris: L’affaire Tibet/flamme olympique met en exergue notre mentalité, plus que de la situation au Tibet.
http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/05/laffaire-tibetf.html?cid=116389268#comment-116389268
Rédigé par: Ozenfant | 26 mai 2008 at 12:14
Je vous trouve bien naïf sur Delanoë qui est le prototype même du gars qui ne fait rien que de la com'et cherchait simplement à se démarquer de Ségo.
Son livre est un tissu de contradictions bien-pensantes.
Il existe un excellent site : delanopolis.fr pour découvrir la vérité sur la mairie de paris. Il y a aussi une critique au couteau de son bouquin.
A lire absolument pour se faire une opinion.
Rédigé par: Vincent L | 29 mai 2008 at 16:18
Bertrand Delanoë assume le "libéralisme". Soit.
Mais le maire de Paris prend bien soin de préciser, dans son livre De l'audace ! (Robert Laffont, 290 p., 20 euros), qu'il n'est pas "social-libéral" et qu'il n'est partisan ni du "désengagement de l'Etat" ni du "laisser-faire économique et commercial".
Est-ce encore du libéralisme? Non.
Mais alors qu' est-ce? En étant très iconoclaste, je dirais que Ségolène est beaucoup plus au clair avec ce concept que ne peut l'être Bertrand Delanoë qui en a fait un coup d'éclat médiatique.
Rien de plus.
Rédigé par: Chris | 30 mai 2008 at 18:47
Si vous aussi vous vous demandez si par hasard vous ne seriez pas un peu libéral je viens de faire un test intéressant sur un site : http://www.questiondeliberte.fr/limesurvey/index.php?sid=72461&lang=fr
Rédigé par: Emmanuel Prost | 17 juin 2008 at 02:22