Et voilà, au moins c'est clair :
«Je ne pourrais jamais dire : je suis libérale. Je ne crois pas qu’il faille réha biliter ce mot et ce concept. C’est le mot de nos adversaires politiques», à ses yeux «synonyme de capitalisme débridé, d’écrasement des bas salaires, de violence».
Je suis définitivement dans le camp de Delanoë. Tant de bêtises opportuniste de la part de Ségolène Royal montre bien qu'elle ne veut pas, rien comprendre, et mise sur la bêtise et le rabaissement du débat.
J'avais dit, il y a longtemps, que Ségolène Royal incarnait une sorte de miroir de mon positionnement, un exact inverse, en somme, dans l'échelle des valeurs (qui est celui de la voie que Monique Canto-Sperber a tenté d'expliciter dans les Règles de la Liberté, dont j'ai maintes fois parlé ici). Elle ne croit donc pas au socialisme comme idéal émancipateur de l'individu (ce qu'exprime le terme de libéral, bien expliqué par Delanoë). Héritière d'une tradition jacobine, finalement, plus que girondine (mais provincialiste de circonstance). Ce sont dans ces moments de crispation polémique que l'on révèle les natures profondes des individus, ce à qui ils croient. On aura donc compris que Ségolène Royal n'aime pas la liberté, et, surtout, ne veut pas faire progresser l'idée d'un socialisme émancipateur, pour maintenir avec joie de vieilles lunes et des mots tabous, sans trop y réfléchir.
Démagogie ? Sans aucun doute. Peut-être creuse t-on trop quelques termes rapdiement lâchés. Mais leur lâcheté et leur fausseté surprend, pour celle qui défendait un "congrès utile et serein". N'eût-il pas été utile et serein que de réfléchir un peu plus avant à ce qui fait partie de cette proposition de Bertrand Delanoë ? Non. Caricature. Caricature révélatrice, d'ailleurs (ou alors, autant abandonner tout de suite l'idée que S. Royal ait des convictions).
Je laisse la parole à Monique Canto-Sperber, fort utilement citée par Argoul il y a quelques années
« Ce qui est haï dans le libéralisme, c’est l’idée de libertés capables de maîtriser leurs propres excès. En ce sens, l’attaque radicale contre le libéralisme entretient l’intolérance – attitude quasi spontanée dans une mouvance dont le folklore présent ne peut faire oublier que ses références historiques portent avec elles un lourd passé de totalitarisme et d’exclusions. L’attitude anti-libérale, qui est aujourd’hui la seule pensée de l’extrême-gauche, exige des engagements tout d’une pièce. Elle se grise de mots, de slogans, de mots d’ordre qu’elle n’explicite ni ne justifie jamais. Elle refuse la complexité, voire l’ambivalence du réel. Elle est cléricale, archaïque et paranoïaque, car sa tendance naturelle est de voir des complots et des manipulations dans les volontés de réformes les mieux intentionnées. Elle adopte en permanence une posture intellectuelle de minorité assiégée, défensive et accusatrice. »(p.226)
(voir aussi embruns sur ce sujet)

@ toto,
je ne sais pas si Delanoé chasse mais je peux vous dire qu'il ne retient personne et que Paris devient une ville tout simplement inhabitable pour quiconque gagne moins de 5000 euros à deux. (enfin sauf à aimer vivre à 35 ans dans un deux pièces de 40 m2 avec un gosse)
et je suis désolé mais je pense qu'un maire a à voir avec ça.
Rédigé par : machinchose | 28 mai 2008 à 17:50
@ l'auteur,
autre chose Royal ne se contredit pas par rapport à ces propos dans le point. Elle s'en explique très précisement sur canal. Elle a bien compris le concept simplement elle prend Delanoé sur son terrain celui de la perception. Delanoé voulait plaire aussi à droite avec ça, elle le renvoie à ça.
Dire "je suis liberal et socialiste" n'est pas dire "je suis pour liberal au sens ou on l'entendait à Paris en 1912 et socialiste mais au sens où on l'entend à Paris aujourd'hui hein ! pas socialiste de 1920 hein ? Ok ! bon... donc liberal 1912 et socialiste 2008"
Là je pense que Royal n'aurait rien trouvé à redire... à rire peut être mais à redire non...
Rédigé par : machinchose | 28 mai 2008 à 18:31
Versac,
merci pour votre réponse !
Comment prenez-vous alors les propos de François Hollande ce matin sur Inter : si je dit, 'moi François Hollande, je suis lébéral' les gens ne vont pas comprendre. Donc je ne peux pas le dire. Il faut se méfier des mots.
Je l'ai compris comme un accord tacite avec la remarque de Royal. D'autant qu'il défendait le liberalisme politique également et attaquer le libéralisme économique. De plus, suite à votre remarque, j'ai relu en ligne l'itw du Point que je n'ai pas trouvé contradictoire dans la mesure ou SR reste vraiment sur l'aspect philosophico-politique. Je l'ai même trouvé plus interessant à lire qu'en mars. D'ou je déduis que je suis désormais obligé de lire également le livre de Delanoe pour voir où il va.
Cette querelle de mots est à la fois idiote et interessante. C'est assez piquant.
Rédigé par : Mart | 29 mai 2008 à 00:49